‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 42 sur 60 · ORDRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ORDRE CINQUIÈME

TIÈVRES dites MALIGNES OU ATAXIQUES (1).

$ 1°. Considérations générales , e£ Histoires particulières.

255. C'esr une heureuse ressource pour un esprit peu exact et peu propre à mettre de la justesse dans les expressions , que l’usage de certains termes d'une signification indéterminée, et qu'on peut employer à tout propos sans crainte d’être trouvé en défaut :

telle est la dénomination de fièvre maligne qu'on | donne le plus souvent indistinctement aux maladies !

les plus graves, quoique le judicieux Sydenham at expressément remarqué que ces fièvres sont loin d’être communes, et qu’elles diffèrent essentiellement de celles qui ont porté ce nom, à cause de l’anomalie et de la gravité de leurs symptômes. Et comment d'ailleurs n'être point rebuté des explications vaines et frivoles de ce qu'on appelle malignité dans les maladies , qu'on attribue , tantôt à wne dyscrasie ire

signe , à une intempérie salino-sulfureuse du sang!

et des liquides , à une humeur d'une activité viru=

lente , etc. ? Ilest vrai que cette manie de tout expliquer n'a prévalu qu'à des époques où le langage

(1) SrnowrmiEe. Typhus, Sauvaces , CuLLEN , etc. ; Fievre maligne des Aureuns ; Febris atacta, SELLE ; Febris nervos@s Fraxx, etc.; Fièvre ataxique, PINEL..

MALIGNÉS OU ATAXIQUES. 209 | des écoles l'avait, pour ainsi dire , érigée en principe. Dehaën a été loin de donner dans cet écueil, puisqu'il a cherché à faire distinguer ces maladies par des caracières sensibles, et qu'il est d'avis qu’on est maintenant forcé d'appeler seulement maladies maligne celles qui sont accompagnées de symptômes ie ; plus graves , plus nombreux ; par comparaison avec d’autres maladies qui parcourent à l'ordinaire leurs diverses périodes. Mais ne restait-il point à metire plus de précision et d’exactitude dans la détermination des caractéres disüincüfs des fièvres malignes ; d'aprés les observations les plus multipliées ?

257. Rien n’était plus propre à ouvrir cette carrière que le soin de faire marcher de front les recherches sur l’économie animale, d’aprés les expériences des modernes , avec une étude approfondie de la médeeine hippocratique. Aussi Baldmger ( Opuscula medica ) at-il fait un rapprochement 1 ingénieux entre les phénomènes de la sensibilité et de Vr ritabihié, et entre les riotions exactes et lumineuses que le pere de la médecine nous à transmises sur les signes distincufs des fièvres malignes , surtout dans les Prénotions de Cos : sentiment de froid ou frissonnemens avec douleur , tension, rigidité du tronc , de l'épine , du cou, des membres, quelquefois avee apparence de tétanos; sueurs partielles et légères, en même temps autres affections locales les plus graves ; perte de la voix , douleur au cou , agitations , malaise général, terreurs pusillanimes , abattement extrême , stotee profonde sans cause connue, dysurie ou 15churie , stupeur , altération des fonctions de l'entendement, au point de méeonnaitre ses proches, 6bh«

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tération de la mémoire, affection corateuse, délire taciturne , soit durant la veille, soit pendant le sommeil ; prostration totale des forces, sans aucune évacuation marquée ; changement subit dans les excrétions, réponses brusques et dures, voix aiguë , gesticulations , sentiment de strangulation , vue égarée , langue tmemblante, etc. On pourrait peut-être défier l’observateur le plus éclairé et le plus réfléchi de trouver dans l'exercice de la clinique quelque symptôme de malignné qui n'ait été indiqué dans les Prénotions de Cos. Ces lésions sont loin de tenir toujours à un état de diminution ou d’obliiérauion des foncüons nerveuses, car quelquefois ces fonctions, sont portées à un degré extrême de vivacité ; les yeux sont quelquefois si sensibles, qu'ils ne peuvent supporter l'impression des rayons de la lumiere ; les oreilles si vivement affectées par le moindre bruit, qu'il peut en résulter des convulsions : 1] en est de même du tact et de l’odorat. Le vice de la déglutition est porté quelquefois jusqu’à une sorte d’affecuon hydrophobique.

258. FiÈèvrE ATAXIQUE CONTINUE. On aime à voir les progrés de la médeeine assujettis à la marche gé— nérale des sciences naturelles, ses principes RE mentaux sur divers objets d’ abord établis » puis pro pagés et étendus par des recherches ultérieures, et ensuite l’ensemble des connaissances acquises réduit en un ordre régulier et méthodique. Hippocrate avait sisnalé les caractères généraux des fièvres malignes. conunues, et indiqué les signes extérieurs propres à les faire reconnaître ; mais, pour approfondir la marche de ces fiévres et apprendre àles voir sous toutes leurs faces , 1l a fallu peut-être tout l'essor qu'ont pris,

parmi les nations modernes , la navigation ; le commerce, les expéditions guerrières , l'abus énervant des plaisirs , l’ambition exaspérée de la fortune , des ; dignités, de la gloire ; c’est-à-dire, que l’espèce humaine a eu besoin d'être soumise à l'épreuve des . passions les plus violentes , et des situations les plus extrêmes et les plus orageuses. Mais tous ces faits précieux n'eussent-1ls point été perdus sans les pro grés solides qu'a faits la médecine durant ce siècle , et sans le talent observateur de quelques hommes rarés, dont les travaux réunis semblent avoir iaintehant épuisé tout ce qui üent à l'histoire de la fièvre ma ligne ? De ce nombre sont Huxham, Lind , Rouppe, Pringle, Home, Pehaën, Stoll, etc. Il ne restait plus qu'à réduire toutes ces recherches en un tableau. synoptique, et c’est ce que Selle est: parvenu à faire dans sa Pyrétologie. Une simple comparaison suffit pour montrer combien sa distribuuon a heureusement ouvert la voie à celle de la Nosographie.

