‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 66 sur 83 · TUMEURS ET AFFECTIONS HÉMORRHOIDALES · texte numérisé non relu

TUMEURS ET AFFECTIONS HÉMORRHOIDALES

§ P^ ConsidératloJis générales,

/| JQ. Les auteurs entendent par kémorrhoides y tantôt un écoulement sanguin qui a lieu par l'anus , et tantôt des tumeurs formées à la marge de l'anus , ou dans l'intérieur même du rectum , par la dilatation des veines. Pour éviter toute équivoque , j'ai traité de l'écoulement sanguin sous le nom àe Jlua: liénïorrhoïdal y à l'exemple deStahl, Hoffmann, etc. ( tome II ; page 6i5 ) ; et j'ai conserré le nom d'^ê-

TUMEURS hÉMORRHOÏDALES. 4^7

moirhoïdes , ou d4 tumeurs hémorrhoidales y à la dilatation des veines de l'anus.

45o. Pourquoi relrouve-t-on si souvent dans l'histoire des écoles célèbres de médecine ,. comme dans celle des médecins^ des traces si profondes de l'es- [)rit de parti , de la haine ou de l'envie ^ qui font rejeter par les uns sans distinction ce que les autres ne cessent d'admirer ou d'exagérer sans mesure ? Stahl , avec cette sagacité, cette profondeur de jugement qui lui étaient propres , avait ^enti toute la fécondité des principes des anciens sur le flux hémorrhoïdal , et ses disciples n'ont pas manqué d'en faire la base d'une doctrine presque exclusive et universelle de toutes les maladies chroniques. D'un autre t6\.é , l'école de Leyde , séduite par ses théories brillantes et l'application spécieuse de la physique à la médecine , affecte un silence profond sur les principes de Stahl et de ses sectateurs , au point même que Van-Swiéten ne fait aucune mention des écrits de ces derniers dans le catalogue des auteurs cités dans ses CoJTunentaires des ApJiorismes de Boerhaave, Dehaën, comme pour plaire à Van-Swiéten , a écrit une Dissertation , d'ailleurs judicieuse , sur les hémorrhoïdes (i j.. Il se livre d'abord à des considérations anatomiques et physiologiques sur leur formation ; il examine leurs causes , leur utilité , leurs effets nuisibles , etc. : mais que doit-on penser de son affectation à ne regarder Stahl que comme chimiste habile , et à lui reprocher d'être entièrement livré à des spéculations vaines en médecine ?

(i) DcHœmorrhoidibus Ubellus ^ tom. lY auî. med.

45 1. Les causes, soit générales, soit locales, sont très - multipliées, suivant le recensement qu'en fait Dehaën (Batio med. , tome IV). Les plus ordinaires sont l'embonpoint, la distension générale des veines , la bonne cbère , une vie sédentaire , une disposition héréditaire j l'usage trop répété des purgatifs acres, des affections tristes, l'exercice prolongé de l'équitation, etc. — Symptômes qui précèdent , Légères horripilations, avec un resserrement spasmodique de l'extérieur du corps , douleur gravative dû dos et des lombes , quelquefois engourdissement des extrémités inférieures, pouls dur et serré, sécheresse de l'intérieur de la Ijjouche, urines peu abondantes et décolorées , débilité de l'estomac , flatuosités dans les intestins, fréquentes envies d'uriner et d'aller à la selle , sentiment d'une sorte de pression depuis l'anus jusqu'au périnée , quelquefois avec écoulement d'une rnucObilé blanche ; en général, grande variété, soit pour la quantité du sang qui s'écoule, soit pour la durée de l'écoulement; dangers de cette évacuation portée à l'excès; 'chute des forces, marasme, pesanteur des cuisses , sommeil laborieux, sentiment de pression dans la région précordiale , gonflement du ventre avec des borborygmes, pouls faible; si cette évacuation continue d'être immodérée, enflure des pieds, de la face et des yeux , couleur de la face livide et plombée, respiration gênée ^ hydropisie, fièvre lente, dépérissement ; présage encore plus funeste si le foie ou la rate sont tuméfiés, s'il y a constipation, cachexie commençante, hydropxsie.

