W NEVROSES GÉNITALES DE LA FEMME
bustes : ces accès finissent ordinairement après un torrent de larmes , ce qui se renouvelle à des intervalles plus ou moins longs Une jeune fille,
parvenue depuis peu à l'époque de la puberté , menant une vie inactivo , et se nourrissant d'alimens écliauffans , avait des liaisons secrètes avec un jeune bomme d'une basse extraction , en trompant la sur-r veillance de ses parens : son inclination étant contrariée , elle éprouva des rêves très-pénibles. Peu de jours après, elle tint des propos très-obscènes , et simula les gestes et les actes d'une baccbante ; on eut même besoin de la retenir dans son lit avec de forts liens pour Tempêclier de sortir nue , de prendre les postures les plus lascives , et de provoquer le premier venu à l'union des sexes : regard étincelant , point de sommeil , aliénation des plus marquées , avec écoulement d'une matière visqueuse , acre , et même corrosive , par les parties sexuelles ; le pouls était d'ailleurs vit', la langue sèclie , et toute l'babitude du corps dans un état de marasme. Un médecin peu instruit l'épuisa de saignées , et la conduisit au tombeau. On peut voir , dans le Traiié de la Nymphomanie par Bienville , d'autres bistoires particulières de cette maladie : on désire en vain dans cet ouvrage un style moins diffus , une métbode descriptive plus correcte , enfin une crédulité moins confiante dans les formules compliquées , et une bien plus grande importance donnée aux vrais principes de Fliygiène, On trouve, en outre, des exemples nombreux de cette affection dans les hospices des femmes aliénées, surtout dans les pays méridionaux.
s 84 KEVROSES DE LA GÉNÉRATION.
§ IL DescrlpiioJi générale des Nécroses génitales de
la femme.
Nymphomanie,
290. Prédispositions et causes occasionnelles. Celle affection se remarque surtout à l'époque de la puberté ; et elle est le plus souvent occasionnée par des lectures lascives , une contrainte sévère et un état de retraite , l'habitude de l'onanisme, la sensibilité extrême de l'utérus, et une affection dartreuse fixée sur les organes génitaux.
291. Symptômes. Dans la première période, l'imagination est sans cesse obsédée par des objets lascifs €t obscènes ; on est dans un état de tristesse , d'inquiétude ; on devient taciturne ; on recherche la solitude ; perte du sommeil et de l'appétit , combat inté- 1 leur entre des sentimens de pudeur et l'impulsion des désirs effrénés, etc. Dans la deuxième , on s'abandonne à ses penchans voluptueux , on ne combat plus pour les réprimer, on oublie toutes les règles de la pudeur et de la bienséance ; les regards et les propos sont agaçans , les gestes indécens ; on fait des sollici— lations , des instances à l'approche du premier venu ; on fait des efforts pour se jeter dans ses bras; on menace, on s'emporte si l'homme résiste ou s'il veut se défendre. Dans la troisième , l'aliénation d'esprit est complète , l'obscénité dégoûtante , la fureur aveugle , avec désir de frapper et de déchirer; il y a chaleur brûlante sans fièvre , enfin tous les symptômes divers cî'un état maniaque violent. -
§ m. Traitement des Nécroses génitales de la
Jenime»
292. Les règles de traitement que j'ai exposées eu parlant du satyriase doivent être également appliquées à la nymphomanie* Après avoir cherché à éloigner les causes de cette affection , c'est dans les bains ticdes , le nitrate de potasse , le camphre , le nénuphar Çjijmphœa alba , L. ) qu'on doit puiser des moyens curatifs. On cherchera surtout à faire l'application des règles de l'hygiène. On doit ici , de même que dans le satyriase , chercher à éloigner tout ce qui peut exciter les organes génitaux : on proscrira les romans^ les bals , les grands cercles où se trouvent réunies beaucoup de personnes de l'autre sexe , tandis qu'on mettra en usage une nourriture végétale, un exercice modéré mais soutenu , l'habitation de la campagne et la distraction.
H r ST È RI E (i).
§ Y^, Considérations générales.