259. Je connais peu d'histoires particulières qui donnent une idée plus juste de la fièvre ataxique connue, considérée dans sa simplicité, que celle dont fut attaquée la femme de Dealcis ( Go. 3 des Epid. d Hpp.) : elle fut prise d'un frisson violent et d’une fièvre aiguë à la suite de chagrins profonds ; elle s’enveloppait, des le commencement, sous la couverture du lit, et resta toujours taciturne jusqu à la fin. Elle palpait les objets qui étaient sous ses yeux , les pinçait, les grattait, répandait des larmes ; puis elle poussait : des éclats de rire sans pouvoir sommeiller. On irritait en vain les intesüns, elle ne pouvait rien évacuer ; elle buvait peu, et seulement par une instigation étran-

gère ; l'urine était ténue et en petite quantité ; le mou vement fébrile était peu sensible au toucher , et les extrémités étaient froides. Le neuvième jour, délire violent, ensuite taciturnité calme. Le quatorzième, respiration rare et étendue pendant long-temps, puis d’une courte durée. Le dix-sepüième , éréthisme bruyant des intestins ; la boisson prise à l’intérieur semblait ne céder qu'à son propre poids et ne point s'arrêter; insensibilité générale, peau sèche et tendue. Le vingtième , tantôt propos délirans , tantôt taciturnité ; perte de La voix , accélération de la respiration. Le vingt-unième , mort. Pendant tout le cours de la maladie, respiration rare et développée , perte de la sensibilité, habitude de s’envelopper sous sa couver-

ture ; alternauve d’une sorte de garrulité et d’un état -

taciturne.

260. L’exemplesuivant rendra encore sensible le vrai caractère de la fièvre ataxique conunue. Un homme

âgé de quarante-cinq ans semblait avoir passé par tous les degrés de l'abus des boissons alcoolisées, Il avait d’abord commencé par boire chaque jour quelques bouteilles d’un vin généreux, et il avait fini par en boire jusqu'à huit à dix bouteilles, en faisant même un choix des vins les plus ‘spiritueux : ses sens blasés ne pouvant plus être excités par les vins ordinaires , il y mélait de l’eau-de-vie pour les rendre plus forts : cet expédient devenant encore insuffisant après. quelque temps, 1l en vint jusqu'à faire infuser de la cannelle , de la noix muscade, et d’autres aromates les plus forts , dans le vin destiné à sa boisson. Il en était venu à ce point lorsqu'il fut conduit à Bicêtre lan 2 (1795), par les évémemens de la révolution, et

MALIGNES OU ATAXIQUES. 213 qu'il fut réduit, par conséquent, à un régime beaucoup plus sobre. Un mois aprés sa détention , il fut

transporté aux infirmeries pour cause de maladie : il se plaignait d'un grand abattemeni ,; et disait avoir

éprouvé précédemment quelques frissons irréguliers : SOn pouls était presque naturel, son visage peu altéré ,

nul symptôme d’affecüon gastrique, nulle douleur

particulière ; le lendemain » Calme apparent, mais

sorte de délire taciturne, réponses vagues aux ques

uons que je lui faisais, sorte de stupeur, air d'étonnement, gestes ridicules ; trés-grande agitation durant la nuit. Le troisième Jour, prostration extrême des forces, aphonie, pouls très-faible et déprimé. ( Excitans internes , vésicatoires ), nulle rubéfaction favorable : on augmente en vain la quanuté de cantha= rides une deuxième et une troisième fois. Le cinquième jour, mort inévitable. L

261. Plusieurs exemples particuliers de fièvre ataxique , soit simple, soit compliquée , rapportés dans mor Ouvrege sur la Médecine clinique, me dispensent d'en citer ici d’autres, et je me borne à celui qu'a observé un de mes élèves, M. Desains, afin qu'on puisse mieux saisir toutes les modifications dont cette maladie est susceptible. Un jeune homme de vingt ans , d’une constitution primitivement robuste , mais altérée depuis quelques mois par des chagrins et la syphilis, aprés dix jours de malaise , de lassitude et d’anorexie , fut attaqué tout d’un coup de fièvre aiguë, avec abat- | tement , anxiétés, et un dévoiement que l’usage des cathartiqués ne fit qu'augmenter. Le 2 ei le 3, fièvre de plus en plus vive, exaspération des Symptômes, déjections ténues et abondantes, ventre dur ; délire vio-

lent, avec effort pour se jeter hors du lit. Le 4 au matün, altération trèés-marquée des traits de la face, yeux hagards et étonnés, rire stupide , idées extrême-

ment incohérentes , visage pâle , ouïe dure, pouls fré- |

quent, un peu serré et assez fort , chaleur vive à la peau , langue muqueuse et jaunâtre , diarrhée moins intense, urines assez abondantes et troubles. Vers le soir, passage fréquent de la stupeur au délire agité ; sensibilité obtuse , quelques frémissemens dans les tendons , pouls tumultueux , fréquent , alternativement peut et fort ; chaleur aride à la peau, langue sèche

etäpre, une selle de matières dures et noirätres. Pen-

dant la nuit, mouvemens fréquens pour s'habiller, se déshabiller et s’élancer hors du lit; déjections alvines très-liquides. À quatre heures du matin , un peu de calme , moins de délire. Le 5, figure plus affaissée , yeux mornes, pupilles dilatées , paupières à demifermées, délire plus ou moins agité, sentiment moins

obtus, léger tremblement des mains, soubresauts des

tendons ; pouls fréquent , peut et faible; chaleur vive à la peau, tantôt plus, tantôt moins humide ; dents sales, langue jaunâtre, muqueuse et tremblante ; haleine ide ventre un peu plus dur que la veille, ex= plosion des vents par haut et par bas, cessation du dévoiement malgré le traitementlaxatf, urine assez abon-

dante et éouverte d’une pellicule huileuse. Dans l'a-

près- midi, langue sèche et jaune, parole brève, voix tremblante. Vers les neuf heures du soir, face

- pâle et un peu livide, globe des yeux légèrement

tourné en haut et en dehors, bouche entr'ouverie, coma vigil cessant par une forte agitation : alors yeux

ouverts , air hébêté , et rechute prompte et subite dans, |

MALIGNES OU ATAXIQUES. 215 l'état précédent ; pouls fréquent, fable et sautillant ; respiration fréquente et accélérée, langue humide et gnisâtre, déglutuiion difficile. Mêmes symptômes pendant la nuit et la matinée du jour suivant ; mais de plus, langue sèche et noirâtre ; variauon fréquente dans le pouls et la chaleur , anodie ; et, dans l’apresnudi, quelques secousses brusques de tout le corps ( vésicatoires aux cuisses). Vers le soir, pouls plus tumultueux , mais toujours faible; chaleur plus vive et toujours anomale. Alternauves de stupeur et de typhomanie pendant toute la nuit. Le 7 , lividité croissante de la face, narines et levres notrâtres, mâchoires serrées , déglutition difficile et parfois même impossible; point de selles, peu d'urine , hypogastre dur et douloureux , pouls tumultueux , et tantôt plus, tantôt moins régulier, mais toujours fréquentet faible ; respiration inégale , chaleur plus ou moins vive, sueur visqueuse à la face, au cou et à la poitrine ; pâleur générale. À deux heures , affection carotique profonde , perte absolue du sentiment et du mouvement, plus de soubresauts dans les tendons, face cadavéreuse, yeux caves, tempes affaissées, oreilles comme rétraciées, nez aigu, joues enfoncées , bouche béante, respirauon stertoreuse , inégale, et de plus en plus rare, pouls presque insensible. Quelques instans après , explosion des larmes , de mucus écumeux des narines , et d’une sueur visqueuse sur les bras , la poitrine et le ventre ; mort. : | 262. Les fièvres ataxiques continues sporadiques peuvent tenir, d’une manière plus ou moins directe, à tant de causes physiques et morales , à tant d’excès de tout genre, à des circonstances si particulières de

