‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 60 sur 83 · VAISSEAUX · texte numérisé non relu

VAISSEAUX

4i5. Le cœur et les vaisseaux peuvent être atteints de Jetions organiques particulières : celles du cœur se manifestent dans Tune ou l'autre cavité de cet organe , dans les valvules qui se trouvent entre les oreillettes et les ventricules , et à l'embouchurq de l'aorte ^ ou

DF €OEtm ET DES VAISSEAUX. ^21

dans toutes ces parties à-la-fois. Toutes les branches du système artériel peuvent aussi être affectées de la même manière ; mais on conçoit facilement que je ne dois m'occuper ici que des anévrysmes du cœur et de l'aorte , et renvoyer les autres à la chirurgie.

4i6. La sagacité de Morgagni ne s'est peut-être exercée sur aucun objet avec plus de constance et de succès que sur les affections organiques du cœur ou de l'aorte , puisque , dans son immortel ouvrage sur le siège et les causes des maladies , il donne des exemples nombreux d'un cœur plus ou moins vo*» lumineux , d'une surcharge de graisse de cet organe , des inégalités remarquées à sa surface , des pertes du ressort des fibres musculaires de ses ventricules , de leur dilatation avec formation de concrétions po- Jypeuses , de simples dilatations du ventricule droit ou du ventricule gauche , des mêmes changemens opérés dans les deux oreillettes ensemble ou dans l'une d'elles séparément , des lésions de structure dans les valvules , etc. Il expose en détail les exemples multipliés qu'il a vus lui-même de ces différentes affections; et les comparant avec ceux des divers autres auteurs pour en déterminer les signes extérieurs , il est loin de se dissimuler l'obscurité qui est encore répandue sur cette matière , soit parce que les histoif?es en sont le plus souvent incomplètes , soit par les diverses complications de ces affections organiques. La doctrine des anévrysmes internes , surtout de ceux de l'aorte , a été singulièrement éclairée , dans ces derniers temps, par celle des anévrysmes externes , qui sont du ressori de la chirur^e, et par les recherches anatomiques qu'on a faites sur les tuniques artérielles et la matièi:c conle-»

nue clans le sac anévrysmal. Le professeur Scarpa a publié sur ce sujet un excellent ouvrage (^Réflexions et Observations anatomiques- chirurgicales sur Vané-* vrysmey traduit de l'italien par Delpech, Paris, 1809). Mais il est difficile d'admettre , avec ce célèbre anatoniiste , que jamais il n'y a , même dans les anévrysmes internes , dilatation de toutes les tuniques artérielles. J'ai souvent observé , dans les autopsies faites- à la Salpétrière-, l^s tréis membranes de l'aorte tboracique dilatées. Serain a trouvé à FHôtel-Diea uiîe aorte anévrysmatique depuis son origine jusqu'à sa division en iliaques primitives , et où l'on voyait les trois membranes uniformément dilatées , quoique l'interne fût diversement altérée en plusieurs points. La médecine interne a été loin de rester en arrière dans 'l'histoire des anévrysmes , depuis que le professeur Corvisart a tant contribué , dans ses leçons publiques de clinique et dans son Essai sur les maladies du cœur [\) , à perfectionner la connaissance des signes exlérieui-s ou la séméiologie des lésions organiques du coeur et de l'aorte.

417- Les lésions les plus ordinaires des veines sont les varices ou dilatations veineuses; mais elles sont plus partie ulièremèrit du lessort de la chirurgie. Les tumeurs bémorrhoïdales doivent-elles être considérées comme dues à un épanehement de sang dans le tissu cellulaire qui environne le rectum ou au-dessous de la membrane interne, suivant les opinions de Sauvages, Cullen , Bell , Richler , etc. ? ou bien , au contraire ,

(1) Essai sur les Maladies et L s Lésions organiques du Cœur et des gros F aisseaux ^2^ édilion. Paris , 18 1 1 .

