‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 50 sur 83 · ORDRE PREMIER · texte numérisé non relu

ORDRE PREMIER

LÉSIOKS ORGJtNIQUES GÉNÉRALES.

507. Les maladies de cet Ordre semblent avoir une étendue illimitée , et pouvoir attaquer indistinctement toutes les parties soit solides, soit fluides, infecter pour ainsi dire toute la constitution lorsqu'elles sont invétérées , et dénaturei- en entier le tissu et la structure organique des parties où elles portent toute leur action. On ne saurait presque déterminer , dans certains cas de scorbut, si les muscles, les vaisseaux sanguins , la peau , le tissu cellulaire , le fluide lymphatique sont plus affectés les uns que les autres. Le défaut d'action vitale qui amène la gangrène peut aussi s'étendre indistinctement à toutes les parties, les désorganiser et ne laisser à la place de la structure régulière de leur tissu qu'un tout informe sans aucune, trace de

3oO LÉSIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.

leur état primitif. Le cancer produit indistinctement une transformation différente , mais d'un aspect non moins hideux , et plus effrayant encore par les douleurs intolérables qu'il produit que par le désespoir où il jette si fréquemment ceux qui n'en peuvent être délivrés ni par les efforts de l'art, ni par les ressources de la nature. La phthisie, quelle que soit sa cause^ ne fînit-ellê pas par changer l'homme le mieux conformé en une sorte de spectre ambulant , en portant également le dépérissement dans toutes les parties ? Enfin la maladie syphilitique n'étend-elle point les effets de son virus sur les membranes muqueu-ses , les glandes, la peau, le tissu des viscères, etc., et n'exercet-elle point sur toutes les parties du corps humain une influence funeste lorsqu'elle est très-invétérée?

3o8. Je mets à profit, dans celte édition , les progrès récens de la médecine , sous le rapport des maladies de cet Ordre ; mais si on veut être difficile sur le choix, combien peu de faits particuliers sont propres à offrir les modèles d'une scrupuleuse exactitude !

§1^''. Considérations générales.

5og. Quel déluge d'écrits et de receltes prétendues merveilleuses, de spécifiques dont on croit l'efïicacité assurée contre le mal vénérien ! quelle foule de méthodes lour-à-lour prônées , combattues , remplacées

(i) Synonymie. Syphilis ^ Sauvages , Linn^eus , Vogel , CuLLEN , Sagar 5 Lues venerea ^ Boerhaave ^ Hoffmann , JuNCKEn ; AsTRuc 3 Mal vénérien ; Maladie vénérienne; Vérole.

STPiiiiiis. 5or

par d'autres , ou reproduites adroitement sous d'autres fohues! Le moindre empirique, resserré dans les bornes d'une simple formule , peut-il rien voir au-dessus do son habileté dans le traitement de cette maladie , et ne se croit-il point un homme supérieur ? Cherchons à dissiper celte illusion de l'amour-propre , et à montrer dans tout leur jour les difficultés qu'offre le traitement du mal vénérien pour l'homme éclairé et plein d'expérience. On ne peut douter maintenant que le virus ne se propage par les vaisseaux absorbans , et qu'il n'affecte surtout les glandes lymphatiques par une sorte d'affinité particulière. Quelle influence n'ont point dû avoir sur le traitement de cette maladie le» découvertes de Fanatomie relatives au système lym-. phatique ! Astruc , dans son ouvrage , donne un index chronologique des divers auteurs qui ont écrit sur le mal vénérien, depuis i495> jusqu'en 1^54, en y ajoutant de légères notices. L'ouvrage d' Astruc, qui a paru à cette époque , est remarquable par l'ordre et l'éru-^ dition qui y régnent ; mais on imagine combien il y a d'objets à rectifier sur les formes variées de la maladie , sur sa contagion et les méthodes de traitement. Il était naturel que l'Angleterre, qui avait été le berceau des découvertes sur le système lymphatique , donnât aussi l'exemple de l'heureuse application qu'on en pouvait faire à la propagation et au développement du mal vénérien. Jean Hunter, déjà si célèbre par ses découvertes en anatomie , eut cette gloire. Son Traité sur les 4naladies vénériennes est un des ouvrages les plus profonds et les plus originaux qui aient paru depuis long-temps dans la médecine. Nisbeth, Clare, (jui lui ont succédé , sans s'engager dans ses théories

