‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 73 sur 83 · LA RATE · texte numérisé non relu

LA RATE

555. Les auteurs rapportent (^Recherches sur la Rate , par Assolant, Paris , 1 80 1 ) beaucoup d'observations d'anatomie pathologique sous le titre àesquirres de la rate» On a trouvé sur des rates d'hommes et de femmes morts de maladies de poumon, ou autres dans lesquelles la rate n'est pas ordinairement affectée, des concrétions répandues ça et là dans le tissu de cet organe : on en a retiré plus de quarante de quelquesunes. Leur forme est sphéroïde , leur surface inégale, bosselée et comme verruqueuse; leur diamètre est ordinairement d'une ligne ou d'une demi-ligne ; elles adhèrent au tissu de la rate par tous les points de leur circonférence. Cependi^nt cette adhérence est toujours

beaucoup plus forte à un point qu'à tous les autres : un filet prolongé dans le tissu de l'organe Ja produit. La consistance de ces concrétions n'était pas la même dans tous les individus qu'on a examinés ; elles étaient très-molles et s'écrasaient avec la plus grande facilité chez un homme adulte. Dans d'autres cas , elles avaient l'apparence et la dureté d'un tissu osseux. Ces dernières , soumises à quelques essais par M. Barruel , se sont comportées de la manière suivante : i*'. calcinées à blanc au chalumeau, elles répandent une odeur de matière animale; se brisent et volent en éclats. 2°. L'acide acétique les dissout en partie dans cet état , avec un peu d'effervescence. Le carbonate de potasse précipite de la dissolution filtrée un dépôt floconneux , surabondant , qjii est du carbonate de chaux ; et l'oxalate d'ammoniaque précipite de l'oxalate de chaux en assez grande quantité. 3°. L'acide nitrique achève rapidement de les dissoudre; il convertit en charbon leur matière animale, et fournit par l'oxalate d'ammoniaque un précipité d'oxalate de chaux. L'acide phosphorique n'a pu être isolé dans cet essai , sans doute à cause de la trop petite quantité de matière employée. 4**« Soumises en totalité à l'action^ de l'acide nitrique, ces concrétions sont complètement dissoutes ; une matière gélatineuse , jaunâtre , séparée des parties solides , nage dans la dissolution. Cette dernière , filtrée et traitée par la potasse et l'oxalate d'ammoniaque, donne des précipités calcaires. Les nitrates de mercure et d'argent y forment des précipités roussâtres , signes assez certains de la présence de l'acide phosphorique. 5°. Enfin la potasse caustique enlève leur matière animale; avec laquelle

elle forme une sorte de savon, et laisse presque à nu leur matière saline. Ces essais permettent de conclure, je pense , que ces concrétions sont formées , i°. d'une quantité assez grande de matière animale facile à convertir en gélatine ; 2**. de phosphate d-e chaux avec excès de base. — Mais ces concrétions osseuses ne seraient-elles pas les mêmes que les concrétions molles? et les unes et les autres ne seraient-elles pas les corpuscules de la rate augmentés de volume , de consistance , ou bien entièrement ossifiés? Une foule de raisons faciles à saisir semblent justifier ce soupçon.

554. Beaucoup de maladies influent sur l'état de la rate. i"*. Les fièvres adynamiques , ataxiques, puerpérales , ainsi que le scorbut , ont sur elle une action marquée et presque semblable. On a presque constamment vu cet organe altéré sur les corps de personnes mortes de ces maladies , et dont l'ouverture a été faite à l'hospice de Clinique interne. Bayle l'a presque constamment trouvé augmenté de volume , diminué de consistance , facile à déchirer, plein d'une plus ou moins grande quantité de sang noir, épanché en apparence, et coulant sous forme de sanie, dans plusieurs corps de personnes mortes de ces maladies, et qu'il a ouverts à l'Ecole pendant l'an 1802. 2^. La gangrène paraît agir sur la rate de la njême manière que les maladies précédentes, comme semble le prouver l'observation suivante : une femme meurt à la Clinique de perfectionnement, d'une gangrène survenue à la jambe au bout de quelques jours d'une fracture avec écrasement , et offre une rate très-volumineuse , noire, distendue par un sang de même couleur et qui paraissait épanché. 5^. Les maladies chro-