452. Alberti, un des disciples de Stahl, a composé un gros volume sur les liémon hoïdes ; et il existe d'ail-

TUMEURS IlÉnTORRHOÏDÀLES. 4%

ieurs un foule d'auires écrils sur le même objet , publiés par l'école Stahlienne, sous forme de Dissertations. Quelques-unes, sans doute, portent un peu le caractère d'une prévention exagérée , comme celle où Ton établit \ine sorte de similitude entre les bémorrboïdes et l'évacuation périodique des femmes , celles où l'on fait voir une correspondance Soutenue entre les bémorrboïdes et les maladies de la rate , le scorbut , les affections de la tête, de la poitrine, le calcul et la goutte, etc. Car si on n'est sur ses gardes en médecine, il suffît qu'on ait approfondi une lualadie pour qu'on pense toujours en retrouver des traces dans d'autres maladies qui lui sont étrangères. Mais peut-on refuser un caractère de sagesse et de modération à d'autres Dissertations sorties aussi de l'école de Stahl ? Telle est celle qui a pour titre, de HœniorrJioïdarioî'um prudent i therapeid pev acidulas et thermas ; telle est encore celle qui trace les règles du régime et de la diète aux personnes sujettes aux bémorrboïdes , de Hœmor^ rhoïdariorum reginiine et dietâ. L'auteur de cette dernière, qui sait joindre les préceptes de la pbilosopbie à ceux de la médecine , et citer tour-à-tour Hippocrate et Sénèque , renia i^jue judicieusement qu'en évitant les excès de l'intempérance , les écarts des passions insensées , et l'inactivité d'une vie sédentaire et plongée dans la mollesse, les personnes sujettes aux bémorrboïdes écbappent bien plus sûrement au danger, et peuvent bien mieux parvenir à une guérison solide que par une vaine profusion de moyens pris de la pbarmacie (i).

(i) L'ouvrage le plus compliet et le plus érudit que nou$

46o JLÉSïONS ORGANIQUES PARTICULIERES.'

455. Une distinction très-importante à établir dans l'histoire des liéoiorrlioïdes ^ c'est celle des tumeurs hémorrhoïdales locales et des hémorrhoïdes constitutionnelles : les premières, par leur ancienneté, prennent le caractère des secondes. Les observations sur cette maladie sont extrêmement multipliées chez les auteurs , et Trnka en a réuni un grand nombre daps son Traité. Nous sommes cependant encore bien éloignés d'avoir des notions précises sur sa nature , comme je l'ai indiqué plus haut,

454. Stahl donne un exemple de tumeurs hémorrhoïdales dans l'observation suivante. Un homme âgé de vingt-six ans , d'un tempérament lymphatique sanguin , faisait de temps en temps usage d'un vin trèsgénéreux , voyageait souvent dans des voitures non suspendues, et menait dans les intervalles une vie inac-

possédions sur les hémorrhoïdes est celui de Vinceslas Trnka {^Hlstorla Hœmorrhoïduni y omnis œvi ohservata medica centinensj, 1794)- Cet auteur fait connaître non-seulement leurs diverses formes^ leur type^ leurs causes excitantes ^ mais encore leurs symptômes-, le flux hémorrhoïdal suivi d'effets favorables ou contraires , la terminaison ou les suites de l'interruption de cet écoulement. Ees préceptes du traitement sont exposés aussi avec les plus grands détails^ ou plutôt avec une exubérance d'érudition qui rend embarrassant le choix des^ moyens. L'auteur passe soigneusement en revue les divers remèdes qui ont été employés contre les hémorrhoïdes^ et il cite tour-à-tour les émétiques, les purgatifs, les diaphorétiques , les résolutifs;, les emménagogues , les anli-spasmodiques ; les toniques, les anodins appliqués en topiques^ etc. Comment concevoir, d'après ce luxe pharmaceutique, que la guérison des hémorrhoïdes puisse être douteuse, c« qui est cependant si souvent contraire à l'expérience ?

TUMEURS HEM ORRH OÏDALE S. 4^1

tlve. S'étant , dans un voyage , servi de la culotte d'un homme attaqué d'hémorrhoïdes , il ne tarda pas à éprouver une pression douloureuse au coccyx : il Fatiribua à la secousse de la voilure; mais bientôt après il sentit une petite dureté au pourtour de ]'anus ; une douleur ardente , brûlante , très-forte , se joignit aussitôt à ce symptôme; la tumeur prit le Volume d'une fève, la douleur devint pongitive , lancinante, et si intolérable, qu'elle amena la toux et l'éternuement , et fit craindre des convulsions.