S02 LÉSION.'^ ORGANiQUES GENERA LKS.

subtiles ou ses opinions quelquefois paradoxales , ont beaucoup contribué à perfectionner le traitement. Mais on doit surtout à M. Swédiaur d'avoir développe celui qui Convient à la blennorrbagie et à l'engorgeuicnt du testicule , en faisant bien connaître le véritable caractère de ces affections. En France, De Horne s'est borné au point de vue purement pratique , en publiant, en 1779, les observations sur les différentes îiicthodes d'administrer le mercure dans la maladie vénérienne. Les résultats des observations faites à l'bospice des Vénériens de Paris ont été publiés dans plusieurs ouvrages. M. Cullerier, cbirurgien en ébef de cet établissement , a produit lui-même des articles intéressans dans le Dictionnaire dés ScieJiccs médi-^ cales. M. Bertina donné, en 181O, un Traité de la maladie vénérienne chez les enfans nouveau-nés , les femmes enceintes et les nourrices , où Ton trouve des faits curieux sur les variétés de symptômes qu'offre la syphilis chez ces individus et sur la meilleure manière de les traiter. La thèse de M. Lagneau avait déjà fixé l'attention publique , et l'auteur en a formé depuis une histoire générale de la maladie vénérienne ( nouvelle édition, Paris, 1818), où il expose avec soin les symptômes et le traitement de cette maladie locale ou constitutionnelle (confirmée) , simple ou compliquée : on y trouve des observations et des détails intéressans extraits des leçons de clinique de M. Cullerier. 5 10. J^omets de parler ici des affections locales si connues, comme la gonorrhée, les chancres, etc*., pour considérer le mal vénérien dévenu une affection générale et pour ainsi dire constitutionnelle. Le virus vénérien > reçu par les vaisseaux lymphatiques, peut

SYPHILIS. 5o5

être porté clans les glandes de Taîne ; il peut être porté aussi dans le canal tlioracique , et passer dans la

niasse commune des licpiides Les effets de cette

dernière transmission sont une légère irritation accompagnée de frissons, quelquefois si légers et si vagues qu'ils ne sont point sentis par les malades , ou qu'ils sont attribués à d'autres causes passagères , jusqu'à la manifestation des symptômes d'une infection générale Le virus ne ciicuîe qu'un certain temps dans

la masse générale des liquides , ordinairement cinq ou six semaines , et alors il se porte sur certaines glandes par une sorte d'affinité inconnue ; sans que le sang , les autres fluides , ou les organes sécrétoires puissent être dits affectés , quand on veut parler d'une manière exacte. Lorsque le virus n'affecte qu'une glande isolée, cTn peut , en extirpant la tumeur , enlever la maladie , comme Jean Himter l'a éprouvé sur une glande de l'aisselle Pour que le virus introduit dans le système des liquides puisse affecter certaines glandes , il faut que celles-ci soient sensibles à son action ; de là vient qu'il peut rester plus ou moins caché , et se développer ensuite par d'autres circonstances étrangères, comme des excès dans le régime , un état de grossesse pour les femmes , etc.

§ IL Description générale de la Sjphilis.

5ii. Prédispositions et causes occasionnelles. Le virus vénérien se communique par un contact imm^-^ diatau^ parties génitales, à l'anus, à la bouche, aux mamelles des nourrices , ou par une sorte d'inoculation au-dessous de l'épiderme.

5o4 LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

5x2. Sjmptômes, Ils varient selon la période plus ou moins avancée cle la maladie. Première période. Quelquefois la catise virulente agit d'abord sur les amygdales , et de là elle s'ëtend à la bouche , à la langue y etc. Ses effets sur ces parties sont une ulcération qui se développe tout-à-coup sans boutons , pustules ni cliancres. La surface ulcérée est d'un blanc sale y avec des bords durs, épais et comme déchirés. Quelquefois le virus se porte sur les gencives , qui deviennent spongieuses avec des bords rouges et enflammés. La détermination du virus vénérien à la peau peut y produire des éruptions variées, comme des taches, des pustules d'abord transparentes , puis couvertes de croûtes écailleuses, etc. Lorsque ces éruptions passent à l'état d'ulcère , leur base est recouverte d'une croûte épaisse , caverneuse , avec des bords durs et calleux. Deuxième période. Quoiqu'il soit quelquefois fort difficile de la déterminer, on peut, en général, la rapporter aux affections de certaines parties plus profondément situées , comme du périoste , des aponévroses , des tendons , des ligamens. Hunter a vu ces affections se porter quelquefois dans l'oreille interne , et produire la surdité avec les douleurs les plus violentes. Le progrès de l'irritation , dans les parties dont je viens de parler , se fait d'une manière plus uniforme que dans / les autres ; car on y reconnaît une certaine analogie avec la marche du vice scrophuleux ou du rhumatisme chronique. On voit, par exemple, une tumeur se former sur un os , tumeur qu'on ne peut rapporter qu'à une infection de plusieurs mois,. et qui n'est quelquefois accompagnée que de douleurs légères ; dans d'autres cas, on éprouve les douleurs les plus violente^