DU COEUR ET DBS VÀISSEATJX. 4^^

en rapprochant les pîiénomcncs que présentent les varices , en général , de ceux qu'on trouve dans les tumeurs bémorrlioïdales , n'y voit -on point une conformité très-marquée , comme l'observe l'auteur d'une Dissertation sur les tumeurs hémorrhoïdales (Strasbourg, 1802)? Doit-on admettre avec Bicbat (^Aiiatomie générale , tome IV ) <( que les bémor^ )j rbagies muqueuses n'ont rien de commun que » l'extravasation de sang avec celles qui sont l'effet » des bémorrboïdes , qui supposent toujours des^up- » turcs veineuses ? » Cet objet , ainsi que plusieurs autres , ont été soumis à de nouvelles recbercbes par M. La roque ( Traité des Hémorrhoïdes , Paris , 1812), et il a reconnu, comme les observateurs qui l'ont précédé , que le sang hémorrboïdal sort des vaisseaux où il est contenu , t°. par la membrane muqueuse du rectum, indépendamment des tumeurs hémorrhoïdales, c'est- à dire, sans qu'il existe la moindre apparence de ces dernières ; ' 2"". qu'il se répand à la surface des tumeurs , ordinairement par petites gouttes ; 5"*. qu'il est quelquefois versé àr^ws des kystes , dont il ne peut sortir que par des crevasses survenues dans leurs parois. L'auteur de ce traité affirme , contre l'opinion de Morgagni , Lieutaud, etc. , que jamais les hémorrhoïdes ne^consistent en de véritables varices du rectum. Je suis loin d'admettre cette exclusion ; car, dans bien des cas , nous avons trouvé sur des femmes hémorrhoïdaires les veines dii rectum dilatées , et formant au-dessus de l'anus un bourrelet de varices avec des nodosités de différentes grosseurs.

MN B r RY S M E S DU COEUR.

§ F'^. Considérations générales.

4 18. Uopinion de Haller ^ qui regardait le cœur comme privé de sensibilité , et son irritabilité comme absolument distincte de la puissance nerveuse y pourrait-elle avoir maintenant des partisans , après les lecberclies faites par Scarpa sur les nerfs cardiaques, et celles de Le Gallois , sur l'influence qu'a la moelle épinière dans les fonctions du cœur ? Puisqu'on convient d'ailleurs de la sensibilité du canal alimentaire , peut-on nier sans inconséquence la sensibilité du cœur, qui tire ses nerfs de la même source ? Ce qui le confirme en outre , c'est l'influence de différentes passions sur la formation des anévrysmes du cœur , soit par ime action directe qu'elles exercent sur cet organe , soit par un effet secondaire du spaspie de la poitrine , qui ne permet plus le libre développement des poumons , et qui , en faisant refluer le sang vers le cœur, le distend et porte une atteinte plus ou moins profonde à son irritabilité.' Sans remonter même aux premiers auteurs qui ont publié des observations d'anévrysmes du cœur, comme Nicolas Massa , Vésale , Baillou, Bonet, etc., combien \iq.x\ retrouve-t-on point dans les Èphémérides des Curieux de la Nature ^ les Transactions philosophiques y les journaux de médecine , les écrits de Lancisi , de Morgagni , de Sé- ■ê ^^ nac , de Meckel^ etc. î Mais au milieu de cette stérile abondance , peut-on s'élever à des caractères distinctifs; pour reconnaître non-seulement les lésions orga-

ANÉVRYSMES DU COEUR. 4^^

niques du cœur en général , mais encore celles de ses diverses parties ? Quelle confiance ne nous inspire point à cet égard l'ouvrage de Sénac , qui expose en particulier les causes des dilatations des ventricules ou des oreillettes du cœur , les effets nuisibles qui peuvent en résulter , les moyens d'y remédier y les signes qui indiquent soit une dilatation du cœur en général , soit en particulier celle de l'un des ventricules ou des oreillettes î Mais que doit-on penser de ces assertions , lorsqu'il n'est pas rare de voir dans les hôpitaux ces signes en défaut , et qu'on trouve si fréquemment , à l'ouverture des cadavres , plusieurs lésions dans une sorte de complication y et qu'enfin les lésions organiques du cœur les plus prononcées ne se reconnaissent quelquefois qu'après la mort , et sans avoir été manifestées par des signes bien évidens ou même sensibles ?

