Aux symptômes indiqués se joignaient quel
quefois des hémorrhagies passives par les narines, les |
gencives , la langue , les lèvres, les intestins , le vagin ; des ecchymoses et des vergetures. Il existait rarement des parotides ; : les ME et les charbons ne se sont jamais ner , mais on observait quelquefois des taches gangreneuses.
205. La terminaison par la mort arrivait ordinairement du quatrième au huiieme jour , rarement le deuxième m1 après l’espace de huit jours. Les rechutes et l'imdigestion ont fait périr quelques malades. La mort survenait quelquefois au momeng où on sy attendait le moins , par des syncopes, le hoquet , etc. ; elle arrivait sans qu’on eût éprouvé n1 vomissement , ni hémorrhagie , n1 ictére , et quelquefois elle n'avait été précédée que d’un ictère général ou local. Dans
la même famulle , le mar: mourait du vomissement-
noir et sanguinolent avec ictère , tandis que la femme, ayant à peine la fièvre, mais une irritation spasmodique à l'estomac, vomissait simplement ses boissons
ou ses médicamens , avait l'esprit frappé de terreur ;
et périssait subitement en conservant sa couleur naturelle.
206. L'ordre exposé plus haut dans la succession des symplômes ne se remarquait pas toujours. La maladie débutait quelquefois par un léger acces de fièvre, une hémorrhagie nasale difficile à arrêter , et
la jaumisse dès le premier ou le deuxième jour; le.
pouls était petit , non fréquent; l’hémorrhagie recommencait sans vomissement, le malade s’affaiblissait , les extrémités devenaient froides, le pouls vermicu-
laire ; il surveñait un délire obscur, de légers mou-.
vemens convulsifs, et la mort arrivait le troisième ou le quatrième jour.
297. Le pronostic était d'autant plus alarmant, que les symptômes adynamiques et ataxiques étaient plus prompis à paraître. Le défaut de rémission de la fièvre était à craindre, quoique le vomissement fût rare et muqueux ; la maladie se jugeait rarement par les selles, si ce n’est lorsqu'elle se rapprochait desfièvres bilieuses et bilioso-putrides. L’excréuon abondante de l'urine était un symptôme favorable ; mais on anguraït mal de sa grande diminution, ou de sa suppres- Sion totale. La suppression de la diarrhée était aussi un symptôme alarmant ; elle était ordinairement suivie du coma , du hoquet , de la prostration des forces et de mouvemens convulsifs. La sueur soülageait beaucoup lorsqu'elle n’était pas prématurée ou provoquée à contre-temps. : | 298. L'ouverture des cadavres présentait la rou- geur , l'érosion et la destruction de la membrane muqueuse de l'estomac , de plusieurs points des intestins grêles , et surtout du duodénum. Les membranes de l'estomac ont souvent paru plus épaisses que dans l’état ordinaire ; dans quelques cas on y trouvait des mauéres muqueuses et bilieuses, dans d’autres du sang coagulé , des matières brunes, noires ou noirâtres, plus ou moins épaisses. Le foie était souvent dans l’état naturel , soit que les malades eussent vomi beaucoup ou peu de bile » Où que licière füt survenu plus tôt ou plus tard, ou n’eût pas eu heu du tout ; dans un peut nombre de cas, il était très-volumineux , Lrés-engorgé, rougeatre , phlososé , et renfermait des foyers purulens. La rate était tantôt dure » tantôt livide et comme
246 FIEVRES putréfiée. L'intérieur de la vessie a paru quelquefois rouge Ou gangrené, contenant une urine brunâtre et sanguimolente ; 1l y avait quelquefois un épanchement séreux etmême sanguinolent dans la cavité des plevres, ainsi que dans le péricarde; les poumons, souvent très-engorgés, offraient aussi dans quelques cas du sang inifiltré , des traces d'inflammation et même de suppurauon ; ils étaient quelquefois dans un état de gangrène. Le cœur était ordinairement pâle, vide et comme flétri , excepté l'oreillette droite ; d’autres fois il était très-volumineux, et renfermait des eaillots de sang noir et épais , ainsi que des concrétions polypeuses. On rencontrait aussi quelquefois des épanchemens sanguins dans le crâne. |
:M. de Humboldt a remarqué ( Histoire du Mexique), que la fièvre jaune à été sporadique dans les Antilles, depuis que des hommes nés sous une zone froide se sont transportés dans un climat brülant, chargé de miasmes délétères : par-tout où cette fièvre. est épidémique , 6n peut, suivant le même auteur , la considérer comme une espèce de t) phus sui generis , qui participe des fiévres gastriques et ataxo-adynamiques.
