‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 31 sur 83 · IDIOTISME · texte numérisé non relu

IDIOTISME

obliléralion plus ou moins absolue des fondions de l'entendement et des affections du cœur ; on remarque quelquefois une rêvasserie douce avec des sons demi-articulés ,* d'autres fois une taciturnité profonde et la perte de la parole par le défaut d'idées. Certains idiots sont très-doux, d'autres très-opiniâtres; quelques-uns sont sujets à des quintes très-vives d'emportement.

§ III. TraltemeJit de V Idiotisme.

129. L'idiotisme originaire est presque toujours incurable , d'après les remarques les plus assidues que j'ai faites à l'iiospice de la Salpêtrière ; ou du moins il paraît très-peu susceptible d'un cbangement favorable. L'idiotisme accidentel peut quelquefois être guéri par l'application des excitans , soit internes , soit externes , tels que ceux indiqués parmi les moyens de traitement qui conviennent dans les cas d'une démence produite aussi par un accident ; et je ne puis que renvoyer à mon Traité sur i Aliénation y pour éviter des répétitions superflues. L'idiotisme accidentel , contracté surtout pendant la vigueur de la jeunesse, peut être aussi lieureusement terminé, comme par un mouvement critique , lorsqu'il succède une excitation nerveuse et comme maniaque qui dure plusieurs semaines, et qui , en cessant elle-même, finit par ramener le libre exercice de toutes les fonctions de l'entendement.

l4o NEVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

SOMNAMBULISME (l).

§ P*". Considérations générales.

1 5o. L'imagination , durant les songes ordinaires , peut rappeler avec plus ou moins de force les objets qui Font vivement frappée ; mais si , dans cet état , l'excitation est assez vive pour qu'on se livre au mouvement même dont on a l'habitude, que les muscles soient soumis à l'influence de la volonté , qu'on sorte de son lit , qu'on marche , qu'on parle ou qu'on renouvelle même les fonctions qu'on a coutume de remplir durant la veille , on est alors somnambule^ ou noctambule. Aristote connaissait cet état équivoque de sommeil et de veille, et il parle de ceux qui, en dormant ^ se lèvent, marchent, parlent, distinguent aussi bien les objets que les hommes les mieux éveillés , sortent de leurs maisons , montent sur les arbres ou vont à la poursuite de leurs ennemis, et se remettent ensuite au lit où ils restent dans un sommeil qui ne paraît nullement interrompu par ces diverses actions Çli/?, V de Gen. Anim.^. On trouve de semblables exemples dans les Mémoires de Trévoux (ann. iyi4), dans la Philosophie de Gassendi , dans un ouvrage de Muratori (^dellaForza délia Fantasia^ y etc., outre ceux que l'observation de chaque jour peut faire connaître. 11 paraît , en rapprochant différentes histoires de somnambules , que leur état offre de grandes variétés pour

(i) Synonymie. Somnambulisniu.';^ Sauvages ^ Linnteus,' ft\GA.n3 Hypnohatasis y Vogel 5 Noctamhulatio ^ Junckeii ; Oneïrodynia activa , Cullen.

