‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 58 sur 83 · RACHITIS · texte numérisé non relu

RACHITIS

§ m. Traitement du Rachltis,

591 . Le traitement du rachitis doit varier suivant le caractère de la maladie doat il peut dépendre. Boerhaave en a dcicrit les principes généraux avec sa précision ordinaire. Alimens légers et faciles à digérer , vin pur, bière de bonne qualité, vêtemens chauds , couchette composée avec des plantes aromatiques desséchées, habitation dans la partie la plus élevée de la maison , exercices suivant les forces et les progrès de l'âge, frictions sèches avec des flanelles imprégnées de parfums aromatiques, surtout le long de Tépine; moxa, cautère, vésicatoires. On sait que Bouvard et Portai ont fait un usage heureux du sirop de Bellet ( nitrate de mercure et éther nitrique ) et du sirop anti-scorbutique. M. Salmade a publié une série nombreuse d'observations sur les maladies rachitiques compliquées avec les scrophules ( Précis d'observations pratiques sur les maladies de la lymphe ou affections scrophu^ leuses y rachitiques f etc., Paris, i8o5). On trouve dans cet ouvrage des exemples multipliés de déviation de la colonne vertébrale, de difformité de la poitrine ,' de courbure des vertèbres lombaires , d^affections rachitiques et écrouelleuses répandues dans différentes parties du corps avec des ulcères fistuleux , etc. , heureusement guéries par les mêmes médicamens, dont il a d'ailleurs publié les préparations suivant les principes de la chimie et de la pharmacie modernes. L'immersion dans l'eau froide a eu des succès si marquée en Angleterre, comme le remarque Fioyer, qu'on ne peut que la recommander encore, Il est vrai que celtô

5g4 LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

méthode ne s'accorde guère avec les principes de Brown, qui met le rachitis au rang des maladies astliëniques, et le froid au nombre des remèdes astlièniques. Pour trancher la difficulté , Brown dit seulement : Summum corpus ahluendum , sans déterminer si c'est à l'eau chaude ou à l'eau froide.

ÉLÉ P H AN T T ASTS DES GRECS (l).

§ I^'*. Considérations générales.

592. Que de faux jugemens , d'erreurs ou de pénibles indécisions on aurait épargnés à ceux qui cultivent la médecine , si , dans la description des maladies , on avait toujours été dirigé par des observations exactes et précises , et qu'on eût du moins suspendu son jugement sans rien donner à l'autorité des hommes célèbres , lorsque ce guide sûr et fidèle manque ! Cette réflexion se reproduit naturellement à la lecture des différeiis écrits sur la lèpre. Parcourez les diverses espèces de lèpres et de ladreries rapportées par Sauvages , les signes disdnclifs de la lèpre des Grecs et de celle des Hébreux donnés par Lorry , le caractère non contagieux que Bosquillon attribue à la lèpre des Hébreux et à celle des Arabes, les espèces de lèpres qu'il admet d'après Valescus de Tarente , etc. , et vous verrez que ce qu'on trouve sur la lèpre de bien clair et de bien précis se réduit à la description de l'éléphantiasis par Arétée , attestée et même rendue plus complète par beaucoup d'autres observations authentiques, et à la

(i) Synonymie, EléphaiiLiasis des Gtecs, Vogel^ Sauva- GIÈS3 Lèpre luber<ialeusè^. Lèpre.

ELÉPIIANTIÀSIS DES GRECS. SgS

connaissance historique des diverses espèces de lèpres africaines ou asiatiques , comme le mal rouge de Cay enne , Ijaws ou le pian , la ladrerie de Java. On a beau citer Galien, Aëtius, Oribase, Paul d'Egine, etc., pour faire connaître la lèpre des Grecs , on reste incertain si c'est la lèpre ou la gale. Moïse peut être un grand législateur; mais convenons que rien n'est plus incomplet que la notion de la lèpre donnée dans le Lévitique.

595. On admet trois époques bien distinctes de la lèpre dans la description d'Arélée : i**. face tuberculeuse , âpre, aride , avec des gerçures à la peau; quelquefois le mal commence par les coudes , les genoux , les pieds, les mains; lenteur dans le mouvement, assoupissement , constipation. 2^. Respiration fétide , urine jumenteuse, ardeur extrême pour les plaisirs de l'amour, tubercules de la peau âpres, isolés, avec des gerçures plus profondes, ce qui donne l'aspect de la peau d'un éléphant ; chute des poils et quelquefois des cheveux , pouls petit et lent , prurit intolérable aux doigts , aux genoux ; joues rouges avec gonflement, regard inanimé , sourcils proéminens , tubercules noirs , livides et hideux au nez. 5^. Les tubercules des joues , du menton , des doigts s'ulcèrent ; ces ulcérations s'accompagnent quelquefois de la chute entière de certaines parties, comme du nez , des doigts des pieds ; c'est-à-dire , la mort partielle précède la mort générale ; douleur gravative , insomnie ^ anxiété, mélancolie profonde : dans cet état , tous les liens du sang et de l'amitié sont relâchés , et les lépreux s'enfoncent dans des solitudes ou des lieux inaccessibles.