SYPHILÏ?. 5of)

avant la formation de la tumeur. On peut faire les mêmes observations sur le gonflement des tendons et des aponévroses. La matière qui se forme à la suite de cette irritation inflammatoire n'est pas du vrai pus,

mais une matière visqueuse D'un autre côté , des

nodosités, soit des tendons ^ soit des os , durent quelquefois des années entières sans qu'il s'y forme la moindre quantité de madère ; mais alors il est douteux si ces affections sont d'une nature purement vénérienne. troisième période. Les douleurs internes des os , avec des exacerbations nocturnes , ne font que s'exaspérer : la substance des os en peut être diversement altérée : quelquefois c'est une carie , d'autres fois c'est une tendance des os à devenir spongieux, à produire des fongus , comme dans les afï'ectiçns scrophuleuses , k se ramollir , ou à se fracturer pour les causes les plus légères. Quand la maladie constitutionnelle a duré longtemps , souvent la fièvre hectique se déclare avec les symptômes propres au viscère affecté , et suivant que le poumon , le foie ou toute atitre partie sont attaqués : alors dépérissement , marasme , dévoiement coîiiquatif, et la mor^. La maladie syphilitique peut se compliquer avec les scrophules, le scorbut, la goutte, l'hypochoiidrie, les dartres , la gale, etc.

§ III. Traitement de la SjpJdlis»

5 1 3 . On peut voir , dans le Recueil àe^ observation» de De Horne , avec quelle sagacité on peut varier l'usage du mercure dans certains cas , tantôt en employant une seule méthode, tantôt en combinant deux méthodes ensemble, ou même trois. Quelles sont frivoles les explications théoriques de la manière d'agir m. 30

Zo6 LESIONS ORGANIQUES GEJNERALES.

du mercure par trituration , évacuation , liquéfac-^' lion , ou par une vertu spécifique ! Il paraît surtout , en comparant ses effets avec des guérisons opérées par d'autres moyens , qu'il agit comme stimulant du système lymphatique , dont il augmente les forces vitales, et qu'il rend ainsi propre à expulser ou à détruire le virus vénérien. Quelquefois le malade éprouve- une irï-itabiiité morLifique trop développée, et alors l'opium assure un succès refusé au mercure (Lo7idon , MedJ Journal y 1788). Quoique le mal vénérien offre uu témoignage le moins irrécusable du pouvoir des niédicamens , il ne rentre pas moins dans ]a règle générale de la pluparJ: des maladies chroniques sur l'efficacité des moyens pris de l'hygiène seule , comme Van- Swiéten l'a prouvé par des exemples frappans : et ne sait-on pas que les forçais infectés du mal vénérien guérissent par l'usage seul du régime végétal et de l'exercice pénible qui fait leur lâche journalière ? Je ne m'engagerai point ici dans la longue énumération des remèdes non mercui iels recommandés pour guérir la maladie syphilitique , et exposés avec beaucoup de clarté dans l'ouvrage de M. Swédiaur (i) ; mais je ne dois point omettre de parler d'un nouveau moyen qui a fixé, il y a quelques années, l'attention publique, et qui consiste dans l'usage interne et externe de l'oxygène (2). L'auteur rapporte une suite nombreuse de faits observés, et de guérisons de la maladie syphilitique opé-

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(i) Traité complet sur les symptômes j les effets ^ etc. ^ des m,alàdies syphilitiques ; par Swédiaur,

(2) Essai sur les propriétés médicales de l'oxygène , et ^ur V application de ce principe dans las maladies vénériennes, psoriquiès ai duftr^uses ; par Alyon, Paris.

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