SOMNAMBULISME. I^t

les fonctions des sens ; que les uns ont les yeux fermés ; que d'autres aperçoivent distinctement les objets qui leur sont présentes ; que certains n'entendent point , ))endant que d'autres répondent avec précision aux questions qu'on leur propose. Un de ceux dont parle Muratori était fameux à Vicence, et son histoire a été exactement décrite par le médecin Pigali. Mais, quelque dextérité qu'on suppose aux somnambujos dans les fonctions qu'ils exercent , avec quelque agilité qu'ils échappent le plus souvent au danger , le nombre de ceux qui ont péri dans leurs courses nocturnes ou qui ont reçu des blessures graves , ne peut qu'inspirer des inquiétudes sur le sort des autres, et on doit circonscrire dans un petit espace les lieux où ils peuvent se transporter. Un seigneur italien^ sujet à cet accident, faisait habituellement environner son lit d'un fort réseau ou filet de cordes , qui l'empêchait d'en sortir , et le forçait à s'éveiller par les efforts qu'il faisait pour s'en débarrasser. On ne peut que remarquer un certain rapport entre un accès de manie sans délire, et l'espèce d'excitation nerveuse que le som-' nambule éprouve pendant la nuit. Un jeune homme sujet à cette affection , et que j'ai souvent eu occasion d'observer durant ses attaques , avait un regard vif et animé , le visage coloré, un ton de voix ferme, la plus grande agilité dans les membres , des reparties saillantes dans les entretiens qu'on se faisait un jeu d'avoir avec lui. Dans la journée et durant l'état de veille, il était^ en général, morne, taciturne, et paraissait bien inférieur , pour les facultés de l'entendement , à ce qu'il était dans ses illusions nocturnes.

x5i. Parmi les exemples les plus remarquables de

l42 NÉVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

somnambulisme , on doit compter ceux que rapporté Henricus-ab-Heers , auteur connu par l'exactitude extrême qu'il mettait à tracer l'histoire des maladies. Un jeune homme avec lequel il avait été lié dès son enfance , et qui s'appliquait fortement à la poésie , s'était exercé en vain un certain jour à polir et à rendre plus corrects plusieurs vers qu'il avait composés : il se lève pendant la nuit , ouvre son secrétaire , écrit et répète souvent à haute voix ce qu'il venait d'écrire , en applaudissant lui-même et en poussant des éclats de rire , exhortant même un de ses amis qui était présent d'applaudir avec lui ; il ferme ensuite son secrétaire , se remet dans son lit , et prolonge son sommeil jusqu'au moment où on vient l'éveiller^ ignorant pleinement ce qui s'était passé. Le lendemain , il se rappelle avec inquiétude l'incorrection des vers du jour précédent ; il visite son manuscrit , et il trouve remplies les lacunes qu'il avait laissées ; plein de surprise , et ne sachant si c'était l'effet de son bon ou de son mauvais génie , il demande à ses amis , qui poussaient des éclats de rire , de lui dévoiler ce mystère : ils ne parviennent qu'avec peine à lui persuader que c'est durant son sommeil qu'il a rempli cette tache difficile. Le même auteur nous a transmis l'histoire d'un somnambule d'un autre caractère. Un religieux , âgé de quarante-cinq ans ^ était tourmenté depuis quinze années , et seulement certaines nuits , des rêves les plus horribles ; il se croyait alors menacé de la mort de la part de ses amis les plus intimes , ou des personnes avec lesquelles il n'était jamais entré en querelle ; à chaque rêve, dans le cours de la même nuit , c'étaient de nouYeau:!L

SOMNAMBULISME. l43

meurtriers , c'étaient de nouvelles circonstances d'une mort violenta ; il croyoit tour-à-lour recevoir un coup de pistolet , un coup d'épée , ou des coups de bâton ; de semblables rêves se renouvelaient trois ou quatre fois pendant la même nuit , surtout quelque temps après l'heure du coucher et rarement après minuit. L'espèce de terreur dont il était frappe était si vive que , quoiqu'on l'attachât soigneusement avec des cordes ou des draps de lit , quoiqu'on lui mît de fort* liens aux pieds , il parvenait , par les agitations et les efforts les plus violens , à s'en débarrasser , et il sortait de son lit et même de la chambre avec un sentiment d'horreur et les palpitations les plus violentes, et souvent il revenait dans son lit avec un mouvement fébrile. Pendant tout ce trouble , il avait les yeux ouverts, il entendait le son des cloches, il pouvait compter avec liberté les heures de la nuit , et il n'était privé de l'exercice de son jugement que relativement à l'objet de son rêve. Lorsqu'il augmentait la dose ordinaire du vin dans ses repas, ces illusions nocturnes perdaient beaucoup de leur vivacité , ou même n'avaient point lieu. Ce moine était d'ailleurs d'une constitution robuste, d'un tempéraments anguin et naturellement gai : mais des études assidues et la méditation lui avaient communiqué une teinte de mélancolie. Henri cus-ab-Heers , consulté , proposa , comme dans des cas de manie , l'usage de légers narcotiques , des pédiluves chauds^ des bains tempérés , et , pour faciliter son réveil , l'attention de lui faire flairer des sachets remplis de plantes aromatiques ; il ne négligea point les autres préceptes de l'hygiène, et il engagea cet homme pieux à preii-

