‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 69 sur 83 · I I ■ ■ I ■ • ...II · texte numérisé non relu

I I ■ ■ I ■ • ...II

(i) On trouve des histoires nombreuses des effets produits par les pilules toniques de Bâcher dans l'ouvrage du même auteur qui a pour titre ; Recherches sur les maladies chroniques ^ surtout ks Ifydropisies ,

HYDROPÉRICARDE. 5o5

rigoureusement les cas dans lesquels on peut recourir à la paracentèse pour donner issue au sérum épanché dans la poitrine. Cette opération ne peut s'exécuter sans danger que lorsque l'iiydrotlioray est une maladie locale , ce qui n'a que très-rarement lieu , et ce qu'il n'est pas toujours facile de bien reconnaître. L'insolation , des frictions sèches et aromatiques sur la poitrine , la position verticale des jambes , et l'application de rubéfians aux pieds sont d'ailleurs autant de moyens qu'on peut employer avec plus ou moins d'avantage dans le traitement de cette maladie.

HYDROPÈRICARDE (l).

§1^^. Considérations générales»

496. C'est dans Hilden , Morgagni , Vieussens , Sénac , et dans le Traité des maladies organiques du cœur de M. Corvisart , qu'on trouve le plus d'observations sur cette maladie. Ce qu'en dit Sauvages est extrêmement vague. On a indiqué beaucoup de signes pour la faire reconnaître : Morgagni les a discutés avec sa sagacité ordinaire , et a démontré qu'on ne peut les regarder, pour la plupart, comme caractéristiques , puisqu'ils se sont présentés plusieurs fois dans des cas où le péricarde ne contenait point de liquide , et vice versa. Avant lui , Reimann les avait aussi regardés comme fort douteux , et Groetz avait fait , de la difficulté que présente , en général , le diagnostic de cette hydropisie , le sujet d'une Dissertation. Mais le dia-

(i) Synonymie. Hydrothorax pericardUj, Moi\gagnt , SenaC; Sauvages ; CvlleN; etc.

5o6 LESIONS pllGANIQUES PARTICULIERES.

gnostic des affections delà poitrine est, en général/ devenu bien plus exact depuis qu'on s'est attaché à distinguer avec précision ces maladies, et surtout depuis qu'on a mis en usage certains moyens propres à développer les signes qui les caractérisent , tels que la percussion de la poitrine (i) et même la pression abdominale employée par Bichat (2). On sait que le péricarde contient ordinairement une certaine quantité de sérum : il reste donc à savoir dans quelle quantité ce dernier doit s'y trouver pour mériter le nom d'hjdroplsie. L'observation prouve que la quantité de six onces est la plus considérable qu'on trouve dans les individus morts de toute espèce de maladie : donc , toutes les fois que cette sérosité excède six à sept onces, on peut conclu reWec M. Corvisart qu'il existe une bydropéricarde. 497. Il est très-rare de trouver des hydropéricardes essentielles; elles sont le plus ordinairement la suite d'une inflammation chronique ou delà lésion organique du cœur , de l'aorte ou des poumons , etc. L'observation suivante , extraite du Traité de M. Corvisart , offre un exemple d'hydropéricarde à la suite d'une inflammation chronique du péricarde. Un homme âgé de trente-quatre ans, convalescent d'une péripneumonie assez violente , avait conservé une grande gêne dans la respiration , accompagnée d'une toux sèche et fréquente. Quatre mois après , il fut admis à la Cli-

(i) Avenbrugger , nouvelle Méthode^ etc.^ irad. par J. N. Corvisart.

(2) Mémoire sur la pression abdominale appliquée au diagnostic des maladies de poitrine, dans les Mélanges de physiologie et de chirurgie de Pliilib.-Jos. Roux. Paris ^ iSoj).

