La durée des fièvres ataxiques estsubordonnée
au type : sont-elles continues, elles se prolongent jus-
qu'au deuxième, troisième et quatrième septénaires ; et même au-delà ; les anomalies ordinairement fugaces, |
c'est-à-dire momentanées et en apparence peu intenses, | qui les caractérisent dans ce dernier cas, consutuent | alors ce que les auteurs appellent fièvres lentes nerveur\
MALIGNES OU ATAXIQUES. 20r
ses. On connaît moins la durée des fièvres ataxiques ré mittenies et intermittentes : le danger est alors ordi nairement si grand, qu'on est obligé de les supprimer, ou au moins de changer leur caractère.
317. L’issue de ces maladies, abandonnées à elles mêmes, est généralement funeste : les ataxiques con tinues résistent même fréquemment aux moyens de art. I1se manifeste rarement des évacuations critiques, lors même que leur terminaison est heureuse. Les mé tastases aux aruculations, aux glandes et aux nerfs ; ont. alors plus souvent lieu ; de là la succession de févres
lentes, de suppurations opiniätres, de lésions variées. du cerveau et des nerfs, comme délire , perte de mémoire, stupeur, convulsions, paralysie , etc. Néanmoins, le passage à lasanté est quelquefois précédé de. sueur générale, d'urine sédimenteuse, de diarrhée ; d'éruption miliaire, ete. Les fièvres ataxiques rémittentes et interguittentes se terminent d’une manière heureuse aussitôt après qu’on a pu administrer le quinquina d’une manière convenable. Quelquefois. néanmoins elles passent à l’état de fièvres intermittentes ordinaires, ou à celui de fièvres alaxiques conünues. |
318. La convalescence des fièvres ataxiques conti. nues est ordinairement longue ; elle s'accompagne de la fréquence du pouls, d’une chaleur plus élevée que dans l’état de santé, de stupeur , de perte de mémoire S etc. La rechute des ataxiques rémittentes et intermittentes est fréquente; elle a lieu dans les septénaires qui correspondent aux accés.
519. Il est facile de voir, d’après ce qui précède , combien le pronostic de ces maladies est défavorable.
Le danger est plus grand dans les ‘ataxiques continues que dans les rémitientes et les intermittentes, puisque nous avons contre celles-ci des moyens efficaces qui ne réussissent pas toujours contre les premières. Les fièvres ataxiques continues sont surtout funestes lorsqu’elles accompagnent d’une congestion vers le cerveau, lorsqu'il survient une diarrhée vaolente, des dé jections involontaires , le météorisme, des hémorrha= gies difficiles à arrêter ; lorsque la respiration estentrecoupée, que le nalae est fatigué par un hoquet opiniâtre , une sueur froide, une insomnie conunuelle où un état comateux. L’aphonie, la carphologie , les sou= bresauts des tendons, les convulsions sont surtout des symptômes défavorables. Le défaut d’exacerbation n’est pas moins alarmant. On a beaucoup à craindre dans les fièvres ataxiques rémittentes et intermittentes , surtout au troisième ou quatrième accès, sl ceux-C1ont SOS été en augmentant et sont trés-intenses , et qu'on n ait pas eu recours au quinquina. On a d'autant moins d’es= poir , que les intervalles entre les accéssont plus cour tse Le pronostic est aussi très-alarmant lorsque la fièvre tend à devenir conunue. [/a ppariuon des symptô= imes, funeste dans les fièvres ataxiques continues , l'est aussi lorsqu'elle a lieu dans les rémittentes et les : in= termitientes.
520. Les complicauons de ces fièvres avec la fièvre inflammatoire ne sont pas encore bien démontrées ; celles qui ont lieu avec les fièvres gastrique, muqueuse et adynamique, sont les plus fréquentes.
S IL. Principes du traitement des Fièvres alaxiques.