la constnuuon individuelle, qu’elles doivent offrir de. grades variétés , et par conséquent ouvrir un libre champ aux descriptions générales ; mais 1l était im portant d'en déterminer les caractères distincufs d’aprés les observations les plus précises , et c’est ce que jai cherché à faire dans mon ouvrave sur la Médecime chnique. Grant a rapporté aussi des exemples nombreux de cette ataxie de symptômes fébriles , qui peuvent tenir à un traitement actif et dirigé avec peu de lumiére ou de prudence. Quelquefois les caprices, l’obstination ou une incohérence d'idées et de principes dans le malade, produisent un effet analogue.

203. Les jeunes-gens de la constitution la plus forte et la plus robuste peuvent-ils résister au concours réuni des circonstances qui ont donné lieu à la fiévre ataxique continue , dont je donne des exemples dans ma Médecine clinique ? Ge sont des excès les plus répétés du travail du cabinet, des veilles prolongées, la fréquentation assidue des hôpitaux, des amphithéätres, les dissections anatomiques , ou les eflets destrucieurs du chagrin et de la débauche. Aussi trouve-t-on dans la marche des symptômes tous les caractères de la confusion et d’un bouleversement général, des passages brusques d’une excitation vive à un état d’affaissement , des alternatives fréquentes d’un pouls déprimé, naturel, fort ou dur, du délire et d’une affecuon comateuse, d’une sensibilité vive et d’une sorte d’anesthésie. Quel mélangé, ou quelle succession d’affec- Uons nerveuses du plus mauvais augure ! le hoquet, le grincement des dents, l’aphonie, une oblitération passagere de la vue ou de louïe, le tétanos, la carpho-

MALIGNES OU ATAXIQUES. Di

Mogie, le trismus , la déglutition tantôt facile, tantôt

; impossible ; en un mot, des lésions ou des anomalies diverses et les plus nenliecde

264. Fièvre cérébrale. Le caractère disünetif des fièvres ataxiques continues sporadiques, qui consiste dans une marche tumultueuse, et avec toutes les apparences de la confusion et du désordre , ne permet guère de douter qu’en général le principe ne sen trouve dans l’organe cérébral , et qu’elles ne deviennent funéstes par un épañchement gradué d’un liquide séreux Qu séroso-Sanguin quia lieu , soit dans les ventricules latéraux du cerveau, soit dans ‘une partie quelconque de lorgane encéphalique ; : d’où résulte un obsticle ou une sorte d’entraye pour les efforts con-

servaleurs que fait, en général , la nature dans les ma-

ladies aiguës. Sôus ce rapport, ce que j'appelle fr ic evre cérébralé pourrait être considéré comme une sorté e fièvre ataxique sporadique; mais comme, soit par la uature de ses symptômes , soit par lés résultats dés ouvertures des corps; elle a des analogies frappantes avéc l'apoplexie des vieillards , j’en donne les exemples les plus multipliés dans ma Médecine clinique.

265. Quelque place que cette maladie doive occuper dans un cadre nosographique, le point le plus im-

portant est de la bien connaître pour qu à l'avenir on

puisse la distinguer dans ses progrès successifs , et parvenir , s’il est possible ; à en arrêter le cours. On voit avec quelle rapidité elle s'est développée dans le second exemple que j'ai rapporté dans l'ouvrage que je viens de citer, puisque, dés le deuxième jour, on remarqua un état de stupeur , une légère carphologie ; des

simulacres même de catalepsie ; et ; dans certaines par-

ües, une apparence de tétanos. L’affection comateuse précédée d’une couleur violette et foncée de la face ke. été bien plus constante ctplus forte dans l'exemple troisiéme , et on doit peu s'étonner que la maladie ait fini par une aflecuon carotique des plus profondes. L'analogie avec l’apoplexie fut très-marquée dans l'exemple quatrième , puisque , dés le matin du neuvième Jour , on remarqua une légère nuance d'hémiplégie du côté droit , la carphologie de la main gauche ; et le soir une paralysie complète du bras droit. Au vingtième jour , frémissemens convulsifs de tout le tronc, frisson par intervalle, facelivide, respiration lenteet fréquente, molteur visqueuse et fétide, soubresauts des tendons et déglutition impossible : le lendemain » mort. À l’ouverturg du corps , chacun des ventricules latéraux contenait environ trois onces de sérosité.

266. Je ne dois entrer ici dans aucun détail sur les épanchemens primitifs qui constituent la maladie connue sous le nom d’Aydrocéphale. L'arucle que le docteur Iiard a publié dans le tome XXII du Diclionnaïire des Sciences médicales peut étre regardé comme ce que lon a écrit jusqu’à présent de plus exact sur cette maucre. Les recherches qu'il a consignées dans cet article méritent d’être connues par les divers rapprochemens que fait l’auteur des épanchemens cérébraux avec des maladies différentes. Mais l’hydrocéphale appartenant à la deuxième Section des Lésions organiques , jindiquerai, dansle 3° volume de cet ouvrage, les diverses espèces et les symptômes de cetie affection | dont l'influence sur l’état des sens et la terminaison presque toujours funeste , fixent depuis longtemps l'attention des.observateurs.

