‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 68 sur 83 · HYDROCÉPHALE · texte numérisé non relu

HYDROCÉPHALE

été décrite par les anciens; elle n'est bien connue que depuis la fin du dernier siècle. Morgagni n'a rien laissé sur l'état du cerveau dans cette affection^ dont Robert Whytt a donné le premier une bonne description en 1768. Depuis cette époque, Fothergill et Watson , M. Odier (^Mémoires de la Société royale rie Médecine y 1779)» et quelques autres médecins, tant nationaux qu'étrangers , ont développé les caractères de cette affection bien connue maintenant en Europe ; l'observation suivante, extraite du Mémoire de M. Odier , en donnera une idée exacte. Une fille de quinze mois se plaignait depuis quelque temps de nausées et de diarrhée; elle était morose ; les selles étaient séreuses , d'un vert foncé et irès-âcres ; lé pouls était petit, un peu inégal; la pupille, dilatée, se contractait à l'approche d'une bougie allumée, mais d'une manière fort irrégnlièrc ; la tète était fort pesante , sans assoupissement ; les yeux se tournaient fréquemment d'une manière convulsive de haut en bas; on observait aussi de temps en temps de légères convulsions dans les mains et dans les bras; la malade paraissait voir , mais indistinctement; elle avait beaucoup de démangeaison dans le nez, et quelquefois des grincemens de dents. Le lendemain matin , l'assoupissement avait beaucoup auginenlé ; la vue paraissait entièrement perdue , la pupille était très-dilatée , et à l'approche d'une bougie elle ne se contractait que par une oscillation lent© et convulsive particulière ; les convulsions des bras et des jambes étaient à - peu - près les mêmes ; le pouls était plus fréquent et plus irrégulier; les joues étaient d'un rouge très-vif. A cet état se joignaient la morosité de la nitilade, des cris plaintifs et continuels lors-

488 LÉSIONS ORGANIQTJES PARTICULIERES.

qu'on la réveillait, de l'angoisse, de l'inquiétude, deSJ •voniissemens , la diminution de l'urine ( vésicatoire à l occiput y potion avec F acétate de potasse , le nitrate de potasse , ïeaii de cerfeuil ; poudre purgative ) ; l'urine devint plus abondante et pins limpide, les selles plus liées et d'un vert plus foncé. Tous les symptômes diminuèrent promptement et se dissipèrent enfin. On voit bien rarement se terminer d'une manière aussi heureuse celte maladie, que Wbyit, Fotbergill, etc. , ont regardée comme étant toujours mortelle. Je pourrais cependant citer encore un exemple de guérisou complète consignée dans le Journal de Médecine , année 1808 (i), par M. Jadelot, un des médecins de l'hôpital des Enfans , et dont la véracité est connue ; mais je préfère choisir, parmi ceux qu'il rapporte , un cas auquel il a joint l'autopsie. Un enfant de l'hospice des Orphelins , âgé de huit ans , et fortement constitué, avait déjà été alité plusieurs jours quand il est entré à Thôpital des Enfans malades : il Se plaignait d'avoir mal à la tète , et il semblait éprouver beaucoup de malaise; le lendemain, il lui est snrvenu des convulsions qui ont été suivies de roideur des membres , €t il Q-^^- tombé dans la stupeur; la vue et l'ouïe ont commencé à s'affaiblir; li a eu de la ditliculté d'avaler ; Je pouls était petit et fort irréguiier , la peau froide ; Biais il éprouvait de temps en temps des acc^'s de cha- Jeur, et la face devenait rouge. On lui a appliqué le malin dix sangsues au cou , et le soir des sinapismes aux pieds. Tous les accidens ont continué le jour sui-

( i ) Df. la Constitution de i'aiv, et des Maladies obser'^ées à i'hotjitcd dto Enjtins malaclus pcndani i'au Jiillet l'an XI F.

