‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 67 sur 83 · LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIÈRES DU SYSTÈME LYMPHATIQUE · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIÈRES DU SYSTÈME LYMPHATIQUE

459* Il ^^ ^st ^^^ système lymphatique comme du système nerveux ; l'un et l'autre sont extrêmement répandus, et concourent à l'exercice de la plupart des fonctions , de sorte qu'il est difficile de faire le départ de ce qui , dans beaucoup de maladies , appartient uniquement aux lymphatiques et aux nerfs , ou à la totalité de l'organe affecté. 11 est donc difficile de ne pas tomber dans l'un ou l'autre extrême, savoir, de trop accorder aux lésions des lymphatiques , ou de leur trop refuser. Dans lesscrophules, par exemple , ainsi que dans le carreau, on ne peut mettre en doule que la lésion du système lymphatique n'y soit pour beaucoup; la même chose peut se dire de l'éléphantiasis et de quelques autres maladies dont j'ai déjà parlé dans l'ordre précédent ; mais comme presque tous les systèmes organiques sont alors plus ou moins lésés , ou comme les modes de lésions ne sont pas j^articuliers aux lymphatiques, j'ai cru devoir en traiter dans cette édition, en même temps que des lésions organiques générales. C'est sur les hydropisies que je vais plus particulièrement insister ici. On ne peut mettre en doute que ces affections ne soient quelquefois occasionnées par des lésions organiques du système lymphatique. En injectant les vaisseaux des cadavres d'un grand nombre d'hydropiques , Mascagni a remarqué que les troncs étaient tellement dilatés , que dans les plus grosses branches les valvules ne pouvaient plus s'opposer au retour du fluide injecté. Dans les mêmes

IIYDROPISIES. 4^7

sujets, il a vu que la cUlatalion avait ei^^ilement lieu dans les lymphatiques des glandes et dans leurs cellules. D'autres fois, et c'était le plus souvent, les glandes des liydiopiques étaient tellement obstruées , que le mercure rompait plutôt les tuniques des vaisseaux qu'il ne traversait les glandes. Les vaisseaux eux-mêmes, dans tout le trajet qui existait avant d'arriver aux glandes, étaient exlraordinairement distendus et pleins d'un fluide en tout semblable à celui que contenaient les cavités qui étaient le siège des liydropisies. On a reconnu également que ces glandes avaient acquis un certain degré de dureté. La rupture de quelques vaisseaux lymphatiques a aussi été quelquefois observée ; il en est de même de leiu^ compression par une tumeur voisine, ou de leur obstruction par une concrétion interne.

HTDROPISTES (l).

460. L'influence continuelle des découvertes faites dans l'anatomie , sur les progrès de la pathologie interne , se manifeste de nouveau par les lumières que les recherches sur les vaisseaux lymphatiques ont répandues sur la théorie de l'hydropisie. Combien les expressions employées par les anciens sur la formation de cette maladie sont inexactes, par l'état d'enfance où était encore l'anatomie ! Arétée , d'ailleurs si excellent observateur , ne fait que répéter , en parlant de l'hydropisie, les termes vagues àQ fluxion froide , de

(i) SvNONrMiE. IIj drops . Sauvages , Liis^veuS; Vqcel , Clilen' ; SvG.vr. 3 etc.

changement du corps par ufie cause froide et Jiu^ inide , ô^ habitude du corps qui se résout en eau par une sorte de colUquation, Je m'abstiens d'une plus longue énumé ration des auteurs , même les plus célèbres, dont les expressions sur cet objet ne sont guère plus e:^actes. Ruyscli a eu pour ainsi dire la gloire d'ouvrir une nouvelle carrière à la pathologie par ses injections. Il remarque (^Ad^ersaria anatomica ) que la surface interne de la dure-mèfe , de la plèvre , du péritoine , etc. , est lubrifiée par un fluide facile à s'évaporer , et propre à être repompé comme par un mouvement rétrograde , attribué par Stenon et Malpigbi à l'action de certaines glandes qui se trouvent dans ces membranes , et par Ruysch, à des ramifications innombrables des extrémités artérielles. On voit que ce dernier anatomiste avait entrevu l'objet, et qu'il n'est dans l'errear que sur la véritable voie de l'absorption , dont la connaissance a été le fruit des recherches postérieures. Jusque là, on avait cru que les épanchemens formés dans diverses cavités étaient dus à une simple condensation d'une sorte de vapeurs , et que la matière en était un liquide aqueux.