419. Les exemples que rapporte Dehaën d'un ensemble de symptômes qui annonçaient un anévrysme du cœur démentis ensuite par l'ouverture cadavérique, doivent sans doute rendre circonspect à prononcer sur l'existence réelle d'une semblable maladie : la réserve doit être encore bien plus grande quand on cherche à déterminer la partie de cetorgane directement affectée.

420. Les recherches qu'on a faites jusqu'ici sur les anévrysmes du cœur démontrent que ceux qui consistent dans un épaississement des parois de cet organe affectent le plus souvent le ventricule gauche oti aorlique (i). En voici un exemple pris de l'ouvrage de M. Corvisart. Un boulanger âgé de soixante-seize ans, -

(i) On peut lire à ce sujet des recherches curieuses faites

fortement constitue , avait depuis long-temps la respiration extrêmement difficile; il éprouvait souvent des palpitations; le cœur avait des battemens violens; la région de cet organe ne résonnait pas ; le pouls était régulier^ fréquent, dur et vibrant; pendant les palpitations on apercevait les battemens des veines jugulaires. Cet état s'améliora à plusieurs reprises; mais enfin il augmenta de nouveau, et le malade mourut subitement. A l'ouverture cadavérique, nul épancliement dans la cavité de la poitrine ; péricarde adliérent au poumon ainsi qu'à la supeifîcie du cœur; la face antérieure de cet organe couverte de points d'un rouge Jivide; les oreillettes comme rétractées ; le ventricule droit dilaté, ses parois très-peu épaissies; le ventricule gauche très-ample, ses parois tellement augmentées que, dans plusieurs points de leur étendue^ elles avaient plus d'un pouce d'épaisseur.

421* Cependant l'anévrysme avec épaississement des parois attaque aussi quelquefois, quoique plus rarement, la totalité du cœur. En voici un exemple extrait de l'ouvrage indiqué ci - dessus. Un charron âgé de cinquante-huit ans , et d'une forte constitution , sentit, après un violent effort, une douleur au côté droit de la poitrine. Peu de temps après , il survint de l'oppression, de la toux et un crachement de sang. Les extrémités devinrent ensuite infiltrées, le visage violet , bouffi, inégalement livide; le pouls fort, plein, régulier et fréquent; les battemens <lu cœur violens, secs et précipités, sans irrégularité : la région de cet

«ur ces maladies par le docteur Rostan , et consignées dans la nouveau Journal cle Médecine , loin . P *" , 1 8 1 8 .

ANEVIIYSMES DU COEUR. /p?

organe ne résonnait que ùnhlemenx (saigJiée , etc. ). Les svnipiomes ne diminuèrent point, et le malade mourut trois mois après Feiïbrt violent qui avait donné naissance aux premiers phénomènes de la maladie. A l'ouverture cadavéricpie , on trouva la cavité de la plèvre droite presque remplie de sérosité ; les lobes inférieurs du poumon de ce côté durs et gorgés de sang noir; point de sérosité dans la cavité gauche de la poitrine ; le poumon de ce côté sain et crépitant ; le volunie du cœur double de celui qui lui est naturel ; sa longueur, de sa base à sa pointe, était de plus de huit pouces ; les parois de l'organe étaient très-épaissies; celles du ventricule gauche avaient cependant plus d'épaisseur et de solidité que celles du ventricule droit. L'intérieur de ces diverses cavités était en trèsbon éîat.

422. L'observation qui suit est un exemple d'anévrysme avec épaississement des parois affectant le ventricule droit ou pulmonaire. Un homme (ouvrage déjà cilé) âgé de trente-huit ans, d'une constitution sanguine, fort, vigoureux et très -irascible , voulut , dans un accès de colère , attenter à ses jours : bientôt après il fut pris de palpitations violentes qui se renouvelaient au moindre mouvement. Ayant passé huit mois et plus dans cet état fâcheux, il entra à l'hôpital de clinique de l'Ecole. Alors il avait la figure bouflle et très-injectée ; la poitrine , percutée , résonnait dans tous ses points; cependant il éprouvait une gène ex-^ cessive dans l'acte de la respiration; le cœur battait avec force; le pouls était fréquent , dur , vibrant, mais irrégulier. Tous les moyens' de Fart furent em— ' plojés infructueusement : la maladie ayant fait de nou-