HYDROCEPHALE. v.^i

vant ; il restait couché sur le dos, la tête renversée^ les yeux ouverts ; la respiration était laborieuse ; il a éprouvé plusieurs convulsions, et quoiqu'habitaelleinent il n'eût pas de connaissance y il répondait dans certains momens quand on lui parlait ; il y avait constipation, et les urines étaient rares. On lui a fait prendre peu à peu, dans la matinée, jusqu'à deux décigrammes cinq centigrammes (cinq grain ) de tartrate de potasse antimonié dissous dans une infusion tonique^ et comme la déglutition ne se faisait presque pas, on avait pris le parti d'injecter ce liquide, ainsi que les autres , dont on lui faisait faire usage à l'intérieur, par une sonde flexible passée dans le nez, et descendant dans l'œsophage; cette forte dose d'éniélique n'a déterminé que lentement trois petites selles; on a appliqué le soir un large vésicatoire à la nuque; dans la nuit, il a éprouvé, pendant une demi-heure, un hoquet frésfort. Tous les symptômes s'étaient aggravés le quatrième jour ; le matin , il a encore eu le hoquet ; il a cependant paru exécuter des mouvemens volontaires : on lui avait fait prendre constamment de la limonade nitrée , et des potions avec la liqueur minérale d'Hoifmann. Il est tombé , le cinquième jour, dans une stupeur profonde; sa figure était bouffie, sa peau froide ;' son pouls est devenu imperceptible ; la suflbcatiori était extrême; il est mort le matin. On a observé , à l'examen du cadavre, les veines extérieures du cerveau gorgées de sang noir, ses circonvolutions aplaties, ses diverses cavités remplies et fort développées p^r environ trois décilitres d'une sérosité lin] rude et incolore qui s'y trouvait épanchée ; l 'arachnoïde n'avait pas €^)rouvé d'altération sensible ; et les auîres ori^aoca

490 LÉSIOPfS ORGANIQUES PAïltlCULîÈRES'.

n'ont fourni aucune observation à faire, sinon que le cœur était petit, très-dur et contracte, et que le foie avait un volume considérable.

479- Hydrocéphale chronique. C'est un heureux alliage que celui des recherches d'histoire naturelle avec l'exercice de la médecine, et quelle pureté de goût n'en résulte-t-iî point pour la niétliode d'observer et de décrire les maladies î Camper en donne un exemple en parlant de l'hydrocéphale , dans sa Dissertation sur riijdropisie ( Mémoires de la Sociélé royale de Médecine pour les années 1784 et 1785 ). Ce médecin habile compare les résultats des observations de divers auteurs sur la quantité plus ou moins considérable de liquide épanché dans l'intérieur du crâne ; il fait connaître les dimensions excessives qu'a prises alors, dans certains cas, l'assemblage des os qui forment cette cavité , comme l'attestent les pièces d'anatomie conservées dans les cabinets des naturalistes. Il résulte des faits observés qu'il rapporte, que les enfans attaqués d'hydrocéphale , dont les sutures sont écartées, vivent rarement au-delà de trois ou quatre ans ; et que ceux au contraire dont les sutures ne sont nullement disjointes ]>euvent parvenir jusqu'à l'adolescence.

480. Le siège de l'épanchement, dans l'hydrocéphale, est très-varié : tantôt il est entre le crâne et la dure-mère, ou entre cette dernière et la pie-mère , et tantôt entre la pie-mère et le cerveau. On a trouvé quelquefois aussi des hydatides , ou bien une grande quantité de liquide dans les ventricules du cerveau — Dans tous ces cas se manifestent les symptômes de la compression de cet organe et de l'interruption plus ou

