Deuxième période , ou phthisie déclarée
Toux particulière et très-dilTérente de celle des affections catarrhales , moindre le jour , sujette à des retours irréguliers et très-incommodes ; la nuit , titillation au larynx , veilles opiniâtres qui ne font qu'augmenter le mouvement fébrile , respiration gênée au moindre mouvement , changement de la voix , qui devient rauque , grêle , ou beaucoup moins sonore ; soif, inappétence, douleur gravative de l'estomac après le repas , quelquefois même vomissement ; c'està-dire que la toux s'exaspère après qu'on a pris des
alimens , au point de faire rejeter ces derniers
C'est celte disposition à vomir jointe à la soif qui , suivant Morton , est le signe le plus certain d'une phthisie
564 LESIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.
déclare L'expectoration présente des variétés ;
quelquefois elle est épaisse et blanche , d'autres fois transparente , d'une couleur cendrée ou verdâtre ,
d'une odeur féiicle , d'un goût salé ou doux, etc
Une petite fièvre paraît le soir , avec ou sans frisonnement, avec une chaleur aignë et la rougeur des joues , qui augmentent graduellement par exacerbations irrégulières (Sydenham a cependant rapporté une espèce de phthisie où cette sorte de fièvre hectique n'avait point lieu ) , dépérissement, marasme, etc.
564. Troisième période* La fièvre hectique devient continue , avec un pouls petit , dur et fréquent , avec le sentiment d'une chaleur acre et mordicante au doigt de celui qui le touche. Durant l'exacerbation fébrile, la toux , la difficulté de la respiration et l'oppression de la poitrine sont au plus haut point ; mais lorsqu'elle cesse, soit durant la nuit, soit le matin , le malade dort d'un sommeil tranquille y il reprend des forces et un espoir nouveau de guérison ; et il retombe dans son abattement lorsque la fièvre se rallume. 11 survient des sueurs icolliqiiatives , soit la nuit , soit le matin , lors delà rémission de la fièvre; il pourrait en résulter un hydrothorax, une ascite, une diarrhée, ou même des affections dysentériques, accompagnées des spasmes les plus cruels ; quelquefois aussi, sans le provoquer , le dévoiement le plus rebelle s'établit. Expectoration purulente, et ardeur brûlante vers les amygdales et les organes de la déglutition , fétidité de l'haleine , marasme extrême , débilité , oedématie des extrémités , face hippocralique, et la mort Il est facile de connaître les détails des divers pliénomènes que, peut offrir l'ouverture des corps ; ou les trouve dans les ou-
PIITHISIE TUBERCULEUSE.' Z65
vragesde Bonet (Sepulchretum )^ de Bennet ( Tlieatrum tabidorum ) ^ de Morton ( Phthisiologia ) ^ de Morgagni {EpisL XXI), de M. Von-A {Observatio?is sur la Phthisie), et dans l'ouvrage de Bayle ( Recherches sur la Phthisie pulmonaire ).
§ IIL Traitement de la Phthisie tuberculeuse.
365. Rien ne paraît plus facile, dans le langage des écoles , que de guérir la phlliisie tuberculeuse, w C'est w d'abord une vomique qui a lieu dans les poumons , w et dont il faut favoriser la maturation et la rupture » par des expectorans, la diète lactée, l'équitation, » l'inspiration de vapeurs acides ; et aussitôt qu'elle » est rompue , prémunir le sang contre l'infection » purulente, déterger et consolider l'ulcère, rétablir
)) les forces par des alimens convenables » Ne
paraît-il point , d'après ces explications scientifiques , qu'on voit à découvert le caractère de cette maladie , et qu'on a acquis autant de lumières pour en développer le mécanisme, que d'habileté pour en suspendre le cours et en opérer la guérison ? Les faits observés chaque jour détruisent malheureusement trop souvent cet espoir frivole , et les progrès heureux que fait la pathologie interne nous donnent une idée bien différente de cette maladie.
366. Le résultat des recherches pathologiques ne doit-il pas être de nous rendre beaucoup plus réservés et moins confians dans ces prétendus balsamiques et détersifs de l'ulcère des poumons , dans l'usage de la térébenthine, du baume de la Mecque , de Copahu, du Pérou, etc. ? Et que doit-on attendre de leurs Ver-
tus pour empêcher les progrès successifs et le développement des tubercules ? Que peuvent produire encore , dans le premier degré. ^ les sudorifîques si vantés , la décoction de gaïac , de sassafras , etc. , dans la vue illusoire do prémunir le sang contre Vinfection purulente ? Et , quoique le quinquina ait été employé quelquefois avec succès , combien il est difficile d'en déterminer avec précision l'usage , puisqu'on s'est proposé seulement par ce médicament de combattre une prétendue tendance à la putridité qui n'existe nullement ! Il semble que les résultats de l'observation et de l'expérience , qui sont si propres à nous désabuser sur les succès de ces médicamens , nous ramènent directement au principe fondamental de toute méthode de traitement , qui consiste à seconder la nature et à lui fournir tous les moyens de développer ses efforts salutaires par un régime doux et les autres sages préceptes de l'iiygiène. Lorsqu'en effet le mal n'est pas au-dessus de toutes ses ressources , et que la' lésion du poumon peut être corrigée , on sait quels heureux effets ont produits l'usage des fruits doux et sucrés , comme des fraises , des cerises , des oranges , du raisin , etc. , ainsi que celui du laitage et des aliniens sucrés, surtout en secondant ce régime par l'exercice de l'équitation , le séjour à la campagne , et tous les objets d'une diversion agréable. Mais il faut convenir aussi qu'on doit être loin d'adopter une méthode générale et uniforme dans le traitement de la plithisie tuberculeuse aux deux premières périodes , suivant les distinctions que j'ai établies. Le phthisique est-il doué d'une constitution irritable et spasmodiqu6, il faut habiter des vallées ; des lieux bas et
humides, faire usage de boissons emulsionnées , de fruits bien mûrs , de farineux , du lait coupé avec de l'eau d'orge ou le gruau d'avoine ; éviter les passions vives , rechercher les jouissances domestiques, les plaisirs de la musique, prendre des bains lièdes. Si, au contraire , le philiisique est disposé aux affections catarrhales , qu'il soit d'un tempérament lymphatique , il doit préférer un lieu élevé, respirer un air pur, voyager, naviguer, aller à cheval, faire de l'exercice sans s'excéder , respirer des vapeurs aromatiques , ouvrir quelque exutoire, éviter un sommeil prolongé, user avec sobriété d'un vin généreux , recourir à une nourriture succulente et tonique. Je dois d'ailleurs renvoyer, pour les détails ultérieurs du traitement , aux diverses monographies qui ont été publiées sur cette maladie , l'une des plus fréquentes et des plus malheureuses qui puissent affliger l'espèce humaine. Que de modifications d'ailleurs ne demande point le traitemejit suivant la nature de la cause qui Ta produite !
