‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 46 sur 60 · La peste s’est souvent reproduite en Europe · texte numérisé non relu

La peste s’est souvent reproduite en Europe

sous des formes variées, mais toujours en portant par-

tout la dévastation et l’'épouvante. Ses progrés sont si rapides et si funestes dans la plupart des individus qu'elle

| attaque , que la médecine est souvent réduite à les con- | templer en avouant l'insuffisance de ses ressources. / D'un autre côté, l'observation et les résultats de l’expé-

rience sur la manière effrayante dont cette maladie se propage, sur l’art de la reconnaître au moment où une ville en est infectée, sur les moyens d’en arrêter ou d’en limiter les ravages, sur les conseils de prudence propres à s’en préserver, etc., n'en sont pas moins honorables pour ceux qui exercent la médecine avec une ame élevée , et ne leur assurent pas moins la reconnaissance de la patrie dans ces calamités déplorables. Mais que d’écueils pour l’homme présomptueux et enflé de ses succès équivoques ! Mesures fausses où précaires , abus d’une certaine autorité d’opinion dont

(x) SrnowrmrE. Fièvre pestilentielle de beaucoup d’Av- TEURS; Fièvre adénonerveuse , Pixer.

Je pense quela Synonymie de la Peste est encore trés-imparfaite, et qu'on a souvent confondu avec cette maladie des épidémies du typhus. Au reste, on doit attendre de nouvelles lumières des recherches de M. Dessenettes.

278 FIÈVRES on est investi, misérables conflits de l'amour-propre ;. disputes interminables élevées par l'intrigue , l'amour de la célébrité ou de vains pré) ugés del école !

537. Un des traits caractéristiques de la peste est de s'être introduite plusieurs fois en Europe , et tous jours par la voie du commerce , c’est-à-dire , d'avoir toujours üré son origine de l'Asie ou de l'Afrique: Thucydide , qui nous à COnSérvé le tableau fidèle de celle qui ravagea la ville d'Athènes et toute l'Attiques a l'époque 55 la seconde année de la guerre du Péloz ponnese , remarque qu’elle était origmaire d’ Ethiopie Les P'HHepaUx symptômes étaient 4 suivans : cha= leur vive à la tête | yeux rouges et éuncelans , ardet® brûlante au gosier , toux conunuelle, peau rouge, noire ou hvide , pustules charbonneuses , soif ardentés gangr ène fréquente aux pieds , aux mains et aux par= ües de la génération. #

558. La peste qui ravagea l'empire romain sous Marc-Aurèle et Lucius-Vérus, était aussi remarquable par la cangrèns des extrémités. Pourquoi Galien , qui en a été le témoin oculaire , au lieu de la décrire, prit il le paru de la fuite lorsque elle ravageait Rome, 0 semble-t-1l avoir partgé la frayeur Ar lorsque la ville d’Aquilée , où il séjournait , en était le théâtre® Îl est singulier de ne retrouver que dans les ouvrage de saint Cyprien (de Mortalitate } la descripuon de la peste qui parut sous l'empire de Gallus et de Volusien , et qui avait aussi commencé en Ethiopie ; on} trouve toujours des symptômes analogues : évacuatiOnS involontaires, ardeur brûlante des entrailles , yeux rouges et éuincelans , perte fréquente de quelqu'uté des extrémités par la gangrène.