l44 NÉVROSES DES FONCllONS CEREBRALES.

dre du relâche , et à suspendre pendant long-temps les travaux piialbles de la prédication et ses études ordinaiies.

i52. 11 convient de joindre ici quelques réflexions sur le somnand)ulisme provoqué par le magnétisme , et sur lequel M. Ghaslenet dePuységur a insisté particulièrement dans ses Recherches ^ Expériences et Obser^>atioriS , etc. ,yo\. in-S*^. « La seule différence » remarquable , dit cet auteur , entre les somnam- » bules naturels et l«s somnambules magnétiques , >» c'est que les premiers, activés parla nature, agis- )) sent toujours d'eux-mêmes ; tandis que les seconds >i sont et demeurent toujours plus ou moins soumis a ix l'empire et à l'induence de leurs magnétiseurs ; » et , sous ce point de vue , la prééminence peut-être » appartiendrait aux somnambules naturels : il est )) vrai que, sous d'autres rapports, elle paraîtrait due a aux somnambules magnétiques que nous avons » reconnus . ajoute l'auteur , être doués d^ intuitives )i Jacidtés que nous n'avons point aperçues dans les » somnambules naturels ».

i55. L'auteur a rapporté dans son ouvrage d'autres faits sur les facultés des somnambules , sur le développement de leur instinct , sur la vision que les somnambules magnétiques ont ou peuvent acquérir' des maux des autres malades , sur V agent magné tiaue animal et le somnambulisme considérés comme les plus puissa?is auxiliaires des médecins , sur la supériorité delà vision somnamhuVque comparée au tact médical y etc. Mais je dois faire remarquer que dans un ouvrage tel que ma Nosographie ; destiné surtout à imprimer une direction sévère aux études nié-

SOMNAMBtJLl SMEv l/^[>

dicalcs et à décrire simplement riiistoirc particulière de chaque maladie , d'après ses caractères extérieurs et manifestés par des impressions faites sur les sens , je dois être d'une réserve extrême , et m'en tenir seulement aux résultats des. faits le plus universelle^ nient admis. Quoique je sois donc toujours porté à applaudir au zèle et à la sagacité que M. de Pujségur niet dans ses recherches sur le sojunambulisme ^soit naturel , soit magnétique , il me permettra de suspendre encore mon jugejuent, surtout sur certaines circonstances qui accompagent le sonmambuîisme magnétique, et qui portent un caractère de merveilleux très-propre à inspirer de la défiance. Je n'en suis pas moins disposé à suivre d'un œil curieux tous les résultats des recherches faites par ]VL de Puységur , et à profiter des lumières ultérieures qu'elles pourront répandre sur la médecine, et surtout sur l'aliénation mentale. Loin qu'on doive chercher à éviter le choc des opinions , on doit le regarder comme le moyen le plus sur de conduire à la vérué et de faire disparaître l'erreur. Si donc on veut connaître des observations et des expériences faites avec impartialité , dans l'intention de s'assurer de la réalité et des véritables caractères du magnétisme, on doit d'abord consulter les rapports qui parurent dans le temps où M. Deslon magnétisait en France. Les commissaires nommés alors vérifièrent que les manœuvres du magnétisme animal produisent des effets réels qui dépendent , non d'un principe particulier , mais des attouchemens , de l'imagination et de l'imitation; et ces commissaires étaient MM. Francklin, Majault ^ Leroi , Sallin, Bailly , d'Arcet, de Bory , Guillotin , m. lO

î46 NÉVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

Lavoisier. Les pièces sur cette matière ont été réunies par le docteur Montègre , dans une brochure sur le Magnétisme et ses Partisans* Paris, i8i2.

