INTRODUCTION
à la première, qui constitue, à proprement parler, la science médicale ; car chercher à bien connaître le cours et la terminaison naturelle des maladies, n'est-ce point apprendre à bien les diriger ?
Les faits particuliers, c’est-à-dire les histoires individuelles des maladies internes, tracées avec soin pendant leurs cours entier , ont été et seront à jamais les vrais fondemens de toute doctrine solide ; mais ces faits, épars dans les écrits des Anciens et des Modernes, doivent être recueillis avec choix et avec un discernement qu'on ne peut acquérir qu'en s’exerçant soi-même dans le genre descripuüf, et en se jugeant toujours avec sévérité. Combien de faits semblables sont écrits avec prévention ou d’une manière superficielle ! Combien d’autres n’offrent aucune méthode dans l'art de les décrire, ou portent le caractère
déjà donné lieu à des milliers de volumes, toujours avidement accueillis par une crédulité confiante. Ces faux dehors de la science médicale, ainsi que l'habitude automatique de voir des malades et de leur prescrire au hasard des médicamens , ont été tour-à-tour le digne objet des traits satiriques de Pline, Montaigne, Molière, Rousseau , etc. , et n'ofiriront jamais qu'instabilité, jactance, et une source éternelle de dérision et de plaisanterie. Je netraite ici que
de la médecine regardée comme une des sciences physiques.
INTRODUCTION. iif d’une médiocrité présomptueuse ! Tjautres, en grand nombre, ne sont-ils pas défigurés par de vaines théories ou un entassement gratuit de formules de médicamens ? Il faut donc bien distinguer les vrais résultats de l’observaion de ce qui est douteux ou équivoque.
Le plan vaste qu'un pareil ouvrage embrasse , la saine critique qu’il a exigée, et les recherches qu'il a rendues nécessaires, autant sous le rapport d’une érudition choisie que de exercice éclairé de la Médecine dans les hôpitaux , n’ont pu être que le fruit d’un travail d’une longue suite d'années. Ils supposent qu’on s’est successivement appliqué de bonne heure aux sciences physiques, et même aux sciences mathématiques, pour se former à l'exactitude et à la rigueur du raisonnement, et qu’on a allié d’abord aux études ordinaires de Médecine dans les Facultés célèbres la fréquentation assidue des hôpitaux, pour prendre des notes régulières sur le cours naturel des maladies et leurs caractères distinctifs. On a dû ensuite être appelé, par des circonstances heureuses , à remplir de grandes places, soit dans l’enseignement public de la Médecine vd R soit dans la direction médicale de quelque
grand hôpital , et encore mieux avoir été porté à faire plusieurs années des leçons de Clinique
1x INTRODUCTION.
interne en présence d’un grand nombre d’élèves. On offre alors un sûr garant que les maladies ont été étudiées avec un grand soin durant leur cours entier, qu’elles ont été comparées entre elles pour en saisir les analogies et les différences , que les plus compliquées ont été analysées méthodiquement, qu’enfin on a tâché de ne rien laisser échapper, dans leurs diverses périodes , pour en prévoir l'issue favorable ou funeste. | Mais j'ai senti vivement en tout temps , CË je sens chaque jour davantage, combien il importe, à l'exemple des Naturalistes, de cultiver la science des signes, de se former sans cesse à bien saisir les caractères extérieurs des maladies internes, et d’être toujours en garde, dans les cas difliciles, contre l'illusion et l'erreur. Il est bien reconnu , en effet ; depuis la plus haute antiquité, que les maladies internes portent, chacune à leur manière, sur diverses fonctions organiques, une atteinte passagère ou durable; qu’elles se marquent au dehors par des changemens qu’un œil exercé apprend à saisir, et dont on trouve le recensement général res tous les ouvrages de Séméiotique.
anciens et modernes, notamment dans celui:
de Grunner, et dans le Traité dont M. Landré-Beauvais vient de publier une troisième
INTRODUCTION. Ÿ édition (1); mais les signes ou symptômes considérés comme des caractères distinctifs des maladies , et propres à servir à les classifier , en rendant évidentes leurs conformités générales et leurs différences, doivent être étudiés d’une manière particulière, en s'arrêtant toujours à propos, et sans aller se perdre dans des raisonnemens vagues sur des objets que l’entendement humain ne peut pénétrer. C’est là une des attentions fondamentales qui ont présidé à l'exécution de ma Nosographie. Lorsqu'on recherche ces signes au lit des malades, quelques-uns sont très-apparens , d’autres plus ou moins prononcés où équivoques , certains peuvent n'avoir aucune valeur , ou même être propres à égarer dans des cas très-compliqués, et alors il faut savoir les rejeter et leur en substituer de nouveaux. Combien alors sont nécessaires un grand discernement et une sage retenue !
Une distribution méthodique et régulière suppose dans son objet un ordre permanent et assujetti à certaines lois générales; or, les maladies , qu’on regarderait à tort comme des écarts ou des déviations de la nature, n’ont-
(1) Séméiotique, ou Traité des Signes des maladies,
par À. J. Landré-Beauvais”, in-8° , 3° édit. Paris, 1818,