428 LÉSIONS ORGNIQUES PARTlCtJLIERES.\

veaux progrès , cet homme mourut comme suffoqué.' A i'oiiverlure cadavérique j on trouva les poumons àpeu-près dans l'état naturel ; le cœur , enfermé dans le péricarde , présentait un volume énorme ; l'oreillette droite était très-dilatée ; le ventricule droit avait au.ssi acquis une capacité contre nature; ses parois étaient considérablement épaissies ; les cavités gauches étaient dans leur état ordinaire ; la substance charnue du ventricule aortique semblait avoir moins de consistance que celle du ventricule pulmonaire ; l'embouchure de l'aorte , inégalement endurcie , était plutôt dilatée que rélrecie.

425. On voit aussi, dans ceitains cas, l'anévrysme avec épaississement des parois affecter les oreillettes. Un imprimeur (ouvrage déjà cité) âgé de vingt-sept ans, d'un tempérament bilioso - sanguin , éprouva, dans le commencement de la révolution, de vioîens chagrins causés par le massacre d'une partie de sa famille et la perte de sa fortune. Ce jeune homme, forcé par les circonstances de prendre le parti des armes , eut à supporter toutes les fatigues de la guerre. U contracta la gale , dont il fut traité à plusieurs rej^rises par Jes frictions , mais toujours infructueusement , les boutons n'ayant jamais disparu complètement. Quelques mois après, il fut pris d'une gène extrême dans ]a respiration ; cette gène dura un mois entier, accompagnée d'étouffemens et de palpitations qui survenaient surtout quand jl précipitait sa marche. Dans le cours delà première année, ces accidens ne revinrent que par intervalles ; pendant les premiers mois de la seconde, les symptômes devinrent plus alarmans, et lors de son entrée à l'hôpital de clinique interne , le

anévrysmes bu coeur. 4^9

ig janvier 1800, deux ans après rapparidon des premiers symptômes de cette maladie, le visage était pâle, la poitrine résonnait assez bien ; le malade ne pouvait se coucher sur le côté gauche sans rappeler sesétoufFemens; le ventre était en bon état; le pouls au bras gauche était serré, petit, fréquent, faible et embarrassé; ces phénomènes du pouls étaient encore plus* remarquables au bras droit ; on sentait cependant à la région du cœur des battemens forts et brusques : cette région d'ailleurs ne résonnait pas quand on la percutait. Les symptômes s'aggravèrent ; les palpitations devinrent beaucoup plus fréquentes , surtout pendant la nuit , que le malade ne pouvait passer autrement que sur son séant : le peu de sommeil qu'il goûtait était très-agité. La toux devint plus opiniâtre, l'expectoration plus visqueuse , plus ténue , noirâtre et comme charbonnée (scillitiques qui parurent soulager , ap^ pllcation d'un vésicatoireau bras gauche, mais sans avantage ). Les étoufFemens et les palpitations continuèrent ; l'infiltration des extrémités , tant supérieures qu'inférieures , commença à se manifester ; le pouls devint de plus en plus obscur et insensible. Ce fut dans cet état de gêne et de souffrance que le malade passa tout le mois de février. Le i^^ avril , les étouffemens devinrent continus; la poitrine était fatiguée par une toux très-fréquente et par une expectoration douloureuse; l'urine était plus rare , l'infiltration augmenta en proportion ; l'appétit et le sommeil se perdirent entièrement; toutes les fonctions, plus ou moins gênées^ s'altérèrent. Le malade, naturellement triste, devint chaque jour plus sombre, plus triste , plus rêveur: il mourut subitement. A louyerture du cadavre , on