§ II. Description générale du Somnambulisme.

<i54. Prédispositions et causes occasionnelles. On observe assez fréquemment le somnambulisme dans l'adolescence, chez les personnes d'un tempérament sanguin ou nerveux , chez ceux qui ont une imagination vive, une sensibilité morale extrême; quelquefois aussi il y a une disposition inconnue et qu'on ne peut rapporter à aucune cause.

i55. Sympiômes, On remarque durant le sommeil une sorte d'excitation différente de l'état de veille, avec aptitude à répéter les actions dont on a contracté l'habitude. Le somnambulisme consiste quelquefois dans des déterminations vicieuses , paisibles , dirigées sur des objets qui n'ont aucun rapport avec le sujet du rêve : dans ce cas , les somnambules exécutent , les yeux fermés, leurs actions nocturnes ; ils montent sur leurs croisées, sur les toits , et se dirigent vers d'autres objets qui ne sont point ceux dont la raison s'occupe. — D'autres fois les déterminations sont dirio^ées sur les objets mêmes qui occupent l'entendement : on observe alors une grande excitation marquée par la vivacité , la précision des mouvemens , l'adresse avec laquelle le somnambule exécute ses actions. Les yeux sont presque toujours fermés ; quelquefois ouverts , fixes, sans mouvement, et sans qu'il paraisse y avoir une véritable perception des impressions qui se font Sur l'organe. La plupart répètent les actions fcimilière»

SOMNAMBITLISM «. l/^J

dont ils ont l'habitude; d'autres exercent plusspécialefuent leurs facultés sur des objets du domaine de l'iatelligence , tels que la poésie, la musique, les matières scientifiques qui font leur occupation dans l'état de veille ; le tact chez quelques-uns , l'ouïe chez quelques autres, paraissent jouir de la susceptibilité des impressions ; ils s'exposent quelquefois à de grands dangers sans en avoir la connaissance ; quelques -uns entendent les sons qui parviennent à leurs oreilles et répondent aux questions qu'on leur fait ; le pouls est petit, quelquefois dur, toujours lent. — Enfin il est des cas où les déterminations sont violentes , et ont pour principe une passion plus ou moins forte occasionnée par le rappel d'idées plus ou moins disparates , désagréables, que l'imagination associe et lie fortement. Ija force musculaire est très-augmentée ; il y a des palpitations et de l'altération dans le pouls (i).

§ III. Traitement du Somnambulisme,

i56. Tous les moyens qu'on a successivement employés contre le somnambulisme ont pour but de faire cesser l'accès ou d'en prévenir le retour. On ne peut pas se proposer d'opérer toujours le premier effet; les circonstances au milieu desquelles le somnambule se trouve sont quelquefois si dangereuses, que l'éveiller serait l'exposer à une mort certaine. Bodin rapporte qu'un homme ainsi endormi s'étant jeté à la nage dans une rivière et ayant été appelé par son nom , se réveilla , fut saisi d'épouvante et se noya ( Mém. de

(i) Dissertation sur le Somnambulisme , par M. D, G. Veriihes. Paris , i8o5.

lAS NEVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

Trévoux , année 1714^ tome II ) . Les moyens propres à préserver des accès doivent varier suivant la cause du retour, et celle de la maladie elle-même. L'aspersion d'eau froide , de fortes commotions , la flagellation , sont susceptibles d'occasionner un réveil subit , et parla de supprimer l'accès dès son début. Il faut d'ailleurs cliercher, dans les intervalles , à combattre la cause particulière de celte affection.

