‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 54 sur 83 · GANGRÈNE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE

mènes de celte dernière , comme la chaleur, la donleur, la- tension , céder subitement, sans que la cause en paraisse avoir été éloignée , ou que la maladie ait parcouru ses périodes : le sentiment de la partie devient très-obtus; sa couleur, plus pale, devient successivement cendrée , livide , noire ; la partie est, molle et dans un état de relâchement; il s'y forme des vésicules remplies d'une sérosité ichoreuse ou légèrement teinte en rouge. Si c'est un froid intense qui donne lieu à la gangrène , comme dans les régions boréales,quelquefois l'extrémité du nez, les lobes des oreilles, les doigts des pieds ou des mains deviennent gangrenés et finissent par se séparer du reste du corps , c'est-àdire que d'abord l'impression d'un froid violent produit la pâleur, puis succède 1^ rougeur, qui prend ensuite une couleur pourprée et enfin une couleur noire. Le sphacèle semble être le dernier degré de la gangrèçie, et est marqué par une odeur cadavéreuse. Ses eftets à l'intérieur sont l'insomnie , le délire , des syncopes, des spasmes, une sueur froide, une affection comateuse , et la mort. La gangrène sénile ou sèche commence par les extrémités les plus éloignées du centre de la circulation ; elle affecte les orteils, où souvent elle se borne ; quelquefois cependant elle envahit ]es régions voisines. Elle peut être presauc iocale et seulement accompagnée d'une faiblesse générale; mais elle se complique aussi fréquemment avec les fièvres adynamiques.

§ UL Traitement de la Gcuigrène.

526. Les plus graves auteurs semblent se faire un jeu et ne connaîtie presque aucune difficulté dans Fart m. 21

de remédier aux progrès de la gangrène : il ne s'agit , suivant eux , que de rétablir les forces, d'empêcher le principe putride d'entrer dans les veines , et d'arrêter les progrès ultérieurs d'une prétendue putridité. Ces préceptes généraux^ donnés ainsi sans restriction, peuvent-ils être suivis? et de combien d'exceptions ne sont-ils point susceptibles ! Si la gangrène succède à une inflammation violente, ne faut-il pas la prévenir en calmant les symptômes de cette dernière? et si , au contraire , elle dépend de l'action d'un froid trèsintense, faut-il tout de suite appliquer des stimulans , comme une chaleur vive ? et ne faut-il point , au contraire .tremper la partie dans l'eau froide, et la ramener par degrés et de grands ménagemens à sa chaleur naturelle ?^En général , pour favoriser le retour de la partie à un état de vie , s'il est possible , on doit avoir recours aux topiques stimulans , comme les infusions aromatiques et alcoolisées , aux toniques ; et à l'intérieur, à des boissons analeptiques et restaurantes. Mais les détails ultérieurs du traitement de la gangrène , et la variété des moyens à mettre en usage suivant ses causes, doivent en grande partie être renvoyés à la chirurgie.

CANCER (l).

§ I". Considérations générales,

527. On doit peut-être s'étonner qu'au milieu des^ recherches multipliées qu'on a faites sur la nature et le vrai caractère du cancer, on ait si peu insisté sur les

(i) Synonymie. Cancer, Sauvages, Vogel, Cullen,

&AGAR , BoËRHAAVE.

parties propres à devenir son siège primitif, et que ce ne soit que depuis peu de temps qu'on se soit occupé d'indiquer avec précision quelques données pour remplir cette lacune : c'est ce qu'a fait un anatomisteet un chirurgien distingué, M. Roux (^Mémoire renjer niant quelques vues générales sur le Cancer) (i). Il résulte de ses recherches que la peau, le tissu cellulaire , les membranes muqueuses, les organes glanduleux sécrétoires , et peut-être les glandes lymphatiques , sont les parties de notre organisation susceptibles d'être primitivement affectées du cancer. On a observé aussi que les os, les nerfs, la dure-mère, les muscles des viscères creux , la thyroïde et les appareils articulaires peuvent être atteints de la même affection. ( Observations et Cansidéraiions sur le Cancer, par M. Terrier, Paris, 1806.) J^e cancer, lorsqu'il est confirmé , offre dans tous les organes les mêmes caractères et se présente sous les mêmes traits : le visage ne donne que trop souvent de malheureux exemples du cancer de la peau. Wisemann l'a vu à la peau du crâne , Gooch aux tégumens de la partie interne de la cuisse , Richter à l'ombilic ; quelquefois le cancer des mamelles commence par la peau qui environne le mamelon. Parmi les cancers qui attaquent les membranes muqueuses , on doit ranger ceux de l'œil , qui commencent par la conjonctive , ceux des fosses nasales , de la langue , de l'œsophage , de l'estomac , des intestins , surtout du rectum , de la matrice , de la vessie , du membre génital. Dans ces organes , le

(i) Mélanges de Ghiri^rgie et de Physiologie, par P. J, Roux. Paris , 1809.

5^4 LESIONS ORGANIQUES CtlNERALES.

cancer commence souvent par la membrane muqueuse, et ce n'est que par une suite de ses progrès qu'il envahit les parties soujacentes , comme l'indique l'observation de îa marche de la maladie éclairée par l'inspection cadavérique. On connaît le squirre et le cancer qui affectent les glandes sécrétoires , comme les mamelles et les testicules. Quant aux glandes lynW phatiques^ peut-être est-il encore douteux qu'on puisse les ranger parmi les parties propres à être primitivement affectées par le cancer, quoique dans quelques cas rares celte maladie paraisse s'être manifestée dans une glande lymphatique sans quW puisse la regarder comme secondaire : le résultat du plus grand nombre de faits observés porte à regarder, dans tous les cas , l'aftection cancéreuse de- ces glandes comme tenant à une autre tumeur de pe genre , soit qu'elle coexiste avec elle , soit qu'elle succède à son extirpation ; les progrès de la maladie sont d'ailleurs faciles à suivre. Après le développement de l'affection locale , on voit bientôt les parties voisines et contiguës se désorgajiiser ; les glandes lymphatiques les plus voisines s'engorgent ensuite et sont les premiers organes éloignés qui prennent part à l'affection cancéreuse : enfin le dernier degré du cancer est marqué par des désordres et des lésions dans quelques systèmes organiques très-éloignés , et dans la presque totalité des fonctions : c'est cette histoire générale du cancer qui demande encore de nouvelles recherches, et a besoin d'être perfectionnée. D'après les observations d'anatomie pathologique les plus modernes , la dégénérescence qui cohstitue le cancer avec ou sans ulcération est toujours composée des tissus appelés squirreux et cérc-

briformcs par M. Laennec , qui en a donné les caractères. (Voyez, dans le Dict. des Sciences médicales , l'article Anatomie pathologique, )

528. Stahl y pour bien tracer les caractères primitifs du cancer , se borne à considérer celui du sein. Ses causes les plus ordinaires sont des lésions externes , comme des compressions , des contusions , ou bien des vices de la menstruation. H y a dureté de la partie affectée , accroissement plus ou moins lent , distension variqueuse des vaisseaux qui s'y rendent ; les douleurs lancinantes et très-vives , même dans l'état de cancer occulte, augmentent encore lorsqu'il devient ulcéré, et il s'y joint alors sur toute la surface le sentiment d'une chaleur brûlante, qui est, en général, le symptôme le plus insupportable. Stalil , en développant avec sagacité toutes les circonstances qui accompagnent le cancer , admet , pour expliquer sa nature , une certaine corruption putride, acide ou corrosive. S'il n'a point parlé d'une manière j)]us exacte , ne doitron pas l'attribuer au peu de progrès qu'avaient fait alors la chimie et l'anatomie ^ Boerh^ve a» tracé , avec son laconisme et son exactitude ordinaires , le tableau exact du cancer occulte et ulcéré. Dans le premier, squirre avec titillation , prurit, chaleur, rougeur, douleur lancinante, brûlante, j3ongitive; couleur successivement rougCcitre , rouge , pourpre , bleuâtre , livide , noirâtre ; tumeur dnre , inégale , raboteuse ; vaisseaux sanguins distendus , noueux , variqueux , etc. Dans le cancer ulcéré, écoulement d'une sanie pénétrante , acre, fétide, cadavéreuse, avec érosion des parties environnantes ; étendue progressive en longueur et en profondeur j ses rebords gonflés , renversés, d'un as-

526 LESIONS ORGANIQUES GENERALES.

pecl hideux ; douleur atroce , avec un senliment intolérable de bnilure, de piqûre, d'érosion; couleur cendrée , livide , noire ; traînée de cancers occultes dans les glandes voisines. Enfin , dans la dernière période , fièvre lente , liémorrhagies fréquentes , convulsions , marasme et la mort.