§ II. Description générale des tumeurs hétnor-^

rhoïdates.

455. Prédispositions et causes occasionnelles. Les tumeurs bémorrhoïdales sont plus particulières aux femmes qu'aux hommes , aux individus d'un tempérament sanguin, bilieux ou mélancolique; elles sont le plus souvent l'effet d'une disposition héréditaire , d'une irritation ou d'une compression fortement et long-temps exercée sur le rectum et l'anus, comme une constipation opiniâtre, la chute fréquente et permanente de l'anus, une équitation fréquente et longtemps prolongée , la gestation , le calcul ou des tumeurs de la vessie, de l'utérus et du vagin, etc.; les affections morales tristes , l'usage trop répété des purgatifs acres.

456. Symptômes. Les tumeurs bémorrhoïdales ont leur siège à la circonférence de l'anus ou dans l'intérieur même du rectum, vers sa partie inférieure : les premières sont appelées externes , et les secondes internes. Ce sont des* tubercules arrondis, lisses, réni-

462 LESIONS ORGANIQUES 'PARTICULIERES.

tens, d'un rouge violet, plus ou moins douloureux^ Ces tubercules commencent quekjuefois par être mous et vesiculeux ; mais ils Unissent toujours par être rënitens et durs : ils sont plus ou moins volumineux et nombreux. Lorsque ces tumeurs sont internes^ Fintroduction du doigt dans le rectum suffit pour les faire reconnaître ; on y ressent une sorte de bourrelet sous forme d'éminences qui sont séparées les unes des autres par des sillons dans lesquels on peut placer le doigt, non sans causer de vives douleurs. La membrane externe du rectum se montre toujours plus ou moins en debors pendant les efforts qu'on fait pour aller à la selle. S'il existe des tumeurs bémorrlioïdales internes, et qu'elles sortent en même temps, ellesr entrent de plus en plus difficilement; et, retenues par le paquet bémorrhoïdal, elles finissent par rester habituellement en dehors. Ces tumeurs peuvent être lluentes ou non fluentes : dans le premier cas, il succède à leur formation un écoulement plus ou moins considérable de sang , assez souvent précédé ou suivi et rarement accompagné par une excrétion de mucosité blanche. Le sang flue pendant que le malade va à la selle , ou après la sortie des excrémens , et la durée de cet écoulement peut être plus ou moins grande. Lorsqu'elles ne sont point fluentes ( hémorrhoïdes aveugles ), elles sont assez souvent sujettes à des attaques périodiques d'irritation inflammatoire. Les accidens les plus ordinaires des tumeurs bémorrlioïdales sont des flux excessifs, des douleurs trés^-vives, de l'inflammation, des dépôts et des fistules à la marge de l'anus, une dégénération squirreuse et cancéreuse , et enfin la rupture des veines variqueuses.

TUMEURS IlÉMORRHOÏDALES. 4^5

457. Les bémorrlioïdes peuvent èire purement locales ou bien constitullonnelles : dans ce dernier cas ^ elles sont précédées de symptômes dont le nombre Varie comme Fintensiti : tels sont quelquefois des lasvsitudes , des pesanteurs de léle , de la tristesse, des llatuosités, des maux d'estomac, de la constipation , des borborygmes, un peu de prurit ou de chaleur à Tanus; d'autres fois des borripilations légères, un resserrement spasmodique de l'organe cutané , la sécheresse de la bouche , la dureté , le resserrement et l'inégalité du pouls , desflatuosités, des douleurs gravatives du dos et des lombes ; quelquefois l'engourdissement des extrémités inférieures , du ténesme, du prurit , de la chaleur et des douleurs plus ou moins considérables à l'anus , avec un sentiment de pesanteur s'étendant vers le périnée. Pendant le cours de ces svmptomes, une éruption à la marge de l'anus, ou dans l'intérieur même du rectum, de tumeurs analogues à celles que je viens de décrire , et qui est suivi d'un écoulement plus ou moins abondant de sang pur ou mêlé de mucosité. Peu à peu les douleurs diminuent ainsi que l'écoulement , les tumeurs hémorrhoïdales se flétrissent, la peau qui les recouvre devient flasque, et elles restent plus ou moins long-temps indolentes , jusqu'à ce que la même série de symptômes se repro-» duise dans une nouvelle attaque.