4t3i. C'est Hewson , célèbre anatomiste anglais , qui , par des expériences et des observations comparatives , est parvenu à donner des idées justes sur ca liquide, lia recueilli , dans un animal récemment tué , le Ittiuide qui se ramasse dans la cavité de l'abdomen , le thorax , le péricarde ; et , par vme simple exposition à Fair ou à l'action de la chaleur , il en est résulte une substance coagulable ou de l'albumine , comme lorsqu'on opère sur la sérosité du sang. Cette expérience , qu« Hewson a répétée plusieurs fois sur des

hydropis'ies. 4^9

clilens. , des oies , des lapins , a produit toujours le même résultat. Haller et Monro sont tous deux du même avis. Il s'agissait de comparer ce même licjuidjp avec celui qui se trouve dans Jes vaisseaux lymphatiques. Hewson , après avoir tué un animal sain , choisit des vaisseaux lymphatiques d'une certaine étendue , qu'il lia convenablement, qu'il détacha ensuite pour les ouvrir et en recevoir le liquide dans une coupe. Ce liquide, soumis aux mêmes épreuves que le précédent^ s'est trouvé de la même nature. Ces expériences ont été plusieurs fois répétées sur des oies , des lapins , des chats. On a seulement remarqué des variétés pour la proportion de l'albumine , non-seulement suivant les divers genres d^ animaux ou leurs âges respectifs , mais encore suivant l'état de force et de débilité des animaux de la même espèce. Ce qu'il y a surtout de curieux et de concluant pour l'identité des trois liquides, savoir, de celui qui se rassemble aux surfaces intérieures des membranes diaphanes , de celui que donne la sérosité du sang, et de celui qu'on trouve dans l'^s vaisseaux lymphatiques , c'est que lorsqu'on prenait ces liquide» dans le même animal, soit dans l'état de santé, soit dans un état de dél^ilité ou de maladie , on y observait une correspondance constante pour la densité et la consistance , et par conséquent pour la quantité de l'albumine. Hewson a observé aussi que , lorsque l'animaî était affaibli depuis quelques jours par la diète ou une boisson purement aqueuse , les ttoïs liquides étaient très-délayés et contenaient une très-petite portion d'albumine. Ces variétés des fluides lymphatiques ont éiê constatées par l'histoire des maladies. Une sorte de concrétion plus ou moins étendue est formée aux sur-»

faces intérieures des membranes séreuses dans les inflammations, par une sorte de surabondance de l'albumine ; dans l'iiydropisie, le fluide épanclié est quelquefois très-aqueux , d'autres fois plus ou moins consistant , soit qu'il provienne alors d'une inflammation lente, soit que la partie la plus fluide ait été repompée par le système lympbatique.

4^2. On sait que toutes les parties du corps liumain sonj; perspirabJes ; que les cavités splanchniques surtout sont arrosées sans cesse par une sérosité plus ou moins abondante , plus ou moins sensible, qui se forme en rosée à la surface libre des membranes séreuses dont elles sont tapissées. Le mécanisme qui préside à ce pbénomène pai-aît maintenant mieux connu , puisqu'on est parvenu non-seulement à démêler le caractère du fluide séreux qui abreuve nos organes , mais qu'on connaît encore le système des vaisseaux qui le reprennent et le reportent dans le torrent de la circulation. La plupart des auteurs , et surtout Mascagni , pour expliquer l'exbalation , ont eu recours seulement à des porosités inorganiques des parois artérielles par lesquelles les fluides transsudent sur les organes ; mais, d'après les observations de Bicîiat ( Anatomie générale^ , cette transsudalion n'a jamais lieu pendant la vie ; et l'on peut regarder les exlialans comme un ordre particulier des vaisseaux du système capillaire , par l'intermède duquel ils se continuent avec les artères qui leur apportent Ixîs matériaux de l'iiumeur séreuse qu'on retrouve dans le tissu cellulaire et à la surface interne des cavités qui renferment nos différens viscères. Cette sérosité est bientôt absorbée , dans l'état de santé, par un autre système de vaisseaux, dont les radi-