295. L'hystérie ; sur laquelle on a tant écrit en médecine , est encore un exemple de l'obscurité et de la confusion qu'on répand sur une maladie quand on ne la considère seulement que dans ses diverses complications avec d'autres maladies analogues , sans exa-^ miner d'abord quel est son caractère propre. Cullen
(i) Synonymie. Hysteria, Sauvages, Linn^us, Vogel. OiLLEN, Sagar; Jfftctio Itysterlca, Willis , Sydenham, Whytt ; 3Iiiiufn hystcriGum , lÎQFT'Tiix's^ j Juncker ^ eto.
regarde comme des variétés ce que Sauvages appelle espèces , et il convient de la difficulté de distinguer* toujours avec exactitude la dyspepsie , l'hypocliondrie et l'hystérie. Quelques auteurs, d'ailleurs trés-éclairés^ confondent ces deux dernières dans l'énumération des symptômes , au point qu'on ne peut distinguer ceux qu'il faut rapporter k l'une ou à l'autre. Whytt dit expressément (i) qu'il traitera de toutes les maladies nerveuses qui sont l'effet d'une constitution faible , délicate et extraordinaire des nerfs, et il rapporte indistinctement tous les symptômes que les médecins ont appelés venteuoc , spasmodiques , hjpochondriaques , hystériques , vaporeux. D'un autre côté , d'autres auteurs plus circonspects, et fondés sur les descriptions 'générales ou particulières de l'hystérie qui nous ont été transmises par Arétée , Forestus , Mercurialis , etc. , ont considéré cette maladie dans sa forme primitive , et telle qu'on l'observe lorsqu'elle est isolée de toute autre. Une singularité remarquable, c'est que Frédéric Hoffmann , qui lui a consacré un article particulier^ rapporte ensuite des exenq:)les où elle est compliquée avec d'autres maladies nerveuses. Celte instabilité d'opinions prouve la nécessité de procéder toujours parla voie de l'analyse, et de commencer par saisir les symptômes caractéristiques de toute maladie , avant de passer à ses complications diverses. Parmi les différens cas d'hystérie que j'ai eu occasion d'observer , il s'est offert surtout un exemple où cette
(i) Traité des Maladies nerveuses ^ hypochondriaques et hystériques ^ Iraducûon de fanglais de Robert f^Vhyit , professeur d,e médecine en l'universitë d'Ediiribourg. Paris , 1777.
MYSTÉRIE. 287
maladie est complètement isolée de toute autre. :294. Une jeune personne d'un teint brun, d'une constitution forte et saine , tombe , à l'âge de dix-sept ans , sans aucune cause connue , dans une sorte de manie, ou plutôt dans une suite d'actes d'extravagance qui consistaient à parler seule , sauter, déchirer ses habits , les jeter au feu. Cet état dure cinq mois , et disparaît durant l'été par la dissipation et de fréquens voyages à la campagne, qui sont suivis d'une première éruption des menstrues ; mais , après une rétention de trois mois de cette évacuation périodique , il se manifeste des accès d'hystérie qui se renouvellent tous les mois. D'abord dégoût pour ses occupations ordinaires , fréquence de pleurs versée sans cause , air sombre et taciturne ; bientôt après , perte de l'usage de la parole , visage très-coloré , resserrement spasmodique au cou , et sentiment d'une sorte de strangulation , engorgement des glandes saîivaires ; et , dans la suite , salivation abondante , comme par l'usage du mercure : alors impossibilité d'ouvrir la bouche , par la forte contraction des muscles de la mâchoire inférieure : roideur tétanique de tout le reste du corps , pouls à peine sensible , respiration lente mais régulière, ventre constipé, urine limpide. Ces symptômes durent trois ou quatre jours, qui se passent dans une abstinence absolue ; ensuite voracité singulière , et toutes les fonctions se rétablissent dans l'état naturel. Le calme continue sept à huit jours, quelquefois dix à douze jours, puis les accès se renouvellent avec la même violence (i). Il y avait eu une inter-
(i) Il est cligne de reiftarcjue ([^ig , durant les accès, les
:28s NÉVROSES DE LA GENERA TlOlV*'
ruption des menstrues pendant cinq mois ; mais elles reparurent ensuite. L'éruption étant encore retardée le mois suivant, je prescrivis des pédiluves irritans pendant quelques jours, des boissons émulsionnées , et quelques clystères avec Yassafœtlda» L'évacuation sexuelle eut lieu le mois d'ensuite , et amena la cessation de tous les symptômes spasmodiques > mais il restait un état de stupeur et d'insensibilité , point de déjections depuis huit jours, nulle trace de cette voracité qui s était manifestée à la cessation des accès précédens ; air sombre et taciturne , obstination à garder le lit, refus de nourriture, excepté de quelques rôties trempées dans du vin et du sucre. Pour faire cesser cet état de spasme et d'apathie , j'indiquai des courses répétées à la campagne , dans une voiture ouverte en tous sens , et propre à faire respirer un air pur : dans peu de jours, déjections très-dures rendues après les efforts les plus violens, retour gradué de l'appétit , rétablissement des forces et de toutes les J fonctions physiques ou morales. L'évacuation a lieu à l'époque ordinaire le mois suivant ; dissipation , exercice du corps, de temps en temps quelques demibains aromatiques. L'évacuation mcnstruelles'est régularisée, et la jeune personne a, depuis ce tem|>6-îà, joui j d'une bonne santé ; mais, pour prévenir toute rechute.