LÉSIONS ORGANIQUES DE LA l^ATT.t 5^5

ttiqiics péu-aissent agir d'iuie manière contraire sur Ja rate : en effet, elle a élé trouvée rosée, assez petite ^ et consistante clans le plus grand nombre de ces maladies. On lui a trouvé ce caractère dans cinquante sujets sur cent soixante-dix-îmit : palmi les premiers se trouvaient seize plitljisiques. 4^\ L'iiydropisie du ventre ne paraît pas influer sur la rate d'une manière plus particulière que sur les autres viscères : tantôt on l'a trouvée saine , tantôt malade , quelquefois trèspetite , d'autres fois un peu volumineuse , dans cette maladie. 5*^. Mais de toutes les maladies , il n'en est aucune qui agisse plus constamment et d'une manière plus nuisible sur la rate que les fièvres intermittentes et quartes : en effet , quoi de plus commiin que les engorgemens de la rate à la suite de ces fièvres ? Cependant toutes ne les produisent pas également, m dans toutes les circonstances, i"". Ils ne surviennent guère que dans les fièvres qui ont duré pendant un certain temps , à moins qu'elles n'aient été inconsidérément supprimées par le quinquina. 2^. Les lieux bas, humides et marécageux paraissent surtout les déterminer, soit que la fièvre ^itermiitente soit abandonnée à elle-même ou suppriuK^e par les effets de l'art. 5°. Les drastiques administrés durant les fièvres quartes d'automne les occasionnent souvent, 4°. Ces maladies ne les produisent pas toujours immédiatement ; quelquefois rinfluence des fièvre-; intermittentes .sur la rate s'étend bien au-delà de leur durée, et une cause occasionnelle détermine subitement un engorgement qu'on n'avait pas soupçonné auparavant. 5". Enfin , ce n'est pas toujours la rate qui est le siège de ces engorgemens ; le foie, le mésentère en sont m. S5

54^ LÉSIONS ORGANIQTJES PARTICULIERES.

aussi fréquemment affectés. Ces concrétions ne s'annoncent ordinairement par aucune douleur vive; quelquefois un sentiment de gène les accompagne. Lorsqu'elles sont encore peu volumineuses, il est impossible d'acquérir la certitude de leur existence ; mais sitôt qu'elles ont acquis un certain volume, et qu'elles dépassent les bords cartilagineux des dernières cotes , il est facile de les reconnaître à une tumeur plus ou moins dure , et peu sensible en général.

555. Quelquefois , non-seulement elles remplissent l'bypochondre , mais elles s'étendent jusqu'à l'bypogastre, l'ombilic , etc. , compriment l'estomac et l'in^ testin , changent leurs rapports , et causent dans la digestion des dérangemens entièrement dépendant d'une cause mécanique , et lout-à-fait étrangers par conséquent à la lésion des fonctions de la rate. Rarement ces engorgemens sont mortels par eux-mêmes ; cependant ils troublent plus ou moins la digestion ; ils gênent par leur masse tous les viscères abdominaux ; ils fatiguent par leur poids lorsqu'ils ont un certain volume, et ne permettent que difficilement aux malades de prendre de l'exercice. Les membres s'amaigrissent , le ventre acquiert du volume ; quelquefois il survient un épancbement dans l'abdomen , ou bien une infiltration aux membres. Communément alors une autre maladie , peu grave en apparence, se déclare ex termine les jours du malade. A l'ouverture des corps, on trouve une rate caractérisée, i°. par un volume qui, peu considérable dans quelques cas, est prodigieux dans d'autres ; 2**. par un accroissement <jonstant , quoique variable , de la consistance de la raie, et qui distingue cette altération de celles qui sont

le résultat d'une simple congeslion sanguine ; 5**. par l'apparence charnue de la rate , disposition qui , bien qu'elle soit peu naturelle , n'éloigne pas autant la rate de son état ordinaire qu'on pourrait le penser ; 4**- par la couleur vermeille de la surface et de l'intérieur de cet organe , couleur que la moindre exposition à l'air augmente avec une rapidité surprenante ; 5*^. par la petite quantité de sang et de sucs qu'elle contient, etc. , etc.