529. Depuis Boerhaave , on s'était plutôt occupé à faire des essais de certaines plantes , telles que la ciguë , la belladone , etc. , qu'à bien faire connaître le vrai caractère , la marclie , les variétés de cette horrible maladie. L'académie de Lyon proposa pour sujet d'un prix de déterminer le caractère du vice cancéreux et son traitement. Le mémoire de Peyrilhe fut couronné. L'auteur cliercbe à fixer les divers degrés du cancer , et il admet un certain mouvement spontané qui , une fois né dans une concrétion glanduleuse , ne s'arrête plus , selon lui , que toute la masse des humeurs extravasées ne soit transformée en un ichor putride , acre et corrosif , etc. On doit regretter que la pathologie du système lymphatique , encore dans renfance, ne lui ah pa||j|3ermis d'en faire une application lieurcuse aux symptômes du cancer. Combien il était important de déterminer avec précision , comme on Fa fait pour le mal vénérien , les diverses périodes de la maladie , de distinguer les affections purement locales d'avec une afïection générale et constitutionnelle , les indurations des glandes qui tiennent à une irritation des vaisseaux lymphatiques , d'avec celles qui proviennent d'une communication du vice cancéreux , etc. î

55o. C'est cette profonde conviction qui a donné lieu ^ en Angleterre , à une sorte de société spéciale ,

formée par les médecins les plus distingués , et dont le but est de soumettre les affections cancéreuses à de nouvelles recherches : c'est dans une des séances du comité de cette institution qu'on a arrêté et propose la série suivante de questions à résoudre :

Quels sont les signes diagnostiques du cancer ?

Observe-t-on une altération dans la structure de la partie , antérieurement au changement manifeste qu'on appelle cancer ? et , si cela a lieu , quelle est la nature de cette altération ?

Le cancer est-il toujours une maladie primitive , ou bien peut-il dépendre d'une autre maladie dégénérée?

Peut-on regarder quelquefois Je cancer comme une maladie héréditaire , et quelles en sont les preuves ?

Des faits observés prguvent-ijs que le cancer soit

contagieux ?

Y a-t-il quelque rapport bien marqué entre le cancer et d'autres maladies ? et , si ce rapport existe , quelles sont les maladies qui lui ressemblent le plus pour l'origine, les progrès et la terminaison?

Le cancer peut-il être regardé^ à une certaine période ou dans certaines circonstances , comme une maladie purement locale ; ou bien l'existence du cancer dans une certaine partie peut-elle faire présumer qu'il y a une tendance à une sembla*ble altération morbilîque dans d'autres parties de l'économie animale ?

Le climat ou une position locale ont-ils quelque influence pour rendre la constitution humaine plus ou moins sujette au cancer , sous une certaine forme ou dans une partie déterminée ?

Une certaine disposition du corps rend-elle plus

sujet au cancer que d'autres ? et , si cela est , quelle est cette disposition individuelle ? '

Les animaux sont-ils su jiets à une certaine maladie qui ressemble au cancer de l'espèce humaine?

Y a-t-il une période de l'âge absolument exempte de cette maladie ?

Les glandes lymphatiques ne sont-elles jamais primitivement affectées du cancer ?

Le cancer, dans quelques cas^ est-il susceptible d'une cure par les ressources de la nature ?

A-t-oii jamais vu le cancer cpmjiliqué avec la manie ou aliénation mentale?

53 1. Une grande pairie de ces questions est résolue paries recherches de Bichàt , de MM. Amard , Dupuytren, Richerand, Roux, .Terrier, etc. MM. Bayle et Cayol ont réuni , dans l'article Cancer du Dictionnaire des Sciences médicales , toutes les connaissances exactes que nous avons sur cette maladie , dont ils ont offert une histoire presque complète en la considérant dans les diverses régions qu'elle peut affecter. Je ne discuterai point ici quçlles raisons doivent engager à donner une description générale des affections cancéreuses qui certainement, ont un grand nombre de caractères connus : mais c^t ensemble de symptômes qui se développent quand la maladie, cessant d'être locale , affecte profondément to.ut l'organisme ; cet état , appelé communément diathèse cancéreuse (et, par les auteurs de cet article-, cachexie cancéreuse^ n'appartient-il pas exclusivement à l'histoire du cancer? et si l'on veut réunir ensemble ces afl'ections générales qu'on dc'signe sous le nom de cachexies , ne rapproche-t-on pas les maladies le§i plus disparates , telles que les scro-

pilules, la syphilis constitutionnelle, les pliéxiomènes qui suivent la suppression des menstrues , etc. ?

352. Cancer de V estomac. On peut voir un grand nombre d'histoires de cette maladie dans la monographie intéressante de M. Chardel (i). Mais je crois devoir joindre ici l'exemple d'un cancer de l'estomac que j'ai observé avec soin dans ses diverses périodes , et dont M. Bayle a rédigé l'histoire. M. M'^*^, dessinateur très-habile, âgé de quarante-neuf ans , d'un tempérament mélancolique, ayant éprouvé pendant sa vie diverses afifections nerveuses, avait. depuis un an des chagrins profonds et fréquens occasionnés par la crainte de perdre une épouse chérie. Après plusieurs mois de sollicitudes très - vives et répétée» , il commença 'à ressentir beaucoup de malaise à l'épigastre après les repas. Il se dégageait dans son estomac une grande quantité de gaz qui sortaient par la bouche ,' en déterminant des rapports qui exhalaient une odeur analogue à celle des matières vomies par un homme dans l'ivresse , et qui souvent occasionnaient dans l'œsophage une ardeur brûlante accompagnée d'un sentiment d'excoriation. Il avait rarement des bor- ^orygmes. Ces vents incommodes l'obligèrent à diminuer progressivement la quantité des alimens vers îe quatrième mois de, cette maladie ; et du cinquième au septième mois , il vécut avec le tiers de la nourriture qu'il avait coutume de prendre en santé. Dans îe huitième mois de sa maladie , il était réduit à un cinquième de sa nourriture habituelle ; il maigrissait

(i) 3Ionographie des dégénérations squirreuses de l'estO'wacj par F. Cliarciel.\Pam j iSo8.