IlYDROCÉPilA LE. 49^

mollis marquée de ses fonctions , comme douleurs de téte, vertiges, engourdisseniens , écoulement iavolontalre des larmes , stupeur /quelquefois perle de Ja vue^ d'autres fois de l'ouïe; extinction graduée des facultés de l'entendement , enfin, convulsions, léthargie, apoplexie, et la mort. Morgagni {Epist. XII) a donné des notions justes et précises sur l'hydrocépliale, et il a fait voir avec sagacité , dans celte maladie , l'origine du phénomène singulier de fœtus acéphales , c'est-àdire de fœtus nés à terme et dont on n'apercevait plus que la base du crâne» Ces observations ont été multipliées, au point qu'il serait maintenant superflu d'en communiquer de nouvelles descriptions, conimeun objet piquant de nouveautés. Dans des cas rapportés par Vésale et Tulpius, le cerveau, à la vérité, ne manquait pas ; ujals en perdant sa première forme , il avait pris celle d'une cavité voûtée , et la substance médullaire avait été tellement distendue qu'elle ressemblait seulement à une membrane un peu épaisse : ce qui est très-remarquable , c'est que , même dans ces cas, les fonctions de rentendement se conservaient dans leur intégrité. Camper dit avoir vu le même pliénomcne avec admiiaiion ; mais il convient cependant que la plupart des enfans hydrocéphales sont hébétés et dans \m étal de stupeur. Dans ceux dont il a fait l'ouverture après la mort, il a toujours trouvé l'éparichement dans les ventricules antérieurs du cerveau , ce qui avait extrêmement aminci la substance médullaire. Il est facile d'ailleurs de juger que cet amincissement, l'expansion des os, lecartement et Tétendue des sutures , sont des affections au-dessus des ressources de la médecine.....

§ IL Description gejiérale de V Hydrocéphale,

Hydrocéphale aiguë.

4^1- Prédispositions et causes occasionnelles. YMe affecte de préférence les enfans à Tépoque de la vie comprise entre les deux dentitions , surtout ceux qui sont doués d'une forte constitution , qui ont le teint animé , qui sont sujets aux convulsions. Elle attaque souvent plusieurs enfans de la méjue famille. Elle est quelquefois la suite de coups donnés sur la tête , de frayeurs subites , d'accès de colère , de la suppression d'évacuations habituelles ou critiques , telles que les hémoribagies nasales , l'humeur fournie par les croûtes laiteuses, etc. Elle présente quelquefois un caractère épidémique , comme Vieusseux l'a observé à Genève. Elle survient quelquefois à la suite de la scarlatine , de la rougeole , de la variole, de la cépbalite, etc.

482. Symptômes. — Première période. Céphalalgie avec mouvement de rotation de la tète presque continuel y nausées , vomissemens , avec constipation ou diarrhée , et alors déjections alvines vertes et fétides ; fièvre qui paraît souvent avec les caractères gastriques, douleurs dans les bras, les jambes ou à la nuque; èommeil inquiet, morosité, agitation, grincement de dents , réveil en sursaut , prurit dans le nez , peu d'appélit , face tantôt pale et abattue, tantôt momentanément animée ; urine déposant un sédiment muqueux blanchâtre; les yeux égarés, tiès-sensibles à la lumière , et affectés en même len^ps de stiabisme et de mouvemens convulslfs. — Deuxième période. Pouls lent et irrégulier , augmentation du mai de tète , des.

HYDROCEPHALE, 49^

îiansees et des vomissemeiis ; angoisse, inquiélucle continuelle , sueurs partielles ou générales très-abondantes ; quelquefois aussi prurit dans certaines parties du corps, au front, aux pieds, etc. ; strabisme, niouvemens convulsifs et irréguliers des yeux, regard fixe ou égaré , pupille immobile à la lumière , mais se contractant et se dilatant alternativement d'une manière spontanée; assoupissement duquel le malade peut être facilement retiré , mais pour y retomber aussitôt ; d'ailleurs sommeil léger, gémissemens, augmentaûon du grincement de dents , de la démangeaison du nez , de la pâleur et de la rouireur alternatives du visa<>^e : légères convulsions de différentes parties du corps. — Troisième période. Pouls fréquent et faible; du reste augmentation de tous les autres symptômes. Assez souvent paralysie d'une moitié du corps et convuLsions du côté opposé , palpitations, respiration convulsive , interrompue par des lioquels. I^a mort , qui est la terminaison la plus constante de celte maladie , survient ordinairement vers la fin du premier septénaire ; ou dans le courant du second.