Cilles innombrables commencent et s'implantent dans le tissu cellulaire et à la surface des cavités , où elles jouissent de la faculté de pomper, de sucer les humeurs séreuses que les vaisseaux exhalans y déposent ; et c'est ce qu'on appelle système absorbant ou lymphatique. Une autre propriété de ces vaisseaux , qu'il serait important de mettre hors de doute pour rendre raison des épanchemens qu'éprouvent les hydropiques, est l'inhalation par la surface extérieure du corps , que quelques savans contestent , et en faveur de laquelle cependant on peut citer des faits qui semblent décisifs , et qui n'ont point échappé à la sagacité des anatomisles. Le célèbre Dehaën voyant que la privation de la boisson qu'on imposait à ces malades n'empêchait point leur intumescence , n'hésita point d'assurer qu'on ne pouvait expliquer ce fait qu'en admettant une absorption de l'humidité de l'atmosphère par la surface du corps. IjC docteur Home s'est trouvé plus pesant le matin à la balance qu'il ne l'était le soir précédent en se couchant, quoiqu'il eût transpiré toute la nuit, et qu'il n'eût pris aucune sorte de nourriture. I/abbé Fontana a assuré qu'en se promenant quelques heures en plein air, et par xm temps humide, il s'était trouvé à la balance plus pesant de quelques onces qu'il ne l'était auparavant ; ce qui suppose nécessairement une absorption de l'humidité de l'atmosphère. Nul doute , dit Cruikshank , sur cette fonction des tégumens ; et il rapporte le fait suivant pour la confirmer. Un malade qui avait une constriction de l'œsophage telle qu'aucune substance fluide ou solide ne pouvait parvenir dans l'estomac, ne prit aucune nourriture pendant deux niQis : il était tourmenté de la soif, et n^

rendait aucune urine. Cruiksliank lui ordonna un Lain chaud soir et malin, pendant une heure , durant l'espace d'un mois : sa soif se dissipa ; il urina comme s'il avait bu à sa manière accoutumée , et que sa boisson fût descendue aisément dans l'estomac.

465 . Les vaisseaux* lymphatiques , par leurs différens genres d'affections , deviennent la cause des maladies les plus graves , que Cruikshank rapporte à cinq points généraux de division (^^r/^o^7i/e des vaisseaux absordans , traduction française, pag. 25i ). En nous bornant ici aux cas d'hydropisie, on doit remarquer que celle qui est la plus ordinaire tient à une débilité générale qui se fait d'abord ressentir aux extrémités inférieures ; ce qui arrive même durant la jeunesse après des maladies longues et dangereuses. Mais ce gonflement est d'un mauvais présage dans la vieillesse, surtout lorsqu'on éprouve des symptômes de l'asthme ; car il est probable que l'hydropisie visible des jambes est alors accompagnée d'un épanchement dans la poitrine. Les femmes supportent fréquemment cette intumescence des jambes beaucoup plus long-temps que les hommes, et même pendant des années , sans danger ; il est des hommes qui lui ont résisté près de douze ans sans que leurs forces en reçussent aucune atteinte.

464. Parmi les causes encore très-peu connues de l'hydropisie , je ne dois point omettre de parler des inflammations- chroniques , peu observées jusqu'en ces derniers temps ; elles ont beaucoup de variétés , et ne sont pas moins funestes que celles qui sont ai^ i^fuës; elles le sont même plus ; car souvent , méconimes -d cause de la légèreté insidieuse de leurs syîii-

HYDROPISIT!:?. ^j^

plômes , leur traitement est négligé ou même dirigé à contre-sens. Le siège le plus ordinaire de ces inflammations est dans les poumons , les intestins , les yeux , quelquefois aussi dans le foie ; il est difficile d'abord de les reconnaître , à moins qu elles ne succèdent à des phlegmasies aiguës , surtout dans les viscères parenchymateux. Celles des intestins sont plus faciles à saisir ; mais elles peuvent tromper par une apparence d'embarras des premières voies ou d'une colique flatueuse. Dans les poumons, elles se montrent sous les dehors d'un catarrhe ; souvent aussi elles viennent d'un catarrhe aigu qui a été négligé ou mal traité. Dans leur état invétéré , elles dégénèrent en asthme , en hydro thorax , en tubercules du poumon , en phthisie : c'est ainsi que l'inflammation chronique des intestins , ou de quelqu'une des parties situées dans l'abdomen , finit par des constipations opiniâtres , quelquefois des diarrhées ou l'ascite ; elle peut aussi attaquer les reins , dans des affections calculeuses ou goutteuses , la vessie , l'utérus , et , suivant des circonstances accidentelles , se montrer sous diverses formes , ou produire d'autres maladies. Outre les symptômes propres à la partie affectée , elles ont 4>ouvent pour indice une légère fièvre hectique qui ne se manifeste que le soir , et qui est beaucoup moins marquée que celle qui provient d'une ulcération interne : quelquefois aussi cette fièvre n'est point sensible. Si le siège de l'affection est dans les poumons , toux légère , continue et rebelle , difficulté de respirer ; s'il est dans le foie , jaunisse peu marquée , peu d'anxiétés , peu ou point du tout de gonflement dans l'hypochondre droit , nausées , perte

