‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 21 sur 60 · ORDRE PREMIER · texte numérisé non relu

ORDRE PREMIER

FIÈVRES dites INFLAMMATOIRES (1).

SE Considérations générales et Histoires particulières. *

16. Qu. est difficile en médecine, même pour les hommes qui ont le plus de sagacité et de lumiéres, d'éviter toute espece d'illusion dans l'observation des faits, de s’en tenir rigoureusement à la marche de la nature, sans y joindre quelque fiction d’un esprit prévenu, ou sans céder à l’autorité de quelque nom célèbre ! Combien le grand exemple qu'Hippocrate a donné, dansle ar et le troisième livre des Epidé= mies, est peu suivi! L'autorité imposante de Galien, et la disunctüion qu'il fait de la fièvre synoque , qu'il divise en putride eten non-putride, ont été une source féconde de dissentions , de théories et de commentaires. Cette distinction n'était nullement fondée sur des faits clairs et précis, ni déterminée par des signés sensibles ; on lui a donné les interprétations les plus arbitraires.

(1) Synonyme. Synochus imputris et Synochus putris , Gariex; Synocha simplex ; et acuta sanguinea ; HoFFManx ; Febris continens vel Synocha , Sraus ; Febris inflammatoria ; Srozz , etc. >; Syrocha, Sauvaces, Cure, etc. ; Fièvre angio- Te Pine. Les fièvres inflammatoires présentent, dans la plupart des auteurs , une telle confusion , qu'il est impossible d'en tracer exactement la synonymie.

ïT, 1e

Fernel , Sylvius , Forestus et une foule d'auteurs, se

sont exercés avec plus ou moins de prolixité sur cet

objet, mais toujours sans oser mettre en doute la doctrine de Galien, et en se permettant seulement de lasurcharger d'explications frivoles. L'un admet que la sérosité du sang se putréfie par un excès de chaleur dans les grands vaisseaux ; l’autre pense que c’est la masse totale du sang. Mais l’indécision des médeans , et les dénominations vagues qu'ils donnent à ces sortes de fièvres, font assez voir combien ils en ont une idée obscure.

17. Foresius donne pour exemple d’une fièvre synoque putride Vhistoire suivante. Un ‘homme âgé de

trente ans, d’une constitution forte et robuste , et livré .

à la bonne chère, avait omis depuis quelque temps l’usage d’une saignée habituelle. Il interrompt tout-àcoup un genre de vie inactive qui lui était ordinaire ; il se livre avec une sorte de fureur à la chasse par un temps froid et vers le printemps. Excédé de faugue et baigné de sueur, il s'expose au froid; rendu dans sa maison , 1l éprouve le soir même la fièvre avec les symptômes inflammatoires les plus manifestes ; le quairième jour , signes de coction ; le septième , sueur copieuse , qui termine la maladie. Sur quel fondement peut porter la dénomination de fièvre synoque putride que Forestus donne à cette maladie ?

18. Sydenham croit voir une certaine diathese inflammatoire dans la fièvre pesulentielle de Londres , en 1665 et en 1666; et, dirigé par de simples analogies , il établit la nécessité des saignées répétées. Il croit retrouver le même caractère dans la fièvre va rioleuse de 1668 : et peut-être que cette manière de

INFLAMMATOIRES. 1Q) voir tent uniquement à la lecture et à la méditation des ouvrages de Botal, un des parusans les plus fanatiques de la saignée , et un des auteurs que Sydenham cite avec le plus d’éloges. Grant disserte trèslonguement sur la constitution inflammatoire, sans rapporter aucune observation ; 1l répète, comme par écho, les expressions vagues et insignifiantes d'épaississement inflammatoire ou morbifique du sang, d'état phlogistique du sang , etc, sans oser former le moindre doute sur leur réalité. La carrière des opinions en médecine est si illimitée, et celle des faits bien observés et bien discutés est si étroite, que l’on ne saurait être trop circonspect sur le choix en maüére d’érudition ; et comment puis-je compter sur le caractere du premier Genre (continens inflammatoria) de Selle, qui cite tour-à-tour Dehaën (1) ; Gesner; Huxham , Langrish, Sarcone, Pringle, Grant, Wintringam , etc. , puisque le mot diathèse inflammatoire est une sorte de cri de guerre que ne cessent de répéter tous les disciples de Boerhaave, et les hommes les plus faits pour penser par eux-mêmes ?

19. Des observateurs trés-justement estimés ont souvent confondu la fièvre inflammatoire avec la fiévre symptomatique qui précède où accompagne une pleurésie , une angine , ou toute autre phlegmasie. Fores-

(1) Dehaën est un des médecins qui ont donné le plus d'exemples d’une manière de voir obstinée et exclusive sur les fièvres de cet Ordre, puisqu'il ne veut nullement reconnaître des fièvres bilieuses ; s’étant fortement prévenu contre l’émétique , et pensant que les fièvres les plus fréquentes sont ou imflammatoires ou putrides. Mais je reviendrai sur ce sujet dans FOrdre suivant,

tus , dans le premier livre de ses Observations sur Îles fiévres (Obs. X V1), n’est il pas tombé dans cette équivoque ? et un auteur bien plus récent (Selle, loc. cit. , continens inflammatoria) , doué d'un esprit tresméthodique, n’a-t-1l pas admis la complication de la fièvre inflammatoire avec l’ophthalmie, l’oute , l’angine du pharynx, du larynx, etc. , complication qui peut avoir quelquefois lieu , mais qui est très-difficile à distinguer lorsqu'on veut éviter des dénominations équivoques , et analyser avec soin la valeur des termes ?

20. FIÈVRE INFLAMMATOIRE CONTINUE. Ce n’est point sans admiration que , voulant reconnaître l’origine de : la vraie méthode de tracer les histoires des maladies , on est obligé de remonter jusqu’au temps d'Hippocrate (div. Let III, Épid.). La description des symptômes qu'éprouva Périclés d'Abdère (6° malade , liv. TIT, Épid.) offre l'exemple le plus marqué de ce qu'on a appelé dans ces derniers temps fièvre inflammatoire éphémère prolongée : fièvre aiguë et conunue, avec un sentiment général de souffrance , soif vive, nausées, vomissement de la boisson, douleur rapportée à la rate, pesanteur de tête. Le premier jour, hémorrhagie copieuse de la narine gauche, fièvre plus vive, urine abondante , trouble, blanchätre , sans sédiment. Le deuxième jour , tous les symptômes sont aggravés : urine épaisse , sédimenteuse ; diminution du malaise et du dégoût, sommeil. Le troisième jour, rémission de la fièvre, urine copieuse avec des signes de coc= tion et un sédiment abondant; nuit calme. Le qua trième jour, vers midi, sueur abondante et générale, terminaison de la fièvre, qui est jugée; point de ré= cidive.

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