5g4. On peut voir, dans des écrits postérieurs à ceux d'Arétée , quelques autres symptômes de la lèpre

596 LESIONS ORGANIQUES GENERALES;

ajoutés à ceux de ce grand observateur ; mais on a toujours pris sa description pour base fondamentale. On est étonné de la facilité avec laquelle Sauvages a admis , d'après l'autorité de Gilbert, médecin anglais, autant d'espèces de ladreries qu'il existe de symptômes prédominans : ainsi il en décrit une sous le nom de Ic^itime y une autre sous le nom de léonine^ parce que les malades ont le regard du lion ; une troisième sous le r*om de tjrie , à cause d'un prétendu cbangement de peau à l'exemple d'un serpent; une quatrième sous le nom d'alopécie ^ à cause de la cbute des cheveux, etc Mais un goût sévère peut-il admettre

ainsi différentes espèces de cette maladie cutanée sur des fondemens aussi frivoles? et n'est-il pas plus conforme à la raison de ne voir , à l'exemple de Lorry, dans ces distinctions , que divers degrés de la même maladie ? Pour éviter toute erreur , je dois me borner ici à l'élépliantiasis des Grecs , et ne pas le confondre avec celui des Arabes, comnie l'ont fait la plupart des auteurs.

SqS. Le rapport des commissaires de la Société royale de Médcicine sur le mal rouge j, ou Véléphantiasis de Cajenne{iq%V)^ mérite d'être connu, à cause du choix des matériaux qui ont été mis en œuvre , à cause d'une saine critique et de l'exactitude de la rédaction. Première époque. Taches rouges, ni circonscrites, ni d'un rouge vif, mêlées* de taches jaunâtres, situées au front, aux oreilles , aux mains , aux épaules , aux reins , accompagnées d'insensibilité, ce qui fait un des caractères distinctifs de cette maladie. Deuxième époque. Les taches continuent de s'étendre, de devenir écaiileuses et de conserver une inseiisibilité

ELÉPHÀNTIÀSIS DES GRECS.' ^97

aÎDSolue. Le vice de la peau gagne en profondeur comme en superficie ; les lèvres , les joues , les paupières, le front se gonflent y s'épaississent, et contractent des duretés , des bosses et des rides qui rendent la figure horrible; les lèvres grossissent, le nez devient épaté , s'affaisse et s'aplatit. La lèpre s'arrête quelquefois à ces premiers symptômes pendant dix ou vingt années , surtout si les malades s'astreignent à un régime diététique. Les sécrétions s'altèrent , l'odeur de la sueur et de l'haleine devient insupportable ; il y a soif continuelle et sécheresse de la langue. Troisième époque. Toute la surface du corps , les extrémités^ les mains , les pieds , se gercent et se crèvent vers les articulations; les ongles sont soulevés par des vésicules, le gonflement passe d'une phalange à une autre , l'ulcère et la carie déterminent la sortie des os , et même la chutxî des doigts entiers sans aucune douleur ; enfin le malade n'est délivi^ d'une vie affreuse qu'après avoir été mutilé. Le caractère contagieux de cette maladie est prouvé par les faits les plus authentiques ; et si on peut citer des exceptions , n'en est-il pas de même des autres maladies contagieuses , comme de la gale , de la petite-vérole , de la peste , etc. ?

596. La lèpre a maintenant presqu'entièrement disparu en Europe. Un bruit populaire répandu dans le département des Bouches-du-Pdi6ne indiquait les communes de Vitrolles et de Martigues comme renfermant des familles de lépreux. Les informations les plus exactes apprirent à M. Vaîentin que cette maladie y avait été autrefois endémique et héréditaire , qu'elle y avait diminué depuis peu à peu , au point qu'on ne comptait plu$ ; depuis quelques années, que

SgS LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

deux ou trois individus attaqués de cette maladie ; mais qu'iî-s sont morts, que leurs descendans sont en apparence très-sains , et qu'aujourd'hui il n'y a pas un seul lépreux à Martigues. Le même auteur n'a pu découvrir à Vilrolles que quatre individus affligés de la lèpre , les seuls qui paraissent exister dans ce pays. Les symptômes observés sur les lépreux de VitroUes consistent en des tubercules sur différentes parties du corps , surtout au visage, de la grosseur d'un pois ou d'une noisette ; des ulcérations squameuses sur les extrémités, des ulcérations artificielles, à bords écailleux , sur les mains , qui rongent les ongles et font tomber les doigts en détruisant leurs articulations , des flexions des doigts qui les rendent impotens , etc. ; du reste , ces individus n'éprouvent point de douleurs et exécutent assez bien les diverses fondions organiques. On a vu périr à Vitrolles des families entières de la lèpre ; dans d'autres , plusieurs individus en sont morts ; mais ceux qui ont survécu . en paraissent exempts quant à présent. La lèpre ne se transmet que des pères et mères à leurs en fans , et même à leurs peiits-enfans , car souvent une génération en a été entièrement exempte; elle ne s'est déclarée le plus ordinairement , dans ces derniers temps , qu'à l'âge de puberté , et chez quelques-uns, de vingt à vingt-cinq ans, ou chez les femmes après leurs piemières couches. Presque tous rapportent le commencement des éruptions lépreuses à une suppression de transpiration , ou à l'impression subite de l'eau froide sur la peau ; les uns meurent en moins de trois ou quatre ans , et d'autres vont jusqu'à douze et au-delà ( Bulletin de V Ecole de Médecine de Paris , 1807 ).