Hydrocéphale chronique.

485. Prédispositions et causes occasionnelles. On Tobserve quelquefois, mais ràrem&it cbez l'adulte, à là suite de viol en s maux de tète ou d'une chute sur celte partie ; mais elle affecte plus ordinairement les enîans , surtout ceux qui sont faibles et maladifs. Elle semble quel(]uefois être la terminaison d'une foule d'indispositioîjs auxquelles quelques enfans ont été sujets dès la naissance, et paraît alors dépendre d'un(? disposition congénitale.

494 LÉSIGINS ORGANIQUES PARTK^tJLlèîlES.

484. Sjinp'ônics. Volume extraordinaire de la léte de l'enfant avec une sorte de transparence, surtout à l'endroit des fontaiielles ; distension et amincissenient ài cerveau à mesure que l'épanchement produit dans 5es ventricules fait des progrès; souvent écartement des sutures. Les effets de la compression sur l'organe encépbalicpie sont Ftiébêtement , l'affaiblissement des sens , des convulsions , des vertiges , souvent la para- Ivsie des membres abdominaux ou tboraciques.

§ llï. Traitemeni de l ITjdr acéphale»

485. Le Cat , séduit sans doute par un passage d'un écrit publié sous le nom d'Hippocrate , a proposé l'incision ou la paracentèse dans Fbydrocépiiale cbroiiique des nouveau-nés; mais Camper, dans sa Dissertation , réfute cette opération comme vaine et téméraire. Le seul reniède en faveur duquel on puisse citer quelques observations se trouve rapporté dans les écrits de Cruïsksbank, de Clare , d'Amstrong, d'Underwood , auteur anglais : c'est la salivation produite par les frictions mercurielles, et soutenue pendant quelques jours , dans la vue d'exciter les fonctions des vaisseaux lympbntiqu.es , et de produire la résorption du fluide épanché. Mais, comme le remarque Camper, ce^ faits fie sont pas assez clairs et assez concluans pour qu'on en puisse inférer que la Ijmpbe épanchée, dans les ventricules du cerveau puisse être résorbée ; ce sont tout au plus des essais qui donnent quelque espoir , et qu'on ne doit point négliger de vérifier par des expériences ubérieures. L'hvdrocéphale un peu avancée est; en général j une maladie incurable ^ et on

ÏI YDROKACHIS. 49^

doit se proposer seulement de tenir Fenfant dans une situation commode et horizontale, de lui faire porter une sorte de bonnet de cuir , afin d'éviter des compressions inégales dans la substance du cerveau lorsque Fenfant est couché, et de prévenir les convulsions qui en peuvent résulter.

436. Le traitement qui a paru jusqu'ici le plus convenable dans rhydrocéphale aiguë sans dilatation du crâne , consiste dans l'usage des vésicatoires , des diurétiques, et surtout des scillitiques , et dans les ex citans , tels que le vin el l'ammoniaque : M. Odier assure avoir employé ces derniers moyens avec beau-, coup d'avantage. On a également préconisé le mercure. Mais il ne faut point se faire illusion sur les succès qu'on peut attendre , car sur vingt malades que Whytt s^ traités de cette maladie, il n'en a pas guéri un seul; Fothergill a eu le même sort : les guérisons qu'on a observées dans les derniers temps ne sont-elles dues qu'à la vertu des moyens employés? Quoi qu'il en soit, on doit les mettre en usage dès l'apparition des premiers symptômes si l'on veut espérer quelques succès , et c'est alors que les sangsues appliquées aux tempes semblent produire d'heureux effets.

H YD RORA C H IS (l).

§ P^. Considérations '^éjiérales.