556. Il est peu de personnes qui igilorent que les apéritifs dissipent ces engorgemens lorsqu'ils ne sont pas trop anciens et volumineux. Torti , dans ses réponses aux objections faites par llamazzinl contre l'usage du quinquina, afîîrme que ce médicament, loin de produire des engorgemens de la rate, les dissipe en faisant cesser la fièvre et avec elle la cause qui produit l'engorgement. Mais le fer paraît agir d'une manière plus spéciale sur la rate : non-seulement il paraît propre à prévenir l'augmentation du volume de cet organe , mais encore à le réduire quand il a été augmenté. Il résulte en effet des expériences comparatives faites sur des animaux de même espèce , et rapportées par Sœmmering, que la rate de ceux de ces animaux à qui on avait donné , pendant quatre ou six semaines , une certaine quantité de limaille de fer mêlée avec leurs alimens , ou bien à qui on avait fait prendre pour boisson de l'eau où l'on avait éteint du fer incandescent, était constamment moins volumineuse que celle des autres , et que leur sang con^ tpnivit toujours beaucoup plus (Je fer, etc.

zésiONS ORGANIQUES PARTICULIÈRES Z>£S VOIES URINAIRES.

DIABÈTES SV C RÉ{l).

§ F^. Considérations géncrqles.

557. On a toujours îieu d'admirer Texactitude et la précmon avec lesquelles les anciens tracent les symptômes des maladies qu'ils ont observées. Arétée ^n donne encore un exemple dans la description du diabètes, dont il expose non-seulement les symplômcs dans son plus haut degré de développement , mais encore les signes qui doivent le faire présager. On doit regretter que l'application indéterminée du mot diabètes à des écoulemens surabondans d'urine qui n'avaient point ce caractère , ait introduit dans la suite une confusion toujours nuisible aux progrès de la médecine. Desault remarque avec raison, dans son Journal (Tom. I), qu'on a beaucoup tropinultiplié les espèces de diabètes , et il n'admet que l'espèce qui provient d'un défaut d'assimilation , et celle qui tient au relâchement et à l'irrijation des reins. Cette derniè^e est renvoyée à la médecine externe, qui s'occupe spécialement des maladies des voies urinaires ; raùlre appartient proprement à la médecine interne , et on verra encore ici un exemple des moyens subsidiaires que peut fournir quelquefois la ciiimie mé-

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(i) Synonymie. Diabètes ang liens , Sa uv âges ^ IMÉad j Diabètes mellitus , Cullen , Sagaf» ; . Phlliiburie sucrée de MM. Nicolas et Gueudevillb,