| PESTE. 279 - 359. La peste qui eut lieu vers le milieu du sixiéme siècle prit aussi naissance en Égypte, et ce n’est aussi

que dans les écrits de deux historiens ecclésiastiques ,

Evagre et Nicéphore, qu'on la trouve décrite, même avec une certaine exactitude : dans quelques pestiférés, yeux rouges et étincelans , visage tendu , ardeur brûlante au gosier , et mort prompte ; dans d’autres , diarrhée , fièvre ardente , bubons aux aînes ; certains moururent dans une sorte de délire phrénétique; beaucoup aussi périrent le corps couvert de pustules charbonneuses: L'histoire remarque que la peste qui eut lieu vers le milieu du huitième siècle prit aussi naissance en Orient ( Zonaras Annal. lib. 15. ); mais elle se borna presque entièrement à Constantinople , et exerca surtout ses ravages pendant l'été ; elle était aussi caractérisée par la fréquence de la phrénésie , et se terminait ordinairement par des bubons. J amais peste n’a été n1 aussi universelle, ni aussi meurtrière que celle qui se manifesta en Asie vers le milieu du qua-

torzième siècle , et qui se répandit ensuite en Afrique

et dans toutes les parties de l’Europe, même à différentes reprises. Guy de Chauliac, qui avait eu loccasion de l’observer à Avignon, nous en a transmis le tableau fidele. |

340. Ce-fut vers le milieu du siècle suivant que la peste, qui avait commencé en Asie, s’étendit em Ilyrie, en Dalmate, ensuite en Hongrie, en Allemagne et dans le reste de l'Europe. Mézerai remarque qu’elle enleva à Paris environ quarante mille personnes en deux mois seulement. L'esprit d'observation en médecine était alors si peu cultivé, qu'on ne trouve aucune description circonstanciée de cette peste ; on

sait seulement qu’elle était tres-contagieuse, qu'elle occasionnait beaucoup de morts subites , et qu'elle imprimait une si grande consternation , que les pestiféré , plongés dans le désespoir , s’enveloppaient sou. venteux-mêmes du drap mortuaire. La suette , quifit tant de ravages en Angleterre, à quatre reprises différentes , durant la première moitié du seizième siecle, avait sans doute tous les caractères d’une vraie peste , si on considère son origine, son extrême page sr et la grande mortalité qui en était la suite ; mais on n "y observait n1 charbons , ni bubons , ni stitiiles , Ni exanthèmes ; elle consistait dans dé sueurs trés-copleuses , et se terminait ordinairement, d’une manière heureuse ou funeste , dans l’espace de vingt-quatre heures. Du rant tout ee cours de la maladie, inquiétude, angoisse extrême , douleur à l'épigastre , pésitiéo du cœur , pouls LR et inégal, prostration des forces, etc. Le cours très-prompt et ilseurenids de cette maladie a-t-1l empêché l’éruption des bubonset des exanthémes qui forment les signes distinctifs de la péste ?

541. La maladie décrite par Sennert ( de Morbo hungarico ) était-elle simplement une de cés fièvrés de mauvais caractère qui règnent dans les cam ps ? On serait tenté de le croire en se bornant à la lecture des! écrits de ce médecin allemand ; mais l’histoire de’ ce mal funeste dans le resté de} Europe , d’après les déz tails qu'en donnent Fallope , Forestus , Garidel, Jordanus et l'historien. Mézerai , ne ins aucun “doute sur son vrai caractère. LE lurope fut encoré! frappée de la peste durant une grande parte de la moitié du dernier siècle ;'et celle-ci , 'observéé par Diémerbroëk à Nimègue ; et par Ranchäii à à Montpellier; farpartie

culièrement marquée par des vomissemens , des flux de ventre bilieux , des syncopes , des affections sopo= reuses ou la phrénésie; par des bubons et des pustules charbonneuses. | |

