CX MÉTHODE D'ÉTUDIER
particulières sur les modifications des maladies inci= dentes produites par les localités, sur la “fréquence plus ou moins grande de certairies maladiés', le degré plus ou moins intense des symptômes, lus compli= cations les plus ordinaires , etc.
Un principe que personne ne conteste, et qui a été et sera toujours le vrai fondement de l'enseignement de toutes les sciences, non moins qu’un guide assuré dans les recherches les plus difficiles, c’est de passer toujours par degrés du simple au composé , de se former d’abord des idées exactes et précises des objets pour ainsi dire élémentaires , avant de passer aux idées complexes. Or, c’est cette marche que j'ai transportée, il y a quelques années , à l’enseignement de la médecine, et j'ai joint ( Méd. clin.) l'exemple au précepte. Ainsi, après avoir donné séparément les caractères de la fièvre angioténique ( inflammatoire ) et de l'embarras gastrique, je donne les caractères de leur complication. J'en fais de même pour la fievre gastrique avec des retours d’embarras gastrique. J’ai porté même plus loin lattention dans les maladies compliquées trèsgraves , et qu'il est très-important d'analyser : je place dans trois rangs différens les symptômes , suivant qu'ilssont propres ou communs à chacune de ces maladies élémentaires. Ainsi, dans la fiévre bilioso-putride , ou gastro-adynamique, je forme trois colonnes paralleles , l’une destinée aux symptômes gastriques , l’autre aux symptômes adynamiques , et la troisième aux symptômes communs. J'en fais de même pour la fièvre gastro-ataxique , pour le catarrhe gastrique, pour le catarrhe adynamique. J’ai été même plus loin dans les ças d’une triple complication : j'ai montré qu’on pou-
EN MÉDECINE. ex} vait former également quatre colonnes : c’est ainsi que; dans un catarrhe gastro-adynamique, je distingue ; 1°. les traits distincüfs du catarrhe, 2°. ceux de la fièvre gastrique, 3°. ceux de la fièvre adynamique, 4°. les symptômes qui peuvent être communs aux uns. et aux autres. Je pense avoir assez multiplié les exemples pour qu'on puisse , avec un esprit attentif et dégage de toute prévention , parvenir à se former desidées exactes des maladies les plus compliquées, lorsqu'on connaît celles qui leur servent pour ainsi dire d’élémens (1). On peut même voir celles-c1 marcher quelquefois de front sans obstacle, et d’autres fois s'entraver et aboutir , apres une certaine durée , à une terminaison favorable ou funeste. |
Il serait inutile d’insister 1c1 davantage sur la manière de décomposer les maladies aiguës compliquées pour en bien connaître l’histoire , puisqu’elle se déduit naturellement des principes fondamentaux qui seront exposés dans la Pathologie générale, et que mon ouvrage sur la Clinique en offre l’application la plus répétée. Je pourrais encore invoquer comme témoignages authentiques les nombreuses éditions de ma Nosographie, et la foule des élèves sortis depuis plus de vingt années des écoles de Paris. On doit ajouter enfin, pour écarter toute idée de prévenuon trop favorable , que cette méthode est une suite naturelle des progrès qu'avait faits la médecine en Aïllemagne , notamment à Berlin et à Vienne.
On peut fixer à quelle époque les diverses parues de l’histoire naturelle , la botanique , la minéralogie , l'entomolosie , etc. , ont formé un corps régulier de doctrine, et ont mérité à juste titre le nom de sciences :
exi} MÉTHODE D'ÉTUDIER
c’est lorsque les objets connus qui étaient du ressort de chacune d’elles sont venus se placer comme d’euxmêmes dans un cadre donné , qu'ils ont été désignés et décrits par des caractères manifestes aux sens , qu'on à pu, par conséquent , en transmettre la connaissance aux autres , et indiquer, même d'avance , la place que viendront occuper d’autres objets nouveaux, à mesure que l'esprit d'observation prendra un nouvel essor.
Le but de ma Nosographie a été de prouver qu'une.
époque semblable paraissait être arrivée pour les maladies aiguës , et celui de ma Médecine Clinique est de le manifester par des exemples qui me sont propres.