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rie l'appétit , déjections bilieuses et fréquentes. Dans î'iiospice de la Salpétrière , on observe de semblables inflammations des intestins qui sont marquées par plus OU- moins de tension dans Fabdomen , par une sensibilité plus ou moins vive de cette partie au moindre contact , par des douleurs sourdes , des diarrhées interminables , ou bien par un épancliement de sérosité.

465. On peut voir des exemples nombreux de ces inflammations chroniques dans l'ouvrage si connu de Morgagni, dans Je deuxième volume de ma Nosograpkie , et dans V Histoire des phlegmasies chroniques de M. Broussais; et on sent combien il est important , dans l'exercice de la médecine , de distinguer les hydropisies qui en sont la suite , d'avec celles qui sont primitives.

466. Les notions les pkis simples sur la position , la structure et les fonctions des vaisseaux lymphatiques suflisent pour s'élever aux deux causes les plus générales des hydropisies , scit du tissu cellulaire , soit des cavités revétvies par les membranes séreuses : ce sont l'augmentation d'exhalation séreuse et la diminution de l'absorption , soit isolées , soit réunies. 1°. Les observations les plus répétées apprennent que l'augmentation d'exhalation séreuse peut éti'e ])roduite par des causes débilitantes , des hémorrhagies excessives, l'habitation des lieux bas et humides, l'abus des boissons aqueuses, le défaut d'exercice , la tristesse , les chagrins profonds, etc. Mais on ne doit pas méconnaître non plus que des circonstances opposées , c'est-à-dire propres à augmenter la force tonique des vaisseaux, une constitution athlétique, un«

II YD RO PI STES. 4?^

vie dure et exercée , la suppression d'une évacuation habituelle, une nourriture succulente , etc. , peuvent Qussi produire une surabondance d'exhalation séreuse. Une source bien plus féconde des mêmes affections , qu'on avait méconnue , et que les observations multipliées de M. Corvisart ont mise en évidence , tient à une lésion organique du cœur ou des gros vaisseaux (i), qui comprend , soit les dilatations ou anévrysmes de ces parties , soit les étals contre nature de leurs orifices et de leurs valvules , comme rétrécissemens , ossifications ou ulcérations. 2*'. L'absorption peut être diminuée par l'atonie dans laquelle tombent les vaisseaux lymphatiques par des causes débilitantes , générales ou particulières , des maladies longues , des évacuations abondantes , les fièvres intermittentes de longue durée. L'obstruction des glandes lymphatiques peut aussi mettre un obstacle à l'absorption , et produire une dilatation des extrémités des vaisseaux du même nom , puisque l'inspection cadavérique a fait voir à Mascagni , dans des cavités où s'était formée une collection lympha-

(i) Un homme agë de cinqiiante-lrois ans ^ qui éprouvait une grande dyspnée^ de la loux et de violenles palpitations du cxMiFj avec un pouls petit ^ concentre et irregulier, fut reçu à la Clinique interne de Thopilal de la Charité : déjà les meui- })res abdominaux commençaient à enfler ; en peu de jours augmenialion des symplômcs^ fiidihration gagne les parties génitales et les parois de fabdomen. Le malade péril snfibqué , et, à rouvcrture du corps ;, on trouva que le cœur avait acquis un volume énorme, et que deux des valvules aortr ues étaient retenues à dèmi-abaissées par. un tubercule cartilagineux [Essai sur V Ilydyopisie , parEm. Nouel. Paris , 1800).

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tique, ces vaisseaux irès-distendus et remplis d'un fluide semblable à celui de ces cavités , et qu'il a reconnu en outre que les glandes dans lesquelles ils venaient se rendre étaient entièrement engorgées. Mais que de problèmes à résoudre offre encore la doctrine des hydropisies, sur le concours , par exemple , d'une exhalation augmentée et d'une absorption diminuée , sur la distinction exacte des liydropisies primitives d'avec celles qui sont secondaires , et qui proviennent de désordres organiques dans les viscères , sur les liydropisies accidentelles et qui sont la suite d'une absorption de l'humidité de l'atmosphère par Torgane cutané , sur les avantages des onctions huileuses à l'extérieur , etc. ! . . .

