Epidémie de Lausanne. L'invasion était mar
quée par un léger frisson; le froid était ensuite à peine sensible ; mais, vers " soir, 1 survenait une augmentation de ane et de la fré fqnence du pouls ; plusieurs malades éprouvaient en méme temps une céphalalgie extrême : la dimmution de la fièvre avait heuau ox de trois, quatre à cinq heures, quelquefois sans sueurs. Celles-ci nuisaient pendant la vigueur de Ja maladie, et ne pouvaient être uüles que vers sa terminaison., Îl n’y avait jamais d’apyrexie parfaite. Le retour du paroxysme était régulier; Furine était peu abondante , claire et rougeâtre ;. les selles spontanées et peu copieuses ; la langue sèche, couverte d'une mucosité jaune; Lo était presque
di
continuelle ; le sommeil était inquiet et n'apportait point de soulagement ; la soif était très-grande , mais nullement proportionnée à l'intensité de la chaleur ; la maigreur devenait bientôt extrême, et la face prenait la teinte jaune et pâle.
73. Les spone que Tissot fait remarquer comme propres à caractériser le degré de la maladie le plus grave el le plus dangereux, tel que le météorisme du ventre, les soubresauts des tendons , les anxiétés extrêmes , la perte de connaissance, des déjections involontaires , l’éruption de pétéchies, la
langue sèche, noire etyacillante, un tremblement
umiversel , etc. , n’indi point une fièvre dite
putride ? et, en bonne logique , ne faut-il point les rapporter à l'Ordre IV ? La remarque que fait le même auteur sur la correspondance des paroxysmes les jours alternaufs , en conservant ainsi une sorte de type de la fièvre erce ou plutôt double-uerce , rentre bien mieux dans la marche générale de la fièvre biheuse.
74. Epidémie de Tecklembourg. — Signes précurseurs. Lassitudes spontanées, toi teu dans Îles membres qui s'accroît vers la nuit, frissons par iniervalles, tension gravative et incommode vers la résion de l'estomac ; chez plusieurs malades , nulle douleur'de tête ; chez quelques autres, douleurs légères ; chez un petit nombre, douleurs très-vives, tantôt au front, tantôt au sommet de la tête; rapports conunuels et nidoreux, langue sale et avec des mu-
cosités plus où moins tenaces, d’une couleur blanche
et quelquefois jaunâtre; anorexie , nausées ou efforts de vomissement ; constipation chez les uns, diarrhée
chez les autres; pouls faible, quelquefois fréquent ; nuits agliées , avec des sursauts , surtout aux premiers momens du sommeil ; päleur de la face, etc. Les malades restaient ainsi plus où moins de jours dans üun état douteux de santé , plongés dans une tristesse mélancolique , et souvent sans vouloir discontinuer leurs occupations ordinaires. — /nvasion de la fiévre. Elle était excitée par une terreur , un ‘emportement , des affecuons tristes, un refroidissement du corps, des travaux pénibles , des laxatifs trop prodigués, des saignées pratiquées hors de propos ; quelquefois aussi la fièvre se déclarait par une disposition interne inconnue, où bien partune sorte de contagion , dans les maisons où il y avait déjà plusieurs malades dans un état de malpropreté. En général, la fièvre était marquée par des alternatives de frissons et de.chaleur ; sueur ou nulle ou légère au, commencement ; et bornée à une partie ou bien générale, mais point critique ; augmentation de la diarrhée où de la constipauon , si l’une ou l’autre avait eu lieu précédemment; exaspération des affections gastriques , plus grande aversion des alimens , efforts de vomissement plus répétés, anxiétés plus marquées, insomnies ou momens passagers de sommeil troublés par des terreurs , soif vive et desir de boire de l’eau froide. Quelques malades étaient trés-soulagés par un émétique ou quelques laxatifs; d’autres sentaient leur état empirer , et s'ils éprouvaient une constipation opiniätre ,: il s'y joignait d’autres symptômes , [comme des douleufs vives des membres et du dos , des anxiétés , des. veilles incommodes ou un état de lente : le délire, la surdné; la langue était séche , avec une
60 FIÈVRES | | teinte jaunâtre ou d’une couleur foncée, et couverte d’une mucosité trés-tenace. Lorsqu'au contraire une diarrhée symptomatique avait lieu depuis plusieurs jours, les douleurs à la surface du corps étaient légères ; mais celles de la tête trés-vives : de là plus de tendance à la phrénésie , une soif plus ardente , des douleurs de colique , une urine très-variable , des déjections liquides, écumeuses, vertes > noirâtres et d’une extrême féuidité. Heureux présage , si une hémorrhagie du nez avait lieu du quatrième au sepugme jour ; si l'émétique, après avoir fait rendre des maüéres bilieuses ou verdâtres > faisait cesser les anxiétés sans retour ;:s1 la matére des déjections était plus moulée, ou bien si l'urine était chargée de sédiment vers le quatorzième jour, etc. Il est facile de connaître par Opposition les symptômes d’un mauvaisaugure.
