‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 64 sur 83 · RÉTRÉCISSEMENT DES OUVERTURES DU COEUR · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENT DES OUVERTURES DU COEUR

tout à leur base , ce qui rétrécissait le diamètre de Tua et de l'autie orifice. Le péricarde contenait une certaine quantité de sérosité ; l'aorte , dilatée , présentait sur la membraae interne quelques points d'ossification.

455. Une des lésions organiques du cœur les plus fréquentes est l'état cartilagineux ou osseux des valvules sigmoïdes de l'ouverture aortique. Une femme ( oiivrage déjà cité) âgée de soixante-treize ans, avait eu, dans tout le cours de sa vie , une mauvaise santé , lorsqu'à l'âge de soixante-douze ans elle éprouva , en marchant, une telle gène dans la respiration, qu'elle fut obligée de s'arrêter subitement. Ce premier symptôme fut accompagné de palpitations du cœur. Les symptômes ne devinrent alarmans que dix-huit mois après. A cette époque, l'infiltration des extrémités devint si considérable qu'elle fut contrainte d'abandonner ses travaux. Lorsqu'elle entra à l'hôpital, elle avait la figure livide, les yeux larmoyans, les extrémités inférieures infiltrées, ainsi que les bras, les mains et les parois abdominales. Elle éprouvait de fréquentes nau-« sées ; la respiration était haute , courte , entrecoupée ; les palpitations se renouvelaient souvent; la poitrine, percutée, ne résonnait point dans la région du cœur ; le pouls était vite, assez irrégulier. Cet état fit des progrès rapides, et la malade mourut comme sufïbquée treize jours après son entrée à l'hôpital. A l'ouverture du cadavre, on trouva la figure également noire et violette ; les organes cérébraux étaient en bon état , les poumons flasques et infiltrés ; il y avait une petite quantité d'eau dans les deux plèvres ; le péricarde contenait environ une demi-livre de sérosité ^ le cccu^-

444 LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

ne jiaraissait pas plus volumineux qu'il ne devait l'être ; Je ventricule droit était flasque et mou au toucher; le gauche , au contraire , opposait à la pression une élasticité et une résistance telles , que les parois de cette cavité revenaient promptexnent à l'état où elles étaient avant qu'elles eussent été comprimées. La suhstance du ventricule gauche était d'une consistance si ferme , qu'il conservait une forme presque cylindrique ; une portion de ce cylindre était recouverte par le péricarde, et l'autre partie, qui répondait à la cloison, faisait saillie dans le ventricule droit, dont il occupait en grande partie la capacité. L'épaisseur des parois charnues de cette cavité était de quinze lignes; l'orifice ventriculaire gauche était garni de plusieurs points après et osseux qui, réunis près de la cloison, formaient un noyau assez considérable. Les valvules mitrales n'étaient endurcies que dans leur point de contact avec le cercle en partie osseux de l'orifice ventriculaire ; l'embouchure même de l'aorte ne paraissait pas rétrécie ; mais les valvules semi-lunaires , par leur disposition , en bouchaient presque complètement la lumière : ces valvules étaient non-seulement endurcies, ossifiées, mais encore épaissies de telle sorte qu'il s'était fait un dépôt de substance calcaire entre les deux feuillets membraneux qui les forment. La dureté osseuse qu'elles avaient acquise les tenait immobiles dans Fétat d'abaissement ; leurs bords libres s'étaient rapprochés de manière à se toucher muluelîement, et à oblitérer entièrement la lumière du vaisseau. Les parois du ventricule droit n'avaient acquis ni consistance ni épaisseur contre nature. Les oreillettes n'étaient pas sensiblement plus amples qu'elles

R^TR^CISSEMEKT DHLS OUVERTURES PU COEUR, 44^

ne devaient Têtre ; mais leurs parois étaient si faibles que , dans plusieurs points , elles étaient transparentes, et qu'elles se déchiraient avec la plus grande facilité , en se détacliant circulairement de la hase du ventricule. Toutes les cavités du cœur étaient distendues par un sang noir ^ moitié fluide , moitié coagulé.