467. Peu de maladies ont donné lieu à un aussi grand nombre d'écrits que Thydropisie , comme il est j'acile d'en juger par le catalogue que Bâcher en a donné à la suite de son ouvrage ( Pxecherclies sur les Maladies chroniques , particulièrement sur les Hj-* clropisies et sur les mojens de les guérir ^ Paris , 1776). L'ouvrage de Monro (^an Essai on the Drops j and its différent species , London , 1 765 ) est aussi remarquable par l'érudition choisie et la méthode qui y régnent. L'un et l'autre de ces ouvrages contiennent des histoires particulières sans nombre d'hydropisies , soit simples , soit compliquées , guéries , soit par les pilules toniques , soit par d'autres médicamcns , comme les drastiques , les diurétiques , les sudorifiques, etc. Mais au milieu de cette richesse apparente , i^ de la confiance ,que fait naître une semblable collection de faits , combien de fois ne se trouve-l-on point désabusé des espérances qu'on avait

H Y DIIOPISIES. 4??

conçues, lorsqu'on se livre à l'exercice de la médecine , et qu'on voit si souvent la maladie résister au traitement le plus méthodique ! Combien il importe surtout, pour n'être point trompé , de porter une attention particulière sur le caractère primitif ou secondaire de Fhydropisie! Que l'anasarque, par exemple , soit produite par un défaut d'énergie vitale , par une constitution délicate , molle et lymphatique , par un séjour prolongé dans une atmosphère humide, une. vie sédentaire, une hémorrhagie excessive , on a l'espoir le plus fondé de rétablir le malade parmi régime analeptique ^t des médicament» fortifîans , comme on en, trouve des exemples dans la Dissertation que j'ai déjà citée, Mais on doit porter un jugement bien différent de l'hydropisie cellulaire ou anasarque qui est inyétérée ^ ou fomentée par des affections organiques des viscères , comme le poumon ou le foie , ou par un anévrysm^ du cœur et des gros vaisseaux. Les hydropisies des cavités revêtues de membranes séreuses , comme Thydrocéphale , l'hydrorachis ou spina-bifîda , l'hydrothorax , l'hydropéricarde , l'ascite , donnent lieu à la même distinction et aux mêmes remarques. Praposer un remède universel contre l'hydropisiç , n'est - ce pas proclamer hautement qu'on ignore l'histoire générale de cette maladie ?

47 s LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

ANASARQVE (l).

§ P"". Considérations générales.

468. On est obligé de remonter à des notions exactes sur la structure , les divers prolongemens et les fonctions du tissu cellulaire , pour être éclairé sur la nature et les suites des symptômes qu'offre l'anasarque .... Que de choses ingénieuses dans les recherches sur le tissu niuqueux ou l'organe cellulaire , par Bordeu î Ses idées ont reçu de nouveaux développemens dans une Dissertation publiée à Montpellier ( Corporis cribrosi Hippocratis ^ etc. , i774)> ^^ dans une autre postérieure à celle-ci ( yln in celluloso texiu freqiientiiis rnorbl et morboruni mutatio'nes.».). On sait que le tissu cellulaire est composé de filamenset de lames séparées entre elles, de nerfs , de vaisseaux sanguins , de glandes": ce sont les extrémités artérielles qui laissent échapper en plus ou moins grande quantité le fluide lymphatique déposé dans des aréoles ou cellules qui varient pour la grandeur et la figure , et qu'on rend surtout manifestes par la macération et l'insufflation. Les cellules se distendent et se gonflent par des injonctions artificielles , soit dans les veines , soit dans les artères , et la partie la plus liquide qui transsude de leurs extrémités est reprise par les vaisseaux absorbans ou lymphatiques. Qu'on suppose maintenant que , par une cause quel-

(i) SYNONYMIE. Anasarca , BoET.HAAXE y Hoffmann, Sauvages, Lii^NiEUs ; VoGEL, CuLLEN ; Sagaii : I{ydroi)i6ie cellulaire.