§ m. Traitement des Tumeurs hémorrhoïdales.

453. C'est autant dans l'hygiène que dans la pharmacie qu'il convient, en général, de puiser les moyens propres à combattre les héraorrhoïdes. L'expérience a prouvé que l'observation exacte des règles diététiques

peut relarder et même rendre presque insensible ïsL maladie dans ceux chez qui elle est liérédilaire, et que , dans quelques cas , le régime seul a été suffisant pour l'enlever radicalement lorsqu'elle n'était pas trop invétérée. La nourriture doit être en grande partie composée de plantes potagères, de fruits acidulés. On doit rejeter les boissons chaudes et échauffantes , telles que le thé, le café, les liqueurs spiritueuses, les vins nou- Teaux ou acerbes. Cependant l'usage modéré d'un vin vieux , si on y est habitué ou que la faiblesse du corps l'exige , peut être conseillé ; mais la boisson la plus convenable est l'eau fraîche. On ne doit pas surcharger l'estomac ; il convient au contraire beaucoup mieux , surtout à ceux qui mènent une vie sédentaire, de faire plusieurs repas dans la journée. Mais c'est surtout un exercice du corps proportionné à l'état des forces qu'il convient de prescrire; et si des circonstances empêchent d'y recourir , on doit conseiller au malade de se coucher horizontalement , et de faire des frictions sèches sur l'abdomen , soit avec la main seule. Soit avec de la flanelle. On doit éviter, autant qu'il est possible, des sièges échaufFans , ne pas avoir habituellement le corps courbé en avant, ne pas trop prolonger le sommeil , et éloigner toutes les affections vives de l'ame. Les voyages sont d'une grande utilité ► On conçoit qu'il faut, avant toute chose, combattro les causes de la maladie; mais très - souvent on n'y réussit pas , surtout lorsque les tumeurs sont invété-* rées , ou que les causes sont de nature à ne pouvoir élre éloignées. Tout le soin doit consister, dans ce caS; à calmer les douleurs , à diminuer le gonflement , et k prévenir ou résoudre l'inflamiuation. Lorsque l'af-

TUaiEURS IIEIVTORRHOÏDALES. 4^5»

feclion est purement locale , on se contente de prescrire un régime rafraîchissant et des topiques propres à rélabllr le ton des y aisseaux. Les tumeurs constitutionnelles, au contraire, qui sont le produit de l'action prolongée de causes qui communément ont leur siège <lans les viscères du bas -ventre, exigent, outre les moyens topiques , les moyens internes propres à les détruire. On doit n'emplo^^r que les purgatifs le$ plus doux, les donner en petite quantité, et ne les pas continuer trop long-temps : tels sont les eaux salines , le tartrate acidulé de potasse, le sulfate de soude ou de ma^ïnésie, etc. Les lavemens sont aussi très-souvent utiles, mais ils doivent être tièdes. On peut ranger au nombre des topiques qu'on a le plus recommandés , l'eau froide , la solution d'alun , celle de sulfate de fer, la décoction d'écorce de chêne. Si les liémorrhoïdes sont gonflées ou douloureuses , on prescrit le régime végétal , des boissons rafraîchissantes , le tartrate dépotasse antimonié très -étendu d'eau, tandis qu'on applique les émolliens à l'extérieur, tels que le beurre frais, le suif, des cataplasmes de mie de pain ou de carottes pilées, les vapeurs d'eau chaude, etc. Si la tuméfaction des liémorrhoïdes (i) est due à un état de débilité locale ou générale, on conseille les topiques aslringens. La douleur est-elle très-vive , il est souvent nécessaire d'y appliquer des sédatifs, tels que le camphre, le safran, le populeum^ l'huile de jusquiame, etc.

(r) J'ai parlé , dans les affections organiques de l'appareil circulatoire , du Traité de M.Larroque^zir les Hémorrltoide^ ^ et de Topiiiiou un peu trop exclusive qu'il adinel.

in. 3o

4^6 LÉSIONS Organiques particulières.

Page 1