CAR RE AU (ï).
§ P'. Considérations générales,
567. Est-ce à la philosophie ou à la médecine à remplir une lacune qu'on remarque encore dans la première institution des enfans ? Rousseau dit bien que l'éducation de l'homme commence à sa naissance, et qu'il s'instruit déjà avant de parler et d'entendre ;
(i) Synonymie. Atrophia infantilis ; Scrophula mesenterica y Sauvages^ Ollen^ Tabès irifantum j Sydr^hau ', Cantabescenùa itifanUlis , Jdçh j Chartre , etc.
568 LESIONS ORGANIQUES GENERALES.
mais suffit-il , pour remplir ce précepte , de relever avec éloquence quelques préjugés vulgaires sur les abus du maillot et sur certaines habitudes vicieuses^ d'y joindre d'ailleurs des réflexions saines et très-profondes sur Fart de ménager la sensibilité des enfans , de leur faire éviter des frayeurs , de leur montrer la liaison des sensations avec les objets qui les font naître , de bien saisir l'expression de leurs besoins, d'éloigner d'eux tout ce qui les agace , les irrite , les impatiente, de leur conserver la liberté des membres , etc. ? Ces préceptes indiquent bien moins ce qu'il faut faire que ce qu'il faut éviter ; et que de règles sages et diversement variées ne reste-t-il point à établir pour aider naturellement et sans effort le développement des facultés physiques et morales de l'enfant, suivant les périodes de l'âge , la diversité des saisons, la nature du climat et les dispositions individuelles ! La connaissance de toutes les influences qui peuvent modifier l'homme dans son enfance est le seul moyen d'achever l'histoire des maladies de cet âge. Peut -on approfondir la nature et les causes du carreau > si on ne remonte aux vrais principes de l'éducation physique et morale des enfans ? Et que doit-on penser, dans l'état actuel de nos connaissances, d'un certain spécifique de Zuinzer où entrent le prétendu anti-hectique de Poterius , et plusieurs plantes sans désignation des Espèces ? Gualther Haris {de Movbis acutis injantum ) ne donne guère qu'un fait particulier de l'atrophie vermineuse des enfans , sans tracer le caractère générique de cette maladie. Le Traité des Maladies des Enfans , par Underwood , traduit en français en 1786; a consacré seulement un article à la fièvre hec-
C AHK EAU. '^'"
tique qui survient quelquefois dans les périodes de Ja dentition. Sauvages a reuiii, sous le genre physconie ou intumescence de C abdomen ^ des espèces entièrement disparates , et les synonymes nombreux qu'i assigne à la physconie mèsentèrique en rendent la signification si vague et si indéterminée , qu'on ne peut nullement y appliquer la méthode analytique. La Faculté de Médecine de Paris avait tellement senti l'imperfection de nos connaissances sur le carreau, qu'elle proposa pour sujet d'un prix, en 1 787, de décrire cette maladie , de l'envisager dans son principe , de rechercher les causes qui la produisent , et d'exposer avec précision les moyens de la prévenir et ceux de la guérir. Le prix fut adjugé au docteur Baumes, actuellement professeur à l'Ecole de Médecine de Montpellier. Quelques observations prises de son Mémoire donneront une juste idée de cette inaladie.
568. Un enfant de six ans commença à languir peu de temps après le sevrage, mais parut enfin se rétablir ; néanmoins l'abdomen , bien loin de diminuer, grossissait toujours de plus en plus ; il y avait diarrhée ; l'appétit se maintenait ainsi que les forces et l'embonpoint; la face était blême , le nez affecté de catarrhe , les ailes garnies de croûtes. Peu à peu l'abdomen devint douloureux ; la diarrhée , qui n'avait jamais cessé , fut d'un plus mauvais caractère; mais la maigreur ne faisait pas de progrès sensibles; l'appétit restait depuis quelque temps très -ir régulier ; enfin la fièvre lente , avec deux petits redoublemens quotidiens , s'établit, le ventre devint douloureux, 11 y eut de l'a toux sans expectoration , et le petit malade mourut après trois semaines de fièvre. A l'autopisie m. 24
OJO LESIONS GnGANîQUES GENERALES.'
cadavérique, on trouva, dans l'abdomen^ le foie vola-' milieux, sain, parsemé de petits filets blanchâtres très-apparens ; l'estomac , et en général les intestins , la rate, le pancréas, les reins et la vessie en assez bon état ; le mésentère flétri dans toute son étendue, infiltré de pus, et contenant quelques petits îabcès ; les glandes lymphatiques du mésentère ou gorgées, ou tuberculeuses, ou en pleine suppuration , ou fondues et détruites ; enfin de la matière purulente dans les vaisseaux lymphatiques qui aboutissent aux glandes suppurées , dans le canal thoracique , daTjs la cavité du jéjunum et de Fiîéum : dans la poitrine , le ventricule droit du cœur rempli de sang' noirâtre , tandis que le ventricule gauche était vide ; le thymus flétri, rapetissé , mais en bon état; le poumon sain dans tout son lobe droit, altéré dans le gauche , avec adhérence , contenant quelques tubercules voisins de l'état de suppuration , et un peu infiltré de matière purulente dans la portion inférieure ]a plus exempte de toute altération. Mais on doit convenir que , depuis vingt années , la méthode descriptive des symptômes et les recherches d'ianatomie pathologique sont devenues bien plus précises et plus exactes.