IIYDRO PÉRICARDE. 607

Tilque interne; il né pouvait se coucher liorizontalement , restant jour et nuit sur son séant et incliné sur le côté gauche : s'il tentait de se mettre sur le côté droit , il était aussitôt pris d'étoufFement ; la figure était bouffie et de couleur violette , les lèvres livides, les jambes œdématiées , le pouls vite , très-faible et irrcgulier ; il éprouvait des défaillances incomplètes , mais fréquentes. On ne pouvait sentir les battemens du cœur. La partie extérieure et gauche de la poitrine ne résonnait point du tout. Des sangsues à l'anus et une hémorrhagie nasale spontanée furent suivies d'une respiration plus facile ; alors on put découvrir à la région du cœur des battemens faibles et tumultueux. Mais en peu de temps les accidens augmentèrent , et le malade mourut dans un état d'angoisse difficile à dépeindre. A l'ouverture du cadavre , on vit le péricarde très-distendu , comprimant le poumon affaissé et endurci ; cette membrane avait plus d'épaisseur que dans l'état naturel; sa cavité contenait environ quatre pintes de sérosité claire et verdâtre ; la superficie du cœur paraissait avoir été le siège d'une inflammation chronique ; il n'y avait que très-peu de sérosité épanchée dans la poitrine. Reimann rapporte une histoire d'hydropéricarde qui démontre évidemment que cette hydropisie peut être la suite d'une lésion organique du cœur. Celui qui en est le sujet était un jeune homme de vingt-six ans , qui avait fait dans son enfance une chute du haut d'un toit fort élevé. Pendant plusieurs années il éprouva une gêne excessive de la respiration et des palpitations si fortes qu'on pouvait les apercevoir et iTième les entendre. A ces accidens se joignit dans la suite l'infiltration des pieds , qui gagna bientôt les

5o8 LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.'

jambes , les cuisses et les parois de l'abdomen ; il eut des lipothymies et des anxiétés extraordinaires , et se plaignit souvent que son cœur était comprimé ; enfin l'enflure devint telle que l'épiderme se rompit dans diflerens endroits. La gangrène s'empara des lieux où les ruptures s'étaient faites , et la mort arriva peu de temps après. A l'ouverture du cadavre, on ne trouva point d'épanchement dans les deux cavités du thorax ; les poumons étaient d'abord à peine apparens , tant ils étaient refoulés par la masse énorme du cœur et du péricarde , qui étaient singulièrement distendus : ils étaient pourtant sains. Il sortit du péricarde deux livres de sérosité limpide. Le cœur était très-ample, mais flasque ; la valvule mitrale était garnie de beaucoup d'aspérités osseuses. L'aorte , à son origine , avait sa membrane interne rugueuse , inégale , et des concrétions osseuses diminuaient son calibre ; il y avait de l'eau épanchée dans l'abdomen.

§ IL Descriptioji générale de V Hjdropéricarde.

498. Prédispositions et causes occasionnelles. Ce sont , outre celles des hydropisies en général, des af-^ fections du cœur, du médiastin, de la plèvre et des poumons en particulier.

499- Symptômes. Le malade ressent une anxiété douloureuse , un poids incommode sur la région du cœur, une difficulté de respirer qui menace de sufFo-^ cation quand il veut prendre une position horizontale ; souvent il éprouve des syncopes et plus rarement des palpitations. Les battemensdu cœur se font sentir tantôt à droite , tantôt à gauche. Le pouls est petit ^ fré-?

IITDROPÉRICARDE. 5og

quent , concentré et irrégulier; la face violette; les lèvres sont noires et livides ; en appliquant la main sur la région du cœur, on sent des battemens tumultueux^ obscurs ; on dirait que Torgane ne fait sentir ses battemens qu a travers un corps mou , ou plutôt à travers un liquide placé entre lui et les parois thoraciqueâ. Quand on pratique la percussion delà poitrine, soit que le malade reste sur son séant , soit qu'il se place horizontalement dans son lit , le son que rend cette cavité est obscur , et niéme nul antérieurement et à gau- « che, dans une étendue proportionnée à la dilatation que le liquide a fait éprouver au péricarde. Dans quelques cas, le côté gauche de la poitrine est plus élevé et plus arrondi que le droit. Quand la maladie-est ancienne , les forces de l'individu sont comme anéanties ; il'survient de l'cedématie aux extrémités inférieures, et plus rarement une légère bouffissure à la partie antérieure et au; côté gauche de la poitrine.

' § III. Traitement de V Hydropéricarde.

