‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 55 sur 83 · Une dame âgée d'environ tiente - cinq ans · texte numérisé non relu

Une dame âgée d'environ tiente - cinq ans

PHTIIISIÏ TUBERCULEUSE. SSg

d'une constitution très -délicate, d'une eitréme maigreur , et d'une très-grande sensibilité , était très-sujette à contracter des rhumes ; elle se plaignait fréquemment de maux d'estomac qui troublaient sa digestion et occasiohnaienl des flatuosités et dès coliques ; les menstrues étaient peu abondantes , et à leur approche elle souffrait des douleurs , et même souvent elle éprouvait une fièvre de deux ou trois jours. Sa maigreur habituelle augmenta; elle eut de fréquentes insomnies qui devinrent enfin continuelles ; on remarqua au cou et sous la mâchoire inférieure un gonflement des glandes maxillaires; les glandes axillaires se gonflèrent aussi. Elle eut souvent des aphthes dans la bouche, qui parurent se prolonger vers Fœsophage et vers la trachée-artère ; la toux était extrême , et plusieurs fois elle fut accompagnée de nausées et même de vomissemens ; la fièvre devint continue, la déglutition , qui depuis long-temps était difficile , fut douloureuse , souvent impossible ; il y avait douleur au larynx; ^nfin la diarrhée colliquative succéda à tous ces symptômes. A l'ouverture cadavérique, on trouva la courbure des cotes irrégulière et la poitrine singulièrement déprimée et rétrécie , les poumons adhérens à la plèvre dans toute leur étendue , leur surface extél'ieure d'un rouge très-foiicé , couverte de tubercules plus ou moins durs , dont quelques - uns contenaient une matière très-analogue à du suif, et les autres laissaient suinter une matière ichoreuse : à l'intérieur des poumons, on découvrait de pareils tubercules; la partie supérieure du poumon gauche présentait deux érosions peu profondes d'où s'écoulait de la sanie ; le reste du poumon était beaucoup plus dur , plus com-

56o LESIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES,

pacte qu'à rordinaire, sans avoir perdu de sa substance^ excepte :à l'endroit des deux petites érosions ; la surface de la trachée était parsemée de petits tubercules durs, et la membrane interne du larynx était phlogosée et en quelques endroits ulcérée ; il y avait entre le larynx et l'extrémité supérieure de l'œsophage une collection purulente ; le , foie était dans son état naturel pour sa texture,. mais sa figure était changée par la pression qu'il avait éprouvée de la part des fausses côtes; la vésicule biliaire était gorgée de bile; les glandes du inésentère étaiem plusgrosses et plus dures qu'on ne les trouve ordinairement; les intestins grêles étaient plus rouges qu'ils ne le sont dans l'état naturel; les gros intestins, et le colon suxtout, étaient tout rétrécis , et contenaient des ma|ûières fécales très-dures.

55g. IJne femme âgée d'environ trente ans , d'une constitution délicate^ qui avait eu deux enfans, et dont les grossesses et les couches avaient été trèspénibles , éprouva plusieurs maladies nerveuses : hoquets fréquens, éternuemens involontaires, quintes de toux, crampes, mouvemens conyulsifs dans les muscles du tronc et des extrémités , difficulté d'avaler par la contraction convulsive des muscles du pharynx , constipation opiniâtre pendant dix à douze jours , coliques fréquentes , longues insomnies. La santé parut se rétablir lorsque la malade devint grosse : alors nouveaux accidens , fréquentes oppressions de poitrine, dys^pnée augmentant lorsque la malade monte un escalier , fièvre , pouls fréquent , serré , petit ; toux sèche presque continue, surtout la nuit et à l'époque de la menstruation. La malade éprouve de vifs chagrins vers le septième mois de la grossesse : alors perte