fonctions de fouïe, loin d'ëlre abolies ou suspendues ^ semblaient avoir acquis un nouveau degré' de vivacité. Un musicien habile joua du violon auprès de la malade pendant ses accès ; et quoiqu'elle parût alors insensible aux charmes de la musique , elle en fut si vivenienl afieclée^ qu'elle avoua ^ après avoir repris l'usage entier de ses sens, que la musique favail jelée dans une espèce de ravissement mâ\é de volupté.
j'ai fortement insisté sur la nécessité du mariage vers l'approche de l'hiver ; et c'est ainsi qu'une guérison solide s'est terminée en remplissant le vœu de la nature.
295. Hoffmann a tracé l'observation d'une hystérie déterminée par la suppression de la leucorrhée. Une veuve âgée de trente ans , d'un tempérament sanguin , en apparence bien portante , n'avait pas été exempte d'attaques d'hystérie durant ses couches. Elle se livra à la bonne chère après la mort de son mari , dansa immodérément, s'exposa au froid en s'asseyant sur l'herbe humide; et , ayant mangé trop de farineux et de salade^ elle ne tarda pas à éprouver par intervalles de l'anxiété à l'épigastre , de la difficulté de respirer et de la constipation : ses menstrues furent remplacées par une leucorrhée qui se continuait même dans les intervalles. A la suite d'un refroidissement considérable , le flux se supprima ; alors apparition d'une tumeur dure à l'aîne, de la largeur de quatre doigts et de la longueur de huit , avec douleur et sentiment de pulsation : en même temps perte subite du sentiment et du mouvement , gonflement et coloeation vive de la face , enflure des mamelles , sueur colorant le linge en rouge , pouls plein et grand , abdomen distendu par des flatuosilés , froid de glace aux pieds (^saignée) ; cessation des symptômes. Plus de cinquante accès semblables ont paru avec plus ou moins de violence dans l'espace d'un mois (^pécliluves tièdeSy lavemens huileux , nitrate de potasse y gIc. ; injection aromatique dans le vagin ) ; écoulement , par les organes sexuels , d'une grande quantité de mucosité gluante qui soulage beaucoup. Le mariage opère une in. 19
2gO NEVROSES DE LA GENERATION.
guérison complète. M. Duvernoy a réuni , dans sa Dissertation sur V Hystérie (Paris, 1 80 1 ) , les opinions et les principales recherches des anciens et des modernes ; il y a joint un certain nombre d'iiistôirès particulières d'hystérie simple , et il a développé avec soin les principes généraux du traitement.
§ II. Description 'générale de l'Hystérie.
296. Prédispositions et causes occasionnelles. Tels /sont une grande sensibilité physique ou morale, l'abus des plaisirs vénériens, des émotions vives et fréquentes , des conversations et des lectures voluptueuses , la privation des plaisirs de Famour après en avoir long-temps joui, la diminution ou la suppression de la menstruation , de la leucorrhée , des lochies, etc.