209. FiÈvRE ATAXIQUE RÉMITTENTE OÙ INTERMIT— reve. Les fièvres rémittentes malignes sont appelées par certains auteurs SOws-continues ou subintrantes malignes , parce que la terminaison d’un accès semble coincider avee le commencement d’un autre."Sauvages en fait d’abord trois Genres primiufs , puis 1l multiplie sans fin les Espèces suivant le symptôme dominant de chacune d'elles , comme la syncope, un sentiment de froid glacial, une affection coma
. MALIGNES OU ATAXIQUES. 247 teuse, la cardialgie, etc. Qu'on se dirige, au contraire, en suivant la route la plus simple et la plus naturelle , et qu on rapproche ces maladies par des caractères généraux et qui leur sont communs durant leurs accés , la faiblesse du pouls, l'embarras de la respiration, la confusion des idées , ou une perte plus ou moins marquée de connaissance, la difficulté d’articuler les sons portée quelquefois jusqu’à l’aphonie, l'altération des traits de la face , etc., on aura lieu de se convaincre que ces fièvres , üéls que soient d’ailleurs leurs types respectifs de quotidienne, de doubletierce, de tierce ou de quarte, ont des ressemblances traphaits dans leur marche. Ces fièvres ataxiques rémittentes peuvent aussi se combiner diversement avec les fièvres gastriques, muqueuses , adynamiques.
300. Il est difficile de méconnaïtre le caractère d’une fièvre ataxique rémittente double-tierce , dans l’histoire de Pythion que nous a transmise Hippocrate (iv. J. Epid. , malade 3) À la suite de travaux, de fatigues et d’écarts de régime, il est saisi d’une fièvre aiguë, avec une soif vive, un enduit sec et jaunätre de la langue. Le deuxième ; jour , sentiment de froid vers les mains et la tête > privation de l'articulation des sons et de la voix, respiration préciprée , rétablisse— ment de la PES: soif, calme durant la nuit, sueur partielle de la tête. Le troisième jour , léger frisson vers le soir , nuit agitée, peu de dédie Le quatrième jour, calme le matin , frisson vers midi, perte . de la parole et de la voix , retour de la chaleur, urine avec énéorème. Le cinquième jour, douleurs abdominales, soif, agitation pendant la nuit. Le sixième , rémission des symptômes le matin, et exacerbation le
soir. Leseptième, ardeur brillante , dégoûts , anxiétés, beaucoup d'inquiétude durant la nuit ; délire. Le huiième, un peu de somnolence le matin , Mais bientôt aprés frisson et perte de la voix ; respiration trés-gênée ; vers le soir, retour de la chaleur » délire, quelques déjections liquides et bilieuses. Le neuvième jour , af-
lecuon comateuse et anxiétés au réveil » peu dé soif, ,
inquiétude ; délire vers le soir. Le dixième jour, perte de la voix le matin, frisson » fiévre aiguë , sueur copieuse , mort. Les Symptômes augmentaient les jours pairs.