conque, ces derniers vaisseaux perdent leur faculté de repomper le fluide épanché dans les cellules , oa a dès-loi*s une juste idée de l'anasarque... Comme le fluide épanché dans le tissu cellulaire distend la peau , comprime les vaisseaux san.<^uiiis , les nerfs , les nuiscles , etc. , et tient tout dans un état de relâchement , la chaleur animale , le ton contractile des vaisseaux en sont beaucoup dmiinués , et la peau devient quelquefois insensible , même à l'impression de la brûlure. La résistance que la circulation, éprouve dans les petits vaisseaux fait refluer le sang dans les grands vaisseaux , vers le cœur et dans les poumons ; ce qui produit des anxiétés et une difficulté de respirer au moindre mouvement. Quelquefois , surtout quand la peau est délicate , le fluide distend . €t dilate tellement les pores de cet organe , qu'il s'y fraye un libre passage , et y forme une transsudatioii plus ou moins abondante. S^l ne peut traverser que la peau proprement dite et le tissu cellulaire , sans pénétrer l'épiderme , il sépare ce dernier sous forme de vésicules qui , étant ouvertes , laissent écouJer lé fluide — Une anasarque, lors même qu'il n'y a point d'épanchement dans la poitrine ou l'abdomen , entraîne toujours une diffusion de liquide dans le tissu cellulaire qtii environne les viscères ; ce qui ne peut que troubler les fonctions de ces derniers, et produire des symptômes divers suivant la partie afïectée.

469. La graisse , durant des maladies longues , est résorbée et sert d'aliment : dans l'emphysème par une cause externe , comme la fracture d'une côte , la blessure de la trachée-artère, l'air est résorbé et expulsé au dehors. De même j une grande diffusion ou exubérance

48o LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

du liquide dans le tissu cellulaire peut disparaître par la force tonique du système absorbant ; si on peut parvenir à ranimer cette fonction par l'action des é vacuans et des toniques. D'où l'on voit qu'en général les auteurs qui ont traité du tissu cellulaire ont donné trop d'étendue à ses fonctions , puisqu'il n'a aucune action sur les fluides qui s'y épanchent ; et ils ont négligé de faire entrer en considération le concours d'action du système lymphatique.

470. On peut reconnaître deux sortes d'anasarque : la première s'annonce avec toutes les circonstances qui indiquent un défaut d'énergie vitale : constitution molle et lymphatique , vie sédentaire , atmosphère humide , débilité produite par de grandes évacuations, certaines maladies chroniques , des fièvres intermittentes de longue durée. Un homme âgé de trente-sept ans, anh tempérament lymphatique , et exei'çant une profession sédentaire , ayant déjà été attaqué d'une infiltration générale quelques années auparavant , habitait un rezde-chaussée très-humide , dans lequel le feu d'un poêle avait entretenu, pendant l'hiver de 1786, une sorte de bain de vapeurs continuel ; il se déclara , quelque temps après , une anasarque pour laquelle il se rendit à l'hôpital de clinique interne. L'infiltration, qui avait commencé par le visage , occupait tout le corps , à l'exception des bras, où elle était peu remarquable; la figure, très-bouffie, avait une teinte blafarde , ainsi que toute la peau ; l'urine était limpide et moins abondante que dans l'élat de santé; le pouls éiait aussi plus lent et plus rare. Cette affection fort simple céda très-promptement à l'usage des diurétiques et de quelques évacuiyis. Les selles furent abondantes pen-

A ^r A s ARQUE. 4^1"

dant plusieurs jours, l'urine reprit son cours et redevint colorée. Il esta remarquer que l'infiltration disparut Successivement comme elle était venue, c'est-à-dire que les membres inléiieurs se désenflèrent d'abord, le tronc ensuite , et qu'enfin la boufïissure du visage disparut la dernière.

47 1 . La seconde espèce d'anasarque est celle qu'on peut appeler aiguë; le docteur Breschet en a fait l'histoire dans une Dissertation estimée , où il a réuni un grand nombre d'observations (i)..Elle survient chez, des sujets robustes par des causes excitantes, des afTeclions morales vives, ou par la suppression subite de la

(r) Recherches sur i' Hydropisie active en général y et sur V Hfdropisie active du tissu cellulaire en particulier ^ ^kv G. Breschet, Paris , i8 12. L'auteur. regarde les hydropisies actives comme produites par une exhalation augmentée ^ précédée cl'un dérangement dans les propriétés vitales des vaisseau?rexhalans. Cette augmentation d'exhalation est le résullat de racliou d'un stimulant direct,. ou un effet sympathique, comme dans les hydropisies actives produites suJ)itement par une affection cle Tâme trè§^yi,vejr ou enfin elle peut dépendre du grand exercice d'uit organe ^ ou de la piétliore locale et habituelle tjuil présente, ainsi cpi'on Tobserve dans Tapoplexie séreuse ac':i',e cliez les gens de cabinet, chez ceux dont le cerveau est souvent dans uhegi'ànde excitation, dans un véritable état d'orgasme. tJAé disposition analogue,, chez les enfans , dépendant peut-être de ratïlux d'une grande quantité de sang vers Tencéphaîe , peut Jeven-irla cause de l'hydrofcéphalc aiguë, ou fièvre hydrocéphalique, que l'auteur regarde comme une exhalation séreu!>Q active essentielle. Les gens pléthoriques, ceux qui éprouvent la suppression d'un écoulement habituel , sont exposés aux méines accidens. Ces idées sont confirmées par de nombreuse5 histoires , que M. Breschet a su rassembler avec autant de goût que de talent.