. 321. Traitement des Jièvres ataxiques continues. Dans la fièvre ataxique sporadique , les causes excitantes délétéres ont agi, en général , avec tañt d'énergie, et le désordre dans les fonctions est si grand, que les stimulans les plus actifs, les vésicatoires , les ventouses , les sinapismes, etc. , ne produisent que des effets passagers (Méd. clin.), et que les excitations momientanées qui en résultent sont aussitôt remplacées par un état de débilité encore plus dangereux. Ceci fait voir jusqu'à quel point sont insuffisans les secours de la médecine ; peutêtre même que dans ce cas il y a des bornes qu’elle ne pourra jamais franchir, sans qu’on en puisse accuser que l’homme lui-même, qui porte quelquefois les excés qui causent ses maux jusqu'au dernier degré de déraison etdefolie. J'ai vu, attaqué d’une fièvre ataxique , un jeune homme entièrement épuisé , qui portait si loin la fureur de l’onanisme, que le sixième jour de sa maladie, 1l provoquaitencore sesorganes flétris, pendant que sa mort était déjà annoncée par les présages les plus simistres. : . ,
522. La fièvre ataxique des hôpitaux ou des prisons demande quelques remarques relatives aux principes généraux du traitement , souvent modifié par les différences du tempérament , de l’âge, du sexe, de l’état de Patmosphére, de la manière de vivre, etc., mais toujours soumis à des règles fondées sur expérience et le caractère de la maladie. Le plus souvent, l'embarras des premnéres voies, caractérisé par les signes lesmoins équivoques , demande qu’on provoque le vomissement :
on doit chercher aussitôt après à recourir à une médicauon tonique. On emploie à cet effet le vin, l'alcool, le camphre, l’éther, les huilesvolatles , l’'ammoniaque, l’acétate d’ammoniaque , les acides minéraux alcoolisés; le punch, les végétaux aromatiques, et entre autres la serpentaire de Viffeinie, la valériane , la camomille , et surtout le quinquina-en décocuon concentrée, seule où acidulée avec l'acide sulfurique. C’est dans la Matière médicale de Schwilgué qu'il faut étudier la manière d'administrer ces différentes substances pour opérer l'effeten question. Les boissons ordinaires doivent être
alternativement de la imonade , une eau vineuse, un:
vin léger ou de la bière plus ou moins mêlée d’eau. La débilité est quelquefois si grande, qu'il faut sans cesse soutenir les forces en prenant des doses répétées de vin généreux, Dans le cours d’une fièvre de cette nature, que Je contractai moi-même l'an 2 de ‘la république (1793), en donnant des soins aux prisonniers de Bicéire, je n'ai échappé àla mort qu'à l’aide d’un excellent vin d’Arbois de sept ans , dont on me faisait prendre de peutes doses urés-rapprochées.
323. Il convient, dans cette maladie, de permettre Vacces libre d’un air froid, en exposant le malade à un courant de cet air, en tenant les portes et les fenêtres de sa chambre ouvertes, et en ayant soi de le débarrasser de ces couvertures de lit incommodes qui,
surtout dans un lieu renfermé , sont si propres à aug- menter la débilité, et à provoquer même des sueurs colliquatives. Le docteur Smith (ouvrage déjà cité } propose de provoquer la sueur immédiatement apres qu’on a fait vomir, pour établir une sorte de réaction au dehors. Dans une période plus avancée de la ma
| MALIGNES OU ATAXIQUES. 265 ldie , et lorsque les symptômes deviennent plus alarmans, il cherche à exciter une réaction encore plus forte, en faisant usage de sumulans plus acufs , tels que l’ammoniaque , quelque oxyde d'antimoine combiné avec l’opium, la valériane , etc. , donnés à petites doses, de deux en deux heures , dans du vin généreux ou dans de l'alcool affaibli. A1 va même jusqu'à pro- poser des lotions avec l'eau froide sur toute l'habiude du corps, pour déterminer encore plus puissamment des.efforis salutaires , par un retour secondaire de la chaleur et des forces dela vie à la surface du corps ; moyen extrême quiaété uüle, mais qui doit être répété avec prudence, afin de ne point produire un effet contraire, et finir par éteindre un reste de vie qui peut. n'être plus susceptible de réacuon. On peut provoquer avec plus de sûreté l'excitation et la rubéfacuüon de la peau , à l’aide des sinapismes , des vésicatoires ambulaps, de fomentations aromatiques faites avec la flanelle sur les pieds et les mains, ou par le moyen des fric tions sèches. On imagine sans peine l'attention particulière que demandent tous les objets de propreté , le renouvellement de l’air(r), le changement de linge ; et on sent Ja nécessité d'interdire toute nourriture animale , et même l'usage des botullons gras, pour y substituer d’autres substances alimentaires prises des végétaux , comme des gelées, des fruits, des confitures, des mucilages , des farinéux de toute espéce.