501. On doit rendre hommage au père de la médecine de nous avoir transmis ce tableau si exact et si bien caractérisé d’une fièvre rémuttente maligne ou ataxique ; mais l’imperfection où se urouvait alors Ja
matère médicale l'a privé d’un moyen dont lexpé-"
rience n’a si bien constaté les effets que dans ces dermicrs temps , et dont Torti offre tant d'exemples par-
üculers en décrivant le caractére de ce quil appelle
subcontinua malignans. Je vais me borner à rappeler les principa ux traits de l’observation quatorzième. Une femme, vers le septième mois de sa grossesse, fut attaquée d’une fièvre |, d’abord méconnue par son médecin ordinaire. Torti est appelé dans le moment même de la rémission des symptômes, quoique la fiévre füt cependant intense; et on lui rapporte que chaque nuit les symptômes étaient bien plus graves, et que la malade était prise alors d’un sentiment de
froid général et très-marqué. Le lendemain matin 2 on lui dit que laccès avait eu lieu à l'ordinaire , avec
un frisson manifeste et à la manière des. fièvres intérmitientes. T'orti recommande de faire prendre le quin-
quina dans le temps de larémission ; le médecin montre de la répugnance , semble ne rie à cet avis que par déférence pour Toru , et lui avoue ingénuement , dans un entretien paruculier , qu 1l considérait cette maladie comme une fièvre aiguë , et ’on devait regarder comme des fictions tout ce qu’on disait sur les retours périodiques des frissons durant la nuit. On donna cependant une certaine dose de quinquina dans une infusion, en agitant même la liqueur pour. rendre la prise de cette He plus efficace. A la visite du lendemain , Torti s'informe avec sollicitude si la malade ae éprouvé le frisson usé, et 1l recoit la réponse la plus affirmative , soit pour la nuit précé- dente, soit pour les nuits antérieures ; il exhorte la
malade à vaincre sa répugnance pour le reméde, et rejetant le liquide qui surnageait , 1l l’engage à avaler une Hnde parte de la re. qui formait un sédiment épais. L’effet en fut des plus marqués, puisque, dans deux ou trois jours, les accés furent entièrement dis sipés, et que la malade, guérie pour ainsidire en dépit d'elle-même , fut délivrée péu après des restes de la fièvre, et qu’elle eut ensuite un accouchement très-heureux au terme ordinaire.
302. Les résultats d’une réflexion profonde et d’une expérience éclairée se manifestent également dans le Jugement que porte Sénac (1) sur fée fièvres rémittentes malignes de divers types. Îl est évident , dit cet auteur , que les fièvres subintrantes sont de la même nature que les rémittentes, et qu'elles ne different les
En
(1) De recondit& Febrium intermittentium et remittentium nalurâ. Genevæ, 1769.
250 FIÈVRES unes des autres que par les degrés , où plutôt que la différence consiste seulement dans- la dénominaton. Celles qu'on appelle zierces continues , ajoute1-il, ne sont point d'une nature différente , à cela près que les accès reviennent de trois en trois jours , etque le mouvement fébrile se continue le jour intermédiaire avec plus ou moins d'intensité. Quantaux doubles-üerces , | elles ont aussi une marche continue ; leurs accès reviennent chaque jour à des époques marquées ; et doiton balancer de les renvoyer aussi aux subintrantes , ou plutôt aux rémittentes ? On peut se donner le spectacle de toutes les formes variées de fièvres rémittentes ataxiques dans les écrits de Morton, Toru , Werlhoff, Sénac, Lautter ; mais ce qui montre combien il serait frivole de fonder sur le TDi dominant la disuinction des Espèces, c’est qu une très-grande quanuté d’affections nerveuses très-intenses peuvent concourir | dans un accés de ces fièvres. Lautter ( Casus 4) parle d'une fièvre rémittente ataxique double-uerce , dont les accès étaient en même temps marqués par la péripneumonie ou la pleurésie , le délire, une agitation continuelle , des rapports, le hoquet, des vomissemens , le ténesme. J’indique seulement cette obserdes mais je dois faire connaître dans ses détails une des vatidtes PTE par destraits fortement prononcés de pleurésie, à cause des difficultés du traitement. 503. Un homme de trente ans , liyré à des travaux pénibles , est pris, le 6 octobre , vers les cinq ‘heures du soir, d’horripilations, de frissons, puis d’une chaleur vive avec soif intense, d’une douleur très-aigué au côté gauche. Ces symptômes, après avoir:
duré dix-huit heures, se calment en grande parue. Le