487. 11 y a une extrême afHnilé entre l'hydrorachis et l'hydrocéphale : aussi Morgagni traite-t-il en même

- (i) Synonymie. Hydrorachitis y ?fïor,GAGNi , Sauvages, Çjqi,i<BN.^ Saaar: Spinola.^. Lin^^ïus ; Spina bijida, Vogel,

49<5 LÉSîO!XS ORGANIQUES PARTÏCULIFRESi'

temps de l'une et de l'autre (Epist. X//). Mais cette afFeciion de l'cpine admet beaucoup de variétés : c'est le plus souvent une tumeur molle et quelquefois transparente , qui naît de la cavité intérieure des ver-* tèbres , à la nuque , au milieu du dos , ou bien dans la partie inférieure , aux lombes et à l'os sacrum ; quelquefois elle se manifeste dans deux endroits distincts, comme Camper en a vu des exemples. Bidioo a vu et a dessiné une liydropisie semblable, qui était générale dans toute l'élendue de l'épine. Valsalva rapporte au5si un exemple de cette 5orte. Des rechercbes anatomiques très-exactes ont appris à Camper que la tumeur appelée spina hlfida , et par quelques auteurs hevnjr épirrèrP /(^si un véritable vice dans les vertèbres et la peau correspondante; que celte tumeur est le plus souvent composée d'une seule membrane ou de l'enveloppe de la moelle épinière, très- dilatée par répancbement d'une lympbe entièrement semblable k celle qui se trouve dans les ventricules du cerveait : il peut provenir de cet état des paralysies plus où moins caractérisées. Dans })îusieurs enfans affectés de Cette tumeur, le même auteur a observé que la fontanelle était plus ouverte, et qu'elle se gonflait toutes les fois qu'on conij)rimait la tumeur de l'épine, ce qui prouve que l'iiydroplsie de l'épine et celle de la tête ne sont que la même maladie.

§ IL DescriptiGU générale de VHjdrorachis,

4.88.. Prédlsposiiions et causes ocecisionnelles . Dans un grand nombre de cas d'bydroracbis , l'épancbement paraît avoir commencé dans les ventricules du

IIYDRÔRACHIS» 497

cerveau , et s'être formé secondairement dans le conduit de Tépine par la communication qui règne entre ces cavités.

48g. Symptômes, L'hydroracliis est annoncée par une tumeur molle et transparente qui occupe quelqu'une des régions de la colonne vertébrale , et qui naît de sa cavité. Ce sont quelquefois deux tumeurs séparées qui communiquent entre elles; ces tumeurs sont formées par un amas de sérosité qui*distendles enveloppes de la moelle épinière , ef dans l'endroit affecté les enveloppes sont à nu , avec destruction d'une partie de la colonne épinière : il y a' quelquefois paralysie des membres abdominaux.

§111. Traitement de VHjdrorachis,

490. Si on se rappelle ce que j'ai dit plusliaut, il ne doit pas paraître étonnant que Tulpius ait regardé comme très- dangereuse ou même mortelle , l'ouverture du spina hîjlda faite par un instrument : il faut en effet être , sur ce point , d'une réserve extrême. Camper assure que la mort a été la suite de cette opération faite toujours contre son vœu; il rapporte seulement un exemple qui fait exception , et qui contient des détails curieux, (i) ; en général , il se borne à pro-

(i) Une femme mit au jour deux enfaîis affecte's de spinci Z»/;î^^ à funion des lombes avec le sacrum^ la tumeur était molle et du volume d'une châtaigne. Un de ces enfans mourut lout-à-coup dans les convulsions 3 le corps de l'autre prit son développement ordinaire^ avec un accroissement cependant disproportionné de la tête et des extrémités inférieures; augmentation graduée de la tumeur ;, qui devint transparente et volumineuse; en sorte qu'à l'âge de douzç an» elle était de la

poser un bandage ^tuquel on adapterait une sorte de paume concave analogue à la tumeur et propre à prév£nir sa rupture.

HTDROTHORAX (i).

§ V^, Considérations générales.

