‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 16 sur 60 · LEE · texte numérisé non relu

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EN MÉDECINE. ch]

L'époque de la terminaison de la maladie et les circonstances qui peuvent l'accompagner, méritent surtout d’être notées avec le plus grand soin. Je ne puis m’étendre 1c1 sur Ja doctrine des crises , admise en général par tous les rigides sectateurs de la médecine hippocratique , et combattue tour-à-tour par des auteurs d’une réputation éphémère qui ne veulent que des moyens actifs dans les maladies aiguës. ( J’oyez sur les crises Dulaurens, Dehaën, Pordeu , etc.\ Je ferai cependant remarquer que les évacuations critiques s’annoncent rarement par l'appareil imposant des symptômes que Galien décrit, comme un dérangement singulier des fonctions , une respiration difficile , de vives secousses dans toute l’habitude du corps, la tension des hypochondres. Le plus souvent la solution de la maladie , quand elle n’a point été troublée dans son cours, s’annonce sans trouble et d’une manière calme , soit par l'éruption de quelques croûtes aux lèvres, ou par une urine un peu plus abondante et sédimenteuse , soit par une douce moiteur à la peau , une légère surdité, quelques crachats ou une expectoration mi MAÉ pie ou moins abondante , dans les maladies même où la poitrine n'avait éte lent affectée. Cette solution peut être aussi annoncée par quelques mucosités qui s'échappent par les narines avec éternuement : mais qu'on note ces changemens , et on s’assurera qu'ils s’opérent vers les jours désignés comme critiques.

Chirac, dont Fontenelle a fat un éloge si pompeux , a été un des adversaires les plus acharnés de la doctrine des crises ; la réputauon brillante dont il a jou , son titre de membre de l’Académie des Sciences

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et les grandes places qu'il a occupées, ont entrainé un grand nombre de médecins dans ses opinions depuis le commencement du siécle dérnier , et ont donné une grande vogue à Paris à la médecme active... Mais quelque affectation qu'il ait mise, dans son Traité des fièvres, à décrier cetté doctrine dés crises et à vanter les succes d'une pratique opposée , ne semblet-il pas, dans certains endroits de ses écrits , rendre hommage aux principes de la médecine expectante ? Par exeñple , en rendant compte de ses observations durant une épidémie , 1l avoue que quelques malades n'échappérent que par des sueurs copieuses qui avaient lieu le sepuème, le onzième ou le quatorzièéme jour. Les purgatifs employés dans les maladies aiguës n’agissent, suivant lui, qu'après le septième, le quatorzième ou le vingt-uniéme jour. « Les fièvres inflam- ». matoires , ajoute-t-1l encore , ne se terminent beu- » reusement que certains jours fixes, comme ceux dont on vient de parler ». Dans ces derniers temps , le célèbre Bouvart a été entiérement dans les principes de Chirac, tandis que Tronchin, élève de l’école de Leyde , s’est toujours déclaré pour la médecine expectante ; ce qui a mis un éontraste singulier dans leur pratiqué. On est étonné que Bordeu, si propre par ses talens etson ex périence à prendre un parti décidé, soit aussi vaciilant #1 si indécis dans ses Rechérches sur les Crises : peut-être que des considérations person .nelles , la crainte de choquer des esprits prévenus , ou . dite Fanimosité de ses rivaux, toujours si prompte à se réveiller et à tout envenimer , ont retenu sa

plume , et l'ont empêché de donner un libre cours à ses pensées.

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L'histoire exacte de la maladie ayant été ainsi décrite Jour par jour , quelquefois avec des circonstances superflues , ou un défaut d'ordre dans ses traits principaux , 1l reste à la rédiger avec méthode , à élaguer les détails trop étendus , et en présenter un tableau précis , correct et régulier. Hippocrate nous a laissé , comme je l'ai dit ci-dessus , des modèles de cette rédaction dans les histoires particulières qu'il a ajoutées aux constituuons épidémiques , surtout dans le premier et le troisième livres. D’autres auteurs que j'ai déjà cités dans la classe des fièvres | comme Dehaën , Grant, Finke , Stoll, Wagler, etc. , en ont donné encore de plus complètes ; mais c’est toujours en fai-

sant faire de nouveaux progrés à la méthode descripuve d'Hippocrate.