75. Epidémie de "Bicétre observée par moi-même. La consuütution bilieuse ou gastrique de l'an 5 de la république (1795) se rapproche, par le plus grand nombre de points fondamentaux, de, celle que je viens de rapporter ; mais comme d’ailleurs des affections de cette nature , fébriles où non » régnent tou- Jours avec plus ou moins de fréquence dans les hospices, et que je les ai observées dans ces lheux depuis près de vingt années, dans différentes périodes de la vie, depuis l'enfance Jusqu'à la vieillesse , dans leurs divers degrés de développement , depuis le plus simple embarras gastrique avec perte de l'appéut, jusqu'au plus haut degré de fièvre et avec les exacerbations les plus. vives, je vais me borner à indiquer les divers extrémes entre lesquels les sym-
BILIEUSES OU GASTRIQUES. Os.
piômes semblent se balancer. IL'intensité plus ou moins grande, ou le concours des causes détermiuanies, Îa force ou la faiblesse de la constitution , une sensibilité plus où moins propre à être excitée , c'est là l’origine des grandes variétés de la fièvre bilieuse. Le sentiment du froid au début est borné à un simple frissonnement , ou porté jusqu'aux tremblemens etaux secousses Îles plus violentes du tronc et des membres ; l’'enduit blanchâtre de la langue peut s'offrir dans tous les degrés intermédiaires , jusqu’à la formation d’une croûte épaisse et jaunâtre : on ne ressent quelquefois qu’un léger serrement spasmo— dique dans la région de l’épigastre; d’autres fois : cette partie est portée à un degré de tension douloureuse et de sensibilité qui semble avoisiner un état de phlegmasie ; la douleur de tête est tantét légére et simplement gravalive , tantôt d’une violence extrême et avec dés élancemens qui font pousser les hauts cris. Même graduation dans les divers individus é pour la soif et la sécheresse de la peau : le sentiment de chaleur peut aller jusqu'à celui d’une ardeur intolérable, l’inquiétude et les agitations jusqu'aux anxiétés de l'abattement et du désespoir. Le défaut de liberté du ventre a quelquefois pour dernier terme la consüpaton la plus opiniâtre ; et d’un autre côté le dévoiement s’est rapproché des diarrhées colliquatives du cholera-morbus , avec les douleurs de colique les : plus vives. Le traitement fut si simple, ‘excepté dans les variétés , que .je crois devoir ici le supprimer. 70. Fievre gastrique des pays chauds. Les climats tres-chauds de l'ftalie, delEspagne., de Ja Grece, etc. semblent donner un nouveau degré d’exaspération à
cette fièvre , et la faire dégénérer promptement , où plutôt la compliquer avec la fiévre adynamique. Au début , peu de froid, mais chaleur vive à l'extérieur , anxiétés et douleurs vers l’orifice supérieur de l’estomac , assoupissement , pesanteur de tête ; et, bientôt après , accablement, envie de vomir , vomissement de matières vertes ou jaunätres , etc. Dés le quatrième ou cinquième jour, visage pâle et abattu, langue
sèche et noirâtre, cours de ventre ; et, vers le sep
üème jour , tremblemens des membres, soubresauts des tendons, délire , les yeux ternes , etc. {" Piquer). Un temps chaud et sec , des emportemens de colère, des exercices immodérés , l'abus des Hqueurs, un tempérament ardent ,, peuvent produire cette espèce de fièvre dans les climats tempérés { Foréèstus, de Febrib. Lib. 11). C’estencore sous la forme de fièvre bilieuse que débute la fièvre jaune d'Amérique ; mais les symptômes qui succèdent , et que Roupe a si bien décrits { de Morbis Navigantium ), ne permettent
plus de méconnaître une fièvre d’un autre Ordre. I y.