5oo. Les moyens qu'il convient d'employer dans cette maladie sont absolument les mêmes que ceux qu'on a conseillés dans les autres hydropisies. Sénac a proposé la ponction du péricarde , et a décrit avec beaucoup de détails la manière de la pratiquer avec le trois-quarls. Il cite un cas d'hydrothorax dans lequel il a ouvert la poitrine avec le plus grand succès. Desault a été plus loin , sans pourtant arriver encore à ouvrir le péricarde , comme le prouve l'observation suivante. Un homme vint se présenter à l'hôpital de la Charité avec les signes suivans , regardés comme indiquant une hy-

5lO LESIONS ORGANIQUES PARTICULIERES;

dropëricaide : toux sèche^ difficulté de respirer, pouls lent , dur , ir régulier , gêne , anxiété , danger de suffocation dans l'extension du corps , soulagement sensible dans la station, syncopes fréquentes,. visage pâle , bouffi ; dilatation manifeste de la région précordiale, tendance habituelle à s'incliner du côté gauche. Desault ouvrit la poitrine entre la sixième et septième côte du côté gauche , vis-à-vi3 la pointe du cœur , en .intéressant la peau, Tentrecroisement des muscles; grand oblique et grand pectoral et le plan des intercostaux. L'incision ayant été faite, il porta le doigt. dan$ la poitrine , et sentit une poche pleine d'eau qu'il prit pour le péricarde; iirouvrit avec un bistouri mousse^ et donna issue à uRe chopine d'eau environ qui s'échappa avec une espèce de sifïïejrnent à chaque expiration. L'écoulement étant fini , le doigt porté de nouveau dans l'oiuverture^:; if senti un corps: uni, pointu , conique , qui venait frapper le doigt. Les accidens se calmèrent pendant les deux premiers jours qui suivirent l'opération; na-ais ils reparurent le troi^ sième , devinrent plus intenses , et le malade mourut le quatrième. L'ouverture du cadavre fit voir une membrane qui unissait le bord du poumon gauche au péricarde, et formait la poche prise et iiiicisée pour cette membrane. Le corps conique et pointu qu'on avait jugé être le cœur à nu était en effet cet organe , maiiri enveloppé du péricarde , auquel il adliérait en: grande partie , beaucoup plus dilaté que de coutume ; , et rempli d'un sang noirâtre et en partie coagulé. — On conçoit facijemezit, d'après ce qui précède , ce qu'on doit penser de la proposition cle Sénac , et du succçs qu'il dit avoir obtenu.

AS CI TE. 5lï

§ P^ Considérations générales,

5oi. En médecine , comme dans toutes les autres sciences , on ne peut acquérir un goût sûr et un jugement solide , qu'en étudiant avec soin l'esprit et la méthode des divers auteurs y en les mettant quelquefois en opposition les uns avec les autres^ et en les soumettant ainsi à une discussion raisonnée. . .1 C'est dans cette Vtië que je vais rapprocher ici ce -que disent Slâhl et Brown sur l'ascite , et il sera facile de voir de quel côté est l'avantage.... Stahl, partisan sévère de l'esprit d'observation , et la prenant toujours pour base de ses recherches , analyse toutes les circonstances qui peuvent donner lieu à l'ascite, comme la suppression de certaines hémorrhagles par l'abus des astringens, la guérison prématurée des fièvres intermittentes, la rétropulsion de la goutte. L'âge tendre ou la jeunesse ne contractent cette maladie que par des accldens particuliers , et elle est bien plus ordinaire dans un âge avancé

ou par une constitution détériorée Lister avait

attribué à des excès dans la boisson de liqueurs fermeniées , la plus grande fréquence de l'ascite qu'on observait depuis une certaine époque à Londres, d'après des relevés des registres mortuaires,- mais Stahl remar-» que avec raison qu'on ne se livre pas moins a des excès d'interiipérance dans le Nord , comme en Russie , en Pologne , en Suède, etc., et que cependant on n'y a

(i) Synonymie. Asciits , Boeeiuave, Hoffmaixn^ JukcileHj Sauvages, Linnjeus, Vogel, Gullen, SAftAR.