niABETÈS SUCRÉ. 5/^g

dicale pour compléter Fliistoire (les maladies. Ce n'est réellement cpi'en 1778 qu'on démontra l'eTcistence du sucre dans l'urine des diabétiques : cette découverte ^ due à Ganley, et constatée en 1791 par Frank, avait tout au plus été pressentie par Willis au commencement du dix-septième siècle , et entrevue ensuite en 1775 par Pool et ci'Ohson. Mais il faut avouer que Canley, ne portant son attention que sur la maîièie sucrée de ces sortes d'urine , avait laissé beaucoup à désirer. 11 était nécessaire de chercher les autres principes qu'elle pouvait contenir, et surtout ceux qui entrent dans la composition de l'urine ordinaire : c'est ce qu'ont fai t^ en i8o5, MM. Nicolas et Gueudeville. 11 résulte de leurs recherches que l'urine des diabétiques ne contient pas sensiblement d'urée ni d'acide urique ; qu'on a peine à y reconnaître quelques traces de phosphate et de sulfate; qu'il est impossible d'y trouver de l'acide libre ; enfin qu'on n'y démontre que du sucre en grande quantué , et plus ou moins de muriate de soude. Les deux observations suivantes , extraites du travail de ces auteurs , pour' ont donner une idée de cette maladie. Une demoiselle habitant un des quartiers les plus élevés de la ville de Caen , d'une taille au-dessus de la moyenne , d'un grand endionpoint , les membres bien proportionnés et annonçant la force et la vigueur, avait le visage plein et 'frais pour son âge , ayant mené une vie assez active ; mais elle était d'un caractère peu susceptible d'impressions morales , et parvint à l'âge de quarante-deux ans sans avoir ressenti aucune maladie. A cette époque critique , cette h1le éprouva des pertes abondantes qui devinrent bientôt journalières : elle resta dans cet état

55o LÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

jusqu'à Tage de cinquante ans. Depuis cet accident la vue s'était un peu affaiblie , les jambes étaient restées légèrement enflées; la malade jouissait , au reste, d'un très-bon appétit, et faisait un usage liabituel du vin et du café. En avril 1 802 , elle commença à se plaindre d'une soif extraordinaire ; Furine devint fréquente et copieuse , l'appétit augmenta, la transpiration se supprima , l'abdomen devint le siège d'une cbaleur mordicante , les excrémens devinrent rares, durs; déjection très-douloureuse ; enfin diminution de l'embonpoint, bouche mauvaise, gencives douloureuses. La perte de deux dents fît sortir la malade de son apathie ordinaire ; elle employa divers moyens. En mai 1802, ces symptômes avaient acquis un plus haut degré d'intensité , surtout depuis le carême , pendant lequel la malade avait vécu principalement de plantes légumineuses; le pouls était fréquent et serré ; elle ne pouvait rester une demi-heure sans boire; elle aurait pu manger a toute heure ; elle rendait douze à quinze pintes d'urine en vingt-quatre heures , quantité supérieure de plus de deux tiers aux boissons. Pendant les vents du nord la soif était moins vive ; mais le basventre variait à la pluie ; rien ne pouvait la désaltérer; les maux de tête étaient fréquens, le sommeil interrompu, le contour de l'œil boufïi , la vue faible , la bouche présentant continuellement une saveur qu'elle ne pouvait définir ; la saîive , très-rare , ressemblait à un mucus un peu épais. La malade avait perdu les dents depuis Fêté; la faiblesse, la boufïissure des jambes et des cuisses étaient telles, qu'à peine la malade pouvait faire quelques pas , même à Faide d'une canne. Depuis l'origine de la maladie , le corps avait diminué

DIABETES SUCRÉ. 5

de plus de huit j»ouces dans sa circonférence , mesurée à ]a ccintufe. L'urine, louche, hlanchalre pendant l'évaporation qu'on en fit , répandait une vapeur suave , mielleuse , qui trompait l'odorat de ceux qui étaient présens : à la dégustation, elle fut trouvée sucrée. ( Le i5 mai 1802 , un gros et demi de quinquina, bouillon de hœuj et de mouton , régime animal.) Le 19, déjections alvines , soif diminuée au point de pouvoir rester une heure sans boire. Le 25, retour de la soif (la malade ayant repris la diète végétale le vendredi et le samedi ) , urine ne contenant aucun principe animal ( acide pJiosphorique, trente à quarante gouttes sur une bouteille, d'eau y pilules avec T extrait aqueux d'opium ^JrictioTis sur les extrémités inférieures avec le lard). Le 27, diminution d'intensité des symptômes , urine toujours sucrée , mais moindre , légère sueur à la tête et au cou, soif moindre. Le 5i, sécrétion diminuée de l'urine , retour des forces et de la gaîlé , disparition commençante de l'enflure des jambes. La malade boit un verre de cidre : dès la nuit réapparition des symptômes. Le 2 juin , soif Jiulle , retour des forces et de l'embonpoint, pouls naturel , urine pas plus abondante que dans l'état de santé , de couleur plus foncée , et de saveur douce et salée. Le 12, déjections alvines copieuses , sueur abondante , dégoût du régime animal , urine amère et salée , de couleur jaune et ambrée , contenant les sels ordinaires. Le ly, il ne resta plus qu'une légère sensibilité aux gencives , qui céda bientôt à la suite de gargarismes avec le cochléaria. Un homme d'une stature moyenne , épaules laides , muscles saillans ,