Cette science , si étroitement liée avec toutes les autres parues de l’histoire naturelle , est comme entrais née par la disposition générale des esprits et le gout dominant du siècle. On a pu, dans iout autre temps , æubliex pêle-mêle les histoires d’une foule de maladies qui n'avaient aucune afhinité entre elles , et dont l’ensemble présentait l’image d’un entassement sans ordre et sans méthode, autant par leur réunion que par le style lâche et diffus qu’on avait adopté dans leur rédaction. On ne peut maintenant, sans blesser les lois du goût, suivre cette marche ; et une impulsion générale nous porte à coordonner les faits en médecine suivant leurs degrés d’affinité, c’est-à-dire à les classer suivant la méthode des naturalistes. Comment, par exemple, puis-je rendre sensibles les caractères fondamentaux de la fievre adynamique , etapprendre à faire bien distinguer ses formes variées, si ce n’est en réunissant pneu histoires sous le titre générique de cette fièvre ? Comment puis-je rendre bien sensibles ses difdifférences d'avec la fièvre ataxique , qu'en réumissant
En
EN MÉDECINE, cxii} de même plusieurs histoires sous ce dernier ütre, eten offrant par là un objet de comparaison avec la fièvre adynamique ? La Classe des fièvres , ainsi que celle des phlegmasies, sous-divisées en divers Ordres > présentent ainsi, chacune séparément , un vaste ensemble dont toutes les parties sont liées et distribuées dans de Justes proporuons , de manière à pouvoir en faire , Sans au— cune erreur grave, des applications utiles à la clinique.
Dans l’état actuel de nos connaissances , C’est encore une grande carrière ouverte à l'esprit de recherches, que la détermination perfectionnée des Signes propres à (caractériser les maladies , leur valeur respecüve, le degré d'importance de certains d’entre eux , la nature équivoque ou même la nullité de beaucoup d’autres, les incertitudes qui Uennent au peu de lumières ou à la dissimulation de certains malades qu’on ques-
Uonne, etc. Les anciens ont eu soin sans doute de
faire connaître les signes qui sont plus on moins favorables , ou d’un augure plus ou moins funeste , et c’est ce qui a donné lieu à la plupart des Aphorismes où des Prénotions Coaques d'Hippocrate. Mais comme ces sentences graves ne sont point liées à des descriptions particulières des maladies et à un cadre général de Nosographie, il est trés-difficile d’en conserver la mé-
moire, et plus difficileencore d’en faire une à pplicauon
exacte. Îl est nécessaire de plus en plus, pour donner
plus de précision à la médecine, d'apprécier avec un
soin extrême les signes spécifiques des maladies, de former une sorte de termimolosie d'après les observations les plus répétées, et de faire alors une distinction sévère de tout ce qui ne tient point aux variétés de l’Âve
te) Ti h
Ex1V MÉTIODE D'ÉTUDIER
du sexe, de la saison, de la constitution indivi-
duelle.
Quelques notions particulières sur les moyens d'étudier et d'observer les Maladies chroniques.
Les maladies aiguës, le plus souvent l’apanage d'une constitution forte et robuste , et d’une vie acuve et exercée, offrent sans doute, dans l’état actuel de nos connaissances , un corps de doctrine régulier et cohérent dans ses diverses parties, à peu d’exceptions prés ; et quand on se livre à la médecine d’observauon , après une étude assidue et bien dirigée, et la fréquentation des hôpitaux, 1l est difficile de ne point convenir qu'on est parvenu, sur plusieurs de ces parties, à des principes fondamentaux dont on ne peut guère s'écarter, et qui dans la suite des temps éprouveront peut-être peu de variations. Il n’en est pas de même des maladies chroniques, qui sont pour la plupart le partage ordinaire des deux extrêmes de la société, d’un état de privauon et de détresse , ou bien de celui de V’aisance et des richesses, qui ménent à des excès ou à des abus de tout genre : elles sont bien loin d’être parvenues au même point que les maladies aiguës, soit pour la docirine et les résultats de l’observation , soit pour une classification méthodique, et 1l est difficile même de prévoir quelle sera l’époque ou le terme desiré de leur perfectionnement ultérieur. Une Orga= misation débile par origine, ou bien détériorée par des écarts de jeunesse, et, ce qui est pire encore , par une habitude invétérée des mêmes écarts pendant Jai décadence de l'âge, l'essor immense qu'a pris l'ambis
EN MÉDECINE. CXY tion de l’homme , soit pour les honneurs et les biens de la fortune , soit pour les disunctions du savoir et de la célébrité, une vie sédentaire qui entrave toutes les sécrétions et énerve le mouvement musculaire, en même temps que la bonne chère et lintempérance fournissent une exubérance des sucs nourriciers, tous les arufices de la débauche pour réveiller l’activité des organes flétris, les alternatives des veilles, d’une application forte et des travaux du cabinet, des chagrins concentrés, des contrariétés sans cesse renaissañites , le choc orageux de toutes les passions au sein même des familles où devraient régner le calme, l’ordre et J’harmonie : que de sources fécondes de maux physiques ou moraux, et de toutes les affections invétérées qui font également le désespoir du médecin, du ma- Jade et de tout ce qui l’environne !