MALIGNES OÙ ATAXIQUES. 251 huitiéme] jour du même mois, le malade est mieux dans le jour, quoique faible et se plaignant encore d’une douleur de côté ; mais vers le coucher du soleil, retour de l’acces , der de douloureuse, précipitée , et quelquefois même comme interceptée ; douleur de côté trés-aigué , mails sans toux ( sa'gnée copieuse ; cataplasme émollient placé sur le côte et souvent renouvelé, décoction d'orge nitrée et acidulée avec l’oxymel) ; diminution de la douleur et de la dificulté de respirer, mais nuit laborieuse. Le lendemain matin , pouls moins fréquent et moins dur, mais toujours fébrile ; douleur latérale assez forte , urine sédimenteuse ; le soir, peu de changement, m1 le jour suivant au matin (10 octobre ); urine la même, peau sèche. Lautter reconnut alors le caractère d’une fievre non intermittente, mais rémittente , De régnait d'une manière épidémique. Le nue était indiqué ; mais l'accès du soir ne put être prévenu à témps ; il revint avec la ILE grande violence , et on eut encore recours à la saignée et aux autres moyens PRÉCC es ment spl osé. ÂÀ yant fait prendre , lors de la rémission, une once de quinquina en vingt-quatre heures, Jaccès suivant fut RU plus doux, les symptômes plus légers, et la gen complétée par l’administration prolongée de la même écorce. Stranck ( Observ. med. de Febribus ) décrit une épidémie semblable qui se manifesta à Mayenceen 1 75ret1 792; | et dans le traitement de laquelle on suivit des principes analogues toutes les fois que le symptôme dominant étain une douleur pleurétique.
304. Il est facile d’ accumuler les citations des auteurs sur la fièvre ataxique rémittente quarte , el d'in
voquer tour-a-tour les faits rapportés par Bianchi ; Marcellus Donatus, Schenkius, Hostius, Pison etc) pour en constater l'existence et la marche. On ne pent mer qu’elle n'ait été observée par divers auteurs ; mais les histoires en sont-elles assez exactes et assez fidèles pour pouvoir en ürer les caractères précis de Espèce ? Celles que rapporte Pison, et dont les accés sont marqués, soit par une affection soporeuse ou le coma-vigil, soit par des mouvemens convulsifs ou le délire, n’offrent qu'un extrait maigre et. décharné , et laissent à desirer une foule de circonstances parüculières. Cette fièvre étant d’ailleurs si souvent jointe avec quelque lésion ou affection organique des viscéres , doit offrir de grandes variétés ; et com ment les constater , si on n’en muluple les histoires exactes, si on ne joint à l'appui les résultats des Ouvertures des corps ? c’est donc un des objets qu’on doit le plus recommander à l'attention des vrais observateurs.
305. Je me bornerai à en rapporter ici un exemple pris de l'ouvrage déjà cité de Lautter. Un homme de trente-six ans , d’une constitution maigre , avait éprouvé d’abord diverses affections sur lesquelles on n'avait d'autre moyen de s’éclairer que quelques rap Ports vagues. Le malade ayant commis de nouveau un écart de régime, en prenant des alimens très-difliciles à digérer, fut allaqué, le 17 novembre au soir, de frissons, puis de chaleurs erraliques , ayec un sentiment de pesanteur dans l'estomac , des anxiétés , des nausées. Le lendemain, un aventurier lu; donna des
pilules purgatives , qui déterminérent plusieurs éva- cuaüons abondantes jusqu’au troisième jour, puis une
MALIGNES OU ATAXIQUES. 255 perte totale d’appétit, la prostration des forces, une soif vive, uné toux sèche, une chaleur brûlante. Le 20 novembre au soir, petits frissons, anxiétés extrêmes, vomissemens d’une matière Jjaunätre , déjections fréquentes, efforts répétés de la toux. Le docteur Lautter voit le malade le lendemin matin : alors’ pouls fréquent et faible, respiration précipitée et dif-
ficile | abattement extrême , toux séche.et fréquente , diarrhée pareille X celle qu’on appelle hépatique , tempes affaissées , aspect luride et morose , sueur conünuelle , douleur et comme sentiment d’ulcération dans les voies alimentaires. :
506. C’en était assez pour soupconner le caractère d’une fièvre quarte pernicieuse ; mais éomme l'urine ; au déclin de l'accès, n’avait point été observée, et qu'on pouvait encore avoir du doute, on se borna à calmer la violence des symptômes par de simples mucilasineux , huileux ou anodins , en attendant laccés prochain. Pendant deux jours, rémission manifeste , déjecuons plus rares, soif et toux moindres, diminution du sentiment d’ulcération des intestins. Le 24 novembre, accès des plus violens, et, vers Ja fin, sédiment briqueté de l'urine. Le caractère de la fièvre n'était plus équivoque , et le malade réduit au dernier degré de dépérissement , on ne balanca plus à donner le qumquina en poudre et sous forme d’électuaire, en le combinant avec le sirop d’opium ; on eut soim en même temps de faire prendre, les jours intercal-
“lares, des mucilagineux et des analeptiques. Le malade prit donc si gros ( 24 grammes } de quinquina en poudre, malgré sa répugnance naturelle. Le paroxysme suivant fut beaucoup plus léger ; presque point de vo-
missemens ni de déjections ; chaleur, toux, soif, agis tauons, sueur , le tout à un degré modéré. L'usage du quinquina fut encore repris, et secondé ensuite par des substances analeptiques ; ce qui produisit par de grés, dans l'habitude du corps, un changement des plus remarquables.