C MU c H E M A R (i).

iSy. Le caucliemar a été différemment envisagé par les nosologistes : Sauvages et Sagar le rangent parmi les mouvemens convulsifs , Linné parmi les suppressions suflocatoires , Vogel parmi les spasmes, et CuUen parmi les vésanies ; ce dernier le rapproche du somnambulisme , et réunit ces deux affections sous le nom générique d'onéirodjnie. Cette affection est caractérisée par un sentiment de pesanteur que l'on éprouve , durant le sommeil , dans la région épigastrique ou à la poitrine ; elle est ordinairement accompagnée de difïiculté de respirer et d'une sorte de délire : tout se dissipe par le réveil; mais il reste beaucoup de lassitude et souvent des palpitations. Des causes variées peuvent donner lieu au cauchemar : tantôt c'est un état pléthorique , d'autres fois une indigestion ou la surcharge de l'estomac pendant le sommeil ; il est fréquemment un symptôme d'hypochondrie et d'hystérie ; il peut aussi dépendre de la présence de vers dans les intestins ; on l'a observé chez des per-

(^i) SrNONFMiE, lîicubiis^ Ju^CKET.j VoGEL j Ephialtes , AUVAGEs, LiNN^us, Sagar j Oncivoclynia gravans ^ Cïjllen.

lîYDRO PHOBIE. l49

sonnes affectées d'hydrocéphale ; mais doit-on pour cela conclure, avec Bonet, que le cauchemar est toujours FefFet de cette dernière aiFection? On conçoit que les moyens à opposer au cauchemar doivent varier autant que ses causes. Esl-il occasionné par la pléthore , on se trouve bien de ne point souper, ou au moins de ne se coucher que lorsque la digestion est faite ; un exercice journalier, le séjour dans des lieux dont l'air est vif, des boissons délayantes sont à-peuprès ce qui réussit le mieux . Il faut avoir soin d'avoir la tête et les épaules élevées durant le sommeil. Dans le cas où le cauchemar est le symptôme d'une affection de l'estomac , on doit recourir aux vomitifs , surtout s'il y a embarras gastrique, s'abstenir du souper, ne point faire usage d'aiimens gras , prendre des boissons aqueuses abondantes, et se coucher de préférence sur le coté. Ai-je besoin de recommander les anthelmintiques lorsque des vers intestinaux entretiennent cette maladie ? Je ne puis que renvoyer à l'hypochondrie et à l'hystérie pour ce qui concerne le traitement du cauchemar déterminé par ces dernières maladies.

HYDROPHOBIE (l).

§ P^. Considérations générales.

i58. C'est surtout dans les derniers temps (en i y 80) que l'attention publique a été fixée sur l'hydrophobie par les recherches que le docteur Andry a publiées

(i) Synonymie. Hydrophobia , Boelhaave, JuNCKEn, Sauvages, Link^us, Vogel, Cullen^ Sagar^ Rage.

100 NEVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

^iir cette maladie (i). On trouve dans cet ouvrage la distinction des diverses espèces de rage , l'indication des remèdes tentés et prônes par l'aveugle empirisme, et enfin les préceptes d'un traitement méthodique marqué par des succès, et adopté d'après une expérience éclairée. On a joint à ces recherches une histoire trèsauthentique, et parla très-précieuse, du traitement qui fut suivi , à Senlis , sur quinze personnes mordues par un chien enragé , traitement dirigé avec le plus grand soin par des commissaires de la Société royale de Médecine , au nombre desquels on comptait Vicqd'Azyr et Thouret. Cinq de ces blessés moururent hydrophobes , les dix autres furent sauvés. La Société^ en proposant Fhydrophobie pour sujet d'un prix, lit encore éclore de nouveaux travaux sur cet objet , et cette compagnie savante publia, en 1784^ un volume d'observations et de recherches nouvelles sur le vrai caractère et le traitement de cette cruelle et effrayante maladie. Elle reconnaît dans cet ouvrage que le traitement local par les caustiques mérite surtout la plus grande attention ; et, quoiqu'elle ne prononce pas qu'il doive être le seul , elle le regarde comme le plus important et le plus indispensable. Deux ouvrages populaires ont servi ensuite à propager les vrais principes du traitement anthydrophobique : l'un fut publié par MM, Enaux et Clmuss'ier (Méthode de traiter les morsures des aniniaujc enragés^ etc. Dijon ^ lySS);