5l2 LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

point remarqué une plus grande proportion d'ascitiques : il indique une autre cause qui n'est guère plus probable , savoir , l'introduction du quinquina , et rextreme facilité avec laquelle on le prodigue en Angleterre dans une foule de maladies , comme l'attestent encore tous les ouvrages de médecine et les recueils d'observations Mais Stahl tire de nouvelles lumières de l'ouverture des corps sur la nature rebelle de l'ascite , et il fait remarquer les vices et les altérations qu'éprouvent alors les viscères abdominaux ou les glandes,: il ne lui manquait que des notions sur le système lymphatique pour s'élever à la vraie théorie de cette maladie.. e. Brown , étranger à la marche lente mais sûre de l'observation, doué d'une imagination fougueuse et désirant être chef de secte, s'élève, dans §esElémens de médecine , à une considération générale et abstraite de l'hydropisie , n'y remarque qu'un simple rapport de débilité oud'asthénie, qui la rapproche de certaines maladies : il fonde sur ce simple rapport les principes du traitement , comme si la nature était asservie à ses ordres ; il prescrit une nourriture stimulante , des liqueurs fermentées , l'opium mênae , prétendant que cette maladie peut être aussi facilement guérie que toute autre asthénie..,. Pourquoi ces hautes espérances et cette manière de voir abstraite sont-elles si loin d'être réalisées quand on en vient à l'expérience ? 5o2. Les signes de l'ascite se tirent de la gêne de la respiration par le refoulement du diaphragme ; de "^ la proéminence de la région iliaque , de la forme ovale de tout l'abdomen , de l'œdématie des pieds ainsi que "^du scrotum , et des grandes lèvres dans les femmes ; d'un sentiment de fluctuation en portant les mains sur

ASCITE. 5l5

i^s deux cotes opposés du ventre. .. Que de détails à exposer sur les variétés de l'asciîe , sur sa aistinction d'avec l'hydropisiede l'ovaire ou bien celle de l'utérus, 5ur les ditrérences du liquide épancfîé, siu la tyiiipanite , etc. î Mais on ne peut que renvoyer sur ces objets à l'excellent ouvrage de Morgagni (^de Cau-is et Scdibiis Morborutn , Eplst. XXXFUI) y ainsi qu'à la Dissertation de (Camper, insérée dans les Mé noires

de la Société royale de Médecine Il importe cepen-

"tlant de dire un mot sur la formation deshydatides, dont la connaissance exacte est due aux travaux de plusieurs naturalistes , tels que Linné , Pallas , Bloch , etc. On sait maintenant que tout ce que les plus graves auteurs en médecine avaient dit sur les liydatides est erroné , et que ces vésicules^ dont le voliune offre tantde variétés , sont dues ou plutôt fout partie d'un insecte dont Pallas a donné , avec la dernière exactitude, la description et le dessin , et que Bloch a fait connaître sous le nom de vennis vesiculan's erimita^ dans son Mémoire sur les ve?^s et les vermifuges.

5o5. L'observaiion suivante est bien propre à donner un exemple d'une ascite primiiwe. Un enfant âgé de sept ans , d'un tempérament lymphatique , peiclit l'appélit et la gaîlé sans cause connue , et fut pris d'un vomissement spontané très-violent , accompagné de symptômes fébriles. Le lendemain (eniciique), vomissement d'une grande quantité de liquide verdatre avec des efforts très - considérables ; l'urine se supprima entièrement après Faction du vomitif, et il se manifesta de suite une infiltration générale avec de l'épancliement dans l'abdomen. La face était bouffie et décolorée, la respiration ^Guée quand le malade se in. 53

5l4 LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

couclialt horizontalement ; l'abdomen fort tuméfie , faisant éprouver une fluctuation manifeste ; le scrotum et la verge étaient surtout très-distendus par l'infiltration (^boisson avec r oocjmel scillitique). L'urine devint abondante , et tous les symptômes de l'iiydropisie disparurent successivement.

§ IL Description générale de l'Ascite.

5o4» Prédispositions et causes occasionnelles, L'ascite peut être déterminée par des boissons abondantes prises pendant que le corps est échauffé ou dans la chaleur de la fièvre , par la suppression des fièvres intermittentes, des maladies cutanées , de la sueur, etc. Si on excepte en efï'et les ascites primitives qui tiennent à des causes débilitantes , comme des hémorrhagies excessives , des diarrhées invétérées , les suites d'une dysenterie , l'état d'atonie dans lequel tombe le conduit alimentaire après certaines fièvres intermittentes , ou celui qui succède à une action trop énergique d'un médicament , on doit reconnaître que, dans plusieurs cas , l'ascite est produite par une inflammation lente du péritoine , ou par des affections particulières du foie et de la rate.