267. Fiévrelente nerveuse. La fièvre lenté nerveuse, dont il serait si facile de rapporter ici les caractères généraux sans aucun autre préliminaire, est peutêtre celle de toutes les fièvres ataxiques sur laquelle on a fait le moins de recherches précises , ou plutôt celle dont les histoires particulières exactes sont les plus rares : nouvelle preuve dè la nécessité d'introduire souvent, en médecine, la méthode circonspecte du. doute , et de soumettre à un examen rigide des résultats généraux qui n'ont quelquefois qu'un fondement frivole. Quelque autorité ou dègré d'estime qu'on accorde au célèbre Huxham , je pense depuis long-temps qu'on doit être bien loin de s'arrêter à sa description générale de la fièvre lente nerveuse , comme à un dernier terme de recherche. | "à

268. L'observation qu'en rapporte Selle est un exemple d’un traitement également confus et arbitraire. Un homme de trente-un ans, sujet , dés, sa première jeunesse , à de fréquentes hémorrhagies du nez et à un flux hémorrhoïdal , leur opposa d’abord des saignées habituelles : dès-lors débilité générale, augmentée en-

suite par de nouvelles saignées durant un rhumatisme

aigu ; peu aprés, flux hémorrhoïdal des plus copieux : il excisa les tumeurs variqueuses de l'anus, et tomba dans l’hypochondrie la plus prononcée. Bientôt après ilest atteint de la fièvre dite bilieuse ( médications vomitive et purgative répétées ). Découragement , présages sinistres , pouls presque naturel , mais paroxysmes le soir ; insomnie (opium , vésicatoires ) ; strangurie qui ne cède ni à l'usage intérieur du cam phre, ni aux topiques émolliens , et qui paraît un symptôme de la maladie ( une once et demie de quins

quina en poudre ). Le malade sort de sa chambre, et | se promène. au dehors par un temps froid. Le jour : suivant , mouvemens convulsifs du visage , et tétanos | général (nouvelle saignée , pratiquée sans l'avis du | docteur Selle; application de sinapismes à la plante : des pieds , et de raïfort sauvage à la nuque ; casto= | réum et musc à l'intérieur ) ; sueur abondante , calmé passager , urine sédimenteuse ; mais le lendemain # convulsions générales ( application de vésicatoires , usage des anti-spasmodiques ) ; cessation des convulsions , nulle excrétion critique. Quelques jours apres , délire passager , plus de paroxysme , pouls souvent comme dans l'état de santé, couleur ordinaire . de l'urine, peau sèche , langue humectée , sans aucune sorte d'enduit , déjections régulières ious les jours, assez bon état des forces , intégrité des fonctions de l’entendement , mais frayeurs de la mort sans cesse renaissantes. Le quatorzième jour , apres la premiére attaque des convulsions , apparence de sommeil , râle, Le quinzième, mort. nu

269. On trouve plusieurs autres observations de fièvres lentes nerveuses , soit dans ma Médecine clis nique, soit dans ‘la dissertation de M. Scudéri sur cette maladie. Je vais en rapporter une, extraite de cette dernière. Pierre Gohier , âgé de dix-huit ans } marchand de fil, perdit tout son argent au jeu, ce qui lui causa de vives inquiétudes. Quelque temps aprés ,: il tomba malade. Premier jour de la maladie , frissons suivis de chaleur avec moiteur , douleurs vives dans les membres, et surtout aux articulations des pieds avec les jämbes ; léger écoulement de sang par le nez, Deuxième et troisième jours, point de frisson ; du reste, |

MALIGNES OU ATAXIQUES. 231 mêmes symptômes que le jour précédent. Quatrième jour (premier jour de son entrée à l'hospice ); visage coloré, langue blanchätre , peu de soif, pouls souple, réguber et fréquent ; chaleur moite à la peau, mêmes douleurs, point dé paroxysme ( petit-lait avec le tamarin ; deux lavemens ). Cinquième jour , cessation de tous les symptômes , à l'exception de la douleur de l’aruculation du pied gauche avec la jambe ( deux soupes ). Sixième jour, vive émotion à la vue de lan: gonie et de la mort de son voisin de lit; pendant tout le reste de sa maladie, crainte de subir le méme sort. Point de symptôme fébrile apparent jusqu'au neuf. Neuvième jour , air d'inquiétude , chaleur sèche à la peau, pouls naturel, vertiges en se levant, paroxysme le soir ; sueur pendant la nuit ; disparition de la douleur de l'articulation du pied gauche avec la jambe. Dixième et onzième jours, sorte d’indolence, figure ; blème , langue blanchâtre , point de soif, déjections @ fréquentes; légers paroxysmes le soir ; point de sueur. Douzième jour , tristesse, morosité , joues rouges , pouls presque naturel , peau toujours chaude et sèche. Treizième jour, déjections mélées de sang , sans avoir été précédées ni accompagnées de douleurs abdominales ; pouls faible et fréquent. Quatorzième jour, point de sang dans les déjections alvines. Quainzième , seizième , dix-septième et dix-huitième jours , inertie, pâleur de la face, peau toujours chaude et sèche, pouls fable et variable quant à sa fréquence , constpation , paroxysmes peu sensibles; calme les nuits. | Dix-neuvième jour , mêmes symptômes. On admimsira le tartrate antimonié de potasse , qui fut suivi de plusieurs vomissemens de ‘matières jaunes peu

222 FIÉVRES amères. Vingtième et vingt-unième jour, sorte dé | stupeur et d'engourdissement, jugement toujours sain, | toux sèche sans douleur à la poitrine, pouls peut et ! fréquent, chaleur et sécheresse de la peau , urme | limpide , dévoiement ; légers paroxysmes le soir ; les nuits , Calme, mais point de sommeil (boissons t0= niques ). Vingt-quatrième jour , joues colorées, in— cohérence dans les idées , somnolence , sentiment | d’oppression dans la région épigasirique , refus de prendre la soupe ; révasseries vers le soir et pendant la nuit. Vingt-cinquième jour , figure pâle, langue rougeâtre , point de soif, pouls tres-fuble , aridné de la peau, sensibilité douloureuse dans les hypochondres , toux suivie d’une expectoration sanguine , point de douleur à la poitrine, débilité, somnolence ou dé- Lire tranquille. Vingt-sixième jour , chute totale des forces , pouls inégal et à peine sensible, point de #tioux ni d'expectoration , douleur au côté gauche de la poitrine, respiration laborieuse ; soubresauts dans les tendons , délire taciturne , les yeux caves, ternes, chassieux et à demi-ouverts. À dix heures , assoupis- Sement profond , râle , face décomposée. Mort à deux heures après midi. À l'ouverture du cadavre, on trouva un épanchement lymphatique entre les membranes du cerveau : les organes de la poitrine et de l'abdomen ne présentèrent rien de particulier.