550 LESIONS ORGANIQUES GENERALES.

chaque jour , et , vers la fin de novembre 1 802 , après! huit mois de maladie , il était exténué ; sa couleur

vermeille avait disparu, sa face était terreuse. Chaque jour , après le repas , son estomac était distendu par des gaz , et leur odeur était des plus fétides. 11 faisait usage de gelées de viande aromatisées et de divers tô-

niques ; il prenait sa soupe avec plaisir , de même que ses autres alimens. II n'avait jamais vomi spontanément depuis l'invasion de cette maladie. Il était constipé , et depuis quatre mois il n'allait à la selle que par des lavemens qui lui faisaient rendre des matières brunâtres, arrondies et fort dures. Le ventre était bien souple au-dessous de l'épigastre ; on n'y sentait aucune tumeur. L'épigastre était très-distendu par des gaz contenus dans l'estomac. En appuyant la main sur les parois abdominales , on sentait que l'estomac se contractait sur les gaz , et qu'il formait des tumeurs obrondes élastiques , divisées par des rétrécissemens. Ces tumeurs changeaient de place ; elles occupaient tantôt le milieu de l'épigastre , tantôt l'un ou faulre des hypochondres , et parfois toutes ces parties simultanément. Le volume de ces tumeurs variait; fnais les plus grosses étaient toujours du côté gauche de la région épigastrique. La pression sur ces tumeurs n'occasionnait aucune douleur ; mais on en excitait une légère lorsqu'on exerçait une très-forte corflpression vers le bas de l'hypocliondre droit , à quatre travers de doigt du nombril. Cependant ,* quelque recherches que l'on fît , on n'y ressentait aucune tumeur rénitente. La langue était assez nette ; elle offrait seulement quelques plaques d'une couche jaunâtre vers sa base. Les alimens étaient pris avec ap-

CANCER. 55 r

petit , et les boissons avec plaisir ; mais le malade gardait un régime très-sévère pour éviter les violentes douleurs et la distension de l'estomac , occasionnées par le dégagement des gaz, qui était proportionné à la quantité des alimens. Il n'avait point ou que trèspeu de borborjgmes ; et s'il rendait quelques vents par l'anus , ils n'étaient point fétides. Dans le jour , quoique M. M^'^* fût très- affaibli , il allait et venait dans sa maison ; il n'avait jamais de fièvre ; son pouls était assez petit ^ mais bien régulier; les fonctions intellectuelles étaient en très-bon état ; il n'éprouvait ni terreurs pusillanimes ni craintes de la mort ; il ne parlait de son mal et ne s'en occupait que comme un homme sensé s'occupe d'une maladie qui l'empêche de vaquer à ses affaires et qui menace ses jours ; d'ailleurs , il ne croyait pas le danger imminent , et il formait des projets qui eussent demandé une trèslongue vie ; il faisait plus de dépenses qu'à son ordinaire ; son humeur et ses goûts n'avaient point variés. 11 n'avait jamais eu d'hémorrboïdes , et aucun de ses parens n'avait éprouvé les atteintes de la goutte ; il n'avait jamais aimé les liqueurs ni le vin. Le 1 1 décembre , on s'aperçut , en touchant l'abdomen (à jeun) , que la douleur déterminée par la pression dans les hypochondres s'étendait transversalement de droite à gauche , en passant k deux travers de doigt au-dessus du nombril ; elle était située immédiatement au-dessoUs de l'estomac , qui était bien circonscrit à cause des gaz qu'il renfermait encore. Cette douleur , située profondément depuis l'extrémité antérieure du cartilage de la troisième fausse côte drpite jusqu'à rextrémilé antérieure du

cartilage de la cote correspondante du coté op^ posé y était plus vive à ses deux extrémités ; 3nai» en pressant avec les doigts tout le long de cette ligne , on occasionnait à chaque endroit une douleur vive et peu étendue. Le malade , qui , dans l'instant de la pression faisait un mouvement subit, comparait cette douleur à celle qu'occasionnerait l'extrémité d'un fleuret ou une pointe émoussée et arrondie qui aurait deux lignes de diamètre. A chaque pression la doideur ne se faisait ressentir que dans l'étendue de quelques lignes. Cependant avec les doigts on ne pouvait sentir aucune tumeur dure et rénitente ; mais les parois de l'abdomen et les gaz contenus dans l'estomac empêchaient de porter les recherches un peu haut du coté de l'épigastre. Dans tous les autres endroits de l'abdomen, la compression n'occasionnait aucune douleur y quoiqu'exercée avec beaucoup plus de force. Le 1 5 et le i4 décembre , hoqueta diverses reprises. Le 1 5 , un lavement fit rendre des matières qui avaient la couleur d'une forte décoction de tabac : il y avait en outre des matières fécales arrondies , dures et noirâ<tres. Les forces diminuaient depuis trois ou quatre jours ; les sensations n'étaient plus aussi nettes , et la vue occasionnait des illusions légères que le jugement rectifiait. A une heure après midi , vomissement comme par régurgitation d'une certaine quantité de matière brunâtre dans laquelle on voyait dos pellicules de fruits ressemblantes à celles des haricots. On soupçonna que c'étaient des raisins que le malade avait mangés il y avait plus d'un mois. Le soir , épuisement des forces , douleurs comme d'excoriation a l'anus , par une suite des évacuations alvines déler-

minées par le lavement du malin. Le pouls fut un peu fréquent , ce qu'on n'avait point encore observé. Le malade ressentait une douleur près des vertèbres ; il parlait fort lentement. Le i6 et le ij , nouveau}^ voniissemens. Le i8, il y eut une syncope pendant laquelle la face devint gonflée et livide , tandis qu'on remarquait des convulsions dans les membres. Dès ce jour, le vomissement cessa entièrement, mais les forces s'affaiblirent progressivement. Le 21 , le pouls commença à offrir des irrégularités ; il élait plus fai-? ble et plus fréquent que la veille. Le malade souriait avec aménité à tous ceux qui venaient le voir ; il ne prononçait plus que quelques mots de loin en loin à voix basse. Il éprouvait parfois des soubresauts dans les tendons. La langue était nette. Le soir , à ileuf heures , agonie , râle , refroidissement des pieds , des mains et du nez ; à dix heures , cessation du râle qui avait diminué par degrés; disparition complète, mais par nuances , de la respiration et de la circulation ; mort une demi-heure après. En pressant fortement le ventre , il s'échappa avec explosion Deaucoup da gaz par la bouche. On put toucher la partie antérieure de la colonne vertébrale ; mais on ne sentit absolument aucune rénitence à l'endroit qui , pendant la vie , avait été douloureux par la pression : cependant on touchait à cette hauteur , et même plus haut, le corps des vertèbres. Ouverture du cadavre trentecinq heures après la mort (le ^5 décembre). Marasme parvenu au dernier degré , corps desséché , peau un peu terreuse ; le foie était très-petit et brun ; la rate n'avait pas deux pouces de long sur un pouce de large ; le pancréas était petit ; il n'offrait aucujie

dureté ; il adhérait assez fortement au pylore ; le conduit pancréatique renfermait un liquide d'un brun foncé. L'estomac était distendu par des gaz ; il était sain par-tout dans ses trois membranes , excepté au pylore , dont l'orifice était rétréci quoiqu'assez libre encore. Dans la partie de l'estomac qui forme le pylore , les parois de ce viscère présentaient un endurcissement notable dans l'étendue d'un pouce. Cette dureté était produite par la dégénérescence de la lunique musculaire qui était fort blanche , et qui avait acquis près de quatre lignes d'épaisseur : on y voyait des fibres dirigées dans le même sens que celles de l'estomac. La tunique péritonéale était saine ; la. membrane muqueuse avait à peine une demi-ligne d'épaisseur ; elle n'était point ulcérée ; on y remarquait seulement quelques petits points d'un rouge rose situés au pvlore." Depuis le duodénum, qui était sain , jusqu'à quatre travers de doigt du côté de la grande tubérosité de l'estomac , la membrane muqueuse , saine d'ailleurs , oiFi^ait une couleur brune semblable à celle du chocolat ; on ne voyait point de vaisseaux sanguins dilatés aux environs du pylore ; une matière brune, un peu cendrée , assez abondante et de consistance de purée , était contenue dans l'estomac. Les intestins étaient distendus par des gaz; les reins étaient sains , de même que la vessie; le péritoine et les membranes péritonéales offraient une couleur d'un gris d'ardoise.