45o LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERISS. I

trouva le poumon droit très-petit, adliérent de toutes parts à la plèvre, qui était épaissie et devenue cartila- «i^ineuse dans plusieurs points. Le poumon du côté gauche, sain, mais plus volumineux que dans l'état naturel, refoulait le cœur vers la cavité droite de la poitrine. Le péricarde était extraordinairement dilaté. Le cœur avait un volume trois fois plus considérable que celui qui lai est naturel. Les deux oreillettes , et particulièrement ceije des veines caves, paraissaient être les seules parties du cœur dont les parois présentassent plus d'épaisseur. Les orifices des cavités droites étaient libres et sans altération ; mais, au lieu de l'ouverture de communication de l'oreillette gauche dans le ventricule du même côté , on apercevait une simple fente de quatre à cinq lignes de longueur sur une de largeur : cette fente, entourée et formée par un bourrelet osseux de Tépaisseur du doigt , ne pouvait ni se dilater ni se rétrécir. Du côté de l'oreillette , on sentait sur ce bourrelet des inégalités , de petites éminences en forme de végétations osseuses à nu. Les ventricules étaient dans leur état naturel, ainsi que l'orifice de l'aorte et ce vaisseau lui-même. Les veines caves, au contraire, avaient acquis un volume triple de celui qu'elles ont ordinairement.

424- Mais l'anévrysme du cœur ne consiste pas toujours dans une augmentation d'épaisseur de ses parois ; il peut aussi y avoir un amincissement plus ou moins «^rand. Cet état peut se manifester dans toutes les cavités du cœur à-la-fois , ou seulement soit dans le ventricule aortique, soit dans le ventricule pulmonaire, soit dans l'oreillette droite, soit enfin dans l'oreillette gauche. Je vais encore extraire de l'ouvrage de M. Côr-

anétrysmes du coettr. z{5t

\lsart des exemples de ces diirérentcs sortes d'anevrysmes: celui qui suit fera connaîue rauévrysTnc avec amincissemenl des parois du cœur affectant à-la-fois toutes ses cavités. Un maréchal a^é de cpiarante ans , admis à 1 hôpital de clinique , exposait très-mal les circonstances de sa maladie; il disait être malade depuis trois mois seulement, quoique l'altération de sa figure annonçât une affection plus ancienne. SonleinÊ était pâle, jaunâtre, sa figure houffie et décomposée,' la toux fréquente, la respiration haute, courte, entrecoupée; la poitrine, percutée, ne résonnait point dans la région du cœur, mais on y sentait l'unpression d'un liquide qui semhlait rejaillir. Il y avait de Tinfiltratioa aux jamhes et aux cuisses; le ventre était tendu , le pouls faible, petit, assez fréquent et irrégulier. Le malade mourut le lendemain de son entrée à l'hôpital. Lors de l'ouverture du cadavre, les joues, et surtout les lèvres, étaient bleuâtres ; les vaisseaux veineux de tout le corps étaient très-gorgés de sang; la poitrine résonnait bien dans tout le côté droit , mais point du tout à la région du cœur, et même dans une assez grande étendue. Le péricarde contenait peu de séro-^ site. Le cœur était extrêmement dilaté et rempli de sang; ses parois étaient molles, flasques et faibles; l'oreillette droite , très-ample^ avait peu de consistance ; le ventricule du même côié avait également une capa-^ cité extraordinaire ; Torifice de communication de l'une de ces cavités dans l'autre était aussi fort spa-» cieux. L'oreillette gauche était ample et vaste connue le ventricule du même côté; leur orifice de communication était de même dilate. L'orifice de l'aorte était rétréci ; ses valvules étaient épaissies , comme recro-^i

4^2 LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES;

quevillées. La surface interne du vaisseau même était,' dans la partie qui avoisine le cœur, dure, très-grenue, et même ossifiée dans quelques points. Les poumons n'étaient pas altérés. Il y avait une assez grande quantité d'eau épanchée dans l'abdomen. Du reste les vaisseaux contenus dans cette cavité étaient sains.