ELEPHANTIASIS DES GRECS. 699

597. La lèpre des Grecs peut se compliquer avec l'eléphantiasis de Rhazès. On peut d'ailleurs eix'' prendre une idée exacte par l'exemple qu'on a vu à riîôpital Saint-Louis , l'an 1799. C'était celui d'un bûcheron qui , depuis sa jeunesse, avait éprouvé toutes les vicissitudes des saisons et d'une extrême détresse. Il ne donna que des rapports vagues sur ce qui avait précédé ; mais rien n'était plus caractérisé que son état présent : il avait Fair triste et abattu , la peau lisse et glabre , blafarde , huileuse , et presque entièrement épilée ; une vue faible , un nez épaté , la jfîgure sillonnée de deux rides profondes qui commençaient au gran<^l angle des yeux et se prolongaient jusqu'audessus de la commissure des lèvres , ce qui lui donnait quelque ressemblance avec la figure du lion : voix d'ailleurs rauque , respiration difficile , haleine fétide, urine jaune et épaisse, pouls petit et concentré, ventre météorisé , membres abdominaux fort gonflés et œdémateux ; les genoux , l'extrémité inférieure des jambes et les pieds , surtout à la partie supérieure, recouverts d'une peau semblable à celle d'un éléphant, ou plutôt d'un cliien marin , noirâtre , rugueuse , chagrinée , parsemée de tubercules séparés ou réunis en croûte , formant quelquefois des sillons de plus d'un pouce de profondeur , insensibles à leur surface externe. On employa tour-à-tour 1^ délayans , les purgatifs , les amers, les sudorifiques , etc. ; on établit un cautère au bras et un séton à la nuque : mais le ventre finit par se météoriser , et le malade périt environ trois mois après son entrée aux infirmeries. On s'est convaincu que la croûte épaisse des jambes était formée par l'épiderme extraordinairement épaissi , et à la surface

externe duquel étaient implantés de petits tubercules. (Essai sur l'Eléphantiasis ^ par F', RuettCy Paris ^ 1802. )

§ IL Description générale de V Éléphantiasis des

Grecs,

398. Prédispositions et causes occasionnelles. L'éléphantiasis des Grecs est contagieux et héréditaire ; il est occasionné par la malpropreté , l'usage d'alimens de mauvaise qualité, l'habitude de se nourrir de poissons , etc.

5gg. Sjmptônies .T)'umnuX\ori progressive des fonctions des sens , faiblesses , lassitudes spontanées , chute des poils et des cheveux , voix faible et enrouée , haleine fétide y respiration difficile , front ridé , face difforme , nez aplati , lèvres épaisses , oreilles gonflées , peau recouverte de tubercules durs , inégaux , plus ou moins volumineux, passant par degré à un étatd' ulcération qui ronge les ongles et fait tomber les doigts ; urine jumenteuse, rapports continuels et très-incommodes, inappétence , constipation , ardeur pour les plaisirs de l'amour , pusillanimité , horreur de sa position , etc.

§ III. Traitement de V Éléphantiasis des Grecs.

400. Les préceptes diététiq^ces pour le traitement consistent dans un régime humectant, et propre à favoriser l'excrétion cutanée : usage des légumes et des bouillons faits avec les viandes les plus saines , les écrevisses , les serpens , la chair de tortue , du lait coupé avec des décoctions d'orge et de gruau -, des infusions théifornies de lierre terrestre, de véronique, etc. ;

élÉphantiasis des arabes. 4®ï

et de bon vin vieux pris avec modération. Les exercices du corps sont d'autant plus utiles , que les malades sont enclins à l'inaction. Les moyens internes sont des sucs épurés des plantes , des bouillons aux herbes avec des sels neutres. Dans un état plus avancé, on fait usage desi bains médicamenteux avec des plantes émollientes , et im peu aroinaiiques , ensuite avec l'eau de mer oit des eaux thermales ; les bains de vapeurs ont surtout lin gr^nd avantage : pn fait usage à l'intérieur de la décoction df^s bois sudorifîques et de la teinture • antinipniééi^ Lje. ^f:<?/^é'/72e/2/ local consiste a employer , dans le pansçrneni desjilcères , des fomentations avec le quinquina ^ à appliquer, Iç^Jcharpie deux fois le jour , les teinturÇjS de myrrhe,^; 4'aloès et de succin. L'usage interne ftV^îîternc du^ mercure est nuisible vers la fin du traitement ; et^ lorsqu'il ne s'agit, plus que de résoudre les' tubercules, on emploie des onguens de mo^^enne activité-, comme celui d'année , d' al tbéa ou de styrai;; <3n passe ensuite à des substances plus actives , comme, par exemple, un mélange d'eau. alcoolisée , de lessive de potasse et de muriate anuiioniacaL

ÉLéFHANTIASJS T>às ARABES (i).

§ I". Considérations générales,

4^1. Cette maladie n'a été bien observée que dans le siècle dernier. Long-temps avant , Rbazès l'avait vue en Asie et en Afrique ; mais sa description trop con-

(i) Synonymie. Lèpre des Arabes, Maiu'die glanduleuse . Maladie glandulaire de Barbade , par Hekdy ^ ^\c.