eut une sorte d'épidémie semblable à Cadix , eri sep— tembre et octobre de l’année 1764 , pendant des chaleurs excessives, rendues encore plus insupportables par la disette de l’eau. Au début de ces fièvres, alternatives de chaud et de froid, nausées, douleur de tête et du dos, tension douloureuse de lépigastre; peu après, envie de vomir , vomissement d’une matière verdâtre ou jaune et tres- féude, quelquefois même d’une couleur noire , avec des convulsions et des sueurs froides. En général , le pouls était déprimé , quoique accéléré; la surface du corps ou froide ou brûlante ; le mal de tête et la stupeur dégénéraient
promptement en phrénésie, qui devenait funeste. A l'ouverture des corps , l'estomac, le mésentère et les intesuns étaient couverts de taches gangréneuses ; et l'orifice supérieur du ventricule offrait encore des iraces d’une lésion manifeste.
77. Complication de la fièvre gastrique continue avec la fièvre inflammatoire. Je ne reviendrai point sur la discussion des caractères qui consütuent ce que les anciens et les modernes ont appelé jievre ar- “dente, pusqu'en comparant leurs écrits et les observations qui nous en ont été transmises, on trouve que cette dénomination est extrémement vague, et qu'ils ont donné ce titré , soit aux fiévres gastriques très-intenses , soit à leurs complications avec des fièvres d’un autre Ordre, parmi lesquelles on peut compter celle qu'on nomme inflammatoire. Cette complication, dont j'ai déjà parlé (Ordre I‘) , peut être rendue sensible par des exemples.
78. Un homme âgé de trente ans, dit Forestus ( Observ. med. dé Febrib. lib. II ), livré aux travaux de la campagne , d’une constitution robuste , et de ce que cet auteur appelle un tempérament biñeuxsanguin ,. fut attaqué de la fièvre au printemps , époque à laquelle il avait coutume de se faire saigner chaque année : dès-lors soif très-intense, amertume de la bouche, langue sèche et âpre , céphalalgie trésvive, constipation. Usage d’un laxatif qui fait rendre d’abord des matières très-dures , puis liquides et d'une couleur jaunâtre. Le lendemain , saignée du bras, à . cause de l'habitude qui en avait été contractée, et d’une sorte de distension observée dans les veines; contrnuation ensuite des boïssons acidulées. Le quatrième
64 FiÈVRES
jour, déjections abondantes ; et comme l'urine état épaque et que le malade éprouvait une douleur'trésvive à lhypochondre droit , on apphiqua un épitheme émollient sur cette parue. Le cinquième jour, état opiniâtre de veille, délire ( boisson légérement anodine, et frictions sur les tempes avec un liniment somnifère ); vers le soir, chaleur fébrile très-véhéimente , céphalalgie augmentée , dékre. Nuit qui précède le septième jour très-agitée ; urine cépendant
sédimenteuse , ce qui fait augurer une crise favorable”
pour le septième jour; tension de la région précordiale droite, difficulié de respirer, rougeur de la face et des yeux, surtout des joues et du nez; vision conuse, et comme troublée par des objets brillans ; dou leur du cou, üntement des oreilles avec surdité , larmes involontaires, pulsation des artères temporales, prurit des narines, pouls développé et ondoyant, ce qui fait présager une hémorrhagie du nez et la guérison. Cette hémorrhagie eut en eflet licu le septième jour, et dès-lors Sommeil tranquille la nuit suivante , et tous les caractères de la convalescence.