555. 11 est souvent difïicile de prononcer si la dyspepsie et les vomissemens qui surviennent à une certaine époque après le repas sont nerveux , ou bien s'ils dépendent d'une lésion organique de l'estomac ou irkême du foie. En voici un exemple : un homme âgé

CAÎfCER. 535

lie soixante-neuf ans, avait eu à l'âge de vingt ans une ophthalmie inquiétante , pour laquelle il ne fît usage que d'un régime entièrement laiteux. Au bout de six, mois de ce régime , et par l'effet d'un violent chagrin , fièvre , colique uiguë à l'hypochondre droit. Huit à neuf ans après , fièvre tierce qu'on supprima trop tôt avec le quinquina : aussitôt lienterie avec douleur au côté droit qui disparut pendant l'usage du savon et de la gomme ammoniaque. Depuis ce temps , retour fréquent des douleurs du foie ( mais sans ictère ) et des coliques fortes : elles sont rappelées par les affections morales , et par l'usage quelconque du lait , et disparaissent par l'emploi du savon. Digestions souvent pénibles et avec flatuosités qui se dégagent par la bouche et par l'anus. Augmentation graduelle de cet état. Un jour , sans avoir plus mangé et sans avoir senti plus d'embarras qu'à l'ordinaire, le malade fut pris inopinément , vers dix heures du soir , de nausées et d'envies de vomir qui se dissipèrent en moins d'une minute y après qu'il eut rendu par la bouche trois à quatre cuillerées d'une eau limpide qu'il sentit couler de toutes les parties de la bouche , et ne pas venir de l'estomac par l'effet d'un vomissement. Du reste , nulle altération de la couleur de la peau , état ordinaire du pouls et des fonctions intellectuelles. 11 passa la nuit sans incommodités. Les mêmes symptômes se renouvelèrent à la même heure pendant huit à dix jours de suite ^ avec douleurs très-vives à l'estomac pendant l'espace de trente-six à quarante-huit heures. Cet état se renouvela encore à diverses reprises et dans deux , trois et quatre jours de suite ; il n'était pas ordinairement préiiédé de phénomènes particuliers ; souvent il était pro-

voqué par l'action de se courber ou par la secousse d'une voiture ^ quelquefois même par l'idée qu'i] pourrait arriver : il n'avait jamais lieu que lors de la digestion du dîner (quoique le déjeuner fût aussi quelquefois suivi de malaise). Aux symptômes déjà indiqués se joignirent une sorte de langueur^ de défaillance dans la région de l'estomac et dans celle du foie , le dégagement de flaluosités par le haut ^ dont la sortie abondante soulageait : le malade croyait quelquefois sentir, en marchant, comme sll y avait dans l'estomac un liquide qui y fût balloté. L'appétit était bon, même après le malaise du matin; il n'y avait pas d'alimens qui incommodassent plus les uns que les autres; les déjections alvines étaient régulières et de bonne qualité ; la constipation augmentait , en général , le malaise ; il y avait somnolence , diminution de l'embonpoint et des forces.

554. Comme un vomissement habituel ou périodique est un des symptômes caractéristiques du squirre de l'estomac , Morgagni en a donné plusieurs exemples dans son ouvrage ( Ep. XXX) , et il en a discuté les symptômes avec sa sagacité ordinaire. L'impulsion générale qu'a reçue dans ces derniers temps l'anatomie pathologique a servi encore à répandre de nouvelles lumières sur cette doctrine , et j'en ai doimé moi-même plusieurs histoires avec l'autopsie cadavérique, dans mon ouvrage sur la Médecine clinique. On doit ajouter les exemples nombreux qui en ont été recueillis parle professeur Corvisart dans ses leçons publiques de clinique, et dont quelques-uns ont été publiés , soit dans les journaux, soit dans les Dissertations parlicuîiè/es de quelques élèves de l'Ecole. Ces squirres sont souvent

CANCER. 5j7

très-lents à se former , et ils prennent alors, dans les commencemens , les apparences d'une affection nerveuse ou hypochondriaque ; ils passent ensuite à leur vrai caractère en changeant la structure des parties ; et si le malade , ne se livrant point à des écarts de régime , se borne à l'usage des adoucissans et des caïmans, ils restent stationnaires plusieurs années. Les vomjssemens , qu'on était paivenu à modérer par intervalles , deviennent plus opiniâtres , l'aspect devient plus triste , le visage se décolore et porte le caractère des souffrances et du découragement, l'amaigrissement augmente , et les douleurs se concentrent de plus en plus dans la région épigastrique, ce qui force le malade à diminuer beaucoup la quantité de sa nourriture : quelquefois aussi le siège du mal es tpeu sensible et peu douloureux au toucher, et les malades parviennent ainsi lentement au dernier degré de dépérissement. A l'ouverture du corps , on trouve la membrane muqueuse , soit du pylore, soit de quelque autre partie de l'estomac, épaissie, rougeâtre, avec formation d'une sorte de substance lardacée et consistante au-dessous , quelquefois sans d'aulre lésion apparente , d'autres fois avec une ulcération (i) manifeste et une destruc-

(i) Je crois devoir donner ici une le'gère notice d'une observation très-curieuse , faite à THospice de clinique interne par MM. Corvisart et Leroux y sur une ouverture fîsluleuse de l'estomac ; dont Fhistoire a été lue à la Société de Médecine ^ et ensuite consignée dans le Journal de Me'decine ^ Chirurgie et Pharmacie (pluviôse an lo). La femme qui fait le sujet de cette obvservation était âgée de quarante-sept ans 5 à l'âge de vingt ans elle avait fait une chute sur un corps dur , et le coup avait porte' un peu à gauche de fépigastre. Dix-huit ans après cet m. 32

tien d'une partie de la membrane muqueuse^ et même des autres tuniques du même organe.

555. Il est quelquefois très-difficile de distinguer le squirre ou le cancer de Testomac d'avec plusieurs autres maladies du même organe ou des parties voisines. Ainsi la gastrite chronique avec vomissemens de crachats noirâtres, comme cela s'observe quelquefois, le vomissement spasmodique qui peut devenir chronique et amener aussi le dépérissement et la mort , les hernies de la partie supérieure de la ligne blanche qui ne contiennent pas toujours l'estomac , la perforation de ce viscère , effet de son inflammation chronique , les concrétions biliaires , les tumeurs non squirreuses qui se développent dans l'inténeur de l'abdomen , certaines dyspepsies , comme nous en avons rapporté un exemple plus haut , peuvent , en bien des cas, laisser dans l'incertitude le médecin le plus exercé.

556. Cancer de Vintestin, Le cancer intestinal peut avoir un siège varié ; il peut occuper les gros intestins ou les intestins grêles ; il peut provoquer la diarrhée , le vomissement , et quelquefois tous les symptômes de la passion illaque* Une femme forte

accident^ vomissemens et formation;, dans l'endroit le'se^ d'une tumeur qui finit par s'ouvrir ^ et il s'en e'coula environ deux pintes d'un liquide que la malade venait de boire, ce qui fut suivi d'une ouverture fistuleuse par laquelle les^limens s'échappaient. A la mort de la malade;, l'autopsie cadavérique a appris que l'ouverture accidentelle de l'estomac était située sur la face antérieure de ce viscère y qui avait contracté une adhérence très-intime avec les parois de l'abdomen. Des recherches chimiques, faites avec un grand soin, ont appris que le fluide gastrique qui s'échappait par cette ouverture était identique ^Yçc l^ salive.

CANCEll. 55g

et robuste ( Mémoire de Hé^in ) , âgée de vingt-cinq ans , fut attaquée pour la première fois , trois mois après une couche lieureuse , d'une violente colique qui se dissipa après Fusage de quelques remèdes familiers. Peu de jours après, elle revint avec des douleurs plus vives , suivies de quelques envies de vomir^ La malade y devint sujette à des intervalles de quatre , de six , de huit , de dix , de douze ou quinze jours plus ou moins. La colique se manifestait toujours avec un vomissement de madères bilieuses ou un coursde ventre plus ou moins considérable , jusqu'au sixième mois , que cette femme devint enceinte de son quatrième enfant ; sa santé fut sans la moindre altération pendant tout le cours de la grossesse , qui se termina heureusement. Dix jours après l'accouchement , la colique reparut avec des accidens vio^ lens : on sentait dans tout l'abdomen une grosse tumeur mobile. La malade mourut épuisée par des vomissemens continuels. A l'autopsie cadavérique , on trouva dans l'un des cotés une tumeur sauirreuse presque du volume des deux poings , dans laquelle étaient comprises les tuniques de l'intestin : la coarctation du canal avait retenu au-dessus de la tumeur beaucoup de matières fécales qui distendaient considérablement le colon. Salius Diversus rapporte avoir vu un homme qui souffrit pendant plusieurs mois d'un cancer au colon , dont il éprouvait chaque jour, lors du passage des excrémens , des douleurs trèsvives , comme si on l'eût percé avec des aiguilles ; le cancer s'étant agrandi au point d'empêcher le passage des excrémens , il fut pris d'un vomissement de matières fécales dont il périt.

