‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 43 sur 60 · L'attentuion générale a été surtout fixée sûr · texte numérisé non relu

L'attentuion générale a été surtout fixée sûr

la fièvre jaune depuis un certam nombre d'années, ] Ï

Le nombre des personnes qu'elle à fait périr à Saint=.

Domingue, la manière effrayante dont élle a réoné à Cadix et à Livourne , son retour presque an nuel dans différentes contrées des États-Unis d'A= mérique, étaient plus que suflisans pour opérer cet eflet. La fièvre jaune des Antilles a fait l’objet da recherches de MM. Gilbert, Dalmas, Leblond, etc. ;

celle des États-Unis a été ai par NIM. Valeur,

Devèse, etc. ; celle dé Andalousie, par NE. Boris celle de Livourne, par MM: Thicbaut , Guillaume,

MALIGNES OU ATAXIQUÉS. 259 Gonel, etc., sans parler des écrits multiphés qu'en ont publié les médecins des contrées où cette cruelle ualadie a exercé ou exerce habituellement ses ra vages. Les faits qui résultent de ces différentes recherches sont analogues à ceux que j'ai indiqués plus haut ; il sera facile de s’en convaincre par la lecture des observations que j'en vais rapporter : elles sont éxtraites de l'Histoire médicale de armée de Saint- Domingue, par M. Gilbert.

287. Un valet-de-chambre du général én chef, jeune homme fortement constitué et d’un tempérament biieux , éprouve tout-à-coup un frisson de deux heures, un accablement violent, de la céphalalgie, puis une chaleur intense : sa face se colore et son pouls devient vif et dur. Ces mêmes symptômes s’accroissent Je deuxième et le troisième jours ; 1l s’y joint én même temps des nausées, l’amertume de la bouche ét la prostration des forces (diète, lavemens d’abord émolliens, puis laxatifs ; imonade amére , bouillon de poulet nitré, un grain de tartrate de potasse antimonié , et deux gros de sulfate de soude dans une pinte de petitlait) ; vomissement léger et quelques déjections bilieuses. Conünuation de l'état indiqué ci-dessus les “quatrième, cinquième et sixième jours ; agitation conunuelle (luvemens émolliens, purgat'f , demibains, frictions avec le suc de citron sur la surface du corps; en outre, moyens variés employés par les Jemmes du pays , auxquelles le malade se livre . Le sepuème et le huitième ; jours, coloration de la conjoncuve et de la peau en un jaune très-foncé ; deux à trois déjecuons bilieuses par jour, débilné extrême ( vin , bouillon , créme de riz ), diminution graduée

des symptômes. La convalescence commence le qui zième jour ; elle est longue et difficile : enfin le réta= blissement est parfait.

288. Les symptômes gastriques prédominent beaucoup sur l’état adynamique dans l'observation que je viens de rapporter : je vais en exposer une autre où les symptômes adynamiques ont été plus intenses. Le général Hardi, ägé de soixante ans , d’une constitution pléthorique , venait d’éprouver un catarrhe avec fièvre gastrique , lorsqu'il lui survient un long frisson , une céphalalgie violente, de l’accablement et la nausées (pédiluve , lavemens émolliens , boissons nitrées). Le deuxième jour, accroissement des symptômes É face rouge , les yeux ardens , pouls dur , irrégulier et fréquent ( saignée du bras qu’on renouvelle le soir ). Le troisième jour , nausées légères , douleurs dans : l'abdomen , prostrauon des forces (minoratif) , quelques déjections alvines, défaillances ( décaction légere de quinquina , qui est constamment rejetée par le vomissement ; lavemens émolliens, cataplasmes émolliens sur l'abdomen ), excréuüon de lurme difficile. Le quatrième jour , faiblesse extrême, nausées conunuelles , entière liberté des foncuons intellectuelles ( vésicatoires aux jambes ; potion avec l'infusion due quinquina , le camphr'e et l'alcool éthéré, qui est rejetée immédiatement après), vomissemens de maucres brunâtres , légère tension de l'abdomen. Le sepueme jour, prostration complete, pouls vermiculaire, état gangreneux évident; mort le soir.

289. Cette fièvre est cependant loin de présenter toujours les mêmes vanne ; il est plusieurs cas où elle né paraît étre qu'une fièvre dite Dilieuse ; et plu-

MALIGNES OU ATAXIQUES. 240, sieurs histoires paruculières décrites par M. Gilbert le prouvent évidemment. Il n’est pas rare d'y observer des phénomènes inflammatoires dès le début , et c’est ce qui a porté M. Devése à la regarder souvent comme inflammatoire putride. On y remarque fréquemment des symptômes ataxiques , et il est des cas où la mort survient d’une manière extrémement prompte , avant que la maladie ait pu prendre un caractère propre à la faire reconnaître.