324. Les fausses apparences d’un caractère inflam- D HAE s PANNE NE Le Lee gp pee pue SNS (1) Je n'ai pas besoin de répéter ici ce que j'ai dit, en traitant des fièvres adynamiçues , sur lès moyens de puriher l'air
et les objets infectés en général.
Ca
matoire qu'une fièvre lente nerveuse présente quelquefois les premiers jours, ne doivent point faire prendre le change , surtout,si on remonte aux causes antérieures , quisont toujours d’une nature débilitante ; mais s1 les symptômes gastriques dominent dès le premuier temps, on ne doit pas craindre de provoquer le vomissement. Dans la plupart des cas , ces complications n’ont point lieu , ou bien la débilité est siextréme qu'il serait très-dangereux de recourir à un évacüant ; comme l’ontremarqué Huxham et Stoll. Les douleurs même de poitrine qu'éprouvent les malades, ou loppression qu’ils ressentent dans la région précordiale, sont des affections nerveuses , et ne demandent que
usage des stimulans et des toniqués :les forces presque :
entiérement épuisées, même dés les premiers jours de
la maladie, indiquent assez la nécessité dé recourir à
des doses répéiées d’un vin généreux , tel que celui de
Bordeaux, de Malaga, de Madère, étc. Dans cer-
tainés circonstances ; on y joimdra l’usage d’une nourriture lécère, telle que des gelées animales où végétales,
la crême de riz, un bouillon suceulent ; pour boisson
ordinaire | une décoction ou une infusion de plantes
arneres et. aromatiques avec quelque sirop de là même nature , ou bien le petit-lait vineux ou la limonade: vineuse , quelquefois un léger punch. C'est dans’ le:
même but qu'on peut donner aussi par'intervalles , et
trois ou quatre fois par jour, ‘une décoction de quinquina alcoolisée, et pratiquer niême des frictions à la
Surface du corps, ou y faire des-lotions avec des hqueurs aromatiques.
325. Un point capital est d'asir sur le moral, de: relever le courage abattu des malades , et de chercher
à éloigner leurs terreurs pusillanimes par des propos consolans. On n’a pas besoin d'indiquer ici d’autres moyens secondaires , qui sont cependant très-importans , comme de placer le malade dans une chambre spacieuse, de pourvoir au renouvellement de l’air, de recommander que le lit soit médiocrement couvert , et le linge souvent changé. Dans le plus haut degré de la maladie, on doit appliquer des vésicatoires ambulans à la nuque, aux jambes, aux cuisses, dans la seule vue d’irriter et d’exciter la sensibilité ; faire usage à l'intérieur des cordiaux les plus acufs , alternauvement avec le muse, le camphre, le nitrate de potasse. S'il se déclare une affection soporeuse profonde, 1l est manifeste que les épispastiques doivent être mulupliés ou réitérés ; mais on ne doit point se dissimuler l'extrême danger de ces fièvres, et l'insuflisance , dans quelques cas, de tous les moyens que l'expérience et la sagacité d’un médecin éclairé peuvent suggérer. Le malade est souvent menacé d’une sorte de congestion vers la tête, qu'il faut chercher à prévenir par l'emploi des moyens convenables ; et lors même que l'état du malade s'améliore , il faut lui imposer une diëte nourrissante , variée, agréable et légère, et continuer les boissons, pour prévenir une rechute. Combien d’ailleurs n’a-t-on pas besoin, dans ce cas , d’être secondé par le zèle acuüf et l'intelligence de tous ceux qui en tourent le malade, et qui s’empressent de Ju rendre de bons oflices ! 4 326. Les exemples d’une terminaison funeste de la’ fièvre cérébrale sont si mulupliés dans mon ouvrage sur la Médecine clinique, qu'on peut sans doute regarder cette maladie comme une des plus dangereuses