307. Fièvre ATAXIQUE INTERMITTENTE. Les fièvres intermuttentes pernicieuses, indiquéesou décrites d’une maniére plus ou moins incompléte par Sahius, Mercatus, Hérédia, Morton ; et dans des temps posté rieurs, déterminées ayec beaucoup plus de précision par Toru, Werlhoff, Sénac, Cleghorn, Médicus , forment encore un des points les plus importans à noter dans l’histoire générale des fièvres ataxiques. On a pu , dans une monographie telle que celle de Toru, admettre la division de ces fiévres en espèces , sui vant une prédominance de quelque symptôme violent et dangereux , et les disunguer en cholériques, dysentériques, cardialgiques, diaphorétiques, syncopales , algides , etc. ; mais on ne peut douter, comme le remarque M. Albert (1), que cette fièvre ne puisse se masquer encore sous d’autres affecuons aussi redoutables ; elle peut simuler Ja pleurésie ou le rhumausme, où bien prendre les formes insidieuses de douleurs néphrétiques , d'attaques d’épilepsie , de convulsions, de dyspnée , de céphalalgie violente, ou même d'hydrophobie. Comme d’ailleurs ces fièyres offrent d'autres symptômes ataxiques qui leur sont com muns , on ne peut guére les regarder , sous ce rap=,
(1) Dissertation sur Les fièvres pernicieuses ou ataxiques intermittentes , etc.
| MALIGNES OÙ ATAXIQUES. 255 port , que comme de simples variétés d’une même espèce. Mais peut-on donner pour fondement de caractères spécifiques l’ordre du retour des accès ou les divers types des fièvres connues sous le nom de quotidienne , de tierce, de quarte , ou admettre même d’autres divisions ultérieures, comme lorsque les prenuères sont doublées, et la troisième doublée ou triplée ? Dans les fièvres ataxiques intermittentes que j'ai eu. occasion d'observer moi-même, ouque j'ai puisées dans les auteurs, j'ai reconnu, en général, que celles dont les accés se renouvellent tous les jours ou à des jours alternaufs, n'offrent point de différences très-remarquables sous Le rapport ataxique ; mais celles qui sont sous le type de quarte se disunguent par leur fréquente complication avec des lésions des viscères abdominaux.