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Lien tlessiiiés , ne s'élanl privé cFaLicune jouissance physique dans sa jeunesse, n'avaitréprouvé d'autre maladie que celles qu'avaient occasionnées ces sortes d'excès. Après un dernier traitement anti-sypliili^ tique , sa santé commença à décliner ; i] se plaignit d'une soif continueJJe , d'une faim que rien ne pouvait apaiser, de serremens et de douleurs passagères dans la région abdominale , d'une constipation habitueîle. L'urine, claire et limpide, surpassa bientôt les boissons. Trois ans après il élait dans le dernier état d'amaigrissement : visage coloré , pouls petit y concentré , soir ardente, fièvre brûlante le soir , indifférence pour les alimens; mais l'appétit élalt-il excité , il élait insatiable ,* gencives pales, doul orageuses; dents chancelantes, langue blanchâtre et chargée, saveur extraordinaire, salive rare et épaisse , anxiétés, tension de -l'abdomen , flaluosités , matières fécales verdatres, inodores, très-dures et très-rares; relâchement du sphincter de la vessie , perte involontaire d'urine , son évacuation surpassant la boisson du double, ayant une couleur plus louche et plus liîanchâlre que celle de ia malade qui fait le sujet de l'observation précédente , laissant un sédiment abondant , d'une saveur douce et sucrée ; transpiration nulle , peau sèche et écaillcuse, as5ou[^issement , rêves effrayans, vue faible , membres inféi^ieurs faibles et cedématiés ; en un mot ^ exaspération de tous les symptômes observés. Le ij juin (pilules avec le nuise et lexiraliaqiieujc d'opium y du pJiosphatc de. s ou de dans le petit-lait , de r acide phosphoreux dans Veau pour boisson ) , d'abord diminution de l'urine , qui reste cependant encore douce; retour du sumîueiJ et des forces, langue

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nioins chargée, coiislipaiion moins forte. Le 1 8 août {ammoniaque), retour de l'embonpoint. Le 28, disparition de loiis les symptômes , déjections alvines a!)ondantes, retour de Ja sueur, de la salive et de l'urée ; gnérison complète.

558. L'observation de diabètes sucré rédigée par MM. Dupuytrenet Tlienard (^Mémoire lu à L'Institut de France ) se rapproche beaucoup des précédentes ; mais elle a cela de particulier, qu'on a déterminé , à l'aide d'une balance très-exacte, le poids du corps, celui des matières prises et celui des matières rendues par l'urine, les déjections alvines, les crachats et la transpiration , et qu'on s'est astreint à ne prescrire qu'un régime animal, sans y associer d'autres substances médicamenteuses ; d'ailleurs les résultats ont été absolument les mêmes.

539. MM. Tlienard et Dupuytren ont cherché à confirmer le résultat obtenu par les auteurs que j'ai déjà cités , et à faire connaître la nature très-particulière de la substance sucrée trouvée dans. l'urine des diabétiques, et les diverses transformations que cette "urme subit avant d'être ramenée à sa composition, primitive , ainsi que les effets du régime animal : il résulte de leurs recherches que le diabètes sucré peut durer plusieurs années , et même aussi long-temps que les forces digestives se soutiennent , et qu'elles j)cuvent fournir aux pertes excessives qui ont lieu par Furine. Cette u^aladie n'est incurable à aucune de ses périock's , non pas même lorsque la digestion altérée semble se refuser à fournir les matières de la sécrétion qui épuise l'économie anii}}alt\ Le siège de cette affection pai-aît être dans ](>s reins , et non pas daiit»