5o5. Sjmpiômes. C^est une tuméfaction plus ou moins grande de l'abdomen, selon la quantité du fluide épanché ; cette tuméfaction commence par la région sus-pubienne et s'accroît d'une manière égale et uniforme , de sorte que le ventre conserve une forme régulière ; cette distension augmente lorsque le malade se tient debout ou sur son séant ; on sent la fluctuation d'un liquide loisque, appliquant une main

ASCTTE. 5ï5

sur l'un Jes côlés du ventre , on donne avec Faulre une légère impulsion du côté opposé ; l'abdomen a une forme ovale et allongée lorsque l'épanchement est extrême. La lympanite et l'infiltration des membres abdominaux ou des parties extérieures de la génération y sont les suites ordinaires de l'bydiopisie abdominale, qui peut être aussi compliquée avec la lésion organique d'un viscère. Lorsque Fascite est enkystée , on la reconnaît à une tuméfaction d'abord partielle et graduée qui commence dans l'un des liypocliondres , avec vm sentiment de tension et de douleur obtuse dans la partie, qui donne une forme inégale et irrégulière aux parties du ventre qu'elle occupe ; ses progrès sont plus lents que ceux de l'ascite ordinaire ; la respiration est moins affectée que dans l'ascite en marcliant ou en montant ; il y a peu d'altération dans l'appétit; la face n'est point pâle ni bouffie, excepté dans les derniers temps de la maladie.

§ IIL Traitement de VAscite,

5o6. Il serait superflu d'insister sur les remèdes dont on use contre l'ascite ; on les trouve exposés dans tous les Traités de médecine , et ils sont, en général , pris dans la classe des drastiques , des sudorifîques , des vomitifs ou des diurétiques. Mais combien il faut se défier de l'efïicacité attribuée à ces remèdes ! Que de circonspection inspire l'histoire bien connue des liydropisies abdominales î Camper avoue avoir tenté dans un grand nombre de cas tous les remèdes les plus vantés , et avoir été trompé dans son attente. Il reconnaît avec candeur que si la théorie de l'ascite^

5l6 LISIONS ORGANIQUES PARTTCLTLîÈrEJ?.

comme celle des autres genres d'h jdropisie , a fait des progrès par Tapplication des connaissances acquises dans la slriiclure et les fonctions du système lynipbaticpie y les principes du traitement en sont à-peu-près renfermes dans les mêmes limites. Sur plus de cent cas où cet auteur a pratiqué la paracentèse, il dit pouvoir à peine en citer six où elle ait été suivie du rétablissement de la santé : cette opération n'est guère bonne qu'à délivrer le malade d'un symptôme trèsurgent , comme d'un danger de la suffocation ou d'une position très-incommode par l'extrême distension du ventre» Mais ce qui doit rendre encore plus circonspect sur les principes à siùvre dans le traitement dcl'ascite ^ c'est le résultat de l'ouverture des corps, dans uii grand nombre de cas d'une semblable bydropisie. L'ascite enkystée de l'abdomen n'est guère susceptible de guérison : lorsque cette maladie fait partie de l'bydropisie générale, on ne peut que recourir aux moyens usités contre l'anasarque. Les diurétiques sont pour ainsi dire exclusivement indiqués lorsque la diarrbée accompagne l'ascite. Des frictions huileuses faites sur l'abdonien ont suffi quelquefois pour provoquer la sécrétion de l'urine (i).

LÛSlOl^S ORGANIQUES FAKTJCULlàRES DU TISSU CELLULAIRE,

507. L'endurcissement est la mabdie organique la plus marquée du tissu cellulaire. Cette affection paraît

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(i) Je crois devoir orneUre de parler ici tie i iiydrocèle et de l'hydropisie des arliculations , qui y à cause des procéde's ope'raloires^ apparliennent proprement à la médecine externe.

ENDURCISSEMEN'T DU TISSU CELLULAIRTÎ. 5lJ

<ralllcurs d'aiitciéit mieux placée imniédialernent après les lésions particulières du syslème lymphatique, cpie les glandes et les \aisseaux lymphatiques pajtîcipent à la même lésion, et sont j>eut-étre primitivement affectés.

ENDURCISSEMENT DU T I SSU CELLU LAI KE(^\),

§ P*'. Considérations générales.