308. Les histoires particulières des fièvres ataxiques intermittentes, quotidiennes, uerces ou double-üerces, sont si connues, et on en trouve les résultats si judicieusement rapprochés dans la Dissertation déjà citée de M. Alibert, que je me bornerai à rapporter un ou deux exemples de la fièvre algide, tirés du Traité de TLorti, pour donner une idée de l'extrême gravité des symptômes de cette fièvre et de leur marche redoutable. Un homme éprouve d’abord des accès d’une fièvre tierce qui devient double-tierce , quoique légere, et lui permettant de se lever du. ht dans l'intervalle des accès. Le cinquième jour , le frisson est si opiniâtre , que la période de la chaleur n’a point lieu : il s'était écoulé plusieurs heures depuis l'invasion ; le pouls restait toujours déprimé et concentré avec une chaleur vive, un état de stupeur et comme d’insensi-
bilité. Get état s'étant prolongé jusqu’au lendemain , il fut encore pire au retour du nouvel accés : habitude du corps froide , pouls presque insensible, respiration précipitée , mains hvides , face plombée, trouble des. fonctions de l’entendement ( quinquina à forte dose) : Ja chaleur se rétablit et devient générale, le pouls se relève peu à peu, la respiration reprend sa liberté, le visage un coloris animé, et, pendant trois jours , le: malade reste libre de tout acces. Peu de jours aprés, il n’éprouve plus que de légers mouvemens fébriles, et 1l revient à la campagne , où 1l fat disparaître, par le régime et. quelques remèdes simples, certains restes vagues et irréguliers de la fièvre intermittente... | |
309. Un homme de soixante-quatorze ans , d’une constitution forte et robuste , et sujet seulement à des attaques de goutte , éprouva une fiévre tierce simple qui, dans son invasion , durinait lieu à une affecuon soporeuse , et pour laquelle on administra quelques : médicamens. Le quatrième accès fut marqué par une sorte de léthargie : pouls presque insensible pendant quelques heures, sueur froide sur tous les membres , aspect cadavéreux , coucher en supination , toutes les apparences enfin d’une mort prochaine. Revenu à luimême vers les trois heures après minuit, 1l prit dans | un liquide deux gros (8 grammes ) de quinquina en poudre qu'on avait préparé à la hâte; il en prit encore deux autres gros dans le cours de la nuit, et pareille dose le lendemain vers midi. La sueur succéda pendant plusieurs heures, et la fièvre disparut , sans d’autres marques de retour pour la suite que quel ques attaques irrégulheres de goutie.
MALIGNES OU ATAXIQUES. : 25; 510. Les fièvres intermittentes ont été encore si peu étudiées en suivant l’ordre des affinités , qu’on ne peut que provoquer de nouveau l'attention des vrais observateurs sur les fièvres intermittentes quartes ataxiques. Les auteurs parlent sans doute de fièvres quartes cataleptiques à épileptiques, comateuses | etc. ; mais la” plupart des histoires qu’on en rapporte sont si in complètes , et d’ailleurs , le caractère de ces fièvres à tellement besoin d’être éclairei par lautopsie cadavérique , puisqu'elles sont souvent jointes avec des affections des viscères , qu’on ne peut, dans l'état actuel de nos connaissances , déterminer qu'avec peu de précision leurs traits distinctifs et spécifiques. Les exemples en sont d’ailleurs très-rares , et je me borne à indiquer celui qui fut communiqué à Tor par le docteur Ferrarius de Modène.
S Il. Zistoire générale des Fièvres alaxiques.
311. Prédispositions et causes occasionnelles. Croissance trop rapide, hypochondrie , mélancolie : mamie ; séjour dans une atmosphére étroite, non renouvelée , et viciée par les émanations de substances végétales ou animales en putréfaction , ou par la réumon de beaucoup d'individus, surtout lorsqu'ils sont affectés de fièvres adynamiques ou ataxiques, du scorbut, de la gangrène , du cancer, etc. ; exposition aux Miasmes marécageux, surtout pendant le sommeil : défaut absolu de propreté , nourriture composée d’alimens de mauvaise qualité , excès dans les repas , abus de liqueurs alcooliques et de narcotques , évacuations excessives , épuisement par les plaisirs vénériens , fa
tigues du corps portées à l'extrême, veilles opimätres,
travaux immodérés de l'esprit, surtout pendant la nuit y affections morales tristes , passions fortes portées à
l'excès , emploi imprudent de médicamens à l’époque
de la cessation des menstrues. Parmi ces causes , les
unes sont plus propres que les autres à occasionner
les fièvres ataxiques rémittentes où intermittentes, et. telles sont surtout les émanations marécageuses.
312. Ces fièvres peuvent être sporadiques , épidémiques et endémiques. Elles se manifestent quelquefois de la manière la plus imprévue ; le plus ordmairement elles sont précédées de céphalalgie , de pesanteur de tête , de somnolence , de lassitudes spontanées , d’agitation , de morosité , d'inquiétude , de chagrin sans” cause connue, de pressentimens sinistres , et quelquefois même de lipothymie , de syncopes ; souvent on | n'aperçoit de lésion Ur dans les digestions. Leur invasion est accompagnée de horror ou du rigor.