79. On peut rapprocher de cette observation celle que rapporte le même auteur ( Ohserv. XX, lb. 17), et celle qui a pour sujet ( Observ. XXII) une femme de quarante ans, dont la fièvre se termina le septième jour par des sueurs. Hippocrate ne dit point dans quelles circonstances se trouvait Meton (Liv. 7, Epid.) ; mais la nature des déjections qui eurentsuccessivement lieu et les hémorrhagies du nez ne semblent-elles point indiquer la complication dont Je parle ? IL en ‘est de même de Vex emple que rapporte
BILIEUSES OU CASTRIQUES. 65 Hoffmann (de Febre ardente nec non cholericä d’un militaire livré à des écarts répétés de révime , et dont la fièvre se termina vers le quatorzième jour par une diarrhée critique. J'ai fait connaître ailleurs par des exemples ( Med. clinig. ) la synoque et lé phémére inflammatoire compliquées avec lembarres gastrique LANET
80. Hoffmann remarque avec sagacité que les fièvres gastriques simples , mais très-intenses, qu'on nomme ardentes, sont plus propres aux climats de l'Asie, de la Grèce, de l'Égypte et de l'Italie, comme l’indiquent assez les descriptions qu'en ont données Hippocrate ; Arétée et Galien. Il ajoute que dans les cli= mats tempérés , comme celui de P'Aïllemaone, ces fièvres ne peuvent être que très-rares , et ne peuvent naître que d’un concours singulier de eirconstances, d’un excés habituel de liqueurs alcoolisées, d’une ardeur extrême de la saison, de quelque affection vive de l'ame, d’un exercice du corps excessif, etc. Quand 1l y a surtout omission d’une saignée devenue habituelle, suppression ou rétention d’une hémorrhasie, et particulièrement du flux menstruel chez les femmes : et toute autre prédisposition qui tient à un excès de ton ou à un état particulier d’éréthisme dans le SyS= ième vasculaire, ne doit-il point naître ce qu'on appelle une fièvre synoque bilieuse, c’est-à-dire , la complication de la fièvre gastrique avec l'inflammatoire ? Elle débute, en général, par un léger sentiment de froid suivi d’une ardeur intolérable , d’ane so:f trés- vive et d’anxiétés extrêmes ; les exacerbations ont ordinairement lieu les jours impairs, et la ter-
minaison la plüs favorable est vers le cinquième ou.
66 FIÈEVRES
septième, par une hémorrhagie quelconque du nez ou de l'utérus , parle flux hémorrhoïdal ou par une sueur copieuse. Un ordre plus grave de symptômes peut annoncer l’inflammatuon des méninges, du poumon , de l'estomac ou des intestins , et amener l’événement le plus funeste.
Sr. FièvrE GASTRIQUE RÉMITTENTE. ti fievre gasurique peut suivre une marche différente de celle qui vient d’être indiquée , c'est-à-dire qu’elle peut ne point se borner à de simples exacerbations de la chaleur et des autres symptômes, mais offrir , durant son cours non interrompu , des accès ie , C'està-dire, des retours réguliers d’un sentiment de froid et de chaleur; ce qui donne le vrai caractère de la fièvre bilieuse rémittente où gastrique: car on ne saurait être trop en garde contre la fausse accepuon de ce mot, que plusieurs auteurs ont attachée aux fièvres gastriques continues, à cause de leurs alternatives d’exacerbation et de rénussion des symptômes.
Stoll, dans ses Aphorismes, ne dit que quelques
mots sur la fièvre rémittente en général. Sa manière de considérer l’exacerbaton de cette fiévre comme un accès complet ou incomplet d’une fiévre intermittente , est peu exacte; elle peut avoir d’ailleurs une influence dangereuse dans exercice de la médecine, en faisant regarder cette fièvre comme com posée d’une fièvre continue et d’une fièvre intermittente, et en suggérant qu'on peut attaquer directement cette dernière par le quinquina , pour rendre le traitement de l'autre plus 2. di L’obscurité répandue sur ce genre de fièvres m'a engagé dans une suite d'observauons pour en éclaircir la aie:
BILIEUSES OU GASTRIQUES. 6; 82. Je me bornerai ici à une seule histoire parü= cubère , en renvoyant le lecteur à celles que j'ai publiées dans mon ouvrage sur la Médecine clinique. Une femme de cinquante-trois ans était dans un état douteux de santé depuis trois années , époque de la cessation des menstrues. Depuis quelque temps, perte dé l'appétit, céphalaloie, peu de sommeil , malaise général ; invasion de Ja fièvre à quatre heures du soir , frisson violent pendant quatre heures , ensuite chaleur vive avec une légère moiteur ; pouls fréquent, dur et développé, pleurodynie (1). Le premier et le deuxième jour, retour de l'accès A à‘la même heure, en froid et en chaud > avec un état fébrile dans les intervalles, ventre libre y Conunuation de la pleurodynie. Le troisième , Évacua- -uons alvines abondantes , produites par deux grains de tartrate de potasse antimonié , mais point de vo- ‘Missement ; retour de l’accès deux heures plus tard que les jours précédens, et frisson moins violent : augmentation de la pleurodynie, ce qui donna lieu à l'application de compresses 1mbibées d’eau-de-vie camphrée sur l’endroit douloureux. Le quatrième, diminution de la douleur de côté et des symptômes gastriques , pouls fréquent et souple ; point d'accès le soir , mais simple paroxysme. Le cinquième, la douleur de côté entièrement dissipée. Le sixième, pa* roxysme en chaud à dix heures du soir, augmenta— üon de la céphalalgie et de l'amertume de la bouche L soif vive. Le septième, plusieurs selles copieuses
(1) I est facile de voir que la pleurodynie, ou douleur de côté à Pextérieur , est étrangère à la marche de la fièvre.
produites par une potion purgative , rémission des symptômes gastriques. Le huitième, retour de lappéut , la chaleur et le pouls dans l'état naturel, apyrexie complète. La sensibilité de l'épigastre subsista jusqu'au seyzième : alors les forces et l’appéut se rétablirent peu à peu, el la malade fut en pleine convalescence.