49 1 • Les écrits des anciens n'offrent que des principes peu exacts sur les caractères de i'hydrothorax , qui ne peuvent être bien connus que par un rappro-^ chement des symptômes de la maladie avec les résultats de l'ouverture des corps. On trouve une Dissertation pleine d'érudition sur cet objet , dans un ouvrage" trèsestimé , qui fut publié au commencement de ce siècle , et qui a pour titre : Historia morborum qui annis 1 699, 1700, 1701 Wratislavice grassati sunt. Mais quand on veut tirer un résultat clair et lumineux d'une foule de citations d'auteurs qui n'ont observé cette maladie que d'une manière superficielle , ou même qui se bor-

grôsseur. d'une bouteille ordinaire. On fit la ponction^ et ox\ la vicia enlièreioent; mais dans peu de jours elle reprit le ménie volume. L'enfant fut fort affaibli par l'évacuation de cette sérosité. A l'âge de vingt ans la turiieur avait encore acquis un plus grand volume et menaçait de se rompre^ lorsqu'il fut affecté d'une autre maladie qui l'obligea de garder le lit : l'inflammation et la gangrène de cette tumeur survinrent par des frottemens réitérés ^ en sorte que le danger paraissait extrême^ lorsque le liquide qu'elle contenait fut ertlièrement résorbé, que les membranes qui formaient son enveloppe s'affaissèrent y et qu'il en résulta une cicatrice ferme mais difforme.

(i) Synonymie. Hydrothorax j Sauvages , Vogel , CuLLBr^, Sagau j Hydropisie de poitrine.

« YDK OTHORAX. 499

lient à parler sur la foi d'aulrui , on ne trouve que vacillation et .inciertitucle. C'.est dans Fouvrageseul de Morgagni qu'on peut recueillir sur ce point., comme sur tant d'autres, des faits précis et discutés avec la plus grande sà^RciiéÇEpb t. anatomico-med.ca Xf^II^. On doit citer aussi avec-bonneur ce que Camper rapporte de riiydrothorax , et les recherches du docteur Baraillon sur les hydr(.>pisies , insérrées dans les Mémoires de la Société royale de médecine; Une des histpires particulières de rtiydrolhorax qui méiitent d'être .connues |.€;st; celle qui à te;fii;tiné la vie d'un des hommes les plus ç|Qlè}?res du dix-huitième siècle ,, par la mâle ; énergie, de son caractère , son esprit philosophique et ses tale;:^s jijilitaires : je parle de Frédéric II , roi de Prussj^, Qette histoire se trouve dans un ouvrage qui a paru^spns le.titre d'0^ôe/v^^/oA25 de médecine y tra-^ duite^i de. V allemand du docteur Selle , par le docteur Corai,. ,jPws ^ an 1 795, Un extrait de cette histoire est très-propre à donner une idée exacte du caractère de lu maladiç.et des principes du traitement.

492» Frédéric, dès sa jeunesse, était sujet à une grande débilité et une sensibilité -particulière de l'estomac ; en outre , disposition naturelle au vomissement, irritabilité du conduit intestinal, et facilité à provoquer des évacuations en prenant quelques grains de rhubA^'be. A vingt-huit àns> peu après son avéneinent au ti ône , goutte et hénxbi'rhoïdes ; à trente-sept ans , hémiplégie, mais qui céda facilement a l'usage des remèdes simples; à soixante-quatorze ans, colique* périodiques , défaillances passagères , autant par les progrès de l'âge que par i'eiï'et de ses travaux assidus. Au printemps suivant^ légère attaque de goutte ^ usage