: 342. Peste de Nimègue. Diemerbroek a publié cent vingt histoires particulières de divers cas de la peste qu'il a eu occasion d'observer à Nimègue , en faisant un choix de ceux qui étaient les plus propres à donner une juste idée de la maladie , et à la montrer sous ses diverses formes ( 7ractatus copiosissim US de Peste ); mais l’auteur s'est borné plutôt à de simples notices qu’à une exposition sévère de Pensemble et de la succession des symptômes , et cépendant il n’en a pas moins atteint le but qu'il s’est proposé, de faire connaître cette funeste maladie etde la disunguer de toutes les autres fièvres ataxiques. Dans le premier exemple qu’il donne , anxiétés précordiales , extrême douleur gravative de la tête, pouls petit , fréquent et inégal , éruption de deux pustüles rouges , l’une à la . mamelle, l’autre au milieu du sternum. Le lendemain, ces pustules , larges d'un demi-pouce , sont couvertes chacune d’une phlyctène qui, percée , laisse voir un véritäble anthrax ou charbon. Vers le septième jour, les PU gangrenées se détachant , les plaies parviennent à se cicatriser , et la guérison entière succède. Dans un très-grand nombre d autres cas , l’érupüon des pustules charbünneuses ét suivie de lamort.

345. Un homme approche de sa femme , qui avait déjà un bubon , et il contracte la peste. On fait prendre à Fun et à PAGE un vin antimonié : efforts énormes de vomissemens ; déjections abondantes ; le soir , prostration extrême des forces, pouls séant et à

peine sensible. La nuit suivante , syncopes fréquentes , et la mort de l’un et de l’autre. Une jeune fille voit naître , sous l’aisselle gauche, une tumeur de la grandeur d’un œuf de poule : point de fièvre, point d'autre souffrance que celle de la tumeur ; la malade vaque à l'ordinaire à ses affaires, mais elle ne peut mouvoir son bras ( aucun usage de remèdes internes ; application sur la tumeur d'un emplâtre de plomb). Suppuration, rupture de l’abcès, et issue d’une grande quantité de matière purulente, et c’est là où se borne la maladie. Un jeune homme , d’une constitution robuste, éprouve à-la- fois une petite fièvre, une tumeur axillaire, et des anxiétés ex-, trêmes dans la région du cœur (médication sudor'ifique): augmentation de la fièvre pendant deux jours, prostration extrême des forces, nausées qui l’empéchent d’avaler. Trois jours aprés , les anxiétés précordiales sont portées à un tel point , que le malade croit, sentir son cœur comprimé comme dans un pressoir , et 1l rend bientôt le dernier soupir.

344. Dans presque toutes les observations que rap-. porte Diemerbroek, 1l s’est manifesté des tumeurs glandulaires ou des anthrax , quelquefois l’une et l’autre affection ensemble. Une frayeur paraît avoir quelquefois accéléré les progrés de la contagion. Une fille de

vingt ans voit un jeune homme frappé de la peste , et,

dans les transports d’une phrénésie violente , pousser des cris horribles : elle est aussitôt frappée de cette maladie. Fièvre peu vive, mais angoisses avec, une prostration extrême des forces , éruption d’une tumeur sous-axiÎlaire et d’un charbon au bras : médications sudorifiques provoquées sans succès et sans aucune di-

minution des anxictés , et mort survenue le sixième jour de la maladie. Dans certains cas rares , Diemerbrock n'avait observé qu'une érupüon d’exanthèmes pourprés , ce qui était suivi d’une mort prompte : aussi il rapporte comme un fait extraordinaire le cas suivant. Un homme est frappé de la peste au mois de juin : 1l éprouve des anxiétés extrêmes et une fièvre légère. Le deuxième jour , délire qui, le lendemain, dégénere en une phrénésie violente ; cet état continue la nuit suivante ; il se manifeste à la peau des exanthèmes pourprés. Cinq jours $e passent sans aucun changement sensible , et la mort subite a lieu le neuvième jour de la maladie. | 345. Il était naturel , dans des siècles peu éclairés , d'associer l’idée de la peste avec un ordre d’événemens surnaturels ou des présages de mauvais augure ; d'imaginer qu’elle était tantôt précédée de l'appariuon d’une comète ou de quelque météore extraordinaire ; tantôt annoncée par des nuées d'insectes volans , une production inépuisable de scarabées , de sauterelles, etc. , une fréquence extrême d’autres maladies les plus graves. On doit être peu surpris de trouver des traces plus ou moins frappantes de cette crédulité, non-seulement dans les écrits de certains auteurs peu connus ; mais encore dans ceux des observateurs d'ailleurs les plus distingués , comme Mereurialis , Forestus , Diemerbroek, etc. Le bon goût qui s'introduit de plus en plus dans l'étude et l’enseignement de la médecine, doit apprendre à réduire à leur juste valeur tous ces pro duits vains d’une imagination fortement ébranlée , lors miéme qu'une connaissance exacle de ce qui s'est passé dans ces derniers temps en Égypte et en Syrie n'aurait