(i) Recherches sur la Rage, par M. Andry , \ues, à la Sociéle royale de Médecine ^ nouvelle édition^ augmentée dans quelques endroit>, et suivie du traitement fait^, à Senlis^ à quinze personnes mordues par un chien enragé. Paris , 1780*

HYDROPHOBïE. l5l

J autre par le docteur Portai ( Observations sur les effets des vapeurs méphltîqites dans Vhomnie ; sur les noyés , etc., et sur la rage y etc. Paris, ^7^7)-

159. L'hydropliobie avait été placée ( Nosographie , première édition) parmi les maladies spasmodiques , par la considération de certaines analogies avec elles ; mais un examen plus approfondi me l'a fait rapporter aux vésanies , . à cause des nombreuses affinités qu'elle manifeste dans ses accès avec la fureur maniaque sans délire , et , dans ses intervalles de calme , avec une mélancolie profonde ; mais un caractère particulier qui la distingue est une extrême sensibilité des organes des sens, et une horreur pour les liquides. Un enfant de cinq ans ( Dissertation de Lerouoc ^ chirurgien en chef de ï hôpital de Dijon ) est mordu le i5 mars, et amené à l'hôpital le 20 du même mois. La tète était couverte de plaies dont l'une avait environ quatre travers de doigt , occupait la suture temporale gauche , et pénétrait jusqu'aux muscles ; une troisième avait son siège sur la partie supérieure du frontal , et pénétrait jusqu'à l'os ; une autre , située au-dessus de l'oreille , descendait sur la joue et avait cinq travers de doigt de longueur; enfin une cinquième occupait la paupière inférieure de l'oeil droit , du coté du grand angle , et pénétrait dans l'orbite ( Lotions des plaies a^ec de ïeau de savon , application du digestif vésicatoire ). Suppuration abondante , mais qui, au bout de quelques jours , commence déjà à diminuer ( on touche les plaies avec du muriate d'antimoine liquide pour former des escarres ) ; cicatrisation successive de toutes les plaies. Le 6 mai , inflammation douloui'eusc de l'oeil; le 7 ; la plaie de la paupière se rouvre^ etii

î52 NÉVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

en sort une séroske sangiiinolenle ; les autres plaies cicatrisées ne cliangent point de couleur ; celle qui occupait le milieu de la léie était compliquée d'exfoliation ; elle suppure comme à l'ordinaire, sans qu'on y remarque aucune inflammation ui aucun changement. Fièvre, pouls fréquent , irrégulier, tantôt petit, tantôt plus fort ; moiteur, soubresauts des tendons , tristesse, cris pendant le sommeil et au réveil. L'enfant continue à boire et à manger sans répugnance: délire , dans lequel il croit voir des fantômes qui le poursuivent et qui veulent lui firracher l'œil ; durée de cet état pendant six jours. Le i3 mai au soir, il refuse par intervalles de boire. Le i3 , refus absolu , agitation continuelle , mouvement cônvulsif à la face, écume à la boucbe, pouls serré, sueur continuelle , respiration courte, précipitée ; de temps en temps de grands soupirs , les yeux égarés et enflammés , et surtout l'œil blessé, qui est d'un rouge de^feu ; mort dans la nuit du i6 au ly.