270. Je crois devoir joindre ici un exemple d'une variété parüculière de la fievre lente nerveuse, qui n’a point encore été décrite, et que J'observe quelquefois dans les établissemens publics ou particuhers consacrés au traitement des aliénés , à la suite d’un état de manie ou de démence compliqué de para-

MALIGNES OÙ ATAXIQUES. 223 lysie. Une dame douée des qualitésles plus estimables vient à perdre un de ses enfans tendrement. chéri, et reste plusieurs jours dans un abattement extrême et la consternation. Son caractère, naturellement mélancolique , s’exaspère ; elle devient plus ombrageuse , plus défiante et plus sujette à des emportemens violens pour les causes les plus légères; une nouvelle grossesse , la mort de l'enfant dés la naissance , et la négligence des précautions d'usage après les couches, aggravent encore l’état précédent, malgré tous les té moignages d'attachement et de tendresse qu'on lui prodigue. Elle remplit encore pendant une quinzaine de mois ses devoirs de mère de famille avec la plus grande intelligence et une sensibilité touchante ; mais bientôt après, les écarts de la raison viennent se joindre à une extrême violence et- à la fréquence des emportemens, et on sent alors la nécessité de la placer dans un établissement consacré au traitement des aliénés , et de l’isoler entièrement de sa famille. La convalescence se déclare après huit mois d’un traitement régulier; la dame est ramenée auprés de son époux et de.ses enfans, et bientôt après dans une campagne très-agréable , dont lacquisition avait été le fruit de sa sage économe et de sa prévoyance. Son goût naturel pour une yie simple et tranquille et pour les occupations champêtres, semble d’abord exercer la plus heureuse influence sur le retour de ses facultés mo rales et physiques; mais l'hiver suivant, elle commence à éprouver une lenteur marquée dans ses mouvemens , et une sorte d'engourdissement apathique , qu Jui foie desirer de rester constamment auprés de son feu, ou du moins de se borner à des promenades

peu fréquentes. Au printemps, sa vivacité, sont ooût pour les plaisirs purs et simples de la campagne reviennent et ramenent le rétablissement de la raison , ce qui continue ainsi jusqu'au déclin de Pautomne ; mais, à celte époque, une morosité sombre, des inquiétudes vagues et sans mouüfs, le desir du repos et d’une vie sédentaire , se renouvellent encore avec tous les préludes d'une affection paralytique générale. Cetie mére de fanulie , jadis si active et si sensible aux caresses de ses enfans , aux tendres sollicitudes de son époux , finit par rester dans un état d’engourdissement et de stupeur , avec tous les signes extérieurs d’une sorte de démence et d’insensibilité, et une émission involontaire des urines ; peu à peu ses membres s'affaiblissent, et dans le peu de mouvemens de prosression qu elle fait, elle traîne la jambe gauche, mais elle peut encore monter l'escalier et le descendre; bientôt elle ne peut faire n1 l’un mi l’autre, elle reste confinée dans son lit. Cest alors que la fièvre lente nerveuse se manifeste de la maniere la moins équivoque : état général de stupeur et d’affaissement , pouls fréquent et très-faible , deux exacerbations par jour, l’une vers onze heures ou midi et l’autre le soir ; avec une soif vive , la face très-rouge, la respiration accélérée , une sueur gluante sur le visage et le tronc, quelques paroles confuses , par momens tous les gestes de la frayeur , et d’une imagination vivement frappée par la présence chimérique de serpens entorullés que la malade croit voir autour de son lit. Dans des intervalles de rénussion de plusieurs heures, affaissément , syncopes : on soutient alors les forces défaillantes par lu sage de doses répétées de vin de Bordeaux, tandis

qu'il se manifeste, pendant les paroxysmes, un goût paruculier pour les boissons acidulées et sucrées. Vers le vingtième jour de cette fièvre, une sorte d’abeëès métastatique paraît tout-à-coup à la partie latérale gauche de l'os sacrum; cette tumeur s'accroît avec rapidité , et, dans l’espace de vingt-quatre heures, on y. sent un état de fluctuation qui détermine à y pratiquer une ouverture avec la lancette ; 11 s’en écouie une matière purulente trés-abondante , et qu'on peut évaluer à une pinte ; la suppuration continue, et cinq jours aprés 1l se déclare, de la même manière, un autre abcés à la parue pe droite du même os ; ïl se forme alors , de l’un et de l’autre côté , des escarres * gangreneuses qui s'étendent par degrés : ia stimulans internes et externes deviennent sans effet , la débilité générale augmente ainsi que la stupeur. La veille de la mort seulement , la raison , durant une maünée, semble reprendre ses droits; la malade demande à re- “voir ses fils, son mari; mais ce n’est plus qu'une éuincelle passagère d’une vie qui vas’éteimdre, et bien tôt succédent tous les signes d'une agonie paisible , et digne d une nouvelle victime de L tendresse maternelle.

271. La nostalgie est accompagnée quelquefois de fièvre lente nerveuse. Une jeune fille de seize ans , guérie de la teigne à l’hospice de la Salpétrière , et abandonnée à cette époque de ses parens, était tombée peu à peu dans une tristesse profonde , dans ja crainte de ne plus revoir son pays natal. Des cet instant, morosité sombre , éloignement pour tout amusement , recherche de la solitude ; elle manifestait sa

joie quand on Jui parlait de son pays, et avait un som

226 FIÈVRES | parüculier de ramener la conversauon sur cet objet favori ; en même temps sorte d'inerue , répugnance pour toute sorte d'exercices , grande sensibilité à lim pression du fr rod , perte d’appéüt , débile , dépens” sement , chaleur CAT à la peau, sommeil agité par des rêves ; tous les soirs un paroxysme, péndant lequel le pouls était fréquent et développé , les joues rouges et animées, la chaleur plus'intense et souvent suivie de sueur. Ï se manifesta dans Ki suite des resserremens spasmodiques de la poitrine , avec une toux légère sans CApÉrOREUOR ; le pouls devint petit et fr É— quent, la mémoire trés-affablie et l'amsigrissément extrème. Ses parens la rappelerent Atapres d’eux à cette époque : : quoiqu’elle füt alors réduite à un état désespéré , On à appris que sà santé s’est pleinement ré tablie.

272. COMPLICATIONS DE LA FIÈVRE ATAXIQUE CON- TINUE. Quoiqu’on observe quelquefois la fièvre ataxi— que continué dans son état de simplicité , 1l est cependant plus ordinaire de la voir compliquée avec l’une ou l'autre des fièvres que j'ai déjà décrites , et quelquefois avec plusieurs àa-la-fois. C’est sous ce point de vue que je vais l’examiner maintenant.

275. Fièvre ataxique inflammatoire. Dehaën (tom. IX , Chap. 9), en décrivant l’histoire d’une fièvre

è épidémique qui avait régné à Vienne, donne les caractères d’une fièvre maligne compliquée avec un état inflammatoire, ou plutôt avec des simulacres de phlegmasie locale. D'abord mouvemens fébriles vagues, intenses dans les uns et faibles dans les autres. Certains malades étaient attaqués de signes d’une inflammation grave de l'arrière-bouche, dela plèvre, des pou-

mons , de l'abdomen » tandis que d’autres en étaient: entiérement exempts. Plusieurs d’entre eux étaient: détenus au lit, avec prostrauon des forces ; et plu-: sieurs autres continuaient à vaquer à leurs affaires $ quoique dans un état très-débile. Les troisième, quatriéme , cmquième jours, et même plus tard > paraissaient des pétéchies, où une érupüuon miliaire rouge et blanche, et la mort était prompte. D'autres fois la: maladie , prolongée jusqu'au douzième ou quatorzième jour, abouüssait à un délire tranquille ou furieux , et les malades périssaient dans les convulsions. Un abatiement plus ou moins grand et la stupeur ac compagnalent, à peu d'excepuons prés , la maladie depuis le commencement jusqu’à la fin. Les meilleures: médications furent les toniques. Il paraît que les pétéchies et les convulsions étaient l'effet de l'antique préjugé des bonnes femmes, qui accablaient les ma lades du poids des couvertures, sans avoir soin de renouveler l’air de l’intérieur des chambres.