297. Symptômes. Les accès hystériques peuvent attaquer subitement, ou être annoncés par des bâillemens, des vertiges, des pleurs sans cause ou des éclats de rire involontaires, l'urine limpide, la rougeur et la pâleur alternatives de la face. Ils varient aussi beaucoup pour le nombre et l'intensité de leurs symptômes; mais, en général, ceux qu'on observe peuvent , au milieu de leurs formes variées , être rapportés à quelqu'un des degrés suivans; ce qui est une distinction très-propre à éclairer leur traitement. Prem^ier degré. Sentiment d'une boule qui semble partir de la matrice et faire refouler vers l'estomac une chaleur plus ou moins vive , ou un froid glacial , en se portant ensuite au cou , et en gênant plus ou moins la respiration ; dépression et tension de Tabdo-
iTiGii; quelquefois aussi goiinlcmciit comme dans la poitrine, et refroidissenicnt desextrémiies; leplussouveat roii^^eurdu visage, et quelquefois pal ear. Beux.'ème c/rgré. Dans les attaques d'iijstciie plus intenses , jj^onflement de la poitrine , du cou et de la face , gène de la respiration portée jusqu'à la suffocation , lefroidissement extrême des pieds, pouls presque insensible, sentiment plus ou moins obtus, et quelquefois perte de connaissance , mouvemens convuîsifs des membres , du tronc et de la tête. Troisième degré. Dans les attaques portées au plus haut degié, suspension presque absolue de la circulation et de la respiration ; la clialeur animale paraît presque entièrement éteinte; pâleur, insensibililé, immobilité, mort apparente , et quelquefois réelle, mais dans des cas trèsrares : ces attaques très-violen les peuvent durer deux et même trois jours , et donner lieu à des méprises funestes par une inhumation trop précipitée.
298. L'hystérie peut être compliquée avec l'în'poctiondrie , la mélancolie et même Fépilepsie, et il finit convenir que si , dans certains cas , on peut faire une application l.eureuse de l'analyse pour démêler les symptômes qui appartiennent à chacune de ces affections réunies , il y en a aussi beaucoup d'autres où l'analyse est en défaut , à cause des variétés et des divers degrés d'intensité dont chacune de ce§ névroses est susceptible.
§ HT. Traliement de V Hystérie.
299. Le siège primitif de Phystérie , comme Tin-, dique fon nom, paraît être la matrice : très - souvent aussi une continence austère est une dèis ses causes dé-
2i)2 NEVROSES DE LA GÉnÉRATIOPT.
terminantes; ce qui a doniié lieu à un moyen connu de toutes les matrones , et qu'Ambroise Paré décrit avec sa naïveté ordinaire , en indiquant ensuite l'usage des frictions , de l'application des ventouses , des fumigations , des injections dans les parties de la génération : aussi faut - il en revenir le plus souvent au précepte d'Hippocrate , qui recommande le mariage aux filles vierges attaquées d'hystérie. Aëtius insiste beaucoup sur les principes de l'hygiène, et conseille de seconder l'effet des médicamens qu'on prescrit par la régularité dans la manière de vivre, les promenades du matin , l'exercice en voiture , à cheval, la navigation, les lectures à haute voix, les frictions, etc. Mais les règles du traitement deviennent vagues sans la distinction des divers degrés des attaques d'hystérie ; et ne serait - il pas superflu ou même nuisible d'employer des moyens actifs dans le premier ou le deuxième degré , puisque les 'attaques se terminent presque toujours spontanéïnent , et qu'elles sont de peu de durée , ou que du moins , si les symptômes spasmodiques sont très-violens, comme un resserrement extrême du gosier et un sentiment de strangulation , il suffit souvent d'un clystère avec Y as sa fœtida , ou d'une fomentation faite avec le vinaigre sur la régi(^n épigastrique pour faire cesser les accidens? Ces derniers sont constamment exaspérés par les moyens dont on a coutume de se servir pour fhire cesser les syncopes, tels que l'acide acétique concentré ( vinaigra radical ) , l'ammoniaque , etc. Mais dans le troisième degré, c'est - à - dire lorsque toutes les fonctions de la vie sont suspendues et qu'il y a du danger , on doit recourir aux irritans externes les plus énergiques.
5oo. Pour prévenir le retour des accès , il faut chercher à éloigner les causes de cette affection. L'hystérie est-elle due à la suppression des menstrues ^ on emploiera les moyens propres à les faire reparaître ; survient-elle aussitôt après la suppression d'une leucorrhée, on fera usage des moyens adaptés à cette dernière, et on y 'joindra un régime fortifiant, une vie active, un exutoire , et l'exercice au milieu d'une atmosphère sèche et chaude. Il convient aussi de remédier à l'état de mobilité qui favorise le retour de cette affection. Le tempérament de la malade doit surtout être pris en considération , car il doit faire modifier ^ les moyens préservatifs. Le mariage est un des moyens les plus efficaces toutes les fois que l'hystérie survient chez de jeunes filles d'un tempéramjent ardent , et qu'il n'y a pas d'autre cause bien sensible qui ait pu l'occasionner. Je dois d'ailleurs m'abstenir ici des considérations relatives à l'âge , à la constitution originaire ou modifiée par la manière de vivre , etc. , qui sont proprement du ressort de la thérapeutique spéciale.