54o LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

557. D'autres fois il n'y a point de vomissement^ mais des déjections alvines , purulentes et ichoreuses. Une femme âgée de quarante-un ans , ayant éprouvé beaucoup de chagrins et de fatigues, rendit, quelque temps après, des matières visqueuses et sanguinolentes par les selles , lesquelles furent précédées de frissonnemens. Quelque temps après , douleurs lancinantes dans le trajet des gros intestins , et surtout vers le cœcum , lesquelles augmentent , par la pression extérieure , à une certaine distance du repas : chaleur brûlante dans les mêmes parties ; aucune dureté perceptible au toucher , mais , par la pression , formation d'un bruit assez analogue à celui du parchemin qu'on plierait en deux ; boursoufïlure sensible dans le trajet du colon ; déjections alvines liquides, glaireuses, tantôt sanguinolentes et tantôt launes-verdâtres , pénétrées de quelques taches sanguinolentes fétides , seules ou recouvrant les excréîiiens , mais n'étant point intimement liées avec eux ; appétit bon , fièvre lente , amaigrissement , symptôraes nerveux variés. J'ai exposé, dans ma Médecine clinique, plusieurs observations accompagnées de Tautopsie cadavérique , afin d'éclairer l'histoire des affections squirreuses du conduit intestinal.

558. Cancer utérin. La matrice , soit par les dérangemens de l'écoulement menstruel ^ par des fausses couches ou les suites d'un accouchement laborieux , soit par l'abus des plaisirs vénériens , les progrès de l'infection syphilitique , etc. , est exposée à une affection chronique dont les suites sont une sorte d' ulcération qu'on doit mettre au nombre des maladies les plus déplorables dont l'espèce humaine soit affligée.

CANCEK. C>4l

Mbrgagnl , avec toute sa sagacité et ses connaissances profondes dans Tanatomie pathologique, n'a fait qu'indiquer cette maladie dans plusieurs endroits de son immortel ouvrage (Epis t. XXXIX) j et on cherche en vain le développement de cette doctrine dans les ouvrages de médecine interne ou externe. Bayle ^ alors aide d'anatomie de l'Ecole de Médecine de Paris , fit , dans celte vue , des recherches qui méritent d'être profondément méditées (i). Le siège de ces ulcères varie; ils occupent souvent l'orifiGe de la matrice, quelquefois la cavité de son corps ou de son col , et d'autres fois toutes ces parties simultanément, cf L'ulcération chronique de la matrice offre une surface couverte d'une sorte d'escarre formée par une couche putride , fongueuse , mollasse , très-facile à déchirer et à réduire , par la pression , en un très-grand nombre de petits corps comme granuleux et fort mous. Dans toute l'étendue de l'ulcère , cette couche est recouverte de flocons putrides détachés de l'escarre et imbibés d'un fluide ichoreux , trouble et très-fétide. La couche putride n'a quelquefois qu'une ou deux lignes d'épaisseur ; mais très-souvent elle a plus de cinq lignes et même plus d'un pouce. Cette ulcération: présente îrois variétés bien distinctes : dans la première variété , la couche fongueuse est fuligineuse ou noirâtre y et les parties qu'elle recouvre sont denses et d'un rouge livide, souvent parcourues' ^ de même que les parties environnantes , par des vaisseaux sanguins plus ou moins développés et gorgés d'un sang

(i) Journal de Médeeine y Chirurgie j, Pharmacie y par MM. Corvisart, Leroux ei jSojrer ( frimaire an 1 1 ),

noir. Dans la (Jeuxième variété , la couche fongueuse est grise ou brunâtre; les parties situées au-dessous sont assez denses , totalement privées de vaisseaux sanguins , ternes ou d'un blanc sale , et assez semblables à du lard. Dans la troisième variété , la couche fongueuse est blanchâtie ou cendrée , et les parties qu'elle recouvre sont médiocrement denses , trèsblanches , totalement privées de vaisseaux sanguins , et tout-à-fait semblables à du lard ; mais en exprimant dans les endroits ainsi lésés le tisbu de la matrice , on en voit exsuder , par un très-grand nombre de points , une matière purulente fort blanche et assez épaisse. » Bayle examine ensuite les différentes formes que prend l'ulcère de la matrice, suivant qu'il occupe l'orifice ou l'intérieur de ce viscère , ou bien tout son tissu ; il porte ensuite ses considérations >sur les lésions des parties dépendantes de la matrice ou bien des parties voisines. Les rapprochemens qu'il fait de ces affections avec le squirre ulcéré de l'estomac et des mamelles est très-remarquable : (( Ces derniers , ajoute-t-il , sont précédés ordinairement d'un squirre de ces parties , qui quelquefois a été simple pendant long-temps ; tandis qu'il ne piiraît point en être de même de l'ulcère de la matrice , puisque , d'après le résultat de nombreuses dissections, on ne trouve .point dans Ja matrice des endurcissemens squirreux simples, avec formation d'une sorte de matière lardacée , à moins qu'il n'y ait ulcération, et , dans ce dernier cas , oe n'est jamais que dans (i) la proximité de l'ulcère jque se trouvent

(i) Il ne faut point confondre le squirre simple de la mairie®

les parties devenues squirreuses. On ne peut , d'ailleurs , s'empêcher de rapporter ces ulcérations de la matrice aux affections cancéreuses , lorsqu'on dirige son jugement, soit d'après l'inspection anatomique , soit d'après la nature des symptômes, comme des douleurs dans les lombes et aux aines , un sentiment de pesanteur dans la matrice , l'écoulement d'un liquide ichoreux et fétide qui entraîne des espèces de flocons charnus et putrides , enfin des douleurs lancinantes dans la partie ulcérée. »

559. Quels que soient ces premiers résultats d'anatomie pathologique sur la progression que suit la nature dans la formation des affections cancéreuse* de la matrice , il est facile de voir que l'autopsie cadavérique ne suffit point pour la constater; que le squirre n'est point funeste dans ses commencemens , mais le devient seulement dans ses derniers degrés d'ulcération , et qu'enfin l'observation de chaque jour indique , surtout dans les affections de l'orifice de la matrice , un état plus ou moins avancé d'indu- ^ ration , d'une grande sensibilité au toucher , d'une

avec les corps fibreux qui se développent souvent dans le tissu de ce viscère , qui ont été décrits par M. Phi iiùert Roux el^par Bayle y et dont nous trouvons souvent des exemples à Thospic© de la Salpétrière. Ces tumeurs , plus ou moins volumineuses ^ paraissent se montrer sous trois formes diflercntes , suivant leurs périodes d'accroissement ;, c'est-à-dire qu'elles sont d'abord charnues, puis fibro-cartilagineuses^ puis enfin osseuses. Elles peuvent occuper trois sièges différens : les unes sont placées dans la tunique charnue de l'utérus ^ les autres entre sa tunique péritonéale et sa tunique charnue 3 il en est enfin qui sont placées entre cette dernière et la membrane muqueuse*