îii. 5i

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iranspiralion. En voici un exemple remarquable tiré de l'ouvrage de Fodéré sur les maladies des militaires dans le Mantouan , etc. « Des hommes robustes exposes, après des marches forcées, à des causes capables de supprimer brusquement la transpiration , tombent tout-à-coup dans l'anasarque , qui est bientôt suivie de i'ascite. J'ai vu plusieurs cas pareils après le passage du mont Cénis pendant l'hiver : cinq à six malades de ce genre furent portés à Bazolo : les uns venaient des gorges du Tyrol , et les autres étaient devenus enflés après le passage des rivières. On apporta aux avant- postes un grenadier qui avait passé à gué le ïagliamento étant tout en sueur. Cet homme avait une fièvre violente et était par-tout très-enflé, soufl'rant des douleurs aiguës, et ne pouvant articuler aucun mot. Quoique j'en désespérasse , je le fis néanmoins aussitôt saigner, et je le m^is au régime rafraîchissant ordinaire, avec six bols de camphre et de nitre par jour. Le gonflement du visage , de la poitrine et des extrémités supérieures disparaissait ; mais celui des extrémités inférieures augmentait. J'eus alors recours à la paracentèse , qui donna lieu à l'évacuation de plusieurs pintes de sérosité; je fis en outre pratiquer des mouchetures aux malléoles ; et au moyen d'une nourriture abondante , des remèdes tantôt diurétiques , tantôt toniques , ce malade fut en état de se promener au bout d'un mois et demi. Il fut alors envoyé à Crémone ; et au bout de quinze jours je le revis sain et bien portant.

472. Enfin l'anasarque peut être symptomatique d'une lésion des viscères abdominaux , et souvent elle est l'effet d'un obstacle qu'éprouve la circulation par un vice organique du cœur } la face est alors fortement

ANASARQUE. 4^5

colorée ou comme injeciée , le pouls fort et développé, la chaleur du corps plutôt augmentée que diminuée. Un homme âgé de cinquante-trois ans , d'une constitution robuste , et livré à une vie laborieuse , fut reçu à la Chnique interne. Depuis deux ans , grandes difïlculté de respirer , tou^ incommode , et violentes palpitations qui duraient depuis long-temps sans pouvoir leur assigner une cause connue ; figure animée avec tendance à la boufiTissure , respiration très-génée , sans aucun signe d épanchement notable dans les cavités thoraciques : le son obscur rendu en frappant la région du cœur, les battemens de cet organe sentis dans une grande étendue, le pouls petit , concentré et irrégulier, firent reconnaître que ce viscère était le siège d'une affection organique. Déjà les membres abdominaux commençaient à enfler. La marche de la maladie fut rapide ; en peu de jours, augmentation de la difficulté de respirer , face injeciée , infiltration des parties génitales et des parois de l'abdomen , soif vive , sécrétion d'une grande quantité d'urine; enfin le malade mourut suffoqué. On ne trouva qu'une très-petite quantité de fluide dans les cavités splanchniques ; mais le cœur était d'un volume énorme , et s'étendait transversale-' ment dans le thorax autant à droite qu'à gauche. Deux des valvules aortiques , au lieu d'être libres et flottantes , étaient retenues à demi-abaissées par un tubercule cartilagineux de la grosseur d'un pois , qui était interposé entre elles. {Dissertation sur C Hjdrophie y par M. NoueL )