^02 LESIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.

cise a été défigurée par Jtss interprétés, et se trouvait comme ensevelie dans l'immense quantité dexommenlaires écrits sur les livres des Arabes, lorsque les médecins de l'Europe en faisaient leur unique étude. Ce sont les docteurs ïown, Hillarj , et j>ostérieurement Hendy , qui , les premiers , ont appris à la distinguer. M. Alard, après avoir donné la traduction des recherches de ce dernier ( Mémoires de la Société médicale d Êmidation , q^ année) , en a donné un traité particulier ( Histoire d'une maladie jyat^ticulière au sjs-^ ième lymphatique , Paris, 1806). Hendj a tracé l'his^ toire d'un homme Âgé de trente-deux ans , né à l'ile de Barbadë , lequel , après avoir été saigné pour un rhumatisme , resséfntit pour la première fois , à l'âge de sept ans , un gonft^iient d-ouloureux dans l'aîne : ati hoiit d'une heure il survint des frissoïis, de la chaleur , de la sueitr'i'la cuisse s'engorgea et s'enflamma immédiatement après. Cet état' continua pendant trois à quatre jours , puis l'inflammation cessa ; mais le gonflement alla toujours en augmentant; chaque accès le rendait plus considérable ; et comme, jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, le malade en eut un par semaine, le membre était devenu d'une grosseur très-incommode. L'application d'un bandage serré continué pendant deux ans , diminua beaucoup son volume. Un autre homme ( même auteur ) , âgé de quarante ans , sentit une douleur et un malaise dans le testicule , qui avait déjà éprouvé deux attaques. Les glandes inguinales du même coté devinrent bientôt engorgées; une heure après il eut le frisson avec une violente douleur de reins ; le tesfacule s'enfla , et la douleur devint excessive. Le lend<îmain et les jours suivans, les accidens se

élÉphantïasis des arabes. 4^T>

calmèrent, et le siège du lUiil reprit son état iiatuiei. Mais la [jjupart des histoires pi^irtieulières de cet auteur sont tioiK|uées.

402. L'observation suivante, tracée par M. Alard, est bien plus propre à donner iirje idée précise (le cette maladie. Madame Bastien , de Paris ^ âgée de quarante-quatre ans, d'une bonne consdtution , n'a jamais eu d'éruption darlreuse , psorique , ni de toute autre nature. INée de parens sains et vigoureux, elle fut toujours dans sa jeunesse bien nourrie , bien logée pt bien vêtue. Mariée à un homme devenu phthisique ^ jsans jamais avoir éprouvé d'autre -maladie , elle en eut trois enfans : les deux premiers sont morts exempts de toute afïection cutanée ; le troisième ^ boiteux à la suite d'ui^e chujLe, jouit d'ailleurs d'une parfaite santé. Dans sa trente-cinquième année , huit mois après sa dernière couche , cette femme perdit son mari : elle avait. alors ses règles , et cette mort lui ayant été imprudemment annoncée , lui occasionna une suppression. Quelque temps après , voulant se lever le matin, die ressendt une vive douleur à la malléole interne gauche , de la roideur dans Tarticulalion du genou , de la tension et du gonflement le long de la partie interne de la jambe jusqu'à la partie supérieure de la cuisse ; une ligne rouge , offrant à l'œil la largeur d'un luban , et au toucher la dureté d'une corde tendue, suivait le trajet des vaisseaux lymphatiques , depuis la malléole jusqu'au pli de Faîne ; la jambe était d'un rouge érysipélateux. Bientôt à ces premiers symptômes se joignirent une soif inexiinguiblc , un frisson trèsintense et prolongé , une céphalalgie violente , et des Yomlsseuieas répétés , qui terminèrent l'accès après

4o4 LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

une durée de cinq à six heures. Le lendemain et les jours suivans^ la douleur , le frisson, les vomissemens^ en un mot tout reparut comme la veille et se passa de la même manière : au bout de huit jours , il ne resta de tout ce désordre- qu'un léger gonflement à la malléole. Six mois après, les mêmes a^cès se représentèrent y et le gonflement qui en résulta fut, celte fois y un peu plus considérable. Depuis cette époque , la malade éprouve deux fois par an , et surtout en hiver , des attaques semblables , et la jambe devenant tou-' jours un peu'plus enflée, a successivement acquis un volume énorme et tout-à-fait extraordinaire. Dans ces dernières années , l'inflaniftiation ne s'est pas bornée aux membres déjà affectés, elle s'est propagée jusqu'au ventre et au sein du même côté. A la première époque , celte malade venait d'être renvoyée d'un hospice , d'où elle sortait comme attaquée de Véléphantiasis. Cependant sa figure annonçait la santé la plus parfaite ; elle avait de l'appétit et digérait bien ; les cheveux étaient très-épais , les sourcils bien fournis , la voix sonore : la tristesse qu'elle éprouvait ne dépendait que de l'extrême misère où elle se trouvait réduite depuis la perte de son mari. La jambe gauche seule était le siège d'un engorgement énorme , dur , rénitent , sans changement de couleur à la peau , excepté dans le bas de la jambe , où l'on apercevait des rugosités et quelques plis au-dessous du mollet , qui avaient assez l'apparence d'un commencement de fissures. Malgré l'extrême grosseur du membre et sa dureté , qui approchait de celle de la pierre, le tour des articulations avait conservé sa mollesse naturelle , et les mouveméns jouissaient de toute leur liberté.

Iléphantiasîs des arabes. 4o5

Celte extrémité avait en circonférence les dimensions suivantes : .

Bas de la jamlxî ; 0^298 millim. ( o pi. iip. ol.).

Mollet 0,487 (i 6 o ).

Genou 0;4^o ( I 5 o ).