425. Voici un exemple de dilatation du ventricule gauche avec amincissement de ses parois. Un maréchal âgé de quarante-un ans , d'une constitution robuste , avait été , trois mois avant sa mort , affecté d'étourdissemens , de rhumes et de palpitations : it avait aussi éprouvé de violens chagrins qu ilui avaient ôté, pendant quelque temps , l'usage de sa raison. Lors de son entrée à l'hôpital de clinique , ses joues étaient violettes , le reste de la figure pâle , ses traits altérés , les lèvres injectées , la respiration haute , courte, entrecoupée. La poitrine, percutée, ne résonnait point dans la région du cœur , où l'on sentait des battemens faibles , fiéquens et étendus ; le pouls était faible , fréquent , quelquefois intermittent. Le malade mourut le lendemain de son entrée à l'hôpital . La figure du cadavre était pâle , bouffie , et pourtant amaigrie. Les extrémités étaient infîlti-ées. Le poumon droit était sain. Le poumon gauche se trouvait refoulé en haut par le cœur , qui occupait à lui seul la plus grande partie de la cavité gauche de la poitrine. Le péricarde contenait un peu de sérosité jaunâtre. Le cœur était d'un volume énorme , sa consistance molle et flasque, la couleur de ses fibres pâles ; l'oreillette et le ventricule droits étaient assez amples. Les cavités gauches , mais surtout le venmcule , étaient très-dilatées ; ses parois étaient amin-?

anévrysmes du coeur. 455

«les , leurs fibres molles y blanclies , faciles à déchirer. Le commencement de l'aorte était garni de nombreux points d'ossification qui se propageaient jusque sur les valvules sygmoïdes , et rétrécissaient singulièrement l'orifice de cette artère.

426. Mais c'est surtout au ventricule droit qu'on observe le plus souvent celte sorte d'anévrysme. Je puis ajouter aux observations nombreuses qu'on a faites de cette sorte d'anévrysme à l'Hospice de clinique de l'Ecole , et qui sont consignées soit dans le Journal de Médecine , Chirurgie et Pharmacie , soit dans V Essai sur les maladies du cœur de M. Corvisart (i), l'histoire d'une de ces affections que j'ai observée moi-même à l'hospice de la Salpêtrière. Une femme de cinquante-quatre ans , d'une constitution trèsirritable , entre à l'infirmerie après un léger catarrhe pulmonaire , auquel avait succédé une respiration devenue de plus en plus difficile , surtout dans une position horizontale; durant son sommeil, réveil en sursaut par des palpitations du cœur , gonflement et sorte de battement des veines jugulaires pendant les paroxysmes de suffocation ; pouls habituellement fréquent , faible et irrégulier ; augmentation graduée de tous ces symptômes , crachement de sang à plusieurs reprises , lipothymies fréquentes , lèvres injectées , infiltration générale , froid des extrémités , enfin perte du sommeil , et la mort , précédée quelques jours d'un état habituel de suffocation. A l'ou-

(i) Obser\>ations sur Vhydropisit de poitrine ; sur celle du péricarde j et sur les maladies organiques du coeur ; par F. Cliarà^. Paris j 1802,

434 t/^SlONS Or.GANIQUES PARTICULIERES.

verlure du corps , épanchement de sérosité sangiiînolenle dans la poitrine , avec un état tuberculeux et une sorte de désorganisation du poumon du même côté ; roreillette droite du cœur , très-dilatée , ainsi que le ventricule qui lui correspond , n'avait plus que répaisseur d'une membrane. Une autre observation analogue a été consignée dans l'ouvrage que j'ai publié sur la Médecine clinique.

427. J'ai également inséré dans le même Traité un exemple d'anévrysme de l'oreillette droite avec amincissement de ses parois. L'observation qui suit fera connaître la dilatation de l'oreillette gauclie avec le même caractère : elle est extraite de l'ouvrage de M. Corvisart. Un homme âgé de trentehuit ans , d'un tempérament lympathique , bien constitué, éprouvait depuis trois ans des étourdissejnens, des battemens de cœur, beaucoup de difficulté de respirer. 11 avait essuyé une légère péripneumonie quelque temps avant. L'époque de la convalescence de cette maladie était celle de l'apparition de ces premiers symptômes. Quand il fut admis à la Clinique interne il avait la ligure bouffie et violette ; les lèvres étaient de la même couleur ; la région du cœur ne résonnait point , et l'on y sentait des battemens étendus et précipités ; les étouûemens étaient plus forts qu'ils ne l'avaient jamais été ; le pouls mou , fréquent et irrégulier ( sangsues à T anus). Le malade fut soulagé pendant quelques, jours ; mais bientôt l'état de suffocation dans lequel il se trouvait depuis longtemps devint à chaque instant plus menaçant , et causa enfin sa mort : avant de rendre le dernier soupir , il porta plusieurs fois les 'mains sur la région du

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