484 LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES,

§ II. Description géiiévale de V Anasarque*

475. Prédispositions et causes occasionnelles. Les plus ordinaires sont une constitution délicate , molle €l lymphatique , un séjour ])roîongé dans une atmosphère humide avec privation de l'influence de la lu- .Tuière,une vie sédentaire, une mauvaise nourriture , des chagrins prolongés, des évacuations abondantes, ]a suppression ou le déiangement des menstrues , des lochies, des hémorrhoïdes , des sueurs , etc. ; l'abus des médicamensdans les maladies aiguës ou chroniques, dans les fièvres intermittentes ; la répercussion dVin exanthème , l'usage des astringens dans une diarrhée séreuse , une rétention d'urine, l'hystérie, des vices dans quelques-uns des viscères abdomiiraux , quelquefois un état pléthorique et des affections morales vive^. 474- Sjmpiômes. L'infiltration commence ordinai-' renient par les membres abdominaux : d'abord gonflement des pieds, qui devient moins sensible quand on est couché; l'enflure s'élève ensuite par degré aux cuisses, aux lombes, au ventre ; elle gagne enfin le thorax , les bras , les mains et la face. D'autres fois l'infiltration se manifeste par une bouffissure de la face et se répand sur le resle du corps ; la peau est d'un blanc laiteux, et souvent plus froide au toucher que dans l'état naturel ; le pouls est peîit , mou et lent. Dans l'hydropisie cellulaire qui tient à la lésion organique d'un viscère , la face est colorée et comme injectée , la poau rouL^e , la chaleur non diminuée, le pouls fort et développé avec une certaine roideur ; on trouve tous les caiactères d'uae constitution énergique.

ANASARQUE. /^S5

§ HT. Traitement de VAnasarque.

475. J'ai peu besoin d'insister sur les remèdes généraux qu'on peut opposer à l'anasarque , comme l'usage des hydragogues , des sudorifiques , des diurétiques , puisqu'on trouve ces objets dans tous les Traités généraux de médecine. Mais combien ne faut-il pas de sagacité dans le clioix de ces moyens, suivant la cause de la maladie, l'âge et les dispositions de l'individu, la saison , le climat , etc. ! Camper remarque judicieusement qu'on doit peu compter sur les évacuans , si ou n'interpose babilement les slimulans et les toniques. Les préceptes qu'avait donnés auparavant Hoffmann sont pleins de sagesse. 11 fait craindre l'usage précipité des bydragogues ou diurétiques , comme propres à produire quelquefois l'inflammadon des intestins, ou à accroître un état de débilité nuisi]>]e. ÎJ insiste surtout sur la mélliode d'expectation , en prolongeant le traitement un ou deux mois, et en ranimant lentement les ressources de la nature par l'interpositipu adroite des toniques et l'emploi des évacuans simples et point trop énergiques. Il finit même par un précepte général qu'onne saurait trop méditer : In majc/mis mordis vinôcndis y lenissima et simplicissima remédia di à con^ tinuaia. Mais les lumières les plus étendues et l'expérience la plus consonunée ne sont-elles pas quelquefois, réduites à écbouer d.msle traitement de l'anasarque ou hvdropisie cellulaire , lorsqu'on s'y engage sans connaî-^ tre la distinction fondamentale de celle qui est essentielle ou primitive d'avec celle qui est secondaire .et qui lient à un vice organique du cœur ? On a réus&i avecies iinii-pîiîogistiques et la saignée dans l'anasarque activé»-

4S6 LÉSIOIS^S ORGANIQUES PARTICULTERES.

HYDROCÉPHALE (l).

§ I". Considérations géfiérales.

476. Les cpaiichemens d'un fluide séreux dans l'inlérieur du crâne, et surtout dansja cavité des ventricules , se forment lentement ou d'une manière subite : dans ce dernier cas , si 1 .épanchement du liquide est la maladie essentielle , il doit rentrer dans Tordre des bjdropisies, et c'est ce qu'on peut encore difficilement déterminer.

477- IjG caractère particulier de cette bydropisie , son influence sur Fétat des sens et sur les fonctions de l'intelligence, et la monstrueuse difformation que présente souvent la tête des individus qui en sont aifectés , ont depuis long-temps fixé, sur cette maladie, l'attention des observateurs , et M. Itard a consigné , dans le Dictionnaire des Sciences méd. cales , le résumé, aussi exact que judicieux, des connaissances acquises jusqu'à ce jour sur l'bydrocépbale. Il rejette avec raison la division de l'bydrocépbale en bydropisie des ventricules et en bydrocépbale proprement dite ; et considérant que cette maladie présente des caractères trèsdifférens suivant qu'elle est aiguë ou cbronique, essentielle ou symptomatique , il admet quatre espèces : l'bydrocépbale aiguë essentielle , l'bydrocépbale aiguë symptomatique, l'bydrocépbale cbronique essentielle et l'bydrocépbale cbronique symptomatique.

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