Bas de la cuisse. 0,499 (' ^ ^ )•

Du 5 au i5 août 1804, environ quatre mois après ]a sortie de l'hôpital , une soif vraiment inextinguible fut le prélude d'un accès. La malade , qui depuis neuf ans est attaquée de cette maladie, fit remarquer qu'il y en avait quatre ou environ que cette soif précédait de quelques jours les autres symptômes, qu'autrefois elle accompagnait seulement. Le 1 5, en se levant, elle ressentit à la malléole sa douleur accoutumée , et surle-champ frisson, céphalalgie, nausées, inutiles efforts pour vomir, soif ardente, sueur copieuse , pouls lent et un peu serré pendant le frisson , lent et plus développé pendant la chaleur (cinquante à cinquante-deux pulsations par minute). La jambe était peu douloureuse , excepté à la malléole interne, et elle se trouvait recouverte d'une rougeur érysipélateuse , sans avoir beaucoup augmenté de volume. La sueur considérable, même pendant le frisson , était surtout extrême à la jambe malade ; elle traversait des draps plies en plusieurs doubles. Dans une heure, le calme fut rétabli : la soif restait seule; mais le moindre mouvement renouvelait le frisson et les envies de vomir. Huit heures suffirent à peine pour que la malade pût jouir de la liberté de ses membres. Enfin , vers les six à sept heures du soir , dix ou onze heures après le commencement de l'accès , elle sortit du lit, et la douleur qu'elle éprouvait en appuyant le pied par terre n'éiait

4o6 LÉSIONS ORGANIQUES CENÉRALEf,.

p]ns si vive, ne ramenait plus aucun des symptômes décrits , et lui permit de faire cpielcpies tours dans la chambre. Dix à douze jours furent marques par de pareils accès, revenant à-peu-près aux mêmes heures et conservant la même durée. Tantôt on apercevait les traces de la ligne rouge, tantôt la douleur seule indi- <piait le trajet des lymphatiques ; on ne voyait Sur la malléole qu'une plaque rouge, de la grandeur et de la forme d'une pièce de vingt sous : en général , les s*vm^ j)lômes ne furent pas cette fois très-violens, si ce n'est ja soif et la sueur. La malade attribuait à lôurpeu d'inteiWilé leur longue durée; elle était surtout fatiguée des nausées continuelles qu'elle éprouvait, et n'avait l'espoir d'être soulagée que par le vomissement. Kn effet, cédant à ses instances, on lui administra, le 25 août , un vomitif qui d'abord ne fît rendre qu'un verre de bile, et procura ensuite plusieurs vomituritioris. Le frisson s'arrêta aussitôt; mais le lendemain, sentant qu'il allait recommencer, elle prit, sans autre aSis, un second émétique, et mit ainsi fin à cet accès. Il est essentiel de remarquer que, dans tous ces vomissêmens, il y avait très-peu de bile, et que la malade ne rejetait que les tisanes et les bouillons qu'elle avait bus en grande quantité. Il semblait qu'elle eût besoin de donner à la secousse de son estomac toute l'extension possible, à-peu-près comme une personne qui a commen< é a bailler, a besoi^n de poursuivre pour être soulagée. Pendant les sept à huit mois de santé qui suivirent cet accès , la malade fît usage , sur le membre afîecté, de frictions sèches qui procurèrent des sueurs locales trèsabondantes. Elle était parvenue, à force de masser sa JHnd>e et sa cuisse, ù rendre l'humeur infiltrée d'une

fléphantiasis des arabes. 4^y

fluidité telle, que, dans la position horizontale et par le moyen d'un bandage serré , la jambe était revenue à son volume naturel ; mais si la jambe diminuait, la cuisse augmentait à proportion , et il ne paraissait pas que celte humeur put être alors reportée dans la <îirculation. Le 4 niars i8o5, six mois après la dernière attaque , la malade ressentit a la partie supérieure de Ja cuisse droite , et le long de la partie interne jusqu'au jarret , une douleur très-vive , suivie de frissori , de vomissement, ou plutôt d'efTorts qui ne faisaient rendre que des mucosités. Une soif intense avait précédé l'accès de deux jours , et subsistait encore. Une heure après vinrent la chaleur , la céphalalgie et la rougeur; celle-ci parut d'abord sur l'endroit douloureux , puis se propagea sur le reste du membre: le soir, il y eut rémission. Dans la nuit du 5 , tou5 les symptômes se renouvelèrent; les dçux jambes furent alFectées , avec la différence que , dans la plus anciennement malade^ la douleur alla de la malléole jusque vers le haut de la cuisse; au lieu que dans la droite, elle ne descendit qu'au jarret. On apercevait sur cette dernière, le long du trajet des vaisseaux lymphatiques ^ des inégalités qui ressemblaient à des phlyctènes , et qui étaient trèsdouloureuses et très-dures. Il y eut le 8 un soulagement très-marqué dans les jambes : leur volume seul était augmenté ; mais l'épaule droite était recouverte d'une rougeur érysipélateuse , et la malade ressentait une douleur très- vive , et de la même nature que celle des jambes, dans le sein du même côte. Le g, la sensibilité et l'inflammation du sein diminuèrent; mais il survint à la partie interne du bras une douleur violente^ accompagnée de la flexion forcée de l'articulation du

4o8 LESIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.'