313. Symptômes. Désordre dans les rapports qu ont entre elles les diverses foncuons'en général , et les dif férentes parties d’un même système ou d’un même appareil d'organes en parüculier. Langue nette ou recouverte d'un enduit blanchätre , humide ou sec ; soif nulle ou très-grande , quelquefois horreur de l’eau ; déglutition gênée , ou même impossible , et parfois sentiment de strangulation ; vomissement spontané , ou provoqué par la cause la plus légère ; diarrhée, ou constipation opimiâtre. Pouls SEAT Fa chaque région , etsouvent alternativement , dans la même artére , grand et peut , fort et faible , fréquent et lent , régulier etirrégulier , ou intermittent ; lipothynue et syncopes, apparences fugaces de congestions locales ; rou—
| MALICGNES OU ATAXIQUES. 259
-geur et päleur de la peau momentanées , alternes et. distribuées d’une manière irrégulière. Respiration al-
ternativement facile ei diflicile, fréquente et lente r
grande et petite, continue et entre-coupée ; parfois toux , hoquet , éternuement , soupirs et rire involontaires. Chaleur souvent enire-mélée de frissons fugaces , moindre ou plus élevée que dans l’état de santé, inévalement répartie, et alternativement augmentée et diminuée. Changemens prompis , opposés et sou— vent alternes , des sécrétions et des exhalations ; trans piration cutanée supprimée ou augmentée , et souvent partielle , froide ou chaude , visqueuse ou ténue ; excrétion de l'urine suspendue, difficile et douloureuse ù ou treès-abondante ; urine ordinairement Himpide , quelquefois sédimenteuse , sans la moindre rémission des sympiômes ; larmoiement involontaire , ou sécheresse de la conjonctive. État obtus , ou sensibilité excessive des organes des sens ; vue égarée ; insomnie ou somnolence, vertiges , coma , délire , ou intégrité de l’entendement ; nulle connaissance de ses proches et de l’état de gravité de sa maladie ; indifférence extrême sur ce point , ou inquiétude continuelle , tristesse, terreur et désespoir ; réponses brusques et dures, Yoix-aiguë , bégaiement ou aphonie ; douleur à l’occiput » au dos , dans les membres, les hypochondres , Ou insensibilité totale ; agitauon , carphologie, pro- Stration des forces sans évacuations abondantes , tremiblement général ou local , soubresauts des tendons ra convulsions, ou paralysie universelle ou partielle ; symptômes du tétanos, de la catalepsie, de l’épi-
lepsie ,; etc. | 314. Ces lésions sont à-peu-près égales dans cha-
2600 FIÈVRES que organe, ou plus fortes dans quelques-uns : de là les fièvres cérébrales , etc. FU
315. Les fièvres ataxiques ne sont pas moins irrégulières dans la rapidité de leur marche, dans leur rémission , dans le retour de leur redoublement , ainsi que dans la succession de leurs périodes : rien de plus” fréquent que des rémissions trompeuses. Leur type peut être continu , rémittentet intermittent. C’est dans ces deux derniers types que l’on remarque le plus sougent des anomalies locales, tantôt imitant une phiegmasie , et tamtôt ayant tous les caractères d’un flux où d’une névrose. De là les fiévres pernicieuses péripneutmonique , néphrétique , Thumatique , cholérique , hépatique , diaphorétique , dyspnéique, cardiaque, Syn= copale , algide , céphalalgique ; soporeuse, délirante , épileptique , convulsive , hydrophobique , etc. n'est. pas rare cependant d'y rencontrer en même temps des |
lésions de plusieurs fonctions à-la-fois. Les paroxysmes et les accès peuventavoirletype quoudien, doubletierce et quarte ; ils prennent souvent alternativement | plusieurs de ces types et sont fréquemment irréguliers.
Les exacerbations de celles qui sont continues sont | souvent nulles , tandis que les accès des intermittentes | et des rémittentes vont souvent en croissant, où Ont | alternativement forts où faibles. |