5o8. Les anciens n'ont laissé aux modernes aucunes traces qui puissent les diriger dans la connaissance de cette maladie. Une simple observation sur un fait analogue à celte maladie a été recueillie en 1718, par Uzembezuis , professeur en médecine , et médecin de riiôpital d'Ulm ÇEphem. Nat. Curios. ^ 1722). Un passage extrait des Réflexions de Doublet sur les différentes affections des nouveau-nés (^Journal de Aiedecine y avril Ty85) atteste que cette affection n'a point échappé à la sagacité de oe médecin. « Il est, ;) dit-il , une autre espèce d'œdènfe propre aux enfans j) tout récemment nés : c'est un gonflement du tissu » cellulaire , dur et sans élasticité , qui jette prompte- » ment les enfans d^ns un assoupissement mortel». Un autie passage extrait du Traité que M. Underwood a publié sur les maladies des enfans , fait penser que cet auteur a vu aussi l'endurGissement du ûssu cellulaire , mais avec complication d'auties maladies. C'est à M. Andry que nous devons la première description

( i ) iV V 'N ON r M I E. Knclurcissemeut cki tissu celiiiiaire ,. M?fl. A^Dilv j Auvity; ŒJoniali© concrèle c!e (|uek|ues BIÉ-

5l8 LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIERES,

exacte de cette maladie (^Mémoires de la Société royale de Médecine y lySS); il a aussi la gloire d'avoir le preitiier mis au jour des moyens propres à la com^ battre avec succès. Elle a été décrite depuis par M. Auvity ( Mémoires de la Société rojale de Médecine , 1787 ) , Hulme , etc. Plusieurs observations particulières , extraites des Mémoires publiés par les auteurs que je viens de citer, feront plus particulièrement connaître ce qui caractérise cette maladie. Une fille reçue à l'hospice des Enfans-ïrouvés (M. Andry) le lendemain de sa naissance , était maigre , chétive , faible, et avait les extrémités supérieures et inférieures froides et dures : on lui fait prendre les bains de sauge pendant quelques jours, et elle guérit parfaitement. Une autre fille reçue au même hôpital le lendemain de sa naissance , avait les membres supérieurs et inférieurs durs et froids , ainsi que les joues ; elle ne pouvait point avaler à cause du resserrement des mâchoires ; elle prit huit bains de décoction de feuilles de sauge : les symptômes se dissipèrent peu à peu ; elle commença à prendre des alimens , et fut , neuf jours après, remise en bon état à la nourrice. Un enfant mâle né la veille , fut reçu aux Enfans-Trouvés le 4 janvier ; il était très-faible , avait les membres supérieurs et inférieurs durs et froids , et une ophthal-^ mie purulente ( vésicatoire à une jambe , bains de sauge). Toute l'enflure disparut , la chaleur revint, et le 16 il était parfaitement guéri, et fut remis à la nourrice. L'observatimi suivante , tracée par M. Au^ vity, se rapproche beaucoup des précédentes. Un enfant né le i5 octobre 1787, paraissait, le 16 aii ^latin j fort et bien constitué ; mais le soir du 17 ( \^

ENDURCISSEMENT DU TISSU CELLULAIRE. 5l^

temps était froid et humide ) ses joues durcireiit , ses cris devinrent languissans ; les membres supérieurs et inférieurs , le bas-ventre et le scrotum étaient durs et d'un rouge tirant sur le violet ( ôains de sauge soir et matin jusquau 20 ). La couleur de la peau se dissipa en'ièrement ; mais les duretés n'étaient ramollies qu'en partie , et les membres ne jouissaient point encore de la souplesse et de la chaleur naturelles. Le :i I on appliqua un vésicatoire sur chaque jambe ; il s'en écoula une grande quantité de sérosité ^ et le 27 l'enfant fut parfaitement guéri.

509. L'autopsie cadavérique confirme le nom donné à cette maladie : en effet , MM. Andry et Auvity ont constamment obtenu les résultats suivans. Si , après la mort des enfans attaqués de l'endurcissement du tissu cellulaire, on fait des incisions longitudinales sur les parties dures et engorgées y il en sort une sérosité abondante j d'un jaune foncé ^ de nature albumineuse , qui se concrète à l'eau bouillante et qui reste liquide au froid. Le tissu cellulaire est compacte, grenu, desséché; la graisse est semblable à celle des cochons ladres ; les glandes et les vaisseaux lymphatiques sont engorgés ; il en est de même des glandes du mésentère ; le foie est plus volumineux qu'à l'ordinaire , rempli d'un sang noirâtre , la vésicule du fiet contient une bile d'un brun très-foncé ; les vaisseaux ombilicaux sont gorgés d'un sang noir; les poumons sont aussi dans le même état , et dans deux sujets , outre le sang , ils contenaient en grande quantité un fluide aé ri forme.

§11. Description générale de V Endurcissement du

tissu cellulaire.