. C’est en rapprochant plusieurs observations faites dans un même lieu et durant une même saison, qu'on peut saisir les points d’analogie qu’elles présentent , et connaitre le caractère paruculier de ce qu’on appelle la consutution médicale de l’année. .…. Hippocrate a encore , dans cette partie , la gloire d’ avoir ouvert une carriére nouvelle. Qu'il ait, par exemple, à décrire les maladies régnantes de l’île de Tarse durant le cours d’une année : il trace d’abord avec rapidité la température de chaque saison , la direction particuliére des venis , la sécheresse où la continuité de pluie... {l remarque ensuite l’é poque de la fréquence des fièvres ardentes, leur caractère de bénignité et leurs terminaisons , l'espèce particulière d’éruption des parotides qui à distinguées , ete. Cette sorte d’observauons , qui demande à-la-fois un esprit trés-réfléchi et des vues étendues , a été abandonnée pendant un

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grand nombre de siècles, et n’a été reprise avec succes que long-temps aprés le renouvellement des sciences en Europe...

. L'influence des divers climats et des régions sur la santé et les maladies des habitans était un objet d'une trop haute importance pour échapper à la sagacité profonde et à l'esprit philosophique d'Hippocrate : aussi a-t-1l laissé , dans son ouvrage de Aére , Locis et Aquis (1), des principes de topographie médicale qui serviront à jamais de fondement à ceux qui se bvreront à de semblables recherches... Je ne puis m'empêcher d'en donner un exemple. « Ceux qui » habitent dans des lieux marécageux , dit le père de » la médecine, sont sujets à des affections catar- » rhales, surtout durant une saison pluvieuse et un » temps froid ; ils sont d’une consutuuon faible , et » sujets à des diarrhées ; les femmes y sont peu fé- » condes, ou elles sont exposées à de fausses couches. » En général , autant les dévoiemens, les dysente- » ries, les hémorrhoïdes sont fréquens, autant les » pleurésies , les péripneumonies , les fièvres ardentes » sont rares. Au contraire , on observe que les ha- » bitans des villes exposées au nord et au vent froid » Sont acüfs et robustes; 1ls ont le ventre resserré,

» Sont voraces et sujets aux maladies inflamma- » toires. » à

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(1) I existe une traduction et une édition très-soignées de ce Traité d'Hippocrate, avec des variantes et des notes pleines d'érudition, le rapprochement du texte grec et les relations des voyageurs modernes. C’est l'ouvrage d’ufliédecin des plus profonds dans la connaissance de la langue greeque, le docteur Coray, dont la modestie évale le savoir.

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‘Les grands précepies de topographie médicale donnés par Âippocrate ont resté un grand nombre de siècles sans être mis en œuvre ; et même aprés le renouvellement des sciences en Europe ils ont servi de texte à la foule des commentateurs, des traducieurs , des scoliastes , qui ne savaient pot sorür du cercle borné où les circonscrivait un respect superstitieux pour les écrits du pére de la médecine. Dans la suite même, les descripüons des consututions épidémiques se sont multipliées sans qu'on ait senti la nécessité de les faire précéder par une topographie exacte... Ce n’est guère que dans ces derniers temps qu'on s’est livré plus particuliérement à ce genre de recherches , dont les ouvrages périodiques et les Mémoires de Sociétés savantes ont offert plusieurs exemples. Les programmes de la Société royale de Médecine ont encore servi d'encouragement sur ce point s et on a vu ci-dessus quel en a été le fruit.