554 I.ÉSIONS ORGANIQUES PARTICULIERES.

le canal intestinal : les pertes excessives qui ont lien semblent déterminer dans quelques circonstances une absorption assez considérable à la surface du corps. Les rapports nouveaux déterminés par le diabètes sucré entre les alimens et les excrétions en général , et entre chacune de leurs espèces en particulier, sont analogues à ceux qui sont déterminés par une évacuation excessive de quelque nature qu'elle j)uisse être. L'urine des diabétiques est composée presque entièrement dune matière peu sucrée; néanmoins cette matière jouit de toutes ]es propriétés qui caractérisent le sucre, car elle est transformée en alcool et en acide carbonique par le ferment ; elle donne beaucoup d'acide oxalique, et ne donne point d'acide muqueux par l'acide nitrique ; elle est très-peu soluble dans l'alcool à trente-six degrés ; elle produit , quand on la calcine, peu d'huile, et beaucoup d'eau et d'acide carbonique. En ne donnant aux diabétiques que des alimens animalisés , leiu' urine change assez promptement de nature : d'abord on y trouve une matière albumineuse^ dont la quantité va toujours en croissant, et qui paraît être un signe non équivoque de guérison ; ensuite l'albumine disparaît peu à peu ; alors les reins commençant à suinter de l'urine, de l'acide urique et sans doute aussi de l'acide acéleux , l'urine ne tarde point à être semblable à celle d'un individu sain.

§ IL Description générale du Diabètes. ^

540. Les prédispositions ci causes occasionnelles ordinaires du diabètes sucré sont une constitution détériorée par de grandes hémorrhagies , des saignées

DIABETES SUCRÉ. 555

fréqiienlcs, 'des suppurations abondantes, des maladies longues qui ont exigé une diète sévère ; de ce nombre sont encore un abus de liqueurs alcoolisées , ou bien de boissons aqueuses cbaudcs ou lièdes , une habitation humide et froide , une vie sédentaire, une nourriture peu saine ou peu succulente , l'habitude

de la mélancolie, des chagrins profonds

541 . Signes précurseurs . Besoin fréquent d'uriner, sentiment de chaleur ou de froid qui se propage du ventre dans la vessie , accroissement progressif de la quantité de l'urine, gravité dans la région piécordiale , soif peu vive. — Première période. Débilité , abattement sans fièvre, point de douleur dans la région des reins ni vers la vessie , urine limpide , inodore , presque sans saveur et sans sédiment ; soif augmentée. — Deuxième période. Dessèchement de toute i'iiabitude du corps ^ maigreur, sentiment d'une chaleur peu vive , mais mordicante , à linlérieur ; besoin d'uriner plus fréquent, appétit qu'on ne peut assouvir, peau aride , maigreur, affaissement général , au point de ne pouvoir se soutenir sur ses jambes , soif extrême, fièvre lente, digestions pénibles, rapports acides , urine tantôt blanchâtre , tantôt jaunâtre , et semblable à une dissolution de miel dans l'eau , avec une saveur douceâtre et sucrée , et un sédiment grisâtre et abondant; peau sèche et rugueuse; quelquefois alternative du ^[onflement du ventre et de l'écoulément immodéré de l'urine. — Troisième période. Marasme complet, pouls petit ^ irréguiicr et intermittent, consomption , mort plus ou moins prompte.

§ III. Traitement du Diabètes sucré,

542. Combien sont vagues et frivoles les prétendues indications de donner plus de consistance aux humeurs , de les empêcher de se porter vers les reins , et de les détourner vers une autre partie ! On doit bien plus mettre son espoir dans l'emploi des toniques pour une maladie qui affecte toute l'habitude du corps , et qui tient à un défaut d'assimilation , ou plutôt à une déviation de la matière nutritive.

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