PHTHISIE TUBERCULEUSE. 56l

de sommeil ^ toux très-intense , chaleur , douleur à la gorge, gonflement des glandes maxillaires et de celles de la partie antérieure du cou à coté du larynx. L'accouchement eut lieu au milieu de ces symptômes ; il eut des suites funestes ; les vidanges étaient en petite quantité, et à peine rouges. Douze à vingt jours après l'accouchement , hémorrhagie utérine considérable , toux très-opiniâtre , mais sans expectoration ; gorge ulcérée , fièvre continue avec redoublement , sueurs nocturnes copieuses, colique, diarrhée, et enfin enflure des jambes. Les fonctions intellectuelles s'exercèrent dans toute leur intégrité jusqu'à la mort. A l'ouverture cadavérique, on observa les phénomènes suivans : cerveau parfaitement sain , larynx et trachéeartère nullement rouges à leur surface interne , poumons infiltrés d'une humeur rougcâtre et comme sanguinolente, renfermant à leur intérieur diverses concrétions blanchâtres dont les unes étaient plus solides que les autres , et dont quelques-unes étaient en suppuration. Certaines parties des poimions présentaient des abcès tantôt isolés^ tantôt réunis : le plus considérable de ces abcès était placé à la sommité du poumon gauche , près l'œsophage , auquel il adhérait par un tissu cellulaire très-ferme.

5 60. L'ouvrage de Bayle ( RecJierches sur la Phihisie pulmonaire ^ Paris, ï8io ) ofïVe des observations exactes et précises d'anatomie pathologique. M. Laennec , qui s'occupe aussi depuis long-lemps de recherches sur la phthisie , se sert , pour explorer l'état de la poitrine , d'un instrument très-simple au moyen duquel il assure reconnaître et le genre d'affection et l'état exact des organes pectoraux. Nous devons

vivement désirer la publication du traité dont il s'occupe en ce moment , et où se trouveront consignées les expériences qu'il a faites en présence de plusieurs médecins distingués , et qui méritent toute l'attention des praticiens.

§ IL Description générale de la Pfithisie tuberculeuse.

56 1. Prédispositions et causes occasionnelles. Ce sont une application très-forte et long-temps continuée à l'étude , des chagrins profonds , l'abus des liqueurs alcooliques , des hémorrliagies excessives , la diarrhée ou le diabètes , l'épuisement par l'allaitement, la suppression de quelque exutoire ancien , comme d'un séton , d'un cautère , d'un ulcère, d'une leucorrhée; un ptyalisme de longue durée, des sueurs immodérées, uu vice originaire de conformation.

502. Sjmptômes. La disposition prochaine à la phthisie {première période ) peut s'ofïrir sous trois formes différentes, i**. Engourdissement , inertie dans toute l'habitude du corps , douleur gravative de la télé , avec des retours plus ou moins fréquens d'une affection catarrhale de la membrane pituitaire ; somnolence , relâchement des muscles du thorax , avec expectoration difficile ^ douleur gravative de la poitrine, quintes violentes de toux qui augmentent par l'exercice , par la boisson des liqueurs froides ; difficulté de la respiration. 2^. Habitude du corps délicate , membres grêles , constitution irritable et spasmodique , conformation vicieuse du thorax , soit d'origine , soit par accident ; perte d'haleine au moindre mouvement;

PHTIÏISIÊ TUBERCULEUSE. 565

mélancolie , disposition aux emporlemens de colère pour les causes les plus légères , ardeur pour les plaisirs de l'amour y excès d'intempérance , hémoptysie , chaleur chronique et incommode , surtout à la plante des pieds ou à la paume des mains ; oppression de la poitrine , excès dans l'étude et les travaux du cabinet, etc. 5*^. Habitude du corps opposée à la précédente , c'est-à-dire , sensibilité obtuse et difficile à exciter , quelquefois avec un vice scorbutique ou scro-

phuleux^ une mauvaise conformation du thorax

Matière expectorée le malin abondante et visqueuse , avec un goût salé ; perte graduée de l'appétit , abattement de l'ame ; quelquefois induration des glandes du cou , toux incommode ; soulagement passager par une sorte de transport de la matière morbitique dans quelques articulations ou à la surface du corps. Si le malade commence à déchoir et à dépérir , il passe déjà à un autre degré de la maladie.

Page 1