458. Le rétrécissement des orifices des cavités du cœur peut aussi provenir de végétations ou excroissances molles qui ont la plus grande analogie avec les Cï'étes et les choux-fleurs syphilitiques. Un carrier âgé de trente-neuf ans ( Traité de M. Corvisart ) , d'une constitution robuste, mais très-intempérant, exposé par état aux vicissitudes du froid et du chaud , avait , à l'âge de vingt ans, éprouvé des douleurs rhumatismales qui n'avaient que momentanément altéré sa. santé. Une péripneumonie dont il fut attaqué se dissipa bien en apparence ; il lui resta cependant après la convalescence une toux opiniâti'e et une douleur dans l'hypochondre droit; à ces symptômes se joignirent peu à peu un enrouement marqué , des vomissemens produits par la violence de la toux , des accès de fièvre le soir, enfin de l'enflure aux extrémités. Toutes les fonc- •îions animales étaient engourdies } à peine le malade répondait-il aux questions qu'on lui faiscit; les traits étaient altérés, la figure violette, pâle, jaunâtre et bouffie } on y voyait quelques vergetures rouges, livides; les lèvres étaient injectées ; il ne pouvait se coucher que sur le côté droit; la poitrine résonnait un peu moins dans la région du cœur que par-tout ailleurs ; il prétendait* n'avoir point éprouvé de palpitations. La inain appliquée sur le cœur ne ressentait aucun trouble dans les battemens de cet organe, ce que l'on poij-

446 LESIONS ÔRGAm(^tTES t^AtlTlCULliÈRES.

Tait raisonnablement attribuer à l'œdème considérabîe des parois de la poitrine. Le ventre était tendu , dur , la région épigastrique douloureuse. Autant qu'on pût s'en assurer par le toucher, le foie était gonflé et endurci. Les jambes étaient très-enflées ; on y voyait un grand nombre de petites lâches; il se faisait par l'anus un écoulement de sang décomposé ; le pouls était fréquent, petit, irrégulier. Le malade mourut en demandant à boire , sans trouble et sans agonie. Lors de Touverture du cadavre, l'extérieur du corps était jaunâtre , infiltré et parsemé de petites taches comme scorbutiques , qui existaient déjà sur les jambes pendant la vie. La figure était injectée ; la poitrine du coté droit résonnait assez bien en haut, et d'une manière plus obscure vers la partie inférieure qu'occupe une porlion du foie. Du côté gauche, le son était assez bon ; la région du cœur était plus sonore qu'elle ne l'est ordinairement quand ce viscère est considérablement augmenté de volume. Les parois abdominales étaient .distendues par du gaz ; il y avait une certaine quantité de sérosité jaunâtre dans la cavité gauche de la poitrine. Les poumons étaient , en général , sains , crépitans , sans dureté, excepté dans la partie postérieure du poumon droit, qui était endurci dans un point seuîejnent. Le péricarde renfermait un peu d'eau. Le cœur était un peu plus volumineux que dans l'état naturel; il avait à sa fa^e antérieure une tache blanche ; une autre tache de même couleur se voyait postérieurement ; ses diverses cavités étaient plus gorgées de sang qu'on ne le voit à la suite des maladies daifs lesquelles le système de là circulation n'a point' été aj|léi;é. JLa grande portion de l^ valvule milryie qui est au-devant

11KTRÉCISSI1MEI>ÎT DES OlîVKRfUKES DU COEUR. 44?

de l'orifice de Faorte ne tenait plus par les filets tendineux aux colonnes charnues auxquelles ces filets vont se rendre. A son bord^ devenu libre, pendaient plusieurs espèces de végétations assez irrégulières, assez longues, et imitant bien certaines excroissances syphilitiques. Ces excroissances paraissaient être des dégénérescences particulières des filets tendineux détachés de leurs colonnes charnues. L'une de ces colonnes laissait voir deux portions mousses de ces mêmes filets ; on ne trouvait pas ailleurs les traces des autres filet» tendineux, rompus ou détachés. L'une des valvules semi-lunaires offrait , à la région moyenne de sa face correspondante à l'axe de l'artère, des végétations assez fortes, en tout semblables à celles de la valvule mitrale. Une étendue de près d'un pouce carré , de la partie gauche de l'oreillette jusqu'à l'orifice du ventricule , était grenue , âpre au toucher , et offrait en petit la dégéjgiérescence qu'on avait trouvée tsint à la grande portion de la valvule mitrale qu'à l'une des valvules semi-lunaires de l'aorte. Il y avait beaucoup d'eau dans la poitrine; le foie était dur, l'estomac érythémateux. En examinant les parties de la génération , on vit que le bourrelet du gland présentait des cicatrices asse?i profondes de chancres , et l'on pouvait voir que l'un d'eux n'était pas parfaitement guéri .