33. Veut-on se donner le spectacle de la longueur interminable et des symptômes dangereux que peut communiquer à cette fièvre une médecine très-active, ou plutôt une méthode perturbatrice et téméraire , 1] suffit de re une observation du docteur Home (Medical Facts and Experim. Lond. 1749). Une femme ägée de trente ans, d’une forte consütution , éprouva , le 26 décembre 1753 , un frisson suivi de chaleur et un violent mal de tête. Son chirurgien lui fit une légère saignée, ordonna un sudorifique , et lui appliqua un vésicatoire au bras. Le docteur Home la vit le 2 janvier, et s’assura qu'il y avait quelquefois dans une journée deux accès avec froid, puis chaleur très-grande ; 1l survenait constamment un vomissement de bile dans Vacces, et le pouls était un peu fable ( wésicatoires aux jambes ). Le 6 janvier , toujours vomissemens de matières jaunâtres. Le 8, l'accès fut accompagné de sueurs abondantes , et l’urine sédimenteuse ; et c'est
dans ces circonstances que le quinquina fut prescrit
en décoction. Le 13, point de soulagement , augmentation même de la fièvre : durant ses rémissions , diminution des sueurs , aridité de la langue et contunua-
tion des accès ; ce qui fait recourir de nouveau aux vésicatoires et à l'usage des vomitifs : les accès dimi-
muent par degrés. Le 1° février, pouls toujours fé-,
BILIEUSES OU GASTRIQUES. 6q
brile, gonflement de la parotide gauche avec douleur : apphcauon de topiques suppuratifs sur cette glande , qui fut ouverte le 5 avril Le rétablissement ne COM menca qu'au mois de mai, et aprés une longue sup puration de Ja glande , dont la dureté disparut pen à peu. Îl survint en juillet de légères sueurs chaque nuit, et ce ne fut que le 26 de ce mois que la guérison fut assurée , c’est-à-dire que ce fut seulement vers le sepuème mois que cette fièvre rémittente gastrique fut terminée.
84. En général, les fièvres gastriques rémittentes , que j'ai souvent observées à la Salpétrière , affectaient plus particulièrement les vieillards et vers le déclin de l'automne ; toutes les causes excitantes » physiques ou morales, des fièvres , les ont produites ; elles ont été aussi caractérisées par les symptômes ordinaires à la fièvre gastriqué continue , tels que la céphalalgie susorbitaire, un enduit muqueux et jaunâtre de la langue,, un sentiment d’amertume dans la bouche avec dou leur à l’épigastre , etc. Mais ce qui les distinguait particulièrement , c’est la continuité de Ja fièvre avec de vrais accès en froid et en chaud, qui se renouvelaient quelquefois en avançcant ou en retardant » à midi, le soir , la nuit, le matin , où même à une heure fixe durant l'accroissement ou la plus haute période de la maladie , mais qui, au déclin, n'étaient plus marqués que par une exacerbation en chaleur. Outre cette marche générale , il y à quelques autres symptômes qu'on n’a point observés constamment et qui tenaient äux variétés, comme la diarrhée ou la consüipation qui étaient plus où moins opiniätres , un vomissement.conunuel , la durée plus où moins prolongée des accès.
Le mode de terminaison de la maladie variait aussi. Ces fièvres , même lorsqu'elles étaient traitées avec sagesse, se prolongeaient jusqu'au quarantième ou au quarante— deuxième jour ; quelquefois elles se sont terminées par des sueurs critiques vers la fin du second septénaire. On trouvera cinq exemples d'une semblable fièvre rémittente-gastrique , recueillis sous mes yeux par M. Saillant à l’hospice de la Salpétriere, et insérés dans la collection des thèses de l'Ecole en 1801.
