‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 19 sur 60 · OÙ ESSENTIELLES · texte numérisé non relu

OÙ ESSENTIELLES

remarques critiques sur des Nosologies anciennes ou

d’autres récentes formées sur leurs modèles, et on doit

s'arrêter principalement sur un ouvrage HAS et lu-

mineux , qui a paru plus récemment sur la même ma-

uére , et qui, après une discussion sage et raisonnée ,

re avoir fixé les suffrages des hommes les plus éclat-

rés. T'el aété l'ouvrage du docteur Selle, médecin du feu

roi de Prusse ( Elementa Pyretologiæ methodicæ. Be-

rolini, 1775). L'auteur a reconnu, à cetie époque , que la complication des fièvres entre élles rendait sur-

tout nécessaire, dans cetie partie, une distribution

propre à faciliter la connaissance de la maladie et du

traitement, Get objet lui avait ne mériter une alten—

üon sérieuse , et, comme 1l ne s’est point flatté d’ avoir

vaincu cette dificulté , il a laissé cette tâche à remplir à quelque autre auteur. Il déclare avec candeur avoir fait ce qu'il a pu, et du moins ne s'être point

‘écarté de la voie tracée par l’expérienée des médecins

les plus habiles. Le docteur Selle avait donc vivement senti les irrégularités et les'défauts des Nosologies connues, à cause de la complication si ordinaire des ma-

Jadies entre elles, et surtout par le sens vague des mêmes dénominations qu’on appliquaitindisunctement

à des fièvres , soit simples , soit compliquées.

8. On admire, dans la Pyrétologie de Selle, une érudition seb et un talent distingué , qui s'é—. tait ouvert une route nouvelle. La doctrine même relative à ce qu'on appelle vulgairement Jièvres malignes , a recu , par le rapprochement heureux des faits, une forme et une distribution auparavant inconnues. Mais ne résulte-t-1l point une sorte de confusion de. renfermer daris une seule Classe les fièvres essen-

10 FIÈVRES PRIMITIVES tielles et les phlegmasies, qui sont des maladies primiüves souvent différentes ? Peut-il d’ailleurs résulter un tableau régulier et très-méthodique de assemblage incohérent des maladies simples, ou qui n’offrent qu'un ordre de symptômes , et de celles qui en offrent plusieurs, et dont les combinaisons Reno donner lieu à un le indéfint d'Espèces ? Ne fallait-il point se borner à l'énumérauon des premneres , pour circon— scrire ce tableau, et indiquer, sous forme d’ appendice. & toutes les complications qui peuvent résulier de leur réunion réciproque? Enfin, une semblable Pyrétologie ne devait-elle point être soumise à l'épreuve d’une clinique dans un grand hôpital, pour sortir du chaos où les auteurs en médecine nous ont entraînés par la variété des dénominations, linexacuitude des descriptions , et leurs théories vanes ou chimériques ? Le docteur Selle n'a-t-1l donc point substitué, en spl de nouvelles | difficultés à celles qu Al s'était proposé de vaincre ? 9- Il a donc été nécessaire de fonder la classification pyrétologique sur d’autres bases, de séparer d'abord en deux Classes les fièvres et les phlegmasies et de n'admettre dans la série des objets de la premiere que des fièvres simples, c’est-à-dire, qui n'offrent dans leurs cours qu’un certain ordre de symptômes. Il n’a plus été possible alors de conserver les dénominations anciennes de fièvres inflammatoires , bilieuses, pituiteuses , puir idles., malignes, qui ont un sens tresvague et en , en sorte qu'il est impossible de s'entendre. Jai cru devoir subsütuer les six Ordres suivans de fièvres qui, dans leur état de sumplicnté, ou par leurs diverses complications , semblent embrasser toutes les fièvres primitives ou essentielles