La topographie médicale de la haute- Auvergne , insérée dans le Recueil de ces Mémoires, est un exemple de l’immensité d'objets sur lesquels doit se porter l'attention d’un médecin observateur qui ne veut rien laisser échapper de ce qui peut influer sur la santé et les maladies de l’homme. Tous les phénomènes que présentent dans une région la nature inanimée et les corps organisés semblent également rentrer dans son domame ; mais les progrès qu’ont faits dans ces dermiers temps la minéralogie , la chimie, l’agriculture , la botanique et la zoologie , ne doivent-ils pas rendre encore plus difficiles les descripuons topographiques ? et ne faut-il pas les connaissances les plus précises sur ces différentes parties des æiences naturelles,

vil} MÉTHODE D'ÉTUDIER quand on a l'ambition de remplir dans toute son étendue là tâche qu’un semblable travail impose ? 1°. Décrire la position et les inévalités du sol, ainsi que les méiéores ordinaires aux diverses saisons de l’année. . Rechercher la nature du sol , êt déterminer sil y a 2 montagnes granitiques ou calcaires, si le pays a été volcanisé ou non, s'il y a des carriéres ou des mines de charbon de terre , etc. 5°. Examiner S'il y a des eaux marécageuses et stagnantes, ou bién si elles viennent d’une source pure ; faire l’analyse chi- RHIqUe des eaux minérales s’il s’en trouve. 4°. Caractériser les productions végétales employées : à titre d ri mens , celles dont on peut encore retirer des usages diététiques ou économiques , celles qui pourr aient être naturalisées (1) par un heureux choix de terrain propre à les recevoir , celles qu’on pourrait entüèrement substituer à des médicamens exotiques (Æssai sur quelques plantes indigènes , par Costes et illemet) , ( Burun , de bis ad blantis Belgicis in locum exoticarum sufficiendis ). 5° Faire menton des animaux , SOIt quadrupédes , Soit oiséaux , qui servent à des usages économiques , décrire leurs maladies et quels en sont les remèdes; caractériser les serpens ou les insectes venimeux du lieu, apprendre à à recon— naître lhabitation DADAMIERS des insectes nuisibles aux fruits, aux récoltes , à toutes les substances alimentaires. 6°, Enfin décrire la constitution physique

oo,

(1) Voyez dans les Aménités académiques de Linné. les Dissertations qui ont pour titre : Stationés plartarum , Plantæ esculentæ, Acelaria, Panis dicteticus, Flora œconomica , Plante ténctoriæ , Culina mutata , lc.

EN MÉDECINE. cix et morale des habitans, leur manière de vivre, les inaladies endémiques , celles qui suivent l’ordre des saisons , les causes générales qui peuvent les produire et les moyens d’y remédier , dont l’observation et l’expérience ont constaté les avantages.

La médecine avait paru jusqu'ici renfermée, pour l'exercice de la clinique, dans certaines limites qu'on ne pouvait franchir. Voulait-on tracer le caractère particulier des maladies régnantes d’une saison ou d’une année déterminée, c’est-à-dire, les traits disunctifs de la consutution médicale, on indiquait d’une manière générale et indéterminée un certain nombre de maladies observées , dont on assignait vaguement le caractére générique , sans distinguer les maladies simples et leurs diverses complications , sans déterminer même le nombre respecuf des mêmes maladies etles modifications particulières qui tenaient aux localités. Comment pouvait-on , au milieu de cette confusion, indi-

quer l'influence particu:ière des saisons sur la produc-

üon des maladies ? L’applicauon de l'analyse à la médecine a pu seule faire disparaître ce défaut de préeision et d’exacutude, et c’est là l’objet que je me suis

Te 2 . + spécialement proposé en publiant mon ouvrage sur la

Clinique. J'ai voulu d’abord mamifester,. par un trèsgrand nombre de faits observés , que toutes les histoires des maladies aiguës recueillies en différentes années à l'hospice de la Salpêirière ,| pouvaient être rappelées au cadre général de ma Nosographie, et rapportées à des espèces simples ou compliquées. La connaissance de la position topographique de l’hospice , du régime et de la manière de vivre des personnes soumises à l’ob- servation, a donné ensuite lieu à des considérations

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