85. Fièvre GASTRIQUE INTERMITTENTE. On peut adnurer avec quelle facilité on abuse quelquefois de l'érudition en médecine, pour rendre cette science lus ténébreuse ou plus inaccessible, à l’aide de la méthode scolastique. T rnka a fait une compilation sur les fièvres intermittentes en général , et il entasse par milliers les citations des auteurs tant anciens que MmO-— dernes , en menant pour ainsi dire de front l’histoire de fièvres de tous les iypes. Mais combien la mémoire est fauguée , où même réduite à limpossibilné d'en former un tableau précis et exact, en considérant ensemble des maladies qui n'ont entre elles qu'un rapport très-éloigné , et dont les symptômes fondamentaux , étudiés avec soin, indiquent des affinités respectives et les plus marquées avec d’autres fièvres continues ou rémittentes |! Qu'on prenne, par exemple, la fièvre tierce ou doubl e-tierce exquise OÙ légitime : avec quelle facilité et quelle liaison son histoire vient se placer à côté de celle des fièvres gastriques continues, ou rémittentes | Qu'on se rapelle tout ce qu'en ont dit les auteurs tant anciens que modernes , les observauons particulières qui en ont été tracées , toutes les épidémics qu'on en a décrites , et il ne sera guëere possible
BILIEUSES OU GASTRIQUES. se de de douter que cette fièvre périodique ne forme avec les autres fièvres gastriques un. ordre naturel : mêmes prédispositions, concours des mêmes circonstances propres à les produire , symptômes le plus souvent de même nature. Mais par quelle singularité est-il si rare de trôuveg des descriptions exactes des accès de la fièvre üuerce ou double-tierce , qui est si fréquente ? et pourquoi se borne-t-on presque toujours à nous parler de la suite des remèdes qu’on a employés pour la combattre lorsqu'elle est rebelle ? Stahl semble avoir senti vivement ce défaut lorsqu'il nous a transmis le tableau le plus saillant.et le plus complet d’un accès de cette fievre.
86. Un jeune homme de vingt-deux ans, d’un tempérament bilieux-sanguin , livré à la boisson, avait commis depuis plusieurs mois des écarts de régime souvent répétés. Au mois de mars, il s'expose à la pluie avec des vêtemens légers, et il éprouve quelques fris- sons et un état de langueur et de lassitude. Le soir , il mange immodérément de la chair fumée, et boit de la bière : dès-lors sentiment de pesanteur et de pression dans l’esiomac, dégoût, nausées. Il prend un verre d’eau-de-vie, il se couche » dort d’un sommeil agité , et se plaint d’une douleur de tête qui augmente le maun, ainsi que le sentiment de lassitude. Il se lève, éprouve des vertiges et des nausées qui augmentent au moindre mouvement. À neuf heures du matin , altération des traits de la face ; frissons d’abord légers , qui semblent s'élever des lombes, se diriger vers la région épigastrique , se porter vers les épaules , enfin aug menter d'intensité, produire un tremblement généra}, tandis que les ongles des doigts, comme COMPTES ,
pälissent à leursextrémités, et deviennent hivides à leurs racines ; les secousses générales augmentent avec la céphalalgie et la fréquence des vertiges. Le vomissement comimence d'abord sans matière, mais avec des anxiétés et un sentiment de strangulation ; ses efforts répétés lui font bientôt rejeter des mucosités abohdantes avec des restes d'alumens. A la période du froid succède immédiatement un état de langueur et comme de relâchement, tandis que des tensions spasmodiques avaient précédé. Le pouls devient plus fréquent, la face plus rouge et plus animée ; chaleur vive, soif, inquiétude. Cet état continue jusqu'à sept à huit heures du soir ; l’ardeur se calme par degrés, et 1l ne reste qu'une sorte de lassitude excessive pendant une partie de.la nuit suivante, avec un sommeil troublé qui ne devient calme qu'après minuit. Le lendemain, dinnnution marquée de l'appétit, ou même sentiment de pesanteur dans l’estomac ; craintes du retour de Faccès. On peut lire quelques autres histoires approfondies de la fièvre gastrique intermittente, tierce et double-tierce, dans les écrits de Dehaën (Rat. medendi}, avec des considérations sur les variations de la chaleur animale ; dans la Disseriauon de Strack ( Observationes med. de Febribus intermittentib. Offenback , 1785), dans les Ephémérides des Curieux de la nature, dans mon ouvrage sur la Médecme clinique, etc., etc.
87. Des fièvres intermittentes quotidiennes présenient quelquefois les caractères de cet Ordre, et les fausses quotidiennes des auteurs ne sont le plus souvent que des fièvres gastriques intermittentes : je vais en rapporter un exemple tré d'Hoffmann.