augracntation de volume avec une douleur gravative, etc. , symptômes qui le plus souvent empirent et aboutissent à un véritable cancer de la matrice , mais qu'on pallient aussi quelquefois à arrêter. J'ai été souvent consulté pour des affections semblables, et je me suis toujours gardé de prononcer avant d'avoir fait constater , par un accoucbeur habile et par un attouchement trcs-attentif , l'état actuel du col de la matrice : tantôt c'est une simple tuméfaction de cette partie sans aucune inégalité ; tantôt on l'a trouvée hérissée de petites aspérités très-dures , et l'orifice interne était plus dilaté que dans l'état naturel ; quelquefois aussi la partie antérieure, ou postérieure, ou latérale de l'orifice est plus ou moins affectée. On sait que , dans des cas semblables, on a recours soit à des injections stupéfiantes préparées avec la décoction de morelle , une solution d'opium , etc. , soit à des injections plus prolongées, ou plutôt à des douches d'une eau dans laquelle on a fait dissoudre deux ou trois grains de sulfure de potasse par pinte de liquide, et que l'on administre à l'aide d'un appareil inventé par Louis ; on a donné aussi à l'intérieur les boissons calmantes , l'extrait de ciguë , ou seul ou combiné avec l'opium , etc. Dans un pareil traitement , on a soin de faire répéter l'attoucliement du col de la matrice à des intervalles éloignés , pour s'assurer du changement qui peut être produit par l'usage des médicamens. C'est ainsi que , dans un cas de cette nature, Baudelocque constata, le 5i mai 1799, l'état de l'orilice de l'utérus , et qu'il y trouva moins de dureté , moins de chaleur et bien moins de sensibilité qu'au mois de janvier précédent ; la lèvre anté-

rieure était un peu plus allongée et plus épaisse que la postérieure. L'aliouclienient fut encore renouvelé au mois de juin 1801 ; et la lèvre antérieure du même orifice, quoiqu'un peu tuméfiée et allongée , n'ofTrait que les marques de sensibilité qu'a la matrice dans son état naturel , et on attribua cette espèce d'allongement à une sorte de mobilité de la matrice , et à son abaissement dans l'intérieur du vagin par un i:elâcbement des ligamens. Ce cbangement lent et progressif, dû autant à l'effet des remèdes internes et externes et d'un régime doux , qu'à la régularité de la manière de vivre , à une abstinence sévère des plaisirs vénériens , et surtout à une éruption dartreuse qui s'était de nouveau manifestée après avoir disparu depuis long-temps , s'est soutenu depuis cette époque. Dans des périodes plus avancées , et dans des circonstances moins favorables , j'ai été loin d'obtenir des effets aussi marqués. Mais avec quelle rapidité surtout , et avec quel appareil effrayant de symptômes ne marche point le cancer bien confirmé de la matrice , quelques remèdes qu'on emploie ! Une femme de quarante-huit ans , douée d'une constitution forte , et livrée à la galanterie pendant les années antérieures , commença à éprouver des irrégularités dans la menstruation pour la quantité , la durée ou l'époque du retour , avec des douleurs constantes dans la région lombaire ; à la suite de ces ménorrhagles ou pertes utérines , extrême irritation et sensibilité douloureuse dans la matrice qui semblaient s'étendre jusqu'au vagin et au rectum , en rendant les selles plus pénibles par le sentiment d'une sorte de tumeur vers l'anus ; difficulté d'uriner ^ écoule-

ment, par les parties sexuelles , d'une matière blancbe et quelquefois glaireuse / mais sans odeur ; col de la matrice volumineux , dur et rénitent ; sa partie latérale gauche plus dure et plus douloureuse , avec de petites inégalités. Une exploration faite postérieurement et après plas d'un mois d'intervalle , fît reconnaître un gonflement plus prononcé et plus uniforme dans toute la circonférence de l'orifice de la matrice : interruption, pendant près de quarante jours^ de l'écoulement utérin ; mais les douleurs étaient toujours constantes , et par intervalles plus vives et plus aiguës , surtout les nuits : elles semblèrent même s'étendre dans toute la région hypogastrique. Ces douleurs , en généra] gravaiives, devinrent, par momens, lancinantes, et comme si la matrice avait été percée par des coups de canif. Par le progrès de la maladie, développement de la fièvre hectique , pouls dur, plein et fréquent, paroxysme le soir , et le matin , moiteur de la peau et légère transpiration, avec un peu plus de calme; selles de plus en plus pénibles et douloureuses, avec le sentiment d'un poids sur le rectum ; perte de l'appétit , dépérissement lent , etc. C'est dans ces dernières circonstances que j'ai été consulté ,* et, en rappelant l'histoire des symptômes , il a été facile de porter le plus funeste présage, malgré l'usage des caïmans et des stupéfians. Une vingtaine de jours après , la mort a mis un terme à cette maladie , l'une des plus cruelles dont la femme puisse être affligée. On peut lire d'autres exemples de squirres et de cancers à la matrice dans les Ephémévides des Curieux delà Nature, dans l'ouvrage de Morgagni , dans ceux de Pouteau , et dans plusieurs autres recueils d'observations particulières.

540. On peut confondre le cancer avec d'autres maladies , telles que des flueurs blanches fétides , accompagnées de douleurs utérines très-vives et d'amaigrissement , surtout si elles coïncident avec quelques dcrangemensdela menstruation , l'allongement du col de la matrice , l'inflammation chronique de cet organe , les corps fibreux qui se développent dans son tissu , les polypes de sa membrane interne , les ulcères simples par une irritation extrême et par une cause syphilitique ou scrophuleuse. Je renvoie à la Nosograpiiie chirurgicale tout ce qui concerne les cancers de la vessie , des organes génitaux de l'homme , de la gorge , des fosses nasales , ainsi que les différentes affections cancéreuses de la peau. L'histoire de celle des viscères parencliyniateux est encore peu avancée , et je me borne à renvoyer à ce qu'en ont publié Bayle et M. Cayol ( Dictionnaire des Sciences mé^ dicales j article Cancer),

§ II. Description générale du Cancer,

541. Prédispositions et causes occasionnelles. Les cancers surviennent plus particulièrement à certaines époques de la vie , et surtout lors de la cessation des menstrues ; ils sont souvent occasionnés par une irritation locale , comme des coups , des chutes , etc. , et par la suppression d'évacuations habituelles.

542. Sjmptômes, Le cancer peut être précédé d'une éruption particulière , d'une ulcération ou d'un état squirreux. La douleur est lancinante et la chaleur brûlante. Les bords de l'ulcération , qu'elle soit primitive ou secondaire , sont durs^ ridés ^ gonflés, iué-

gaux, douloureux , renversés, ou tournés en dedans, le fond inégal , fongueux , de couleur cendrée , livide , noire ; il s'en écoule un sang fétide , ou une sanie noire , fétide , acre , qui excorie et même détiTiit les parties contiguës : les veines sont variqueuses. L'affection ne tarde pas à devenir générale : alors tuméFaction des glandes lymphatiques du voisinage, fièvre hectique, trouble dans les digestions, amaigrissement , sécheresse et couleur jaune plombée de la peau , friabilité des os.

Cancer de VEstomac,

543. Prédispositions et causes occasionnelles. Le* plus ordinaires sont l'usage immodéré des boissons fermentées , surtout pendant qu'on est à jeun ; une compression habituelle exercée sur l'épigastre , des affections morales vives.

544' Sjmptômes, Le squirre de l'estomac , soit du pylore , soit du cardia , soit de la partie moyenne, se déguise d'abord sous la forme d'un vomissement nerveux , et fait des progrès plus ou moins lents, à mesure qu'on se livre plus ou moins à des écarts de régime et à des affections morales tristes. Ce vomissement survient plus ou moins long-temps après le repas , selon que l'affection squirreuse a son siège au pylore ou au cardia. H y a ordinairement des douleufs, ou au moins une sensibilité plus ou moins vive de la région épigastrique , où l'on sent souvent une tumeur véritable. L'amaigrissement augmente par degrés , et les douleurs se concentrent de plus en plus dans la région épigastrique ^ enfin , surviennent des vomis-

CANCER. 3^g

semens de matières noirâtres , la fièvre lente , et une décoloration particulière de la peau.

Cancer des Intestins,

545. Les prédispositions et causes occasionnelles sont en grande partie les mêmes que celles du cancer de l'estomac , si ce n'est qu'elles ont été plus particulièrement dirigées sur le conduit intestinal.