de celles qui attaquent l'espèce humaine , et n’avoir qu'une idée très-peu favorable des moyens que la médecme peut lui opposer. L'influence nerveuse paraît d'ailleurs attaquée plus directement dans son principe que dans les autres fièvres ataxiques , puisque tous les symptômes indiquent une congestion vers la tête , qui se forme avec plus ou moins de rapidité ; puisque l'autopsie cadavérique fait toujours voir des épanchemens dans quelque partie de l'organe encéphalique , surtout dans les ventricules latéraux du cerveau > pendant que toutes les auires fonctions de l’économie animale sont dans un état de trouble et de confusion : ces circonstances et une débilité générale indiquent l'emploi des excitans, qui peuvent détourner les accidens des régions supérieures. Mais si l’on peut en atiendre quelque succès, ce n’est qu'aux approches de la congestion vers la tête, et lorsqu'elle est encore incomplètement établie. Il faut alors chercher aconirebalancer cette tendance, soit par des épispastiques appliqués aux pieds et aux jambes, comme des sinapismes , des vésicatoires ambulans souvent rénouvelés et transportés d’un lieu dans un autre ; soit par des fomentations ou des fumigations aromatiques dirigées sur des pieds et les jambes , pendant qu'on fera appliquer des topiques froids sur la parue chevelue de la tête, qu'on aura fait raser. Ces topiques seront des linges trempés dans l’oxycrat, et souvent renouvelés } ou bien des arrosemens fréquens sur la tête nue avec un liquide froid ,-et propre à être tenu en évaporation par la chaleur naturelle de cette parue. | 327. Ces moyens, combinés pour exciter une irritation soutenue dans les membres , et pour calmer en
MALIGNES OU ATAXIQUES. 269 même temps l’état d’effervescence de la tête , devront être secondés par l’usage interne des cordiaux , comme d’un vin généreux, d’une infusion vneuse de quinquina, d'alcool affaibli, etc. C’est surtout vers le sixième, sepuème ou huitième jour de la maladie que l'épanchement au cerveau sémble se consommer, .et qu'il faut redoubler de soins et de vigilance. On ne peut guëre concevoir aucun espoir fondé lorsque tous les symptômes , tels que la suspension des foncuons des sens et de l’entendement , une affecuon comateuse profonde, etc., annoncent que la congestion est formée. Il ne reste alors qu’à tenter le repompement du fluide , en donnant de l’activité au système des vaisseaux absorbans, soit par des fricuons avec la teinture de cantharides , soit en couvrant la tête d’un vésicatoire , soit en faisant usage du muriate de mercure doux ou de l’oxyde de mercure noir à l’intérieur ou en frictions ; ; moyens quelquefois nuls par la violeñce du mal, mais 10 ne sont jamais nuisibles.