i4o. Des faits rapportés dans les ouvrages deMar^ cellus Donatus , de Félix Plater , de Pouteau , ou dans les Mémoires de la Société royale de Médecine , etc. , ne laissent point de doute sur l'existence de la rage spontanée qui peut être produite par une vive affection de l'ame , par des excès dans le régime , par des courses ou des travaux forcés, et une exposition aux ardeurs du soleil , quelquefois aussi sans cause apparente connue. Un jeune militaire , dégoûté de la profession des armes et consterné par des chagrins domestiquées , cherche la solitude et s'éloigne de ses camarades , ce qu'ils attribuent à un défaut de bravoure , et , par manière de jeu , ils entrent à minuit

HYDROPHOEIE. î '^^

dans sa chambre , précédés d'un t.iniLonr qui Laltait la charge , el s'écrient que les Aulricliiens avaient passé le Rhin, et que tout était dans le plus grand danger :. ce jeune homme éprouve à l'instant des convulsions effrayantes, son regard est furieux, il jette des cris horrihles, et quelque propos rassurant qu'on lui tienne , il ne revient à lid qu'après un quart d'heure : dès-lors sentiment d'ardeur et de constriction à la gorge, et nouvelles convulsions aussitôt qu'on lui présente de l'eau et du vinaigre, avec expuition d'une salive écumeuse et abondante. Le lendemain, lors de son admission à un hôpital militaire , nouvelles convulsions à l'aspect d'une boisson qui lui est offerte, regard étincelant, respiration précipitée et irrégulière, pouls intermittent et à peine sensible , liurlemens affreux. Cet accès dure une demi-heuie, et le malade revient à lui-même, se plaignant d'avoir en horreur les liquides , d'éprouver une grande chaleur à la gorge et une extrême pesanteur de tête (prèscriptioji de bains et d'une potion antispasmodique qu'il ne peut prendre à cause des convulsions que renouvelle la seule vue des liquides); impression de la lumière insupportable (on le passe dans un cabinet peu éclairé^ ; retour de plusieurs accès jusqu'à onze heures, époque de sa mort. Dans l'intervalle de ces accès, la respiration était à peine gênée, le pouls était fort et développé, et lé î^egard abattu. Le malade assura n'avoir jamais été moidu par aucun animal ; il ne chercha lui-même à mordre que dans le dernier accès; mais quoiqu'il ne fût pas lente de le faire dans les précédens , il priait néanmoins les personnes qui l'environnaient de s'éloigner dès qu'il en pressentait l'invasion. L'autopsie

l54 NÉVROSES DES FOÏ^CTIONS CEREBRALES.

cadavérique n'apprit rien de particulier; la gorge contenait seulement une mucosité assez abondante. (Dissertation sur rHjdvophobie Paris , 1 8o5 . )

i4i. jOn trouve dans Félix Plater (lib. I, pag. 90) 1 observation d'une femme qui , occupée à laver sous un pont à l'approche de la nuit , est abandonnée par les personnes qui travaillaient près d'elle : alors , effrayée d'être seule , elle croit voir une lueur sortir de la voûte , le torrent augmenter , se déborder et couler avec impétuosité. De retour chez elle , elle ne peut boire ni bouillon, ni aucun autre liquide ; leur vue même la fait frissonner , et quand on les lui met dans la bouche , elle aspire avec bruit et difficulté , comme si elle était sur le point de suffoquer. La moindre agitation de l'air renouvelle les mêmes symptômes ; elle parle avec décence et d'une manière sensée ; elle ne dort presque point et ne peut manger que des aîimens solides; enfin, le huitième jour après l'invasion, la diarrhée se manifeste, les forces s'affaissent de plus en plus , et elle meurt après avoir annoncé elle-même que sa fin était prochaine.