546. Symptômes^ La première période , qui peut durer des mois et des années , se masque sous un état nerveux : sensibilité , douleur sourde et gravative en quelque point de l'abdomen, dont les retours plus ou moins fréquens tiennent particulièrement à des affections morales , à la quantité de nourriture prise , à la gêne répétée et long-temps soutenue de la position du corps , la poitrine fléchie sur le bassin. Dans la seconde période , douleur gravative constante , vomissemens plus ou moins fréquens , à des distances plus ou moins éloignées des repas, de matières muqueuses, mêlées ou non aux alimens. Le toucher peut faire reconnaître en quelque point de l'abdomen une tumeur dure ; cette tumeur peut être quelquefois sensible vers la fin du premier degré de la maladie ; elle manque rarement de l'être dans le deuxième et le troisième. 11 y a quelquefois constipation opiniâtre ou diarrhée. Dans la troisième période , vomissemens fréquens de matières noirâtres , ou déjections alvines d'abord muqueuses y puis sanguinolentes , purulentes , ichoreuses , fétides , mêlées ou non avec les excrémens ; douleur continue et lancinante que le passage des excrémens et la pression extérieure augmentent beau-

55o LESIONS ORGANIQUES GENERALES.

coup , fièvre lente ^ aniaigrissemeiit , couleur jaune de la peau.

Cancer de V Utérus,

547. Prédispositions et causes occasionnelles. Le cancer de l'utérus survient surtout à l'époque de la cessation des menstrues , et par l'effet d'une irritation locale , telle que des coups , des chutes sur l'iiypogastre , après des nianœuvres imprudentes durant l'accouchement , à la suite de la métrite , d'affections syphilitiques, etc.

548. Symptômes. L'état squirreux se manifeste surtout à l'extérieur de l'orifice de la matrice par le gonflement et la rénitence de cette partie , un sentiment de pesanteur dans la matrice , une extrême sensibilité au moindre contact , et des douleurs lancinantes qui se renouvellent à des époques de plus en plus rapprochées. La maladie fait peu à peu des progrès, et déffénère en cancer : alors douleurs de matrice constaiites , et par intervalles plus vives et plus aiguës , écoulement d'une sérosité sanieuse , et quelquefois de sang plus ou moins fétide ; difficulté des déjections , avec douleur et sentiment d'une sorte de poids qui comprime le rectum ; excrétion douloureuse de l'urine, fièvre hectique , dépérissement lent , et mort inévitable après avoir éprouvé les tourmens les plus atroces.

Symptômes de F affection cancéreuse dei^enue générale.

549» Jg rapporterai ici les symptômes de cet état indiqués d'une manière exacte par Bayle et M. Cayol , qui le nomment • cachexie cancéreuse, « Un des principaux caractères de la cache?.ie cancéreuse ^

CANCER. 55ï

c'est <ju'en général la fièvre s'y joint fort lard , et manque niême parfois entièrement : on voit des malades mourir dans le marasme par suite d'un cancer du sein , de reslomac ou du foie , sans avoir eu de fièvre hectique bien caractérisée. Le plus souvent cette fièvre , au lieu d'être continue avec un ou deux paroxysmes chaque jour , comme celle qui accompagne la cachexie tuberculeuse , se présente sous la, forme d'une fièvre intermittente erratique sans fris* sons : elle est , pour l'ordinaire , accompagnée de douleurs vagues dans les membres, et quelquefois de véritables douleurs ostéocopes. La peau des cancéreux a une couleur jaune terne qui se distingue également du teint blême des phthisiques et de la coule ui- jaunepain-d'épice qu'on remarque chez les sujets affaiblis par une fièvre ancienne. La maigreur et le dessèchement des chairs , si l'on peut se servir de cette expression , ne sont presque jamais portés aussi loin que dans la cachexie tuberculeuse , à l'exception des cas où les malades meurent d'inanition , comme dans le cancer de l'œsophage et dans certains squirres de l'estomac : les tissus sont mous , flasques , et tendent à l'œdème plutôt qu'au dessèchement : aussi l'hydropisie est-elle une terminaison fréquente de la cachexie cancéreuse. Le système nerveux est plus souvent affecté dans cette cachexie que dans aucune autre : de là le malaise général, les douleurs vagues , l'insomnie, et quelquefois les convulsions : beaucoup de cancéreux meurent de fièvre ataxique. La perte de l'odorat, l'ophthalmie chronique et la toux , désignées par la plupart des auteurs comme des symptômes caractéristiques de la diathèse cancéreuse coJisécutwe , quji

correspond à ce que nous nommons cachexie cancé^ reuse, sont des épiphénomènes assez rares. » ( Dict, des Sciences médic. , article Cancer.^

§ III. Traitement du Cancer.

55o. Les qualités du cancer qui le rendent propre à être extirpé sont , en général , d'être externe , récent , sans adhérence , surtout avec les grands vaisseaux , d'avoir une position commode pour l'opération de la main , d'être provenu d'une cause externe , d'avoir lieu dans la jeunesse et sur un corps sain , d'être seul et dans une sorte d'isolement. Mais il est difficile d'établir d'une manière générale dans quelles circonstances l'opération du cancer peut réussir , et on ne doit jamais affirmer que par son moyen la guérison sera certaine. Des événemens malheureux n'ont que trop appris que les émoliiens , les suppuratifs , les substances acres et épispastiques , appliqués sur un cancer récent, le font dégénérer et le changent en cancer ulcéré. On doit regarder comme incurable celui de l'utérus , de rarrière-bouche , du palais , des glandes axillaires et inguinales. Lorsque le cancer n'est point susceptible d'être opéié , il ne reste pour ainsi dire qu'à le rendre stationnaire et à calmer les symptômes : on obtient ces effets en prévenant toute impression étrangère , en appliquant des oxydes de plomb ou des narcotiques, en faisant prendre à 1 intérieur des boissons mucilagineuses , en insistant sur l'usage du lait , en se nourrissant surtout de substances prises du règne végétal , et en interposant de temps en temps l'usage de quelque léger purgatif. L'expérience a

DÉGÉNÉRESCENCES TUBERCULEUSES. 355

confirmé dans certains cas les avantages des saignées , soit générales , soit locales , souvent répétées , et on en trouve des exemples dans le Traité de M. Féaron sur le Cancer. On ne peut point ignorer les heureux effets que Slorck a retirés de l'usage interne de la ciguë , et €n supposant même un peu de partialité de sa part en faveur de ce remède , les faits ont été tellement multipliés , qu'on ne peut qu'être porté à renouveler des essais de ce genre contre une maladie qui est peutêtre la plus déplorable dont l'espèce humaine puisse être affligée. Je ne parlerai point ici de l'emploi des caustiques, qui appartient entièrement à la chirurgie; mais en me renfermant dans le traitement des cancers internes , comme ceux de l'estomac ou des voies digestives sur lesquels on est très-souvent consulté , je ferai remarquer que l'usage des substances mucilagineuses ou sucrées , prises en petite quantité et souvent répétées à titre d'alimens , sont les seuls moyens qui rendent long-temps stationnaire le squirre du cardia ou du pyïore, surtout dans les deux premières périodes , et que tous les médicamens à prendre à l'intérieur se réduisent à de légers caïmans et à de doux narcotiques , en secondant leur effet par l'usage des bains tempérés. Le cancer de Futérus exige aussi quelquefois l'usage d'injections sédatives : telles sont celles qu'on prépare avec l'infusion de morelle , d'opium ;, de belladone , etc.

DÉGÉNÉRESCENCES TUBERCULEUSES.