^ IL Description générale des Rétrécis semens des

orifices du cœur*

459. Les prédispositions et causes occasionnelles sont trop peu connues pour qu'on puisse les indiquer ici. La syphilis paraît produire quelquefois les végér tations qu'on observe sur les valvules.

440. Sjmptômes. Lorsque le rétrécissement a lieu dans les orifices des cavités droites , on sent , par l'application de la main sur la région du cœur, un bruissement particulier difficile à décrire. Le même bruissement se remarque encore dans le pouls , qui n'est en même temps ni régulier ^ ni fort , ni plein , ni dur. — L'irrégularité du pouls est moins marquée lorsque le rétrécissement a lieu dans l'ouverture auriculoventriculaire droite qu'à l'embouchure de l'aorte : ce dernier cas est souvent accompagné de palpitations fortes et fréquentes. Mais le rétrécissement n'est pas toujours permanent ; il peut être aussi momentané , et dépendre alors de la présence d'une excroissance ou d'une concrétion polypiforme , qui vient se présenter à l'ouverture. Quand cet état a lieu aux valvules mitrales , alors les signes exposés plus haut sont les mêmes , si ce n'est qu'ils peuvent disparaître pendant un temps plus ou moins long , pour reparaître ensuite. Si ces végétations flottent à l'ouverture aortique, abaissent les valvules, elles l'oblitèrent entièrement , et donnent lieu à des lipothymies fréquentes et incomplètes , à des battemens réitérés /à des palpitations violentes et momentanées , à l'insensibilité ou l'irrégularité du pouls.

^ IIL Traitement des Rétrécissemens des orifices

du cœur.

44^* Qwgj's moyens opposer à l'endurcissement et à l'ossification des cercles et des valvules auriculaires .^ On conçoit facilement que cet état est au-dessus des ressources de l'art. Si l'observation confirme les aper-

ANEVRYSMES DE l'aORTE. /jjtj

eus de M. Corvisart et de quelques autres médecins , relativement à la nature sypliilitique des excroissances des orifices du cœur , on pourra recourir à l'usage des mercuriaux , et parvenir' ainsi, sinon à guérir entièrement le malade , au moins à arrêter la maladie et à borner ses progrès ultérieurs.

ANévRYSMEs^ DE L^ A O RT E,

%V^ ' Considérations générales.

442. Tous les objets d'anatomie pathologique sur lesquels on veut acquérir des notions exactes ne forcent-ils point de consulter l'ouvrage si connu de Morgagni , lors même que des recherches postérieures à cet auteur célèbre ont augmenté , sur ces objets , la sphère de nos connaissances ? les dérangemens organiques de l'aorte n'ont-ils point , à cet égard , une sorte de prééminence ? Rien ne paraît avoir échappé sur ce point à la sagacité de cet observateur habile r les tubercules formés à l'extérieur de l'aorte , ses déviations, ses inflexions, ses tortuosités, les diminutions ou les augmentations de son calibre , les divers «iéges de la dilatation de ce conduit artériel , plus ou moins éloignés du cœur ou de sa courbure , ses anévrysmes plus ou moins étendus , les changemens de structure et de couleur dans sa surface interne , les tubercules , les érosions , ou une sorte d'ulcération dans cette même surface , des lames osseuses plus ou moins étendues , développées dans ses tuniques , les rétrécissemens de son ouverture ,. en un mot tous leë changement dont sont suscepdbleâ sies valvules. Un m. 29

45e LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIÈRES.

exemple pris de l'ouvrage de Morgagni sera très-propre à faire voir les symptômes variés que peut produire une semblable lésion organique de l'aorte.