569. Une fille assez sâine et bien constituée , dont la mère avait été délicate , fut allaitée par une nourrice dont le lait avait déjà huit mois. L'enfant parut d'abord grossir ; mais au bout de six semaines l'abdomen parut plus élevé qu'il ne l'est a cet âge ; il y avait diarrhée et faiblesse dans les jambes et les cuiss^^si; l'abdomen devenait de plus en plus inégal ; il était gros , inégalement souple , parsemé de duretés qu'on
CARRE A tr. 071
trouvait surtout aux environs du nombril ;il y avait des convulsions et un état de lienterie ; les membres inférieurs étaient surtout amaigris , le visage pale , les joues colorées , la peau sèche et chaude , l'appétit vorace , la soif considérable , le sommeil lent et court. Les convulsions augmentèrent, et l'enfant mourut.
5-70. Fabrice de Hilden i'apporte qu'une jeune fille âgée de dix ans tomba peu à peu dans la m.'iîi:^reur, et parvint , dans l'espace de quatre ans^ au dernier degré de marasme, sans que l'appétit fut sensiblement diminué ; elle mangeait et buvait comme en santé , s© livrait habiîuellement aux exercices de son âge, et elle ne garda le lit que sept ou huit semaines avant sa mort; elle était cependant tourmentée d'une fièvre lente et d'une toux continuelle : elle mourut à l'âge de quatorze ans. L'ouverture cadavérique fit voir le mésentère parsemé de glandes dures , suivant le trajet des vaisseaux qui se rendent à la veine porte. Plusieurs de ces tumeurs avaient le volume d'un œuf de poule , et les autres étaient de la grosseur d'une noix ou d'une châtaigne. On trouva aussi plusieurs autres tumeurs analogues dans les poumons.
§ IL Description générale du Carreau,
'^'j\ . Prédispositions et causes occasionnelles. Ce sont des erreurs de régime dans l'enfance , la répercussion de quelques maladies cutanées, et toutes^les autres causes des scrophules.
572. Symptômes de la première période , ou dis-* positions qui doivent la jaire craindre. Vice de la digestion, faiblesse des intestins ^ flatuosités, dévoiement
avec des inlermissions , perte de l'appétit , vomissement gl.iireux par intervalles, bouffissure du ventre, surtout le soir , urine lactescente , odeur acide de la transpiration , respiration inégale , pouls intermittent , pâleur de la face et du front, saleté de la langue, haleine forte , niélancolie , crampe des extrémités avec débilité habituelle, douleurs gravatives des lombes. Deuxième période. Intumescence gravative de Fab— domen , avec des indurations isolées et sensibles au toucher, perle de l'appétit, et, dans certains en fans , extrême voracité; malaise après le repas , avec distension du ventre; flatuosités, urine peu copieuse, somnolence ; évacuations alvines irrégulières, avec des intervalles de constipation ; variétés des déjections , qui sont d'abord plutôt molles que liquides, ensuite blanches, liquides, ou bien d'une couleur cendrée pu argileuse , spuvent avec une complication de vers. Les glandes lymphatiques du cou çoiiimencent par s'affecter, ou quelquefois même ces indurations glanduleuses externes précèdent. Troisième période. Les glandes lymphatiques du mésentère deviennent tuberculeuses et perdent leurs fonctions; falonie des vaisseaux absorbans est extrême, avec imperméabiliîé des glandes; le chyle n'est plus ropompé, ou plutôt il est évacué avec les déjections , qrù deviennent blanchâtres , et qui sont composées d'alimens à demi— digéras; il. y a lièvre lente, marasme, sans doute par la SiippuratippL ^le quelques glandes lymphatiques ; dévoiement colliquatif, et quelquefois comme lientérique, parTabolition des fonctions de la digestion; d'autres fois |a scène finit par une hydropisie aseite. L'ouverture des corps n'a que trop confirmé la nature
SCROPHULES. OyS
de la maladie, et on a trouvé des tuLerculés crus ou en suppuration dans le mésentère, et quelquefois en même temps dans les poumons , et souvent des épanchemens dans ces mêmes cavités ou dans le crâne.
§ III. Traitement du Carreau,
SyS. Il est nécessaire de recourir aux principes de l'hygiène , et d'accorder peu de confiance à ces prétendus fondans^ incisifs, résolutifs, etc., dont les vertus sont si souvent équivoques, pour ne point dire nulles. Et que doit-on penser de la crédulité des auteurs qui vantent l'or comme le plus puissant apéritif , le meilleur résolutif de la lymphe épaissie ? Le car-» reau , à la troisième période, est sans doute incurable , et son traitement n'est pas toujours heureux à la deuxième. Je me bornerai à indiquer ici la rhubarbe, l'acétate de potasse, les oxydes de mercure, les frictions sèches, les bains froids, soit d'eau douce, soit
d'eau de mer, etc en un mot tous les moyens
propres à ranimer l'activité du systènje lymphatique*
S C R O P H U LE S (fl)!
§ I*"'. Considércttîons générales.