528. Traitément des fièvres re remittentes et intermittentes. 11 semble qu’on se dédommage des méthodes précaires de traitement et de la fréquente insuffisance des moyens que la médecine peut opposer aux fièvres ataxiques continues , lorsqu'on porte sa vue sur les princines fixes et l’exacte détermimauon du traitement propre aux fiévres ataxiques rémillentes où intermittentes , savoir l'administration du quinquma, d’après l'expérience la plus uniforme et la plus constamment répétée. On peut citer comme des productions d’un vrai talent appliqué à l’histoire et au traitement de certaines maladies les plus graves , l'ouvrage de Torti ( Therapeutice ad Febres periodicas perni-
ciosas. Venetis, 1755), ceux de Werlhoff, Morz ton, etc. Îl s'agissait seulement de faire choix d’un quinquina de bonne qualité, de s’éclairer par les résultats de l'analyse chimique, d'examiner enfin le mode de prescription le plus propre à assurer le succès de ce reméde : c’est là le fruit des travaux des hommes les plus distingués en histoire naturelle , en chimie et en médecine-pratique. Ces faits sont assez clairement exposés dans le 7 raité des fièvres intermittentes pernicieuses, de M. Albert , et dans les Traités modernes de Mauère médicale, pour qu'il me suffise d'y renvoyer : je me bornerai à rappeler , sur les modes de prescription, les vérités générales que l'expérience a converües en théorèmes.
529. Le quinquina en substance doit étre préféré aux autres préparations de ce médicament, dans lé traitement des ataxiques intermittentes ; il fautle faire prendre à une distance éléignée de l'accès qu'on veut arrêter ; il ne convient de l’administrer que dans le temps de rémission où d’intermission : si la fièvre est subintrante , il faut saisir les momens de la déclinaison des accès. Engénéral, laquantitéde six gros(vingt-quatre grammes ) de quinquina, ou d’une once (trente-deux grammes ) au plus, suffit ordinairement pour arrêter les accès d’une fièvre ataxique intermittente parvenue à une grande intensité ; enfin, dans les cas ordinaires 3 la première prise, ou celle qui est donnée dans le temps le plus éloigné de l'accès, doit être la plus forte ; par conséquent on doit débuter par la moitié de la dose, et donner le reste ensuite en portions SUCCESSI— vement décroissantes. Mais si la fièvre ataxique s’annonce par les symptômes les plus alarmans , le quin-
œuina doit être administré sans délai et sans autres moyens préparatoires. Il'importe de joindre ici quelques autres remarques relatives aux fièvres ataxiques rémiitentes ou intermittentes.
330. Dans les divers exemples que Torti nous a transmis de fièvres rémittentes sous le type de üerce où de double-tierce, on voit avec quelles sages précautions et quelle retenue a été dirigé l’usage du quinquina , et avec quelle sagacité profonde ce médecin n'a point éié arrêté dans l'administration de ce remède par des circonstances qui semblaient peu favorables à son usage, comme faridité de la langue, une soif vive, une agitation continuelle, une urine épaisse et rouge , une chaleur mordicante, des tremblemens des mainset de la langue, des soubresauts des tendons. Dans un cas de fièvre ataxique double-tierce , ces symptômes ayant peu cédé , même durant la rémission , il se décida à ne point laisser échapper la seule occasion peut-être de faire prendre le quinquina , qu’il donna à forte dose , et qu'il fit répéter les jours suivans, ce qui amena la terminaison de la fièvre. On trouve plusieurs exemples de cette nature dans l'ouvrage déjà cité de Lautter, qui n'a jamais balancé, dans des circonstances ana- Jogues , de recourir au fébrifuge par excellence, sans qu'il se dissimule cependant que , dans un certain cas, il a obtenu écalement du suctés avec une petite dose de thériaque. On a bien plus d'avantage lorsque la fièvre rémittente se montre sous le type de tierce simple, puisqu’un long intervalle entre les accès rend le médecin pour ainsi dire maître de la maladie, et permet de placer à propos , età une distance convenable , les doses nécessaires de quinquina. Cest dans