274 Fièvre ataxique bilieuse. La complication de la fièvre dite maligne avec la fièvre bilieuse est tracée d’une manière très-exacte dans l'ouvrage de Finke ( de Morbis biliosis anomalis ). Les individus les plus sujets à cette sorte de fièvre étaient des femmes hystériques et fables, des hommes énervés par des excès d’intempérance , ou bien par l'abus de la saignée , des purgaufs, ete. Les signes précurseurs étaient les sui vans : douleur de tête intense , tantôt au front ; taritôt à l’occiput, avec un sentiment de malaise à l'épigastre ; nausées et quelquefois yomissemens , abattement , morosié sombre, frayeurs, effusion de larmes et disposition au désespoir | cé qu’on n'observait

point dans d’autres fièvres bilieuses ; tremblement des membres et vascillauon du corps sur les genoux , sentiment de froid à peine sensible au commencement, entre-mélé avec de la chaleur; pâleur ou couleur foncée de la face. Certains malades ne restaient que quelques heures au lit, et d’autres y étaient constam-— ment détenus, ce qui amenait des sueurs copieuses et une somnolence agitée par des rêves effrayans : pouls plus faible que dans la fièvre bilieuse simple ; langue d'abord sale et muqueuse, puis jaune ou même no1râtre ; saveur amère et nausées ; urine variable , quelquefois limpide, et d’autres fois trouble ; chez quelques-uns , singulières contractions spasmodiques des mains et des pieds ; quelquefois diarrhée incommode au commencement, ensuite irrégularité des déjecons. Les symptômes étaient quelquefois à un degré si modéré , que le régime et les médications laxatives ramenaient la santé ; mais d’autres fois les malades étaient enlevés par une mort inopinée. En comparant la marche de cette maladie avec celle de la fièvre bilieuse simple, on reconnaît facilement les symptômes qui appartiennent à la fièvre maligne ou ataxique. :

275. Fièvre ataxique muqueuse. On voit des exemples de complication de la fièvre pituiteuse ou muqueuse avec la fiévre maligne dans l'ouvrage de Rœderer et de Wagler ( de Morbo mucoso ) ; mais la fièvre épidémique décrite par Stoll, en 1777 , sous le nom de fièvre lente nerveuse, porte surtout le caractère de cette complication : mouvemens fébriles obscurs dès le commencement, tantôt avec élévation , tautôt avec dépression du pouls ; horripilauons légères

MALIGNES OU ATAXIQUES. 229 et vagues; langue quelquefois couverte d’un enduit glutneux , d’autres fois desséchée , rouge , blanchâtre et comme brülée ; anorexie , saveur amère et quel-quefois nulle , point de soif; ardeur dans l'estomac, Vabdomen ou quelque partie de la poitrine ; douleurs. dans les membres et dans les lombes , stupeur, con— fusion des idées, tintemens d'oreilles, délire taci-

turne, surdité, pesanteur de tête ; toux le soir et pen dant la nuit avec des variétés dans l’expectoration ; diarrhée souvent incommode et funeste aux malades, etc. Dans cette fièvre, les symptômes muqueux prédo-. minent beaueoup sur Fétat ataxique : aussi Stoll doute

t-il sil ne faudrait pas plutôt lui appliquer le tre de

Jiévre pituiteuse ou lymphatique. |

276. La fièvre lente nerveuse, décrite par Huxham, rest souvent que la complication de la fièvre ataxique avec la fièvre muqueuse , comme on peut s'en con— vaincre par la lecture des faits précédens.

277. Févre ataxique adynamique. Veut-on connaître une maladie qui participe du caractère de 1x fièvre putride et de la fièvre maligne, Huxham offre peui-être à cet égard un modéle rare. Plimouth, otr 1l exercait la médecine , lui ouvrait la carrière la plus vasie. Cette fièvre fut observée sur une quantité in nombrable de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute consitulon, soit dans les vaisseaux , les prisons ou Îles hôpitaux, soit à la ville et à la campagne. Huxham lui-même était doué de qualités qu'on trouve: rarement réunies : candeur , sagacité, connaissances. profondes en médecine >. zèle infatigable, cœur sen sible et compatissant , attrait puissant où plutôt pas— sion fortement prononcée pour l'exercice de la mé

230 | FIÈVRES decine : que de garans précieux de la fidélité des faits observés qu'il atteste, et dont il donne le résultat dans le chapitre des Fièvres putrides-malignes marquées par une triple complication Ces fièvres , comparées aux fièvres ataxiques simples, ont une invasion plus violente , une chaleur plus vive et plus constante, quoique d’abord plus passagere et plus rémittente ; le | pouls est plus dur et plus tendu, mais ordinairement petit et fréquent , avec des sn ÉRANEE dé régularité ap= parente ; les douleurs de tête, les vertiges , les nau= sées et le vomissement sont plus considérables , mnêmé dès le premier temps ; teinte jaunâtre dans les veux et légères traces d’inflammation ; fortés puisations dés artéres t tempotales et des caroudes , pendant que les battemens de lartère radiale sont petits et lents ; pros stration des forces jusqu'à la syncope, sans cependant ‘aucune évacuation extrême ou désordonnée, etc. … 278. On a aussi un exemple de cette complication dans ce qu'on‘appelle la fièvre des prisons ou des hô= p'taux , dont Pringle donne une description si exacteÿ fièvre que j'ai observée sous toutes ses formes dans les: infirmeries des prisons de Bicêtre, et dont on trouve plusieurs exemples particuliers dans les ouvrages déjà ciés de deux médecins anglais (Jackson et Letsom): "Voici les traits principaux de celle que j'ai observée : au début, vicissitudes de chaud et de froid , tremble= mens aise les mains, quelquefois RE dans les’bras , et, durant la nuit, chaleur excessive : progres de Ja maladie marqués par une augmentation de ces symptômes ; douleur à l’épigastre et au dos, abattement extrême, faiblesse et sensibilité du pouls; qui s'était d'abord soutenu ou avait beaucoup varié

MALIGNES OU ATAXIQUES. 27 pour la force ou la fréquence ; ; Sorte d'extinction des forces vitales dans une des deux mains ou dans toutes les deux , au point d'offrir un aspect cadavéreux durant tout le cours de la maladie (j'ai éprouvé moimême ce symptôme); urine três-vartable ; certaines fois constipation opimiätre ; d’autres fois selles involontares , colliquauves , ichoreuses ou sanguinolentes ; pâleur du visage, traits défigurés , délire taciturne, soubresauts des tendons ; d’autres fois yeux rouges, traits menäçans , phrénésie. L’éruption des pétéchies accompagnait souvent cette fièvre, qui n'était ordi nairement marquée par aucune évacualion critique , quoique, dans les cas favorables, elle se terminät à la fin du second ou troisième septénaire.