des eaux d'Egi a à Fordinaire , mais faiblesse croissante des organes digestifs. Selle conseille de suspendre les eaux minérales , d'user d'un peu de rhubarbe , de î recourir- au fréquent exercice du cheval : colique et diarrhée augmentant en même temps que la débilité, ou plutôt une sorte de dépérissement : habitude depuis long-temps contractée d'une saignée périodique tous les quatre mois ; mais sentiment de pression à l'épigastre , mauvais goût de la bouche , langue chargée , fréquentes tranchées et cours de ventre fétide. La revue prochaine des troupes en Silésie fît préférer à Fémélique l'usage des extraits amers pour le fortifier '; ondée de pluie reçue un jour de cette revue ,mouvemens fébriles , qui en furent la suitç ,• négligés en faveur des occupations militaires. Au commencement de Fautomne , sentiment subit de suffocation durant la nuit , et soulagement marqué produit par un émétique ; immédiatement après, douleurs arthritiques aux extrémités , toux incommode avec peu d'expectoration j suivant son expression , la goutte et les hémorrhoïdes étaient aux prises , et ce combat devait finir par sa des- -tructioïi. Le suc de veille, pris avec du thé vert le soif, était fort utile pour faciliter l'expectoration; àmesure que les sueurs ordinaires de la nuit diminuaient, toux plus violente , difiiculté de respirer pi us incommode , sentiment de pesanteur au diaphragme. Heureux efï'els d'un vésicatoire au bras : la poitrine plus libre et le sommeil plus tranquille , mais toujours délabrement des organes digestifs ; divers remèdes proposés , re jetés , ou bientôt abandonnés si l'effet n'en était pas pi-ompt ; car un monarque veut que tout cède à sa volonté suprême , même en médecine ; et comment alors faire

:hydrothorax. 5or

adopter une méthode lente et sagement combinée? Dépérissement progressif, sommeil suivi d'une sort(i de stupeur, extrême gène de la respiration au moindre exercice , mais soulagement passager et très-marqué par des cly stères où entrait Vassa-foetida. Quelques jours après , exaspération de tous les symptômes , violente palpitation du cœur, difficulté extrême de respirer au moindre mouvement , vertiges , pouls irrégulier et convulsif dans les moniens de suffocation ; sommeil moins agité le jour dans son fauteuil que la nuit dans son Jit ; maladie visiblement incurable : il fallait songer seulement à prolonger la vie , ou , pour se servir de son expression , prolonger la maladie. Clystères di^assU" fœtida , petites doses de sel de Glauber ( sulfate de soude ) ; quelques grains de rhubarbe soulageaient le bas-ventre et la poitrine ; mais toux opiniâtre , et déjà enflure des pieds ; cautère habituel et plaie des vésicatoires qui coulent moins ; attaques de suffocation accompagnées de râle et de sueur froide au visage , crachats souvent teints de sang , tiraillement pénible à la nuque et menaces d'apoplexie ; mais quinze jours après, diarrhée spontanée très-douloureuse, et soulagement des symptômes. Selle, son médecin , continua d'entretenir et de favoriser les excrétions naturelles par les moyens les plus doux et les moins propres à affaiblir : légers expectorans, suc de scille pour la poitrine; évacuations légères du bas - ventre entretenues. Frédéric se tenait toujours la tête baissée en avant, nepou^ vaut plus se coucher : un second vésicatoire appliqué au pied gauche produisit une inflammation si violente, qu'il fallut le supprimer ; pouls plus faible , lèvres pâles y haleine très-çoxirte , peu d'expectorations , tou*

jours danger imminent de suffocation • par intervalles signes de congestion vers la tête , matières expectorées teintes de sang. Résolution prise lout-à-coup par Frédéric d'aller dans sa retraite favorite de Sans-souci : usage alors de pilules composées de serpentaire de Virginie, des extraits de quassia , de cascarille^ de slorax ; essai de monter à cheval suivi de fatigue ; mais toujours soulagement après des évacuations alvines spontanées ou provoquées. La maladie durait dépuis environ sept mois , à dater du premier sentiment de suffocation , lorsqu'il survint subitement un accès de fièvre qui finit par la sueur et par une enflure du pied et de la jambe droite , et cependant le cours du ventre qui avait commencé depuis huit jours continuait d'être abondant. Diminution pendant trois semaines des symptômes , par les effets de la fièvre ou de la diarrhée. Un mois après , gonflement des deux pieds , oppression vers la région du diaphragme ; une grande partie de la nuit est passée sur un fauteuil , la tête penchée en avant et inclinée du coté droit ; fréquentes convulsions pendant le sommeil , réveil en sursaut , visage bouffi et luisant. Ziraniermann, alors appelé auprès de Frédéric, prescrit l'usage du suc de pissenlit (leoJitodontara-* ocacuni , L. ) : entreliens singuliers entre le nouveau médecin et le roi dans l'agonie ; ce dernier fait diverses questions sui- l'effet des médicamens mis en usage ; il veut des remèdes qui soulagent sur-le-champ , et cependant il eist loiil de se gêner sur Farticle' du régime , puisqu'il va jusqu'à manger de l'anguille par excès. Zimmermanri se retire , et Selle se boçne à conseiller la teinture de rhubarbe mêlée avec le tartrâle de potasse et la liqueur anodine ; ce qui soulageait les symptômes/