294 LÉSIOIVS ORGANIQUES.
CLASSE CINQUIÈME
ou changemens dans le tissu intime et la structure
des parties,
5oi . On ne peut méconnaître un passage naturel ou plutôt une sorte de dépendance entre les Classes précédentes et les considérations relatives aux maladies qui consistent dans un dérangement de la structure organique des viscères ou de certaines parties. I^es phlegmasies ne paraissent changer Je tissu que d'une nianière passagère , et il n'en reste souvent aucune trace après une terminaison favorable de la maladie ; inais dans d'autres cas de phlegmasie , la structure intérieure est entièrement changée , ou j^lutôt il en résulte de nouvelles affections qui sont un effet de l'état inflammatoire , et dont le caractère doit être considéré dans cet ouvrage. Il çn est de même des affections nerveuses : pendant qu'elles conservent encore leur nature et qu'elles n'ont point dégénéré en altération du tissu intime des parties , elJes forment une Classe particulière de maladies dont l'histoire a déjà été exposJe ; mais si ces affections nerveuses cessent de conserver leur caractère simple, et que les parties qui en ont été long-temps affectées reçoivent une atteinte profonde et un dérangement noiabJc dans leur organisation intérieure , il peut en résulter de nouvelles lésions de
LÉSIONS ORGANIQUES. SgS
Structure qui doivent être maintenant considérées , soit relativement aux cbangemens des solides , soit par rapport à de nouveaux fluides qui peuvent surabonder et s'épancher dans des cavités particulières. On doit admettre aussi certaines altérations de structure qui sont indépendantes des deux sources qui viennent d'être indiquées.
3o2. Mais parmi les affections qui portent atteinte a la structure intime des parties ou la dénaturent entièrement, certaines se rapportent plus particulièrement à la Nosograpliie chirurgicale , leur thérapeutique exigeant quelque opération manuelle ou quelque application dirigée avec dextérité à l'extérieur , et adaptée à la naturede la maladie. On doit mettre de ce nombre les plaies, les ulcères, différentes maladies des voies urinaires ou de la génération , plusieurs affections internes et externes des organes des sens, les fractures, etc. (i): ce qui renferme dans, des limites bien plus circonscrites les considérations de cette classe qui doivent entrer dans la nosographie interne.
5o5. Les lésions de structure organique se divisent naturellement en deux grandes sections : l'une comprend les altérations qui peuvent s'étendre indistinctement à presque toutes les parties , et entraîner avec elles des dérangemens très-notables dans celles même qui sont d'une nature très - différente , soit pour leur tissu , soit pour les parties qui entrent dans leur composition : on doit mettre de ce nombre le scorbut , la gangrène , le cancer , la phtlûsie , et même la maladie
(î) Je renvoie pour ces objets à la Nosographie chirurgicak: du professeur Richeraiid.
20j6 LÉSIONS ORGANIQUES.
vénérienne. L'autre section comprend plus parliculièrement les maladies qui consistent dans une altération d'un certain ordre de parties ou d'un certain système , comme celles du cœur, du système vasculaire san-guin , du système lymphatique , du système osseux , du tissu cutané ou cellulaire , du parenchyme de certains viscères en particulier, comme du poumon, du foie, de la rate, de la matrice; enfin celles qui sont propres à chacun des systèmes musculaire, séreux ou muqueux, et qui y produisent des affections particulières parles dérangemens de leur structure.