^j4' L'histoire du vice scrophuleux lient à la considération des diverses caulses qui peuvent concourir à le produire , comme à celles du cliniat , de la saison > de 1 âge > des lieux qu'on habite, des maladies qui ont
(r) SrrfoJf'rmÈ. Scropkiila, Sauvâmes ,Vogel, Cullïn, Ôagat. j Strumaj -tiN^iÉua } Ecrouelles ; Humeurs froides j etc.
précédé (^Mémoire de M. Baumes , qui a remportéJe prioc proposé par la Société de Médeciîie , 1 788) : en i>énéral, les révolutions de l'âge influent sur les di-* yerses directions du vice scropliuleux. Dans l'enfance, il se porte le pi ils souvent sur les glandes lymphatiques extérieures , et quelquefois sur le mésentère ; dans l'adolescence , ce sont les poumons qui sont le plus souvent attaqués; dans l'âge viril, il peut se transformer en liydropisie ou en affections cutanées très-^rebelles. La cliimie paraît fournir des faits propres à répandre quelques luniières sur le vice scropliuleux : dans un degré plus avancé de la maladie, l'acide pliosphorique est en moindre proportion dans l'urine ; les proportions du pliospbate calcaire sont fort augmentées dans ce liquide pendant la durée des ulcères scropliuleux. A l'ouverture des corps , on a trouvé , dans une ou plusieurs glandes lymphatiques, dans le parenchyme des viscères , ou même dans le canal thoracique , une certaine quantité du même phosphate calcaire. Dans cette maladie , l'acide pliosphorique est-il ti^op abondant, trop développé, et par là devenu nuisible? se porte-t-il sur la substance des os pour en dissoudre le phosphate calcaire , qui , absorbé par les vaisseaux lymphatiques , est erjsuite diversement déposé ou disséminé dans différentes parties ?
575. Amatus Lusitanus donne l'histoire d'une jeune fille affectée de tumeurs glandulaires au cou et aux aisselles ;; elles se:ti;an>iollirent et se dissipèrent naturellement , ne laissq^nt phi^ de traces de leur epiistence. Au bout de deux mois , il s'éleva surle.frontune uout velle tumeur qui . s'amollit aussi : . on e;sp^|;a qu 'elle se rçgpvxdrait comnie, les préçédente&.^.iÇit^Qiçijp^difiçTa
SCROPÏI U LES. SyS
J'ouverture avec d'autant plus de sécurité, que son volume diminuait de jour en jour; mais des douleurs vives s'élant développées dans le foyer de la tumeur, on y pratiqua une incision cruciale ; il ne s'en écoula ni pus ni sanie : on remarquait au niilieu une espèce de membrane épaisse et charnue dont on enleva une petite portion. Le lendemain , le cnlne parut carié vers cette partie du front où se terminent les cheveux. Cet état disparut par l'effet de moyens externes et internes
dont Amatus fit usage, et n'a plus reparu depuis
Quoique les scrophules attaquent plus particulièrement depuis l'âge de trois à sept ans , cependant elles peuvent aussi se manifester chez les adultes et les vieillards. Un homme né de parens robustes, ayant plu^ sieurs frères dont aucun n'a été scrophuleux , avait joui de la meilleure santé jusqu'à l'âge de vingt ans , où il fut enfermé dans les prisons de Douai. Au bout de cinq à six mois de réclusion , les glandes du cou se sont tuméfiées , mais n'ont âbcédé qu'au bout d'un an, et presque sans inflammation, A mesure qu'une tumeur s'ouvrait, il s'en fermait vine autre à coté. Lorsqu'il fut transféré à Bicêtre, on voyait sur les partieslatérales du cou plusieurs ulcères environnés de lu— meurs dures de la grosseur d'une noix ; les yeux étaient larmoyans et phlogosés, la lèvre supérieure gonflée ; il y avait écoulement puriforme des oreilles, et surdité par intervalles. Pendant une fièvre gastrique dont il fut attaqué durant l'été , la suppuration devint beaucoup plus abondante, et amena une diminution sensible dans les duretés du cou. Son départ pour les galères de Toulon empêcha d'entreprendre aucun traitement..
SyG LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.
576. La quantité excessive des alimens et leur mauvaise qualité peuvent être regardées comme des .causes de scrophules. Un homme âgé de vingt-deux ans avait été d'une cjrande voracité dans son enfance. A l'a^e de huit ans , apparition au-dessous du menton d'un engorgement lent qui acquit la grosseur d'une noix , et resta ensuite indolent ; il n'avait encore aucun symptôme de scrophules; son père, sa mère, ses frères^ au nombre de sept, étaient parfaitement sains. A l'époque de la disette , souffrant cruellement de la faim , il chercha à la satisfaire en mangeant des fruits verts , des viandes gâtées et même l'herbe des champs. Peu après , enflure énorme de la tête et du visage , accompagnée de fîèyre ; les veux, les oreilles, le nez , étaient cachés par le gonflement du tissu cutané. Il resta quinze jours dans cet élat douloureux ; le seizième , ouverture spontanée et avec un bruit marqué au milieu de la joue droite ; écoulement d'une grande quantité de matières purulentes mêlées de sang. Un mois après , ouverture à la joue gauche avec issue des ixiêmes matières. L'enflure disparut ; mais les ouvertures se changèrent en ulcères que des croûtes écailleuses couvrirent par intervalles : ils ne lui causèrent jamais le moindre prurit. A la même époque, inflammation chronique aux deux veux , tuméfaction des glandes du cou : plusieurs abcédèrent , et la cicatrice se forn:^a sans que les duretés fussent fondues. Il fut quatre a^ia dans cet état; il fît ensuite usage de bains , de sucs, anti-scorbutiques : les croûtes tombèrent, les itlcères des joues se cicatrisèrent ; néanmoins les yeuX restèrent toujours affectés d'inflammation , et la vue presque éteinte par l'opacité de la cornée transparente ;
SCRO PIIULES. Ejf
les cartilages tarses et les points lacrymaux furent détruits , et les glandes du cou restèrent dans un état de dureté indolente.