HYDROTHORAX. • 5o5

et entretenait la liberté du ventre : son usage fut continué jusqu'à la mort. La maladie , à dater de la première suffocation , dura onze mois , à très-peu d'interruption près : efforts conservateurs de la nature manifestés plusieurs fois durant cet intervalle par des cours de ventre ou des dépôts inflammatoires à la peau ; toutes les forces de l'entendement , la tranquillité et le calme conservés jusqu'aux derniers momens delà vie (i).

§ II. Description générale de VHjdrothorax,

495. Prédispositions et causes occasionnelles. Les plus ordinaires sont une débilité produite par une hémorrhagie excessive , ou l'abus des saignées , des chagrins prolongés , une atmosphère humide , une vie sédentaire , des maladies antérieures , l'abus des liqueurs alcoolisées, la suite des fièvres intermittentes , les phlegmasies aiguës ou chroniques , l'asthme , des lésions organiques du cœur et de l'aorte.

494» Sjmpiômes. Les signes les plus ordinaires de i'hydrothorax , lorsqu'il existe seul , sont la respiration courte, gênée, tranquille, avec possibilité de se coucher sur les côtés , et même sur le dos ; un son mat qu'on ressent en percutant le côté de la poitrine qui est le siège de l'épanchement , et l'tedématie du même côté , laquelle est séparée de celle des membres. Les battemens de cœur sont mous , faibles , tranquilles , réguliers ; il n'y a point de palpitations ; le pouls est plein , mou, tranquille, régulier; la face pâle, fati-

(i) L'examen approfondi des symptômes exposés dans eelte observation prouve que riiydroLhorax était complique d'une affection du cœur.

5o4 LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES;

guëe, amaigrie; les yeux ternes et languissans^ les lèvres pâles; il n'y a point de réveil en sursaut. AFouverture des cadavres , on trouve des épanchemens de liquide dans l'une ou l'autre cavité de la plèvre , ou dans les deux à-la-fois. Ce liquide est quelquefois Jimpide, d'autres fois lactescent , jaunâtre ou verdâtre. Camper, en exposant une fois ce liquide à l'évaporation , a obtenu , après une réduction de moitié , une matière albumineuse coagulée. Le diaphragme s'est trouvé quelquefois poussé vers l'abdomen parle poids du liquide , formant une sorte de convexité abdominale. Le poumon , du côté de l'épanchement , est quelquefois desséché , flétri et réduit à un petit volume : d'autres fois il s'y est formé des abcès.

§ IIL Traitement de ï TJydrothorax,

49^. On trouve dans l'ouvrage de Monro sur l'hydropisie , l'usage qu'on peut faire des diaphorétiques , des toniques , des purgatifs , des émétiques ou des diurétiques; mais la nature de la maladie, dans ses périodes avancées, doit empêcher de se livrer à une crédulité trop confiante dans les remèdes. Les pilules toniques de Bâcher (i) ont cependant obtenu quelquefois des succès très-marqués. On conçoit d'ailleurs que les moyens que j'ai indiqués pour l'anasarque conviennent également ici, surtout s'il y a réunion de l'une et

de l'autre de ces maladies. Il est difficile d'indiquer

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