445 • Une femme d'environ soixante ans éprouvait par intervalles de la toux et une respiration difficile , surtout après tout mouvement violent ; il se manifesta enfin une tumeur pulsative sous^ la clavicule droite , vers le sternum.. Accroissement progressif de cette tumeur pendant l'espace de deux ou trois mois y et protubérance de la partie moyenne du sternum en forme de tête ; sentiment de clialeur et d'une douleur vive dans cette pai-tie ; nouveaux symptf>mes joints aux premiers , gonflement œdémateux depuis les épaules jusqu'aux mains , aux jambes et aux pieds , intumescence de la face , crachats fréquens et connue purulens , pouls petit et faible, point de repos , ou du moins , au moindre mouvement , danger imminent de la suffocation ; il en était de même lorsque la malade prenait de la nourriture ou de la boisson , au point qu'elle finit par être obligée de s'abstenir de l'une et de l'autre : elle succomba enfin après six jours d'abstinence absolue , avec de légers mouvemens convulsifs. A l'ouverture du corps , le péricarde était rempli de sérosité ; le cœur , qui avait été entièrement dé jeté dans la cavité gauche de la poitrine , avait un volume double de l'état ordinaire , et ne contenait point de concrétions polypeuses. Le sac anévrysmatique formé par l'aorte était oblong et trèsconsidérable , ce qui produisait une forte compression sur les parties intérieures de la poitrine , sur la trachée-artère et l'œsophage. En outre, comme, par ses pulsations continuelles et une exsudation du liquide, la

anÉvrysmes de l'aorte. . 4^1 clavicule droite, les côtes voisines et la partie moyenne du sternum avaient été corrodées , il s'était formé à l'extérieur une tumeur cjui soulevait les muscles et les tégumens , et imitait au dehors la forme d'une tête. Je renvoie , pour les autres détails de l'état du sac anévrysmatique , à l'ouvrage de Morgagni , et je vais m'arréter avec lui sur quelques points de cette histoire dignes de remarque.

444* Dmant l'état de vie , le danger imminent de la suffocation était renouvelé par nxx mouvement violent ou léger, et par l'usage du moindre aliment ou de la moindre quantité de boisson. Morgagni rapproche cet exemple d'un autre cas d'anévrysme dans lequel le malade ne pouvait ni se coucher, ni rendre ses déjections ou ses urines, ni avaler le moindre aliment sans être menacé de suffocation , et sans tomber dans des angoisses extrêmes. Il y a deux sortes d'anévrysmes , suivant le même auteur ; les uns qui consistent dans une expansion uniforme d'une certaine partie du tuyau artériel , les autres disposés en forme de sac vers la partie latérale du même i-uyau. Cela posé , on explique soit les défaillances, soit les suffocations qu'éprouvent les malades par un changement de position du corps , le sang se portant quelquefois en si grande quantité vers la partie la plus déclive du sac , qu'il n'en reste point assez dans l'artère pour la continuation de la circulation : c'est ainsi qu'on voit les symptômes des anévrysmes , les uns constans et durables, les autres passagers et sujets à des intervalles et à des paroxysmes plus ou moins irréguliers. Morgagni examine aussi les effets qui peuvent résulter de l'abaissement du cœur ^ dans les cas d'anévrysme de

Taorte , relativement à la dépression du diaphragme , qui forme par là , quelquefois , une convexité permanente et remarquable vers l'abdomen ; et c'est ainsi que l'estomac est sujet à éprouver diverses affections par la compression , pendant que les pulsation» du cœur se font sentir dans l'bypochondre gauche ; ce qui est sujet à induire en erreur , non-seulement le malade , mais encore le médecin , qui , ne se livrant point à lui examen attentif , peut prendre une maladie du cœur et ses palpitations pour une affection de l'estomac et une pulsation de l'artère cœliaque. Je ne m'arrêterai point aux considérations pleines de sagacité que fait Morgagni sur la partie solide et concrète qu'on trouve dans l'intérieur du sac anévrysmatique , et à l'opinion qui la lui fait regarder comme une concrétion polypeuse formée au moment de la mort.

445. Je ne puis ici qu'indiquer un Recueil de Mémoires les plus estimés sur les anévrysmes qui peuvent se former dans difïé rentes parties du système artériel (i). L'éditeur, le docteur Lauth , a fait un choix heureux de recherches sur cet objet , par Lancisi , Guattani , Matani , Verbrugge , Weltinus ^ Trew, Asman. Cette collection, quoique déjà trèsvolumineuse , pourrait être encore augmentée par les résidtats d'autres observations postérieures faites à Londres par Hunter, et à Paris par Desault, MM. Deschamps, Corvisart, etc. Mais, pour éviter des répétitions superflues sur les caractères distinctifs des ané-

(r) Scriptorum latinorum de anevrysmutibus Çollectio , etc. Argentorati, 1785.

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