290. L'ictére n’est pas un symptôme constant de cette maladie, comme on serait tenté de le croire. La dernière observation que je viens de rapporter le démontre suffisamment : il en est de même du vOmMISsement noir et de la suppression de l’excréuon utinare : l’avant-dernière et la dernière observation en sont une preuve.

201. Les médecins ont été long-temps partagés d'opinion relativement à la manière dont cette affecuon se propage, et des hommes d’un grand poids se ‘trouvent parmi les parusans de la contagion et parmi ceux qui refusent de l’adimettre. La plupart des médecins américains ont maintenant rejeté toute idée de contagion , et telle est aussi l'opinion des médecins français qui ont pratiqué soit aux Antilles , Soit dans les Etats-Unis. Afin de donner une idée plus précise de la marche générale de cette fièvre, je vais exposer un précis sommaire de celle que M. Valentin à tracée. 292. La fièvre jaune ne paraît jamais aux États- Unis que dans la saison la plus chaude, lorsque l'atmosphère est étouffante et tranquille. Les causes qui paraissent l’occasionner sont l'air infecté par les mias-

.imes émanés des débris des substances végétales et ani-

ae à 10

males en putréfaction , la suppression ou la rétentiOTt de la transpiration pendant la nuit. L’infection de l'air ” dans les villes maritimes provient surtout de ce qu'elles n'ont pas de quais. Un grand nombre de maisons en bois sont bâties sur le bord de l’eau qui en baigne le pied ; au-dessous ou dans les intervalles, les eaux croupissanies laissent à nu un lhmon qui renferme beau— coup de corps organisés en putréfaction. Cette fièvre sévit plus fortement sur les hommes que sur les femmes, sur les adolescens et les adultes que sur les enfans et les vieillards , sur les blancs que sur les noirs. Elle. attaque surtout les indigens et les individus débilités par une cause quelconque, ceux qui habitent les régions les plus humides et les plus exposées aux émanations. Elle paraît épargner les bouchers , les corroyeurs, les tanneurs, les fabricans de savon, de chandelles , et ceux qui manient ou inspectent la potasse et la soude: elle n’attaque presque aucun de ceux qui ont véeu pendant un certain temps entre les tropiques, et qui s’y sont acclimatés : mais sur le continent , il n'y a point eu d'épidémie où quelques naturels adultes

n'aient été emportés par la maladie.

203. La fièvre jaune observée par M. Valentin survenait ordinairement d'une maniere subite ; quelquefois on éprouvait les préludes de la fièvre gastrique , comme diminution d’appétit, céphalalgie, lassitude , insomnie, tristesse , anxiété. — Premiere période. L'invasion commencait par un froid général , ou des frissons légers , alternant souvent pendant six heures avec des bouffées de chaleur. Il y avait quelquefois augmentation de Ja chaleur sans froid préalable. Pen- | dant le froid , douleurs aiguës aux parties extérieures

MALIGNES OÙ ATAXIQUES. 245 æt latérales de la tête , aux lombes, an dos, et aux membres inférieurs ; oppression dans le thorax , serrement épigastrique , dla dans les mêmes régions augmentées par la pression ; soif, quelquefois nausées, constipation avec dureté et gonflement des hypochondres , ou diarrhée; coliques, chaleur dans l’abdomen. Durant la chaleur, pouls dur, plein, tendu ; soif, sécheresse de la peau. Pendant les deux premiers jours, langue blanche et humide , puis sèche , rude, brune , noirâtre ; quelquefois er au vomissement ; d’autres fois , vomissemens de maticres jaunes , verdâtres ou grisdtres et aigres | avec contrac= üon violente, et cardialgie : INSGPRE table, spontanés ou provoqués par les boissons même les plus douces ; les veux rouges, comme enflammés et larmoyans. — Deux ème période. Vers le troisième jour, coloration en jaune de la conjonctive , et quelquefois de toute la peau ; souvent des vomissemens de matières brunâtres analogues à du marc de cafe, à du goudron ou à un mélange de suie et d’eau ; quelquefois des déjections alvines de matières analogues, où bilioso-muqueuses ; le pouls était souvent petit, accéléré , où plus lent que dans l’état de santé. Dans certains cas, il survenait une . rémission t'ompeuse , Mais suivie. bientèt apres de délire, de hoquets, de Hpothymies, du refroidissement des extrémités, d’un aspect cadavéreux de la face, d’une odeur fétide de tout le corps, de tremblemens et mouvemens convulsifs. Dans quelques cas, cessation ou diminution du vomissement, et coma profond ou délire tomateux. L’urine n’était pas ordinairement temte de bile, quoiqu il y eût ictere ; elle était quelquelprs supprimée. :

Page 1