5 1 o. Prédjspositions et causes occasionnelles , Elles ne sont pas encore bien connues; elles paraissent consister dans le refroidissement du nouveau-né. Celle maladie ne se déclare que depuis le moment de la naissance jusqu'au seplième ou neuvième jour.

5o8. Symptômes, Le tissu cellulaire est engorgé et dur, surtout aux membres supérieurs et inférieurs, aux joues, à la région du pubis et à l'abdomen. Les membres , surtout les inférieurs , sont tellement engorgés , qu'ils paraissent quelquefois conmie arqués, et la plaïue des pieds est d'un rouge pourpre, et convexe au lieu d'être concave. La rougeur s'étend assez souvent sur les jambes , les cuisses et le bas-ventre. La dureté est si considérable , que l'impression du doigt ne marque pas , et ne produit aucun enfoncement lorsqu'on a cessé la pression , quoiqu'il y ait un épanchement séreux. Toutes les parties du corps de l'enfant sont froides, surtout celles qui sont endurcies : si on l'approcli^ du feu , il acquiert un léger degré de cbaleui-, comme un corps inanimé , mais qu'il perd de même dès qu'il en est éloigné. Plusieurs de ces enfans sont sujets à des contractions spasmodiques dans les extrémités et à la mâcboirc ; certains ne peuvent prendre les boissons qu'on leur donne à la cuiller; enfin ils dépérissent peu à peu, et la mort a lieu dès le troisième ou quatrième jour de la naissance , et au plus tard vers le seplièine»

LESIONS ORCANIQITES DES VISCERES. Ssi

§ III. Traitement de V Ejidurcissemcîit du tissu.

cellulaire,

5if. Tous les enfans atteints de cette maladie en périssaient, lorsque M. Andry proposa des bains cliauds de décoction de feuilles desauge; et plusieurs enfans auxquels ces bains chauds furent administres guérirent complètement par ce seul moyen. Les lotions et les bains de vapeur faits avec la décoction de la même plante , n'ont pas eu le même succès entre ses mains : ils ont cependant quelquefois réussi à MM. Auvity, Souville, etc. Dans certains cas, lorsque la dureté était très-forte, M. Andry faisait, d'après le conseil de M. Auvity, en même temps appliquer des vésicatoires sur les parties aifectées , et l'enflure se dissipait très -rapidement. Ces moyens, administrés avec des soins et des attentions particulières , parviennent, sinon à guérir tous les enfans atteints de cet endurcissement, au moins à en sauver un certain nombre. Hulme insiste plus particulièrement sur l'emploi du vomitif, d'un purgatif, et ensuiie sur l'usage journalier d'un grain de muriate de mercure doux.

5 12. Les lésions organiques des viscères, considérées indépendamment des phlegmasies et des névroses qui peuvent les affecter, formeraient un ordre de maladies très-nombreuses , &i on n'avait soin de renvoyer à la pathologie chirurgicale ce qni petit être de vson ressort. L'objet ainsi restreint n'en est pas moins un

point de doctrine très- compliqué et très-digne d'être approfondi , en se gardant d'ailleurs de dissimuler les diiïicullès dont il est susceptible , et les sujets qu'il offre pour de nouvelles recherches.

5i5. Cet objet se trouve naturellement lié avec celui que la Société royale de Médecine , peu avant sa dissolution , avait proposé sur les inflammations chroniques des viscères. 11 paraît en effet qu'un grand nombre d'affections qui sont rapportées aux squirres , fjux engorgemens ^ aux obstructions , aux tumeurs froides, etc. , ont pour première cause des inflammations chroniques , ce qui ne pouvait manquer d'avoir une influence marquée sur quelques branches de la pathologie interne. Un auteur (i) qui a voulu s'engager dans cet ordre de recherches , a commencé par chercher à déterminer le vrai caractère de Finflammation en général, et le mode de lésion que ce mot désigne. Mais n'a-t-il point augmenté les difficultés par un mélange de considérations arbitraires sur le prétendu mécanisme de l'inflammation? 11 reprend ensuite la marche sage qu'il faut toujours suivre en médecine comme dans toutes les sciences physiques, et il se borne à la simple exposition des faits. On voit tous les jours les affections inflammatoires aiguës dégénérer en chroniques , tandis que celles - ci peuvent devenir aussi aiguës. Les dernières sont loin d'être rares, ajoute le même auteur : on en remarque dans le cerveau , où elles sont des causes fréquentes de la manie , de l'apoplexie ou de l'épilepsie. Les travaux <le tête continus, les passions violentes, les remèdes