| OU ESSENTIELLES. II connues : 1°. fièvres angioténiques | marquées au de- “hors par des signes d'irritation et de tension des vaisseaux sanguins ; 2°. flévres méningo-gastriques , dont le siége primiüf paraît correspondre à la région épigastrique ; 3°. fièvres adénoméningées , dont tous les symptômes indiquent une irritauon des membranes muqueuses du conduit intestinal ; 4°. fièvres adynamiques , qui se manifestent , surtout à l’extérieur, par des signes d’une débilité extrême et d’une atonie générale des muscles; 5°. fivres ataxiques, marquées par des alternatives d’excitation et d’affaissement avec les anomalies nerveuses les plus singulières ; 6°. fievres adéno-nerveuses , sorte de fiévres ataxiques avec des ‘affections simultanées des glandes. Ces dénominations , fondées sans doute sur certaines apparences extérieures, et sur des signes de quelque lésion des fonctions, ne sont nullement destinées à exprimer la nature intime des fièvres, objet éternel de vaines discussions et de controverses qu'on doit désormais éviter. J’attache seulement du prix à l'exactitude historique des descriptions , que j'ai toujours cherché à établir sur le rapprochement des faits paruculiers les mieux constatés et manifestés au dehors par des signes non équivoques, en abandonnant d’ailleurs toutes les explications scientifiques qu'on pourrait y jomdre.

10. Plusieurs éditions successives de ma Nosographie ont soumis cette Pyrétologie, comme toute autre partie , à des discussions critiques plus ou moins sé— vères (rt), et j'aicherché de bonne foi, pour ma propre

(1) La division nosologique des fièvres m'a paru de plus en plus remplie de difficultés à mesure que j'ai cherché à la rendre

instruction , leur véritable degré de valeur : elle a con- tinué d'être mise à l'épreuve de la clinique dans mes visites journalières des malades, et je n'ai cessé de provoquer sur ce point la sévérité des médecins les plus éclairés, soit dans la capitale , soit dans les départemens. J'avoue que tous les cas qu'on a allégués comme des exceptions à ma méthode, ne m'ont paru , aprés une attention sérieuse, que de simples variétés, dont le nombre sera toujours indéfini ; et men est-il point de même dans toutes les autres sciences physiques? Lom de me borner à quelques phrases nosologiques abstraites, j'ai embrassé dans mes descripuons génériques l'ensemble et la succession des symptômes , depuis l'invasion des diverses fièvres jusqu’à leurs terminaisons favorables ou funestes. Ce n’est ici qu'une application particulière des principes que j'ai développés ailleurs dans les articles : Analyse appliquée à la médecine..….. Classification des maladies... Décomposition des maladies compliquées. (Dictionn. des Scienc.

plus exacte et plus complète. Si on veut étre sévère dans ses jugemens , la doctrine des fièvres , telle que je l'ai exposée jusqu'ici, serait sans doute, dans les circonstances actuelles, susceptible de quelques changemens, ou du moins d’être énoncée, sur quelques points, aveclescaractères du doute, si les faits particuliers sur lesquels portent les assertions générales étaient plus précis, et leur méthode descriptive plus perfectionné. s;

Le docteur Alibert a trouvé*plus commode de faire disparaitre cette classe de sa nosologie , quoiqu’elle embrasse elle seule peut-être les trois-quarts des maladies de l'espèce humaine. Dés-lors ; son savant ouvrage sur les fièvres pernicieuses , qu'il est si important d'approfondir, ne formera qu'une simple variété, ce qui sera digne de remarque.

OU ESSENTIELLES. 13 méd.); ces objets entreront aussi dans le Traité de Pathologie que je vais publier, et qui manque à l'en seisnement public dans l'état actuel de nos connaissances. ;

11. Apprendre à connaître la doctrine des fièvres primitives, chercher à approfondir leurs caractères distinctifs, se rendre même familiers les écrits des Pyrétologues les plus estimés , et suivre ainsi les progrès de la science chez les nations les plus éclairées , ce n'est encore là qu'un acheminement à une application judicieuse d’une nouvelle méthode ; un vrai talent ne peut se perfectionner que par une fréquentation assidue des hôpitaux , et par une attention vive et soutenue , d’abord fixée sur les symptômes fondamentaux, puis sur leur succession et leur ensemble ; 1l importe encore d'examiner si la maladie est simple , avec un seul ordre de symptômes, ou bien si elle est compliquée ; et dans l’un et l'autre cas, de suivre avec un soin scrupuleux , jour par jour, Li marche de chaque fièvre et ses terminaisons variées , pour en bien saisir l’histoire entière; car, pour acquérir des idées nettes et précises de ce point fondamental de la médecine, il faut circonscrire un horizon trop étendu , et placer d’abord en sous-ordre les détails du traitement. C’est dans ces vues que j'ai publié mon Traité de Médecine clinique, destiné surtout à éclairer ma méthode nosographique des fièvres, en élaguant , dans la rédaction des faits particuliers, un sue nombre de circonstances accessoires du traitement, pour ne point surcharger ce tableau (1). Depuis cette époque, on a