,272 FIÈVRES | une fièvre ataxique de ce type que Lautter a arrêté le retour d’un accès violent ,' marqué par des convulsions effrayantes , et avec toutes’ les apparences d’une attaque d’épilepsie. Quoiqu'on puisse étendre les mêmes principes de traitement aux fiévres ataxiques rémittentes quartes , on doit avouer qu'elles peuvent quelquefois, par leurs complications avec des lésions organiques , présenter des obstacles insurmontables., et faire échouer le fébrifuge administré avec le plus de sagacité et de méthode. |
331. Lorsque les symptômes sont modérés, et que les causes excitantes ont peu d'énergie, on peut donner une petite dose de quinquina, un ou deux gros par exemple, et alors on se propose de faire disparaître les symptômes ataxiques qui caractérisent l’acces de fièvre, sans cependant arrêter d’une manière brusque la marche périodique des accès. J'ai souvent été porté à suivre cette méthode à l’hospice de la Salpêtriére, par la connaissance des localités, comme l'indique un exemple de ce genre trés-propre à faire connaître la marche des fièvres pernicieuses. |
332. Une femme de soixante-treize ans éprouva un sentiment de froid violent, avec faiblesse et lassitude dans les jambes; une demi-heure après, chaleur mtense avec état soporeux : on prescrivit une boisson émétisée, mdiquée par des symptômes gastriques. Le deuxième jour , senüment d’un froid trés-vif avec tremblemens, ensuite chaleur trés-forte, état soporeux profond et perte totale de connaissance. Le troisième, l'accès retarda, mais les symptômes furent également intenses : lé quinquina fut donné à la dose de deux gros(8 grammes). Les deux jours suivans l'ac-
MALIGNES OU, ATAXIQUES. 273 ces eut lieu ; mais seulement accompagné d’un assoupissement léger : je me bornai à faire prendre quatre onces de vin d’absinthe. L'état soporeux s'étant encore renouvelé, le quinquina fut prescrit à la dose de deux gros, et les acces diminuérent par degrés, en administrant le vin d’absinthe. La malade fuit guérie le huiuème jour , à compter de la dernière prescription du quinquina.
333. Dans des lieux, au contraire, où les fièvres ataxiques intermittentes peuvent acquérir un très-haut degré d'intensité , la dose du quinquina peut. être portée à une ou deux onces et même au-delà , et ce fébrifuge doit être encore répété, pour prévenir les rechutes , à dés époques rapprochées. Toutes les fois que da fièvre ataxique intermittente a le type de doubleüerce, il n’y a ordiñairement que l’un des acces alter naufs qui soit accompagné d’un gräand:danger ; l'autre est plus léger et moins à craindre : c'est donc vers le premier que les moÿens curatifs doivent étre surtout dirigés. Il importe aussi de considérer que Pemploi du quinquina a besoin , dans certains cas ; d'être soutenu par quelques moyens auxiliaires. Qu'un médecin, -par exemple, soit appelé pendantunaccés de fièvre in termüttente porté au plus haut degré d'intensité ; que le malade offre un aspect cadavéreux ; que le pouls soit -presque éteint ; etla prostration des forces à un degré ‘extrême ; on devra recourir aux stimulans et aux cordiaux , à l'application des smapismes , des vésicatoires ; à des fomentauons alcovlisées , : dans les fièvres algides ; à des odeurs fortes, dans les’ fièvres léthargiques ; à l’opitum ; contre les cardialgies, les convulsions ; à des lotions froides sur la téte , dans les cas de
céphalalgie violente ou de signes d'une congestion cérébrale imminente. Certaines fois aussi, comme l'ont remarqué tous les observateurs , le quinquina est constamment rejeté par la voie du vomissement, à quelque dose qu'il soit administré , comme dans la fièvre que Torti appelle cholerica : alors on doit associer l’opium au quinquina, comme l’a fait le professeur Barthez dans des circonstances trés-alarmantes.
$ IV. Considérations sur la nature des Fiévres ataxiques.