coude , produite par la. contraction des muscles : le frisson fut plus intense que les jours précédens, et fut accompagné de vomissemens spasmodiques qui firent rendre du sang. Le gonflement formait sous la peau des inégalités très-dures, semblables à celles qui résultent de la morsure des cousins (^culex , L. ). Depuis l'invasion de ces accès y les sueurs copieuses n'avaient cessé d'avoir lieu, et les urines avaient toujours été rares. Le 12 , huitième jour de l'invasion , la rougeur était presque entièrement dissipée , le gonflement seul avait augmenté , surtout à la partie interne et inférieure du bras; le frisson n'avait plus la même intensité , et le vomissement avait été arrêté par une potion anti^ spasmodique. Le jour suivant la rémission fut complète , et la malade éprouva un léger dévoiement. Huit ■j^urs après, le quinzième de l'invasion, un exercice forcé fît reparaître le frisson et la douleur dans la cuisse gauche ; mais Je repos dissipa bientôt ces accidens : seulement la fièvre persista d'une manière très-irrégulière sous le type, tantôt tierce , tantôt quarte, et toujours accompagnée de quelques douleurs, soit dans les membres inférieurs , soit dans les bras , et dans le sein qui avait déjà été afïècté. Après avoir éprouvé quelques jours de repos, la malade fut encore saisie, le 5 avril, un mois après la première invasion, de la fièvre , avec une douleur dans la jambe gauche , et surtout aux seins , qui devinrent durs , gonflés et rouges. Le 4? ^^^ symptômes s'apaisèrent et allèrent en diminuant jusqu'au 6; alors il survint dans la nuit un nouvel accès de fièvre, avec les envies de vomir , et une très-violente colique , ou plutôt une douleur atroce dans toute Fétendue du ventre et dans les lom^

élephàntiasis des arabes. 4^9

bes. Le lendemain, rétablissement et cessation entière de cet accès , le plus long et le plus douloureux de tous. Pendant le reste du mois d'avril et le mois de mai, le gonflement alla toujours en augmentant; de sorte que les seins, le ventre et les membres infe'rieurs sont maintenant très- volumineux, la cuisse et la jambe gauches étant cependant de beaucoup plus grosses que les autres parties , qui n'ont encore subi qu'une ou tout au plus deux attaques.

§ II. Description générale de V ElépJiantiasis des

Arabes,

4o5. Les prédispositions et causes occasionnelles sont encore peu connues. En effet, cette maladie attaque tous les âges , les, riches comme les pauvres, ceux qui font bonne clière et ceux qui ne vivent que d'alimens malsains ; elle paraît être entretenue, dans la zone torride, par un vent d'est qui y règne continuellement: ce vent n'est cependant pas le seul qui produise la maladie ; il suffit qu'un vent froid soit en contraste avec la chaleur. La fraîcheur des nuits, dans les pays chauds, peut aussi la provoquer chez ceux qui s'v exposent ijiconsidérément; peut-être même que la disposuion des ' ouvertures des bâtimens établit des courans d'air qui Ja produisent parmi les enfans. Elle règne en Egypte, dans l'île de Ceylan, au Japon, sur la côte du Malabar , dans l'île de Barbade; on l'observe également en Europe ; elle n'est ni contagieuse ni héréditaire.

4o4' Symptômes. Son invasion est brusque et inattendue; elle n'est ordinairement annoncée par aucun

ZjrO LÉSIONS ORGANIQUES GÉNÉRALES.

symptôme précurseur, par aucune disposition particulière ; cependant , après une durée de plusieurs années, une soif inextinguible a lieu quelques jours avant les accès, et leur sert de prélude. On ressent d'abord une douleur plus ou moins vive dans une glande ou sur le trajet des principaux troncs des lymphatiques ; presque toujours une corde dure, noueuse et tendue, ressemblant tantôt à un amas de petites phljctènes , tantôt à un chapelet de petites glandes tuméfiées , suit la même direction que les douleurs. Quelquefois cette corde est surmontée d'une trace rouge qui a la largeur d'un ruban de fil , et d'autres fois elle n'est sensible qu'au toucher. La partie affectée rougit, se gonfle, et prend une apparence érysipélateuse , et, dans certains cas , phlegmoneuse ; l'articulation voisine est maintenue roide et fléchie par la contraction des muscles fléchisseurs; et si le bas-ventre est le siège du mal , cette contraction produit un sentiment d'étouffement. La fièvre concomitante est surtout remarquable par un frisson prolongé qui a le singulier caractère de redoubler au moindre mouvement ; il est accompagné de nausées et de vomissemens qui en semblent inséparables, surtout quand les accès sont un peu marqués : s'il cesse, on les voit s'arrêter touî-à-coup; s'il recommence , ils reprennent en même temps que lui. Ils ne font rejeter que les boissons qui se trouvent déjà dans Festomac, ou si malheureusement ce viscère ne contient rien, leur violence fait quelquefois rendre du sang. La bile ne vfent qu'en petite quantité et après^ des efforts réitérés; son passage dans la bouche laisse im goût d'amertume, quoique la langue soit d'une l)elle couleur. Les nausées fi^itiguent beaucoup les.

ÉtÉPHANTTl ASIS DÉS AllAÉES. 4^^

malades ; ils sentent le besoin de vomir, quoiqu'ils ne rendent que de l'eau ou de la tisane ; et lorsqu'ils y parviennent après de violens efforts, leur malaise et leur anxiété diminuent. Le délire survient quelquefois* JLe^ malades sont presque toujours tourmentés d'une soif très grande et, dans quelques cas , inextinguible : la chaleur qui succède est iiitense. Les sueurs sont tellement copieuses qu'elles traversent des linges plies en plusieurs doubles : elles sont tantôt générales, tantôt partielles , et souvent l'un et l'autre tour-à-tour. Cette cbaleur et ces sueurs ne sont pas séparées du frisson de manière qu'ils ne puissent jamais se confondre. On peut voir cette réunion toutes les fois que lé malade se remue pendant le second stade de l'accès ; Càt* les douleurs^ le frisson , le vomissement , qui étaient un peu apaisés , se renouvellent aussitôt , et ces symptômes se réunissent alors avec une cbaleur intense de la peau , et une sueur qui ruisselle du front et de tout le corps. Après une durée qui varie suivant les sujets, cette sorte de fièvre laisse dans la partie affectée un gonflement et une inflammation qui continuent pendaht plusieurs jours. L'inflammation se dissipe, mais le gonflement, quoiqu'il diminue d'i^bord avec elle, augmente bientôt de jour en jour dans les deux ou trois mois qui suivent. Au conmien cément de la maladie, la tumeur paraît oedématetise ; mais dans la suite elle devient très-dure et ne cède pas à l'impression du doigt. Lorsqu'une glande lymphatique a été engorgée , elle reste quelquefois dure et comme squirreuse, ou bien tombe en suppuration si le mal a trop d'intensité : cette dernière circonstance peut entraîner la gangrène , ou former dans la sub-