55 1. Les dégénérescences tuberculeuses peuvent attaquer la plupart des systèmes organiques , mais surin. :25

tout les poumons , le mésentère, les glandes lymphatiques , le foie , la raie , les reins , la prostate , î epididyme, le tissu cellulaire sous-péritonéai , etc. : elles peuvent être enkystées , non enkj^stées ou accumulées. D'après les mémoires lus à la Société de l'Ecole de Médecine , par Bayle , sur ce genre d'affection , il résulte que les tubercules ont des caractères communs quel que soit leur siège ; mais ils ont aussi des caractères particuliers dans chaque organe. Leurs parois sont membraneuses , cartilagineuses , ou même osseuses ; celles qui sont membraneuses peuvent être molles et faciles à déchirer , ou bien fermes et trèsrésistantes; toutes adhèrent si intimement avec les parties voisines , qu'on ne peut parvenir à les isoler. La substance renfermée dans les parois est albumineuse ; elle se dessèche , devient très-dure et cassante par l'action du feu ; elle adhère intimement à la surface intérieure des parois des tubercules ; dans quelquesuns elle est dense, homogène , assez ferme , rougeâtre ou grisâtre , traversée par des sortes de fîlamens ; d'autres fois elle est ramollie , peu consistante , pultacée ou même purulente ; enfin , dans certains tubercules , elle est très-dure et semblable à du plâtre desséché. Le volume de ces tubercules varie depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu'à celle d'un œuf de poule; leur forme est ovoïde et très-souvent irrégulière.

552. La dégénérescence tuberculeuse non enkystée n'affecte presque jamais un viscère en totalité ; mais elle se manifeste communément dans plusieurs points à-la-fois : d'abord on ne la reconnaît que par un peu plus de densité et un changement de couleur de la partie affectée, qui devient consistante, pâle, blan-

DEGENERESCENCES TUBERCULEUSES. 555

châtre ou grisâtre ; puis la couleur blanche ou grise prend plus d'opacité ; la densité augmente et la fermeté diminue ; ce qui permet de déchirer ou de couper plus aisément la partie afFeclée. Cependant le tissu de l'organe est encore facile à reconnaître , mais il est manifestement altéré : bientôt on reconnaît a peine les traces d'organisation. Toute la portion altérée prend l'aspect d'une matière caséeuse solide ; elle est cependant toujours continue au tissu encore sain ; mais à la fiQ elle se ramollit du centre à la circonférence^ et elle est détruite par la suppuration , qui est due ici à une sorte de fonte de la partie dégénérée , et non à un mode particulier de sécrétion. Quand toute la portion dégénérée a été détruite, l'organe est lui - même affecté d'ulcération dans son tissu non encore dégénéré, et cette ulcération se présente sous deux formes : dans l'une ^ on voit une membrane accidentelle qui paraît sécréter une matière purulente et qui tapisse l'ulcération; dans l'autre, on ne voit point de pareille membrane. Le parenchyme de l'organe est le siège immédiat de l'ulcération , et l'altération que cette maladie entraîne change la consistance de l'organe, le durcit , l'altère , le détruit même sans le faire passer à l'état de dégénérescence tuberculeuse. La durée de chacun de ces trois degrés de la dégénérescence tuberculeuse non enkystée du tissu des organes est indéterminée ; mais quand il survient un changement à cette altération , elle passe toujours de l'un à l'autre degré , et elle ne tend jamais à devenir osseuse ni cancéreuse. Les portions des organes qu elle affecte ont la même étendue depuis le commencement du premier degré jusqu'à la fin du dernier , soit que cette étendue ne surpasse pas

5f>6 LÉSIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.

le Yolunie d'un grain de millet , soit qu'elle ait une surface plus large que la cornée transparente : aussi la suppuration ne survient-elle jamais dans le centre que lorsque toute la portion altérée est arrivée à la fin du deuxième degré ou au commencement du troisième. 553 . La cause et les symptômes des dégénérescences tuberculeuses en général sont encore trop peu connues pour qu'on puisse se permettre d'en faire une description générale : aussi vais - je passer de suite à l'examen des deux maladies tuberculeuses les plus connues et les plus fréquentes , celle des poumons et celle du mésentère , connues sous les noms de phthisie tuberculeuse et de carreau.

PHTHXSIE TUBERCULEUSE (i).

§ I"'. Considérations générales.

354* Les progrès de l'anatomie et les ouvertures réitérées des corps sont très-propres à fixer le vrai caractère et les diverses périodes de la phihisie tuberculeuse , comme des autres affections des viscères ; et c'est ce qui doit faire regarder comme très-incomplètes les connaissances acquises par les anciens sur cette maladie. Arétée s'est surtout exercé à nous tracer le tableau hideux et pittoi esque du phthisique parvenu à sa dernière période , sans nous faire connaître la marche graduée de la maladie.

555. Banet remarque, dans son Sepulchretum, qu'on trouve des tubercules dans le plus grand nombre des

( i ) Synonymie. Phtldsis serophulosa ^ Sauvages , Portal 5 Phthisis tuberculosa y CulleN; elc.

PïïTniSlE TUBERCULEUSE.' 35^/

phthisîes. Stark (Médical comment ari es) s'est occupé de la description des tubercules ; et Bayle a développé avec le soin et l'exactitude qu o^ lui connaît les caractères des différentes altérations qui peuvent causer la plithisie pulmonaire, et qui lui ont donné lieu de distinguer cette maladie en tuberculeuse, granuleuse, avec mélanose, ulcéreuse, calculeuse , cancéreuse. La plithisie tuberculeuse est très -fréquente y puisque , sur cinq pbtliisiques, il y en a quatre qui offrent des tubercules dans les poumons, et ces tumeurs sont quelquefois si excessivement multipliées ,' que le tissu entier de ce viscère paraît avoir disparu , être comprimé et usé par leur développement progressif; que ce tissu est d'autres fois altéré , très-peu consistant , et facile à réduire en débris irréguliers par une pression médiocre entre les doigts. Le volume des tubercules pulmonaires est très-variable : les uns sont plus gros que des noix , les autres aussi petits que des grains de millet. On observe tous les degrés intermédiaires entre ces deux extrêmes ; mais les tubercules les plus communs sont ceux qui surpassent à peine le volume d'un grain de millet , et , parmi les gros, les plus fréquens n'ont que la grosseur d'une noisette ou d'un pois. Presque toujours les plus gros occupent la racine des poumons ou leurs lobes supérieuis, et en outre on en trouve une infinité d'autres petits, presque millaires, les vins en suppuration, les autres encore fermes et gris. Ce sont les gros tubercules qu'on a souvent désignés sous le nom de vomiques.

556. Les tubercules pulmonaires ne sont pas toujours enkystés ; dans ce dernier cas , on observe qua les portions des poumons qui sont affectées de cette

alléralion ont une étendue très-variable depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu'à celle d'une petite noix ; elles offrent une couleur d'un blanc opaque, striée pour l'ordinaire par un assez grand nombre de lignes noires. Les dégénérescences sont fréquemment trèsnombreuses dans le même poumon : cet organe les présente quelquefois dans tous les degrés, les unes à peine coiumencantes, les autres déjà en suppuration dans le centre. L'altération ne commence pas par un point d'où elle s'étendrait par degrés, ellese manifeste à-la-fois dans toute l'étendue qu'elle doit affecter, et l'on voit de très-larges dégénérescences qui blanchissent à peine , tandis qu'on en rencontre de très-petites déjà ramollies à leur intérieur. Jamais ce dernier phénomène n'a lieu, même dans les plus grosses , jusqu'à ce que les parties les plus éloignées du centre soient parvenues à la fin du deuxième ou au commencement du troisième degré. Le tissu propre des poumons , tout auprès des endroits dégénérés , est quelquefois sain , très-souvent durci et noirâtre , et d'autres fois dans un état de phlegmasie chronique. 11 n'est pas rare de trouver à-la-fois dans le même poumon des tubercules enkystés, et d'autres qui ne le sont pas.

557. Le médecin n'est pas toujours appelé lorsque l'affection tuberculeuse des poumons n'a point encore occasionné un trouble général. Il n'est donc pas étonnant si on trouve rarement chez les auteurs des observations de cette maladie encore à son premier degré. Je vais en extraire deux de l'ouvrage de M. Portai : elles en feront à-la-Tois connaître et les principaux symptômes et les phénomènes cadavériques.

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