On ne doit point se dissimuler que la ligne de démarcation à établir, dans un cadre nosographique , entre les maladies qui ont une marche aiguë ou chronique, est lom d’être fixée, et que même elle est fortement contrariée lorsqu'on fonde seulement ses divisions sur la structure et les fonctions organiques des parties , puisqu'il arrive souvent qu'une maladie aiguë d’une certaine espèce passe à un état chronique. Ne voit-on point, par exemple, quelquefois un état tuberculeux ou une ulcération du poumon, succéder à une péripneumonie simple ou compliquée, une pleurésie donner lieu à un hydrothorax, une péritonite chronique ou une ulcération des intesuns terminer une phlegmasie aiguë? et, ce qui est encore bien plus ordinaire dans les phlegmasies des membranes muqueuses, l'observation de chaque jour n’apprend-elle point que
CXY] MÉTHODE D'ÉTUDIER
l'ophthalmie, le catarrhe pulmonaire, la dysenterie , la blennorrhagie, etc., après avoir suivi la miarche d’une maladie aiguë , finissent par devenir chroniques? Ce serait donc porter atteinte à l'esprit d'ordre et de méthode, que d'isoler les considérations de certaines maladies aiguës de celles des maladies chroniques analogues. Les maladies chroniques forment en médecine des classes très-étendues ; et comme, en général, elles dérivent de certains écarts de régime , des excès de tout genre, de tous les désordres des sociétés policées , elles offrent quelquefois des symptômes si confus, des affections si variées et si irrégulières, que observateur le plus pénétrant a besoin de redoubler de zèle et d'attention pour ne point prendre le change, et pour saisir avec justesse ce qui fait le caractère fondamental de la maladie, en mettant de côté les variétés accessoires qui üennent à des dispositions individuelles. Que de vacillation , que d’incertitudes n’entraînent point ces obscurités sur les principes du traitement médical dans des cas très - compliqués , même en joignant à de grandes lumières un jugement trés-sain et les résultats d’une expérience très -réfléchie ! ;
C'est assez indiquer la sage retenue qu'exigent, en général , l'observation et le traitement des maladies chroniques : lune et l’autre tiennent par des connexions immédiates à toutes les sciences. L'histoire des passions humaines étant étroitement liée à celle des vésanies, de la mélancolie, de la manie, les moyens préservatifs de ces maladies mentales peuventils être puisés dans d’autres sources que dans une étude profonde de Ja philosophie morale ? peut-on en dé-
EN MÉDECINE. CXYI] crire les symptômes si on n’a analysé avec Locke et Condillac les fonctions de l’entendement humain ? . Les maladies spasmodiques de tout genre ne sont-elles point le fruit ordinaire de la dégénération de l’espèce humaine, de l'abus des plaisirs des sens, d’une vie plongée dans les langueurs de l’oisiveté et de la moilesse ? Inuules ressources, ou du moins effets très-passagers de tant d'élégantes formules d’anti - spasmodiques , et alternative nécessaire d’un changement de mœurs où d’une suite d’affections nerveuses toujours renaissantes ! C’est par une applicauon constante des préceptes de l’hygiène qu’on peut surtout obtenir des effets durables ; et de là la nécessité d’une étude approfondie de cette partie de la médecine. Comment observer et décrire les asphyxies, si on n’est familier avec les principes de la sensibilité et de lirritabilité , et avec la doctrine des substances aériformes ?