4l2 LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

stance cellulaire des abcès qui donnent lieu à des suppurations abondantes ou à des ulcères très-rebelles. De pareils accidens n'arrivent pas toujours ; assez souvent , au contraire , il n'y a qu'une légère rougeur érysipélateuse , un simple engorgement œdémateux ; la partie n'enfle pas à mesure , et la santé n'est presque pas altérée.

4o5. Cette maladie peut se porter sur toutes les parties indifféremment ; mais elle se fixe de préférence sur quelques-unes. Lorsqu'elle attaque l'extérieur de la tête , l'engorgement qui en résulte se dissipe plus facilement que dans les extrémités inférieures , et il arrive alors un écoulement par le nez , par les yenx ou, par la bouche; ou bien il paraît sur la poitrine une éruption de boutons d'une nature particulière , qui rendent , sans douleur , une sérosité lymphatique. Quelquefois nous l'avons vue fixée à la face , et produire uye tuméfaction permanente des paupières , des joues , du nez et des lèvres , ou d'un seul côté de la figure y ce qui donnait un aspect difforme. Si elle se porte à la langue , elle la tuméfie horriblement , et peut devenir funeste en produisant la suffocation ; elle peut aussi causer l'hémiplégie et la mort si elle pénètre dans l'intérieur du crâne. La poitrine et le cou n'en sont pas exempts : elle y est pourtant assez rare , quoiqu'on l'y ait vue donner naissance à des tumeurs épaisses à la nuque , ou bien à un sentiment de pesanteur sur le diaphragme ^ qui gênait la respiration y et indiquait un épanchement rendu bientôt plus manifeste par un hydrocèle et l'œdématie des pieds , dont Tapparition soulageait la poitrine. Cette maladie donne au sein un tel volume , qu'il faut le

lÉJLEPHANTlASIS DES ARABES. 4^5

soutenir avec des bandages passés derrière le cou ^ et qu'il devient quelquefois le siège de plusieurs duretés squirreuses ^ de plusieurs petits ulcères qui tiennent ^ de la nature du cancer et restent incurables. Elle cause sur le bas-ventre des accidens variés et tout-àfait bizarres : aux douleurs vives , aux anxiétés qu'elle produit d'abord , succèdent une énorme tuméfaction du ventre qui simule l'bydropisie , ou des grosseurs considérables à la marge de l'anus et aux grandes lèvres, ou des engorgemens du scrotum, quelquefois enfin des déjections et un vomissement copieux d'une matière tantôt visqueuse , tantôt séreuse. Quand elle se fixe au scrotum , lés douleurs sont très-vives ; l'inflammation peut se propager au testicule; et si on ne dirige le traitement de manière à? modérer les accidens , elle peut donner lieu à un squirre de cet organe ; mais sa suite la plus ordinaire est^un épancbement qui dônrie à la partie un volume monstrueux. Le Voisinage fait parfois éprouver à la vergé les mêmes accidens ; elle peut devenir d'une grandeur démesurée et tout-à-fait extraordinaire. C'est sur les membres que le niai se fixe le plus volontiers; mais quoiqu'il ait occasionné dans les bras des gonflemens prodigieux , c'est aux membres inférieurs qu'il s'at-^ taclie de préférence : il leur donne une forme si bi'zarre et une dimension tellement disproportionnée avec les autres parties , qu'il est impossible de s'en faire une idée sans en avoir vu, ou du moins sans consulter les dessins qui en ont été recueillis. Il fait naître quelquefois autour des malléoles de petits ulcères qui deviennent fîstuleux , dégorgent la tumeur en laissant eouler une grande quantité de sérosité ^ et diminuent

^l4 LÉSIONS ORGANIQUES GÉnÉp.ALES.

beaucoup riiicommodité de son poids. Il est rare qu'il attaque les deux jambes à-la-fois : il se fixe le plus souvent sur un seul côté.

.^06. Les principes de traitement.de cette maladie sont encore loin d'être établis ; quels que soient les symptômes inflammatoires , on ne doit pratiquer la saignée qu'avec beaucoup de prudence , et elle a été dangereuse : néanmoins, si le sujet est naturellement pléthorique , elle peut modérer les accidens; mais il ^n.est résulté de si terribles effels pqur l'avoir pratiqué^ S>ins ménagement , quelquefois pour l'avoir réitérée , qu'on ne saurait y .recourir mal-à-propos. On retLie une bien plus grande utilité de l'emploi des vomitif/i lorsqu'il existe des symptômes 4'enibarras gastriqu<?i Il faut néanmoins bien faire attention si les envies de vomir ne dépendent pas d'un état d'inflammation ; ce$ symptôrnps gastriques sont , d'ailleur^ , souvent entretenus par le spasme de l'estomac , et exigent l'emploi des sédatifs : on a alors conseillé l'oxyde de zinc. Dans la période d'inflammation , toute application locale est inutile : de légères mouchetures peuvent être, conve- ;nables. Lorsque le gonflement est devenu très-considérable , le bandage serré devient alors nécessaire ; c'est aussi a celte époque qu'on fait usage de légers sédatifs et répercussifs , comme l'acétate de plomb , le sulfate de zinc , e le. , pour seconder l'effet du bandage, serré. Le malade doit s'astreindre à garder le lit pendant quelques semaines , si le gouflement est à l'une ou, à l'aulre des extrémités intérieures : sans cette précaution , il s'exposerait à voir ce traitement infructueux. On doit joindre aux moj^ens curalifs le quinquina ^ seul ou mêlé avec l'opium ; les Laias