577. Il est une question qui a beaucoup occupé les lïiédecins , c'est de savoir si les scropliules sont contagieuses Il ne paraît pas que cette affection se coni-
inunique par le coït, à moins qu'elle ne soit compliquée avec la syphilis. On dit généralement que les nourrices scropliuleuses communiquent cette maladie à leur nourrisson. Kortum a frotté le cou d'un enfant sain avec le pus fourni par des ulcères scrophuleux • il a Diênie inoculé cette matière à un autre enfant par une petite plaie derrière et au-dessous de l'apophyse mastoïde, sans qu'il en ait résulté aucune apparence d'infection. Hébréard a aussi tenté des expériences sur les animaux , et notamment sur de grands chiens ; il a cherché à leur inoculer le pus d'un ulcère scrophuleux, soit après avoir incisé les tégumens, soit après avoir appliqué des vésicatoires , sans avoir pu apercevoir aucune altération dans la santé. Mais si on met en doute la propriété contagieuse de la maladie scropliuleuse, il n'en est pas de même de son hérédité; elle est prouvée d'une manière manifeste par des observations multipliées : il paraît même que les pères la communiquent plus particulièrement à leurs enfans que les mères. On a également observé que la première génération en est quelquefois exempte , tandis qu'elles paraissent dans la seconde ; tous les enfans d'un père scrophuleux n'en sont pas non plus également atteints. 5y8. On a des observations de scrophules compliquées avec la teigne , les dartres, la gale, le rachitisme, le scorbut, la syphilis, et même le cancer. L'obser-
Zjf^ LESIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.
vation suivante est un exemple des scrophules syphilitiques. Un jeune homme âgé de vingt-deux ans, né de parens robustes , n'avait eu aucun symptôme de scrophules dans son enfance; mais pendant son séjour dans les prisons il lui survint plusieurs engorgemens aux glandes du cou qui suppurèrent avec lenteur et sans? douleur ; il avait contracté trois fois la maladie vénérienne , et n'avait été traité qu'incomplètement. Arrivé à l'infirmerie en avril, il présenta une tumeur de la grosseur de la tète à la face externe du sacrum, qui avait acquis ce volume dans l'espacé de vingt jours ; elle avait été légèrement douloureuse et roulante dans le commencement , et avait cessé d'être sensible et mobile en augmentant de volume ; la peau qui la recouvrait paraissait dans l'état naturel ; la fluctuation était manifeste ; on sentait à la circonférence de la base de la tumeur un rebord comme cartilagineux , parsemé de petites duretés mobiles. Le trente-sixième jour de l'apparition de la tumeur, douleur, et couleur rouge, luisante au centre (introduction d'un séton à la base de la tumeur ) ; sortie d'environ trois pintes d'une liqueur jaunâtre et de la consistance du sérum par la plaie du séton; dénudation très-marquée du sacrum (injection deau d'orge et de miel rosat) . Le quatrième jour, perte de l'appétit, douleur vive au trajet du séton , soif, pouls fréquent , chaleur à la peau (eau d'orge avec Voxjmel). Le cinquième, augmentation des symptômes fébriles , matière de la suppuration très -fétide. Le sixième, même état. Le septième et huitième , un peu de rémission dans la fièvre. Le neuvième, retour de l'appétit (injection vineuse par V ouverture du séton^. Le dixième , a])yrexic coniplètî^
SCROPHULES. 579
5uppuralion abondante et fétide. Le vingt-quatrième , collement des tégumens dans toute l'étendue de la tumeur, excepté dans le trajet du séton , d'où il s'écoule lin pus louable ( moyens aiitl-syphilitiques pendant deux mois et demi). Au mois d'août, les ouvertures du séton étaient entièrement cicatrisées ; on n'apercevait les traces de la tumeur que par un peu plus d'épaisseur : il a paru ensuite quelques boutons de galô qui cédèrent au traitement de cette maladie.
§ II. Description générale des Scrophules»
579. Prédispositions et causes occasionnelles. Les scrophules surviennent ordinairement depuis l'âge de trois ans jusqu'à sept ; cependant elles se manifestent aussi plus tard : on les a même vues paraître à un ago très-avancé. Elles attaquent plus particulièrement les personnes d'un tempérament lymphatique , celles qui habitent des lieux humides , qui sont mal nourries , qui mènent une vie indolente , ou qui se livrent à des affections morales tristes. Cette maladie est héréditaire; elle peut épargner la première génération , et ne se manifester qu'à la seconde ; rien ne prouve qu'elle soit contagieuse,
38o. Symptômes. Les signes extérieurs d'une sorte de 'constitution écrouelleuse dès l'enfance sont le gonflement de la lèvre supérieure , des gerçures quelquefois avec un écoulement jaunâtre , le nez rouge et douloureux, la chassie des yeux ou ini suintement des oreilles , le cerveau plus volumineux , un aii- de nonchalance , de la gaîté , des reparties spirituelles , la Jblancheur de la peau. Dans la première période^ l'im-
58d LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.
pression du vice scrophuleux a lieu sur les glandes lymphatiques , le plus souvent sur celles du cou , deà
angles de la mâchoire, de la base de l'occiput Ces
tumeurs plus ou moins irrëgulières sont dures et indolentes , sans changement de couleur à la peau ; elles sont quelquefois stationnaires nn ou deux ans; d'autres fois ces glandes s'affecîent plus promptement , et il en résulte une sorte de mouvement intestin Ou d'orgasme; le pouis est plus fréquent , et la chaleur augmente à la peau ; il y a constipation , diminution de l'urine : cette révolution est passagère, et l'atonie succède bientôt. Dcuofiième période. Les tumeurs grossissent peu à peu sans devenir plus molles ; la couleur de la peau qui les recouvre s'altère et devient successivement bleuâtre et d'un rouge plus ou moins marqué. Les glandes, sans devenir douloureuses , s'amollissent par degrés et offrent au tact un sentiment de fluctuation..... Elles suj:purent, et fournissent un écoulement de matière puriforme délayée avec quelques concrétions blanchâtres éparses. . . . Les plaies dégénèrent en ulcères qui durent plus ou moins long-temps , ou qui se renouvellent après s'être cicatrisés ; ou bien il se forme des ulcères nouveaux dans le voisinage. Cette alternative ou cette succession de tumeurs ou d'ulcérations a une durée plus ou moins longue, suivant les circonstances. Le vice scrophuleux peut aussi se porter aux glandes sousclavières, sous-scapulaires, axillaires, etc., et produire des effets analogues. Tfoisiè me période. Si ce vice attaque le poumon, il peut produire la phthisie; s'il »e porte aux glandes du mésentère , il peut donner lieil au carreau: dans ces' deux cas, le malade passe par tous les degrés du marasme et de la fièvre hectique
«CROPHULES. 58 f
avant Je succomber Le vice scrophuleux peut s'associer au mal vénéiieii , au racîiitis, au scorbut, et offrir alors des syuiptômes variés.