La doctrine générale des maladies chroniques, malgré les écrits nombreux anciens ou modernes qu'elles ont fait naître, est loin de former un ensemble aussi régulier et aussi bien coordonné que celui des maladies aiguës, dans l’état actuel de la science. Certaines d’entre elles semblent être une suite des maladies aiguës, et, comme je l'ai déjà dit , une sorte de dégénérescence de ces dernières, le plus souvent des phlegmasies , dont l’histoire est par conséquent liée avec la leur; mais les névroses, par exemple, ne formentelles point une Classe indépendante? Et quelque profondément cachée et inconnue que soit la puissance nerveuse , ses lésions, en suivant un plan régulier d'enseignement , ne doivent-elles point être distinguées par les signes extérieurs qui les accompagnent?
CXVII] MÉTHODE D'ÉTÉDIER
et ne doit-on point les considérer séparément dans chaqué organe où se manifestent ces lésions ? C’est dinsi qu'un ordre méthodique exigé, dans l’état actuel de nos connaissances, qué les affections nerveuses de la vision soient groupées ensemble , ainsi que celles dé l’ouïe, celles du cerveau ou du trajet des nerfs qui en dérivent, etc. N’en doit-il point être de même de Ja digestion, de la respiration, de la circulation, et dés parties qui servent à la reproduction ? On revient toujours par là au fondement le plus solide de toute distribution méthodique des maladies, c’est-à-dire , # Ja structure anatomique des parties et à leurs fonctions naturelles , quelque difficile qu’il soit ensuite dé s’élever de Ja considérauon des Génres et de leurs lésions à celle dés Ordres...
L'anätomie pathologique a fait, sans doute , de grands progrès depuis un deri-siècle , surtout depuis que Morgaghi à communiqué la pureté de son goût pour ces sortes de récherches, en ÿ joignant des discussions pleines de justesse et d’exactitude. Mais suffitil de fire connaître les apparences manifestées à l’intérieur après la mort? Et quel avantage réel en peut relirer la science , si on ne fait précéder une histoire exacte du caractère et de la marche de la maladie, rapportée à un tableau nosographique , avec une déterminauon précise de la place qw’elle y doit ee et quelques notices sur ses principales variétés ? quelle immensité de faits restent nuls ét entièrement stériles pont les progrès de la science, parce qu'ils sont privés de cet ay antage ! Je nie suis donc borné à une distribuuon purement arüuficielle dans la cinquiéeme Classe, qui a pour objet les lésions des fonctions or
EN MÉDECINE, CxiX paniques , en attendant des perfectionnemens uliérieurs de la clinique, que tout semble nous promettre. … à Mir dE
Le vaste plan d’ensexgnement suivi dans la Faculté de Médecine de Paris, et les lecons savantes données par chaque professeur particulier ,; me dispensent d'entrer dans d’autres détails relaufs à l'étude de ma Nosographie , qui fait partie de cet ensemble régulier, et avec lequel elle doit être coordonnée. Je conviens qu'une prévention exagérée ne doit point faire attacher trop de prix aux méthodes de classification, même les plus perfectionnées ; mais on ne peut pas se dissimuler les grands avantages qu'on en a retirés, autant pour acquérir des connaissances solides et bien coordonnées, que pour les communiquer aux autres. Le médecin qui ne craint pas de se juger avec sévérité , et qui est toujours en garde contre l'erreur ou des préventions dangereuses , a-t-1l une autre marche à suivre pour se rendre à lui-même un compte fidele de ce qu'il observe, pour saisir les traits distincüifs des maladies , les comparer avec celles qui leur sont analogues dans les auteurs , et marcher ainsi dans la ligne directe d’une expérience éclairée ? Loin de me flatter d’être à l'abri de toute critique , j'appelle, en divers endroits de mon ouvrage, l'attention des praticiens sur des maladies qui ont besoin d’être l'objet de recherches ultérieures et dont le caractère n’est point encore assez connu. Quant à ceux dont l’imaginauon se repaît de théories frivoles, et qui, dans leurs ouvrages , se jouent , pour ainsi dire , du lecteur , par des rapprochemens disparates , ou qui, iourmentés de l'éclat que jette une doctrine généralement adoptée , dé-