33/4. On ne peut méconnaître, dans les fièvres de tous les types qu'on à appelées jusqu'ici malignes , des caractères qui leur sont propres, et qui, quelles que soient leurs variétés, se réduisent à des lésions de la sensibilité ou de la motilité , quelquefois en excès et dans une sorte de concentraüon locale , d’autres fois en défaut ou ‘dans un état de perversion ; ‘affections dont les signes extérieurs ont été recherchés et étudiés avec un soin extrême depuis les premiers temps de la médecine. Hippocrate nous en a transmis l'histoire fidèle, sans y joindre aucune de ces explicauons qui ont ensuite foisonné dans les écoles. L’imagination s’est alors exercée de toutes les manières pour controuver les causes matérielles de ces phénomènes , tour-à-tour attribués & un ferment volatil urineux , à un vice de la lymphe, à une ataxie des esprits , etc. Mais toutes ces fictions ne doivent-elles point être abdiquées , depuis que toutes les parties des sciences nous donnent un exemple opposé, en a loptant la marche sévère de l'observation et de l’ex-
mt
MALIGNES QU ATAXIQUES. 275 périence ? Et comment , d'ailleurs ; peuvent-elles se soutenir, quand on a remonté à la variété des causes physiques où morales, prises du dedans ou du dehors, qui peuvent produire ces fièvres prétendues malignes : comme des miasmés marécageux ou des émanations animales concentrées ,; des qualités con nues ou cachées de l'atmosphère, une vie inactive où des exercices immodérés , des épuisemens de- toute
sorte, des habitudes longues et invétérées tout-à-
coup supprimées , des alimens d’une qualité musible ou l'abus extrême des boissons alcoolisées, des suc temens de colère, la crainte, une tristesse profonde ? 335. Ne doit-on point renoncer pour Jamais à toute explication des phénomènes des fievres : atäxiques, quand
‘on parcourt} histoire si singulièrement variée de leurs
divers symptômes ? L’autopsie cadavérique paraît plus propre à nous éclairer ; mais si on y porte un esprit prévenu, n'est-ce point une nouvelle Source d'erreurs et de prestiges ? J’admire la sagaeité et l'exactitude de Stoll, lorsqu'il nous trace le tableau fidèle de la marche et de la terminaison des fièvres dites malignes. À Mais dois-je embrasser aveuglément ses opinions sur le pré-
- tendu siége dé ces maladies, et sur les causes de la mort,
en remontantavec lu à 47 amas saburraldes premières voies ; a une bile qui peche par la quantité comme par la qualité, dont une partie glutineuse , tenace et âcre , irrite et distend la vésicule du ji 7 tandis que sa partie la plus subtile est absorbée par le système gastrique , et donne lieu à tous les symptômes de la fièvre maligne? Cet auteur voit là l'or iginé des inflammations les traces se sont ensuite mamifestées, soit sur l'estomac et Les intestins, soit sur les poumons 64
le cerveau , suivant la métastase de la bile sur quel-
qu'un de ces viscéres. Îl est superflu de vouloir réfuter
ces opinions, qui portent si visiblement le caractère de la prévention et de la conjecture; non-seulement jinvoque contre elles les recherches de la chimie , mais encore je m'en Uens aux résultats constans que j'ai obtenus de l’ouverture des corps. Or, l'examen le plus attentif et le plus impartial des apparences qui se sont manifestées ( Medecine clinique) n’a fait reconnaître que diverses lésions de lorgane encéphalique, sans aucune trace de bile. Le plus souvent ce sont des épanchemens séreux dans les sinus latéraux du cerveau ;
d’autres fois , tous les caractères d’un état inflammatoire de la méninge, devenue opaque et épaisse , avec exsudation d’une Substance concrète ; quelquefois , un liquide séreux en même temps EbaaHe dans les ventricules latéraux du cerveau et dans les fosses temporales’et occpe Où remarque, dans d’autres cas,
que les vaisseaux des méninges et de la substance du cerveau sont injectés, et que la pulpe cérébrale est plus consistante que dans Pétat ordinaire : en un mot,
le siégé de la maladie s’est toujours manifesté jusqu'ici dans la cavité encéphalique, avec toutes les apparences d’une sorte de gêne et de compression dans l’origine des nerfs. Ceci s'accorde , d’ailleurs, avec le trouble et
le bouleversement des lois générales de l’économie antmale , ou plutôt avec les anomalies des systèmes ner-
veux et musculaire , qui forment le caractère parucu- Ler des fièvres ataxiques.