§ III. Traitement des Scrophules.
58 1. On relire de grands avantages des toniques dans la première et la seconde période de la maladie, comme de l'oxyde de fer combiné avec Je muriate d'ammoniaque, ou bien avec le carbonate de potasse^ avec les amers , comme dans l'éJixir anli-scrophuleux de Peyrilhe, ou bien le quinquina avec la noix kius-» cade , suivant la prescription de Fotbergill. Des expériences répétées ont prouvé l'efficacité d'une forte décoction de boublon. L'usage de l'eau de mer a aussi une utilité non contestée, ainsi que le muriate calcaire , comme Fourcroy l'a expéiimenié. Il faut seconder l'effet des médicamens par tous les moyens que l'bygiène peut suggérer, comme une habitation salubre, ou même le changement de climat , les frictions sèches, l'insolation, etc. On a essayé en Angleterre l'inhalation du gaz oxygène , à la dose d'environ quatre pintes, mêlé avec autant d'air atmosphérique : le succès a été assez marqué ; mais comme le malade a fait en même temps usage du quinquina , l'observation est peu concluante.
582. Il serait superflu de redonner ici une nouvelle existence aux prétendus fondans de la lymphe , et de rappeler les fameuses pilules de Lallouette , dont on a tant exalté les vertus , comme contenant dans leurs ingrédiens la teinture d'or, le plus parfait des métaux. ^e ne parlerai pas non plus des recette* compliquée*
de Faille, de Deîiaëii, de Gratelonp , de Marescliâ de Roiigères, de Janin, de Fabre , ou autres compositions pharmaceutiques, mises en vogue par Fempirisme , et quelquefois utiles pour un observateur sage et éclairé. Mais l'attenlion j)ublique a été fixée depuis quelque temps sur les propriétés médicales du muriate de baryte, par des écrits publiés en Allemagne, en Angleterre , en France ; et les expériences qu'on a faites viennent à l'appui de celles du docteur Craw^fort, insérées peu avant dans le Recueil périodique de la Société de Médecine de Paris. Cependant on doit avouer que les observations faites jusqu'à ce jour sur l'efficacité de ce remède dans les scrophules sont encore insuffisantes, et qu'il est prudent dé suspendre son jugement. J'ai entrepris moi-même des essais de ce genre, dans l'hospice de la Salpêtrière, sur trois enfans attaqués de scrophules de la manière suivante. L'un était âgé de neuf ans , et il avait des tumeurs » dures et indolentes à la base de l'occiput , et des tumeurs ulcérées aux angles de la mâchoire. Le deuxième, îigé de' cinq ans , avait un ulcère au tiers supérieur et ,ex terne de la cuisse gauche , tuméfaction de trois fois la «rosseur naturelle du «ros orteil droit avec carie ulcérée , tumeur indolente à l'angle droit de la mâchoire. Le troisième, âgé aussi de cinq ans, portait des tumeurs ulcérées et cicatrisées en diverses parties du corps , surtout au cou ; les secondes et troisièmes phalanges du doigt indicateur et du grand doigt de la main gauche, avaient acquis une grosseur monstrueuse , et offraient une tuméfaction qui excédait au moins quatre fois le volume naturel , avec carie ulcérée. Ces trois enfans furent soumis à un traitement
SCROPHULES. 585
uniforme le 5o novembre 1797. D'abord léger purgatif , puis le muriate de baryte , administré à la dose d'un ijrain sur deux onces d'eau distillée , ce qui fut répété tous les trois jours pour ciiacun de ces jeunes malades. Premier enjant. Augmentation de la suppuration des ulcères durant k première quinzaine de l'usage du remède. Lé. 20 janvier 1798, diminution des différentes tumeurs, commencement de la cicatrisation des ulcères, Le 19 février, ulcères cicatrisés depuis plusieurs jours , tumeurs beaucoup diminuées. Interruption de .la barjte pendant un mois et demi que l'enfant fut soumis au traitement de la gale dans une au,tre salle. A son retour , le 9 avril, ulcères rouverts , tumeurs augmentées. Le 4 ^^^^ y cicar trisation des ulcères y tumeurs beaucoup diminuées. Le 20 mai, plus de tumeurs à la base de l'occiput. Le 28 mai, l'idcération des tumeurs aux angles de la mâchoire était entièrement guérie. Deuxième enjant. Superpurgation lors de la première prise du remède ^ suppuration plus abondante durant les vingt premiers jours. Vers le 20 avril , diminution de la tumeur et de la suppuration. Le 28 mai , peu de suppuration , tumeur diminuée d'un tiers ; la glande de l'angle de la mâchoire ulcérée depuis un mois. Troisième enfant. Superpurgation à la première prise , suppuration plus abondante jusqu'au 9 janvier. Le i^ février, la plaie du grand doigt presque fermée , sa tumeur diminuée; peu de changement: au doigt indicateur. Le 4 avril, plaie du doigt du milieu cicatrisée ,? , çt son- volume seulement un peu plus grand qu'il n<l doit Fétre dan,s l'état naturel ; diminution de la tumeur et de la suppuration du doigt indicateur. Le 29 avril.