YAWS. 4i5

IVoids , et surtout ceux de mer. On doit chercher à détruire la tendance de la maladie aux retours périodiques. L'amputation n'est d'aucune utilité car Topéralion faite dans une partie ,. là maladie ne tarde pas à se déclarer, de nouveau dans une autre : d'ailleurs , il faut avoir égard au tempérament du malade, à la constitution atmosphérique ^ ou à l'épidémie régnante.

Y ^ Tf^ s (i).

4^7. La description du va ws se trouve dans les Aie f noires de la Société d'Edimbourg ^ tome VJ • c'est là que Sauvages a puisé ce qu'il a dit sur celte maladie. Depuis cette époque , il a été mieux décrit par le docteur Massey , rpi communiqua ses observa^ lions à Lorry. Loéfler a aussi publié , il y a quelques années , de bonnes observations surxetle maladie, qu'il a vue souvent en Afrique et en Amérique. Le jaws , et le pian ou épiaii ^ sont-ils deux maladies bien distinctes ? ou ne sont-ils point plutôt <leux périodes de la même maladie ? M Swédiaur -pense que ces deux lîialadies ne différent que de nom. Lia première a été observée à la Jamaïque , et la seconde à Saint-Domingue. Le régime difféient des nègres , dans ces deux colonies ^ ne pourrait-il point produire des variétés qui ne sont oJie dans les apparences extérieures ? Quoi qu'il en soit , ces deux maladies cèdent à un traitement analoirue.

408. Prédispositions et causes occasionnelles. C'est dans la jeunesse et l'enfance qu'on est le plus exposé

(i) Synonymie, Franiùœsia ^ Savvxces , Gulle.w

4l6 LÉSIONS ORGANIQUES GENERALES.

à cette maladie ; les nègres en sont plus particulièrement atteints : elle est contagieuse et sujette à des récidives.

409. Symptômes. Les taches sont d'abord petites et isolées , puis elles s'étendent peu à peu y s'élèvent en pointe et se changent en plilyctènes ou en pustules. 11 n'y a point de matière ichoreuse ni de lymphe ; mais , par le détachement d'une sorte d'escarre furfuracée, il paraît un léger fongus rougeâtre qui pullule comme une fraise : son siège est dans toute l'habitude du corps^ et surtout à la face, aux aines, aux aisselles. Plusieurs de ces fongus prennent le volume d'une mûre, et paraissent composés de petits lobes : les poils des partie^ affectées deviennent blancs ou diaphanes. Quelques faits particuliers indiquent que ces excroissances peuvent se changer en ulcères phagédé niques ou rongeans. . . . Dans nos ports , on voit quelque- ,fpis des personnes attaquées de semblables ulcères par la négligence du traitement.... Cette affection attaque aussi les os , cause des douleurs très-vi^es , des exos^ .tpses , la carie ; d'autres fois elle attaque les membranes muqueuses et produit des écoulemens de matière, pu riforme par les yeux, le nez et les oreilles. Lçs caractères distinctifs du yaws sont faciles à saisir par Ja simple vue dans les premières périodes ; mais ^ après la formatio^de;ces abcès , on peut le confondre avec.le mal vénérien ; ce qui est d'autant plus facile , que l'une et l'autre maladie se contractent de la , même manière , qu'elles cèdent aux mêmes remèdes , ., et, qu'elles sont assez souvent compliquées.

j^io, l^e iraiiemeni usité contre cette maladie est ou purement empirique ^ ou graluitement compliqué.

i**. Lorsqu'il n'y a que de simples taches , on use de Lois de fleurs de soufre et de camphre jusqu'à la maturité des pustules. 2**. On fait usage du muriate de mercure doux , dans la vue de soutenir une salivation modérée pendant quelque temps , et de faire ainsi tomber les fongosités en écailles furfuracées. 5°. On emploie un électuaire où entrent l'oxyde de mercure sulfuré noir , le gaïac , la thériaque ^ etc» ; et si le fongus devient rebelle , on l'attaque avec un escarotique mercuriel. Lorry fait , sur ce traitement ^ des remarques judicieuses et adaptées à l'état actuel de nos connaissances. L'aridité et l'ardeur de la peau, ai'indiquent-elles point l'usage des bains tièdes? A-t-on besoin de ponsser l'usage du mercure doux jusqu'à la salivation ? Ne peut-on pas tirer un plus grand avantage de la décoction des bois sudorifiques ? Pourquoi employer un remède aussi infidèle que le sulfure de mercure noir , et que signifie cette monstruosité pharmaceutique avec laquelle on le combine ? Les eaux thermales hydro-sulfureuses devraient-elles être négligées , surtout dans la dernière période de la maladie ?

Page 1