5o4« Ce serait une omission très-grave que de ne point faire connaître ici les progrès bien marqués qu'a faits dans ces derniers temps cette partie de la médecine interne qui se rapporte aux lésions organiques , et combien sa marche a acquis plus de précision et d'exactitudte par l'étude de l'anatomie pathologique , en faisant naître en même temps l'espoir de parvenir dans la suite aune doctrine plus complète. On connaît îa compilation savante de Bonet qui a été publiée en lyoo avec les notes de Manget : Sepiilchretum sive Anatomia practica, etc. , 5 vol. in-fol. L'ouvrage de Morgagni (^de Causis et Scdibus Morboruni^ etc. ) forme aussi un recueil de faits les plus précieux. On connaît, sur les mêmes objets, les ouvrages de Sandifort, de Baillie , de Conradi, etc. On sait encore combien M. Portai a cultivé avec succès cette même brancbe de la pathologie (Cours d'anatoniie médicale , ou Elémens de ranatomie de l homme , etc. , 5 vol. in- 6^. Paris, i8o4). Desault n'a pas moins dirigé ses vues sur cette partie de la science qui appartient également à la médecine interne et à la chirurgie^ soit dans
son Journal de Chirurgie , soit dans la collection de ses Œuvres y publiées par Bichat en 1798. On connaît aussi les progrès solides que Bichat lui -- même a fait faire à l'anatomie pathologique dans son important ouvrage sur VAnatomie générale (i). Enfin cette source si féconde de recherches utiles et variées a donné lieu à de nouveaux dé veloppemens et à une suite de faits curieux publiés dans l'ouvrage de M. Pelletan (Clinique chirurgicale ^ ou Mémoires et Observations de chirurgie clinique. Paris, 1810, 5 vol. in -8^). 5o5. Il était naturel de tracer une sorte d'esquisse ou de rapprochement général de tant de résultats heureux d'observations éparses dans divers auteurs y et de fixer avec précision si, dans l'état actuel de nos connaissances , on pouvait tenter un traité général d'anatomie pathologique , ou si , en attendant ce terme plus ou moins éloigné , ou pouvait saisir quelques aperçus généraux dans le vaste ensemble qui manque encore à la science médicale. Pour remplir cet objet , il fallait s'être beaucoup exercé dans les hôpitaux à ce genre de recherches , et réunir à un jugement sain des connaissances solides et étendues dans la médecine pratique. MM. Bayle et Laennec ont donné des vues particulières sur le mode d'exécution d'un pareil ouvrage , dans le Dictionnaire des Sciences médicales. On ne peut qu'attendre avec impatience la publication des travaux du même genre, préparés depuis long-temps par MM. Chaussier, Dupuytren , Richerand et d'autres professeurs de la Faculté de Médecine.
(i) Anatomie générale ;> par Xav. Bichat, no'uvelle édition, avec dee notes par MM. Pinel^ Béclard et Laennec. {Sous presse,)
2gS LÉSIONS ORGANIQUES.
5o6. L'iiospice de ]a Salpétrière olTre un champ vaste à ra-jatoiuîe pathologique : près de cinq mille femiiies y sont réunies, la plupart arrivées à cet âge où les altérations chroniques finissent par détruire les organes et l'économie ; elles n'ont plus guère, dans la posiiion où elles se trouvent, de raisons pour dissimuler les causes et le développement de leurs infirmités ; il est donc facile de recueillir l'histoire exacte et complète d'un grand nombre d'affections organiques que l'on observe dans l'intérieur de la maison où l'on ne ne perd pas de vue les malades , et à l'infirmerie même où elles se rendent quand leurs maux s'aggravent. Des circonstances aussi favorables ont depuis long-temps été mises à profit par un grand nombre d'ouvertures de cadavres. M. Landré - Beau vais continue ses recherches sur l'épilepsie ; M. Esquirol poursuit les siennes sur les maniaques , et met à l'épreuve de l'observation les théories modernes , en réunissant un grand nombre de crânes et de plâtres exactement modelés , et en notant avec le plus grand soin l'état du cerveau chez les aliénées qui succombent à des maladies aiguës , à la manie elle-même ou à ses suites. C'est d'après ces travaux constans et suivis avec la plus scrupuleuse exactitude qu'on peut modifier plusieurs points de la doctrine des affections organiques ; liri grand nombre défaits prouvent, i^. que beaucoup de maladies nerveuses n'ont pas toujours , dans les tissus , les causes matérielles qu'on s'est plu à leur assigner ; 2'\ que, chez les vieillards, les signes donnés pour reconnaître certaines affections organiques sont souvent illusoires , puisqu'ils existent sans ces affections, et que celles-ci peuvent exister sans eux ; 5^. qu'il est, dans
LESIONS ORGANIQUES GENERALES. 2gg
certains cas^ très -difficile de disiinguer le moment d'origine d'un grand nombre d'altérations organiques, et difficile encore de distinguer ces altérations de celles qui s'en rapprochent ; 4"* mais aussi l'expérience répétée prouve de plus en plus la valeur et l'utilité de certains symptômes, ou plutôt de l'ensemble d'un certain nombre de caractères extérieurs , par les rapports constans qu'ils ont avec les dégénérescences d'organes profondément situés; 5°. l'expérience enfin démontre souvent la nullité de tant de moyens dont la ver lu héroïque, à force d'avoir été vantée, ne semblait plus douteuse. *