(1) C'est en réunissant, par une sorte d’abstraction, les histoires

donné une foule d'observations plus étendues dans les journaux de médecine, dans des monographies par— ticulières ou des dissertations présentées à l'Ecole; on a pu alors se permettre des descriptions plus détaillées et plus relauves au traitement, en se proposant un autre but. L'objet primitif de ma Nosographie a été de porter de la précision et de l'exactitude dans l'histoire des maladies , et d'imprimer ainsi la direcuon la plus salutaire à l'étude de la médecine, regardée dé sormais comme une science physique.

12. On a publié, depuis quelques années , à Paris, comme une nouveauté en Pyrétologie , la découverte . d’une certaine fiévre, dite simple, qui ne peut être, dit-on, rapportée à aucun des Ordres que j'ai indiqués, mais qui peut les former par sa complication avec des symptômes inflammatoires, bilieux ou gastriques , muqueux , elc., et on cite surtout pour exemple les fièvres intermittentes. Mais comme :1l paraît qu’on se fait illusion , et qu'on donne une exis-

des maladies de la méme espèce que l’on commence , la première année de ses études médicales , à distinguer les grandes masses les unes des autres. La seconde année de ses études, on cherche à acquérir des idées plus claires : 1l faut puiser dans les meilleurs auteurs , ou rédiger, au lit des malades , quelques journaux détaillés d'histoires particulières décrites suivant la methode antique. Enfin, la troisième année, on doit y ajouter l’ensemble général des maladies aiguës disposées en C/asses et en Ordres : c’est alors surtout que mon ouvrage sur la clinique ( la Médecine clinique rendue plus précise et plus exacte par l'application de l'analyse, 3° édition, Paris 1815 ) est peutétre le plus utile commentaire de ma Vosographie , en liant par des nœuds indissolubles les généralités avec les détails.

OÙ ESSENTIELLES. 15 tence réelle à ce qui n'est qu'une idée abstraite et générale , je me dispense de toute critique, et je me bornerai à faire remarquer que, dans cette nouvelle acception de fièvre simple, on a voulu désigner un état: dans lequel il n'existe que les symptômes les plus vrdinaires et les plus constans de toutes les maladies fébriles , tels que le froid , la chaleur, la sueur, la fréquence du pouls, sans aucuns caractéres bilieux , .muqueux, ataxiques, etc. Pour admettre l'existence de cette sorte de fièvre, il faut l'avoir observée et en avoir choisi des descriptions complètes et authentiques. Ce n’est pas ordinairement parmi les fiévres continues , qui ont presque toujours, pendant tout leur cours, un caractère bien prononcé, qu'on a cherché des exemples ; mais on a pensé que les fièvres intermit- . tentes offraient plus souvent cette apparence de sim phcité. Nul doute en effet que ces dernières, après une longue durée, ne perdent les signes de leur nature primitive, etne soient souvent alors constituées par des accès où l’on observe seulement le frisson , la chaleur et la sueur ; quelquefois même l’un ou lauire de ces symptômes vient à manquer : mais doit-on , pour reconnaître la véritable nature des objets, ne les considérer que quand 1ls sont dégénérés et qu'il n’en reste en quelque sorte que des vestiges ? Le véritable point de la question est de savoir s’il y a de ces fiévres qui, des leur origine , n’ont été n1 bilieuses n1 muqueuses , ni d'aucun autre Ordre : or, toutes les fois qu’un observateur attentif et non prévenu a pu les observer à leur début , il aura reconnu l’un ou l’autre de ces derniers caracteres.

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