58z{. LÉsiOiS'S ORGANIQUES GÉnÉbALES.
cicatrisadon de ce doigt, he 28 mai , le doigt dit milieu revenu à son état naturel , mais l'indicateur conservant presque le double de son volume ordinaire. On ne peut méconnaître refficacité du muriate de baryte dans ces trois observations ; mais on voit avec quelle lenteur il agit , et combien , dans ce traitement , comme , en général , dans celui de toutes les maladies clironiques , il faut savoir prendre son temps , et laisser la nature développer lentement ses ressources salutaires.
585. On peut lire le résultat de certaines expé-= riences ultérieures qui ont été faites sur le muriate de baryte , dans une Dissertation qui a été soumise à une discussion publique Ç Essai sur les tumeurs sa^o^ phuleuses y par Hébréard, Paris, 1802 ). Ce médecin rappelle différens autres médicamens qui ont été mis en usage contre la même maladie , comme les eaut îliinérales de Bonnes et de Barèges , administrées seules ou jointes aux. frictions mercurielles, Félixir aiitiscrophuleux de Peyrillie , les ferrugineux , le mélange de noix muscade, de quinquina et de teinture dé oaïac , suivant la méthode de Foiheri^ill , Fextrait de digitale {digltalis purpurea y L. ) , les décoctions de saponaire en ho\ssoi\\ s apôn aria officinàlis ^h.)' , àé douce-amère ( solarium dulcainara y L. ) , Finfusiorf de fleurs d'ai-nica {^caiiica moritana^ L.) , etc. Mai» comme les scroplmles peuvent être compliquées aveié diverses maladies, telles que la teigne, la gale,* "Té ^corbut, les dartres, la syphilis, etc-V' Bvi imagina sans peine que le traitement doit être modifié d7^re^ < le caractère de la maladie qui vient s'y jorach^ie. Lïi( marche lente et peu animée d'un ulcère scrôphiilcus^
SCROPIIULES. 58S
a fait sentir l'utilité de l'application de certains stimulans, et c'est dans celle vue que, en Angleterre, on a été porté à employer, comme topique , les feuilles de la petite oseille ( ojca//^ acelosella ^ tu. ) , et j'ai eu occasion, il y a quelques mois, de renouveler les épreuves sur deux enfans scropliuleux . L'un de ces deux enfans avait eu une tumeur de la grosseur d'un œuf à coté de la mamelle gauche , et se dirigeant vers l'aisselle : après avoir été quelque temps indolente, elle s'était enflanmiée et avait passé à la suppuration, en donnant lieu ensuite à un écoulement séreux abondant. Il restait une plaie profonde et d'environ deux pouces de longueur ; ses bords étaient découpés ; il n'y avait presque point de rougeur : c'est dans ces circonstances que , pour stimuler ces parties et amener une prompte cicatrisation , je fis appliquer de l'oseille ordinaire légèrement macérée sous la cendre ; cette application , continuée pendant six jours , excita de la rougeur , de là chaleur dans les bords de la plaie , même avec éruption de boulons ; l'éroulement séreux prit peu à peu de la consistance ^ les chairs vives se^ rapproclièrent , et dans une quinzaine de jours j'obtins la cicatrice. M. Jadelot , à l'hôpital des Enfans malades , fiait un usage judicieux des hydro-sulfures en boisson , en bains et en douches , qu'il combine , lorsqu'il les administre à l'intérieur , avec les amers , les toniques, et surtout avec une forte décoction de houblon : ce traitement» réuvSsit depuis plusieurs années.
RAC H I T l S (i).
§ P'. Considérations générales.
384« Cette maladie , envisagée sous le rapport simple d'un ramollissement et de la déformation des os par une déviation ou un défaut de sécrétion du phosphate calcaire, devait sans doute trouver ailleurs sa place dans Tordre nosologique ; mais une suite nombreuse d'observations publiées par M. Portai, indique que le rachitis n'est point le plus ordinairement une maladie primitive , mais seulement une affection symptomatique dé quelques-unes des maladies qui viennent d'être exposées , comme des scrophules , de la syphilis , du scorbut , etc. C'est de la courbure de l'épine que le rachitis a pris son nom , comme si ceux qui l'ont droite , et qui ont les extrémités torses et les apophyses gonflées, le sternum ployé , les côtes nouées , n'étaient pas rachitiques. De là peut-être la nécessité de donner une dénomination plus exacte et plus étendue à ces affections de la substance des os , de les comprendre , par exemple , sous le nom d'ostéomalacie. On sait que Glisson en a le premier donné une description exacte vers le milieu du siècle dernier, en se bornant à considérer cette maladie dans l'enfance. Il n'y a guère qu'un enthousiasme aveugle pour l'antiquité qui puisse faire remonter cette découverte jusqu'aux premiers temps de la médecine. Cullen embrasse cette opinion ; |
(i) Synonymie. Rachitis ^ Sauvages ^ Linnvf.us, VogeL; CvLLEN , Sagar j Boeuhaave, Hoffmann ; Rachltisme. M. Porîal; Oàtéomalacie, DuncaN; etc.
RACIIITIS. 587
mais est-il aussi heureux dans le clioix de ses preuves qu'il est prompt à l'adopter? On voit Boerliaavc et d'autres auteurs attribuer une grande influence aux causes occasionnelles du racfiitis : Cullen s'attache à nier cette influence ; mais il est un moyen simple d'éviter la vacillation d'opinions qui peut résulter de ces contrariétés ; c'est de rapprocher un grand nombre de faits particuliers, autant que peut le permettre l'état actuel de nos connaissances , et alors on sera de l'avis de Boerhaave : on se gardera cependant d'adopter son erreur sur les substances sucrées. On pourrait citer ici plusieurs faits sur l'usage salutaire de ces substances ( Traité de la Canne à sucre , par Duthrône).