ï/^1. 11 est des circonstances dans lesquelles il est difficile de déterminer si l'Iiydrophobie est spontanée ou communiquée. Un homme âgé de quarante-neuf ans, d'un tempérament bilioso-nerveux ^ est mordu par son cheval , et il n'en résulte que de légères excoriations : il éprouve, d'un autre côté, des revers de fortune qui troublent ses fonctions intellectuelles et affectives, et ne tardent pas à le jeter dans la mélancolie ; dès ce moment , il maltraite sa femme et ses en fans , et entre en fureur pour la moindre cause. Quelque tenips après se manifestent tous les symptômes d'une fièvre

lî Y DROPIIOBIE. l55

ataxiqiie intcrniillente : sommeil interrompu par des rêves efFrayans, pouls petit , irrégulier ; urine limpide , stupeur, réponses vagues aux questions qu'on lui fait, gestes ridicules , vue perçante , langue sèche et tremblante. Bientôt après, prostration extrême des forces, aphonie , pouls très-faible ; mais les forces ne tardent pas à s'élever , et tous les symptômes de l'hydrophobie se manifestent dès ce moment. Alors chaleur brûlante, sorte de fureur , face colorée , les yeux étincelans , égarés, regard farouche avec une apparence de crainte , envie de mordre , aversion de la lumière , fureur et convulsions à l'aspect des liquides et des corps brillans , pouls assez élevé. Mort au bout du septième jour à dater de l'invasion des symptômes d'hydrophobie. Le cheval s'est toujours bien porté, ce qui empêche de croire à une hydrophobie communiquée. 145. Il est peut-être singulier qu'après avoir parcouru une sphère immense , et examiné les faits sans nombre publiés , soit dans les journaux ou les recueils d'observations , soit dans les traités particuliers sur l'hydrophobie communiquée par contagion , un medecin distingué par son érudition ( Bosquillon ) ait révoqué en doute sa vraie origine , et l'ait rapportée dans tous les cas à la crainte ou à la manière dont l'imagina-' tion est frappée. Quoiqu'il y ait d'ailleurs une grande ressemblance entre les symptômes de la rage spontanée et de celle qui est communiquée , la première ne survient-elle pas immédiatement après l'action de la cause qui l'a produite? au lieu que l'autre a une époque d'incubation plus ou moins longue , comme toutes les maladies contagieuses , et qu'en cautérisant la morsure , on parvient, dans le plus grand nombre de cas^ •

l56 WÉVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.

à détruire le virus hydrophobique. N'a-t-on pas vu enfin des personnes très-confiantes dans refBcacitë des jnoyens préservatifs mis en usage, en être cependant atteintes , tandis que d'autres qui craignaient beaucoup en étaient préservées ?

§ II. Description générale de VHjdrophobie.

i44- Prédispositions et causes occasionnelles* L'hydrophobie peut être communiquée par contagion , ou survenir spontanément : dans le premier cas , elle est occasionnée par la morsure d'un animal enragé , par un simple lèchement , par la respiration de l'haleine d'un hydrophobe ou d'un animal enragé , ou bien par une substance infectée de leur salive portée imprudemment à la bouche. Lorsqu'elle est spontanée , ses causes les plus ordinaires sont une frayeur vive, un emportement violent, des écarts extrêmes de régime, des travaux forcés en restant exposé aux ardeurs du soleil. Quelquefois il n'y a point de cause déterminante connue.

145, Symptômes. L'époque de l'invasion varie suivant que l'hydrophobie est spontanée ou occasionnée par contagion : dans le premier cas , elle a lieu le jour même , ou peu de temps après la cause qui l'a produite ; dans le second cas , c'est le plus ordinairement 1 rente ou quarante jours après la morsure , quelquefois plus tôt. Ses phénomènes précurseurs sont un état d'inquiétvide , de la tristesse , de la pusillanimité , un sommeil agité par des rêves sinistres , la perte de l'appétit, la recherche de la solitude , le resserrement aux tempes , des affections nerveuses variées; les cicatrices

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