^i) Œuvres diverses de M. Piijol; t, L

stimulans, les préparations merciiriell es donnent souvent lieu à des aflbctions cérébrales de long cours. On a été loin de méconnaître les pleurésies occultes ou latentes. Les suppurations sourdes de la poitrine sup-^ posent une inflammation le plus souvent lente et faible , et n'est-il pas prouvé par l'observation que le médiastin, le péricarde et le cœur lui-même sont sujets à de pareilles inflammations? Il paraît même que les affections qui avaient auparavant un caractère d'inertie ne deviennent funestes qu'après avoir pris le caractère de l'inflammation chronique. Mais on doit être loin de conclure que toute obstruction forte est une véritable inflammation, puisqu'on ne peut nier les différences qui existent entre la circulation du fluide lymphatique et celJe du sang,

5i4' D'un autre côté, un esprit exact peut-il rapporter la cause primitive de la dégénérescence organique des viscères à une prétendue inflammation des vaisseaux blancs i Quels vaisseaux blancs veut-on indiquer ? Sont-^ce les exhalans, les absorbans, etc.? Si ce sont les exhalans , l'affection désignée n'est plus qu'une inflammation ordinaire , d'après la théorie la plus généralement admise : dans ce cas pourquoi uîi nom nouveau? Veut-on parler des absorbans ? Mais rien n'est plus obscur que les lésions physiques de ces vaisseaux, surtout de ceux qui sont disséminés dans les organes intérieurs. En outre , quelle preuve a-t-on que, dans une masse désorganisée, comme un squirre, un cancer, etc. , le mal ait commencé par une lésion des lymphatiques ? N'est-il pas constant, au contraire, que , dans beaucoup de cas , ces maladies ont leur ori-» gioe dans des tubercules héréditaires qui n'ont aucun

rapport avec les inflammations blanches ou rouges ? On ne nous a assurément rien appris en disant que la classe des maladies organiques laissait beaucoup à délirer sous le rapport nosographique ; mais nous ne croyons pas que ce soit par des théories hypothétiques et des explications hasardées, qu on fera faire des pî'o* grès à cette partie de la science des maladies.

5i5. L'auteur d'un Essai sur les inflammations chroniques des yiscères a cherché à faire connaître , sous un autre point de vue, les causes qui peuvent les produire , et les indices qui peuvent servir à les manifester. Parmi ces causes, il compte les modifications du tempérament , un état d'épuisement à la suite d'exercices immodérés, une trop grande application aux travaux du cabinet , l'abus des évacuans , les longs chagrins, les évacuations supprimées, etc. 11 rapporte également, parmi les indices de ces maladies^ la tuméfaction des parties engorgées , l'accélération du mouvement artériel , une sorte de douleur locale qui se manifeste surtout par la compression, une lésion des fonctions de l'organe, ce qui est cependant sujet à des exceptions, puisqu'on peut citer des exemples de vomiques du poumon qu'on n'avait jamais soupçonnées. Cet auteur va pJus loin, et il cherche à faire voir les différences essentielles qui indiquent que le vrai siège de la lésion se trouve dans les méninges ou la substance cérébrale, dans les poumons ou dans le cœur, dans le parenchyme du foie ou ses membranes , vers la partie supérieure de ce viscère ou dans sa partie concave ; il cherche aussi à faire connaître celles qui sont particulières à la rate, aux voies urinaires, à la matrice et à ses dépendances. Mais il faut convenir qu'il reste encore

LÉSIONS ORGANIQUES DU CT?nVEAU. 525

Lenucor.p (roi )scu rites dans celte nialièro , et que, dans rétat aclucl de nos connaissances, on esi loin de pouvoir distinguer Jes diflérences qui existent entre \qs lésions de structure des viscères pai" une inflammation clironique et lateute, et celles qui sont indépendantes de cet évat : il est donc nécessaire de réunir encore les considérations auxauelles on peut se livrer, sous ce double rapport , sur les lésions de chacun des viscères , malgré les recherches laites dans ces derniers temps; mais il est bon d'appeler l'attention des médecins sur les lésions prolbndes désignées par quelques auteurs sous le titre de ramollisse nient du cerveau^ et qui sont très-dignes de remarque.

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