585. Les cas de rachitis syphilitique et scorbutique sont sans doute les plus fréquens , et M. Portai en a consigné beaucoup d'exemples dans son Traité sur cette maladie ( Observations sur la nature et sur le traitement du Rachitisme , Paris, 1797). Voici un exemple de rachitis syphilitique. Un homme affecté de syphilis avait éprouvé des douleurs tres-considérables dans l'épine avant de présenter la moindre déviation du rachis ; la lésion de ce dernier fut ensuite telle , que le malade était courbé de derrière en avant , de manière que la partie supérieure de la colonne vertébrale faisait avec la portion inférieure un angle presque aigu, dont l'apophyse épineuse de la septième vertèbre dorsale formait la pointe. Le malade ne pouvant se redresser, avait la face inclinée vers la terre ; il ne pouvait se soutenir que par deux béquilles , et avait la plus grande peine pour fiire quelques pas; il ressentait dans les extrémités inférieures des crampes
fréquentes, souvent de vraies convulsions; tandis qu'il avait la plus grande insensibilité dans les muscles du côté interne de la jambe et du pied droits ; insensibilité qui augmenta au point qu'elle gagna toute l'extrémité déjà atrophiée , et qu'il en perdit le mouvement. Les douleurs de la colonne vertébrale augmentèrent tous les jours, malgré le traitement anti-vénérien; la fièvre survint , la maigreur fut extrême et accompagnée d'un dévoiement colliquatif : la mort ne tarda pas à avoir lieu. A l'ouverture cadavérique on trouva les tibia couverts d'exostoses ; il y en avait une trèsgrosse au cubitus droit, vers la partie moyenne de la face antérieure et interne , et une autre dans le cubitus gauche, plus petite ; la mâchoire inférieure était aussi très-grosse vers le grand angle du côté droit ^ et l'apophyse condyloïde du même côté était singulièrement ramollie , ainsi qu'une portion du bord postérieur de la branche de l'os maxillaire qui la supporte ; le sternum était fort inégal et carié à son extrémité supérieure. Les cinquième ^ sixième , septième et huitième vertèbres avaient leurs corps presque entièrement détruits par la carie , tant dans leur épaisseur que dans leur hauteur ; leur lame postérieure , qui forme la paroi antérieure du canal vertébral , avait aussi perdu de sa hauteur, surtout celle de la septième vertèbre dorsale , qui n'avait pas la moitié de son éteiîdue ordinaire , tandis que la partie antérieure de son corps était presque entièrement détruite ; les deux cartilages qui la réunissent avec la sixième et la huitième vertèbre dorsale étaient antérieurement peu éloignés l'un de l'autre. Le canal vertébral , très - rétréci en cet endroit, contenait une grande quantilé^d'eau verdâtre ;
RÀCIIITIS. 58^
les poumons éialent tuberculeux , ainsi que les glandes niésentériques ; le testicule droit était de la grosseur du poing, dur, inégal et ulcéré en quelques endroits ; le cordon spermatique était comme carnifîé jusqu'à une grande hauteur dans le bas-ventre ; il y avait dans cette cavité un épancliement d'eau rougeâtre ; le foie était tuméfié, durci et tuberculeux. Cette observation ne démontre-t-elle pas que le racbitis peut être la suite de la syphilis , el qu'il ne consiste pas uniquement dans la lésion organique du système osseux y mais encore dans celle de la plupart des organes ?
586. L'observation qui suit présente un exemple du rachitis scorbutique. Une jeune fil Iç de dix ans, dont la taille était un peu courbée, avait le genou droit considérablement tuméfié; on distinguait, par la dureté et les inégalités de la tumeur , qu'elle était l'effet du gonflement de l'extrémité du fémur et de l'extrémité supérieure du tibia , et nullement de celui de la rotule. La dureté de cette tumeur n'était cependant pas égale par-tout ,• car il y avait des endroits de sa circonférence dont les parois paraissaient ramollies comme de la cire : les autres parties du fémun et du tibia paraissaient en bon état. Cependant la peau des jambes , surtout sur les surfaces extérieures des deux tibia , était couverte de taches brunes comme des ecchymoses ; les gencives étaient gonflées , il en sortait du sang noirâtre et dissous ; les dents vacillaient dans les alvéoles ; plusieurs étaient déjà tombées. Cet enfant éprouvait de vives douleurs dans diverses parties du corps et dans les articulations , surtout dans le genou gauche , et encore dans l'autre , où on ne distinguait aucune altération ; ces douleurs étaieut quelquefois
ogO LESIONS ORGANIQUES GENERALES.
fugaces, passagères; d'autres fois elles duraient fort long-temps : elles étaient un peu plus vives le soir et pendant la nuit que dans les autres heures du jour. Du reste , cette jeune malade n'avait aucun gonflement dans les glandes du cou , ni dans celles des aisselles , ni dans celles des aines : elle avait seulement la région du foie un peu tuméfiée , sans être dure ni douloureuse; elle allait difficilement à la selle et avait peu d'appétit ; la couleur de la peau était jaunâtre , l'urine rouge ( anti^corbutiques) ; la maigreur augmenta , la fièvre fut continue , et le dévoiement qui survint fut Favant-coureur de la mort.
587. Mais un des cas les plus fréquens de cette maladie est sans doute le racliitis scrophuleux* Une femme atteinte d'un engorgement des glandes du cou, des aisselles, des aines, et dont le ventre était aussi dur et gonflé, d'ailleurs d'une constitution forte, tant par rapport à la charpente osseuse qu'à ses muscles, éprouva , vers l'âge de dou^e ans , parmi divers symptômes occasionnés par Je vice scrophuleux, une déviation de la colonne vertébrale qui ne fit pas d'abord de progrès remarquables; mais vers la quatorzième année , au moment où la jeune ji^^rsonne paraissait disposée à être réglée , l'épine se renversa bien davantage, les épaules n'étaient plus de la même hauteur (sirop anti^ scorbutique et sirop de BelLet , cautère au bras, vojage àBarèges, exercices doux et variés], alimens Jionjariîieux). Ce régime fut continué pendant deux ans à Barèges ; les engorgemens des glandes se dissipèrent , l'épine se redressa , et les épaules se rétablirent dans leur situation naturelle.