270. Îl régna une quantité considérable de fièvres dites alors putrides simples , de fièvres malignes sim ples , et d’autres fois putrides-malignes , dans les infirmeries de la Salpétrière, durant l'hiver de l’an 4 (1795). La plupart des femmes attaquées de ces fièvres -étaient récemment entrées dans l’hospice; elles avaient éprouvé l'influence des causes les plus débilitantes : disette prolongée et pénurie extrême, chagrins domestiques les plus amers, sorte de désespoir d’être réduites à un asyle qui contrastait avec leur ancienne aisance: car c’étaient des ci-devant religieuses, des renücres, ou des personnes qui tenaient à l’ancienne noblesse , soit par des moufs d'intérêt, soit par des liatsons du sang.

280. La fièvre adynamique suivait quelquefois sort cours avec la série des symptômes ci-dessus ; elle passait d’autres fois , par une sorte de métastase, à une affecuon de la poririne : alors toux, respiration gênée .

232 FIÈEVRES

peu ou point d’expectoration ; ce qui finissait , à cause de la décadence de l’âge, par le räle, présage ordinaire de la mort. D’autres fois c'était l'abdomen qui était surtout attaqué : alors diarrhée tres-fétide, qui devenait comme colliquative et augmentait la prostration des forces; ou bien météorisme du ventre , qui finissait aussi par être funeste. Il survenait, Fe le cours de la fièvre, des parotdes symptomatiques. D’autres fois 1] se mamifestait, avec les : symptômes qu namiques, quelque affection nerveuse bien ] prononcée, comme délire taciturne, veux égarés ou regard fixe, perte de connaissance, PET syncope, cat dei état comateux , etc. Enfin, dans quelques cas, 1l ne se déclarait que des symptômes nerveux , sans com-

plication : air égaré, dilatation des pupilles , urine:

Himpide , peu de sensibilité , mouvemens convulsifs,

ou toute autre affection grave. L'ouverture du corps a

souvent manifesté , dans ces dermiers cas, une sorte

d'épanchement séreux au-dessous de la dure-mére ; un des deux ventricules du cerveau s’est aussi trouvé dans un état de dilatation maniféste, avec un épanchement sérèux. On a trouvé une énorme distension du ventricule droit, puisque la surface de sa paroi interne avait deux pouces et demi de hauteur , et que la partie postérieure du cerveau , qui terminait la cavité, était tellement amincie qu'elle n'avait pas plus de trois lignes d'épaisseur, La femme était morte dans une affection comateuse. Fs

281. La maladie épidémique qui a régné, en 1806, à Sémur et à Autun, parmi les prisonmiers, n'était aussi le plus SET RUU qu'une fièvre ataxo—ady= nanuique, comme il résulte du rapport fait à l'École

MALICNES OU ATAXIQUES. 25

de Médecine , par MM. Desgenettes, Geoffroy et Lerminier. Cette complication affectait surtout les Esclavons, beaucoup plus en proie à la nostalgie ; elle avait pour caractère principal un pouls presque impercepüble. La mort survenait souvent le deuxième ou troisième jour de la maladie. Les hémorrhagies étaient fréquentes. 11 parut des parotides sans fièvre , QUI Cédaient à l’application des cataplasmes émolliens. Cette fièvre , ainsi que l’ataxique simple et la gastro-adynamique , qui constituaient l'épidémie en question , était occasionnée par l’encombrement des prisonniers dans des lieux étroits et peu aérés, joint à l’omission de tous les moyens de propreté; et je saisis cette occasion ‘pour faire remarquer combien est fondée l'opinion que nous avons émise sur la nature du typhus ; qui n’est souvent qu'une épidémie de fièvres de différens ca- ‘ractéres.

282. Fièvre jaune. Le grand secret de lier un objet nouveau , et de le rapprocher de ce qui est anciennement connu , ne doit-il pas être en médecine , de même que dans toutes les autres parties de Phisioire naturelle, de chercher des intermédiaires qui puissent remplir l’espèce de lacune qu’on remarque, et d'établir un point de communication entre des ‘objets qui paraissent d’abord les plus éloignés ? C'est 1 une observation naturelle que suggère la comparaison de la fièvre jaune d'Amérique avec la fièvre bilioso-putride où gastro-adynamique , qui est si fré- *quente dans nos climats , et qui est marquée par une chute des forces bien moins rapide , et une affection bien moindre des organes qui correspondent à la région épigastrique. Ne serait-ce point multiplier les

254 ; FIEVRES Espèces sans nécessité, ou du moins sans fondement , que de regarder la première comme une Espèce nouvelle , tandis que ses différences avec l’autre tiennent à l'influence du climat et à l'intensité plus grande des symptômes dans des régions brülantes ? Pour faire senur qu'il n'y a lieu d'admettre en cela qu'une simple variété , On na qu'à considérer la maladie dans un état intermédiaire , et telle qu’elle a été observée dans ancienne Grèce. Nous avons sur ce point les monu—

mens les plus authentiques danses Épidémies d'Hip-

pocrate, surtout dans le premier et le troisième livres. Quel modele de simplicité , de précision et d'exacütude dans l’art d'observer et de décrire la marche des maladies aiguës | Avec quelles variétés ne s'est point

.manifestéela fièvre biioso-putride dans les histoires des. |

symptômes qu'ont éprouvés-Siléne, Nicomede , Pythion , etc. , après des travaux énervans , des faugues excessives , un épuisement par la débauche et labus des plaisirs , ou les plus grands excès d’intempérance:! Chaleur brülante , soif des plus vives ; langue seche et -coüverte d’un enduit:brunâtre , vomissemens copieux ou déjecuons répétées de matières jaunes, quelquefois noires; froid des extrémités, tension de la région précordiale, cardialgie extrême, délire , hémorrhagies du ‘nez sympiomatiques ou critiques, paroxysmes. réguliers ou sans ordre, développement progressif des efforts conservateurs de la nature, où symptômes du plus mauvais augure et suivis d’une terminaison fu neste. Îl ne s'agit plus maintenant que de passer à la vraie connaissance de la fièvre jaune d'Amérique ; d’après les écrits de Bruce, d'Hillary, de Makiurick , de MM. Valentin, Gilbert, Palmas , etc. Robert Jack=

MALIGNES*OU ATAXIQUES 255 son (1), qui a observé la fièvre jaune en Amérique , compare sa marche avec celle de la fièvre &es prisons ou des hôpitaux. Je vais donner la traducuon de deux histoires prises de cet ouvrage.

285. Un soldat éprouve, le 19 août, un frisson avec un violent mal de tête. Le lendemain , chaleur :vive à la peau , face animée, enduit muqueux de la dangue, pouls fort et fréquent , regard sombre, yeux rouges , un ,peu,enflammés (prescription d’un pur- Luié avec le jalap et le muriate de mercure doux ) ; Chaleur moindre, peau sèche, évacuauom abondante: Le troisième jour, continuation des déjections , chaeur âcre , poulstendu et dur, regard sombre avec douleur de tête , langue sale, fréquens soupirs et opspression (sa'gnée et bain chaud). Le quatrième jour, sommeil durant da nuit, douleur de tête moindre, regard moins sombre, extrémités froides , poitrine et région précondiale) Boblanites , pouls faible ; moins fré- -quent .et.à peine fébrile, langue rouge sur les bords , ventre relâché, point de nausées ni de vomissemens , peau sèche avec une teinte jaune autour du nez et des dèvres. Le soir, soupirs fréquens, mais imsensibilité pourla douleur; pouls plus plein, langue humectée -etnettoyée sur les bords, chaleur vive de la région précordiale, respiration génée , et ayant surtout heu à l'aide des muscies de l'abdomen; déjéctions produites -par une solution de tartrate antimonié de potasse. Le

(r 5 An out-line of the History and Cure of the Fever endemic and contagious , more expressely the contagious Fever of “jails, Ships and PNetr. the concentrated endernic vulgarly , the Yallow Feverofthe Westd-indies , etc.; by RobertJackson, M, D'Edimbourg , 1798.

236 TIEVRES | cinquième jour, flux de ventre durant la premiére par ue de la nuit, vomissement d’une matière glaireuse , conjonctive comme injectée, couleur livide du visage, peau froide et sèche, chute du pouls, oppression , mort. |

284. Je viens de citer un exemple de fièvre jaune avec des signes de congestion vers la tête, et un état d'excitation du système vasculaire : dans ces Cas, un vomissement de matières noirâtres a quelquefois lien , mais 1] ne forme point un symptôme constant et essen— tel. L'auteur rapporte plusieurs autres exemples où la commouon du système vasculaire est beaucoup moins marquée ; et par conséquent où le malade a moins de dangers à courir. Un homme avait éprouvé, le 24 août, un frisson, des verüges, des douleurs dans les membres. Le lendemain , céphalalgie , douleurs dans les yeux, pouls peut, faible et fréquent , chaleur de la peau presque naturelle, enduit brunâtre de la langue, les yeux sombres etlarmoyans ( prescription d'une saignéeet d'un éméto-cathartique, bain chaudsuivi d'un bain froid avec l'eau de la mer, et application des vésicatoires );:le soir, mal de tête moindre , regard plus animé , . mais toujours pouls petit et concentré ; peau sèche avec soif intense , déjection copieuse , vomissemens ; SOUPIrS , oppression (application d'un vésicaioire sur la région de l'estomac , et usage intérieur, toutes les six heures, de camphre , de polygala , de carbonate d'ammoniaque et d'opium ). Le troisième jour, sommeil durant la nuit, mal de tête moindre, langue sèche et brunätre » hberté du ventre, sécheresse de la peau , pouls peut et concentré sans être tendu , les yeux ternes et larmoyans; le soir, la

MALIGNES OU ATAXIQUES. 237 peau humectée, mais sans sueur, pouls plein (répétition des mêmes médicamens avec ? usage alternatif du bain chaud et du bain froid ). Le quatrième jour , sommeil doux et restaurant , mais point de transpiration ; pouls petit et fréquent avec douleur des yeux, soif intense , liberté du ventre , enduit muqueux de la langue ; le soir, chaleur et bise (mêmes moyens). Le cinquième jour , sommeil calme , point de douleur , enduit sec et âpre de la langue, soif vive , pouls peut et fréquent , chaleur un peu au-dessus de l'état naturel ; le soir, langue nettoyée, peau souple et d’une chaleur tempéré, humeur gaie, évacuation Hbre’ par les selles. Le sixième jour, vue claire, pouls lent , régulier et libre , peau souple. Le septième jour , toutes les marques d une terminaison favorable.

285. Le docteur Jackson expose, d'apres ses pro. pres observations , les variétés et les formes les plus ordinaires de la fièvre jaune d'Amérique, suivant la position des lieux et "les diverses stations des troupes britanniques à St. -Domingue. Dans certains lieux, les malades offraient , les premiers jours, tous les caraciéres d’une forte commotion ou irritation dans le système vasculaire : anxiélés, inquiétude , mobilité amexprimable , face animée. Deux ou trois jours aprés, pouls fable et concentré, peau‘ sèche, contenance flétrie, vomissement rare, œil inanimé , cornée rareme t d’une couleur jaune d'orange jusque vers la fin de la maladie. Dans quelques cas , déjections mélées de sang, ou plutôt hémorrhagies alvines ou hémoptysie. La matière rejetée par le vomissement, dans le dernier temps, était ordinairement noire; lictère était rare, même dans la dernitre période ,

238 FIEVRSS

mais le visage était livide et flétri, avec délire. Dans d’autres stations , la fiévre était rémittente , ét les accès sous le type de tierce avec vomissemens et déjections d’une mauére jaunâtre ; les symptômes se terminaient alors , surtout en automne, par un vomissement noir, ou des hémorrhagies de diflérentes parties du COrpPS. Dans certains heux, les symptômes qu'on appelle putrides étaient portés ou plus haut point, et l'énergie’

vitale était trés-promptement éteinte; quelquefois

même dans vingt-quatre heures. Un réginient fut parüculiérement attaqué de la maladie portée au plus haut degré d'activité : lividité des membres, hémorrhagies , déjections mélées de sang où noirâtrés , vomissemens de même nature ; ictère d'üné couleur livide et foncée, convulsions et mort prompte. If est curieux et instructif de suivre, dans l’auteur, ioutes les formes variées qu'a prises la maladié , sui vant les diverses stations ou l’entassement des troupés, l'âge , la consutuuon des malades, où d’autres prédispositions antérieures.

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