point suffit pour détromper les esprits prévenns. 346. Ce ne sont point des récits fabuleux , mais les résultats immédiats de l'observation , qui doivent nous occuper; et, Sur ce point, On trouve la plus grande conformité pr les auteurs les plus dignes de confiance.: Diemerbroek , en résumant les symptômes généraux qu'on observe durant la peste , rapporte un grand nombre d’affecuons nerveuses ou spasmodiques qui conviennent, dans un degré moins marqué , aux fiévres ataxiques : anxiétés extrêmes, chaleurs brùfantes à Pimérieur , délire phrénétique , Soubresauts des tendons , affections soporeuses , trouble de la vue, syncopes ; DOUÉ peut , concentré, quelquefois insensible ; douleur épigastrique extrême , vomissemens , diarrhée très-fétide ; certaines fois une prostration subite des forces , d’autres fois un état d’irritation et des mouvemens violens. Maïs ce qui caractérisant plus particuliérement la maladie, était l'extrême fréquence ou Puniversalité des tumeurs, des glandes ou des pustules charbonneuses, avec le plus haut degré d'intensité des autres symptômes de mauvais augure , et l’extrême facihté de la transmission de la contagion , surtout dans des circonstances données. Aussi trouve-t-on la plus grande conformité entre ces résultats de l'observation et ceux de’Mertens (1), qui désigne la peste comme une maladie très-aiguëé , accompagnée le plus souvent de pétéchies , de bubons , de pustules charbonnenses. ( anthr ax) , joirite à un état fébrile, à moins +. elle

(r ) Caroli de Mertens ar. ONE: À Observationes medicæ de

Febribus putridis , de Peste , nonnul Lsque aliis morbis. Vindobon& , ann. 1778.

ne donne aussitôt la mort ; affection tnès-propre à être

‘propagée par la contagion , et tirant s0n origine de

l'Egypte, où des autres provinces de la Turquie. ia 547. Peste de Marseille. Que de progres. solides

‘aurait fait la médecine, si, marchant toujours sur la ligne de l'observation et de l'expérience , elle n'avait jamais été entraînée dans des écarts par l'esprit. d'inui-

gue , la prévention et l'autorité des homs célebres!, où bien le desir de fixer l'attention publique par quelque opinion paradoxale ! Rien n'était plus simple , lors de

‘la dernière peste de Marseille et de la Provence , en

1720 , que de consulter les descriptions de cette ima-

“adie observée dans différens siècles, de la compärer ‘avec celle qui commençait à se: mraniféster à Marseille,

et de remonter à toutes les circonstances de l'origine et

“des progrès de cette dernière’, pour n° avoir pouit à se ‘méprendre sur sa nature, et pour én arrêter prompié- ‘ment le cours ; mais en médecme , comme partout ‘ailleurs ; le moyen le plus naturel et le plus sage: est “précisément celui qu'on ne met pas en usagé , ou plu- | ‘tôt la lévéreté du jugement , une confiance avengie ;

dans ses lumicres, et les combats de l’'amour-propre:,

“parviennent bientôt à tout brouiller.

348. Quatre médecins connus sont chargés, par les magistrats de Marseille , de constater la nature dela

maladie qui débute , et de donner de prompts secours ‘xx malades. Us font une déclaration nette et: précise ; $

mius les magistrats rejettent toute idée de peste ; 2 et),

dés le idéaisr, on affiché pübtiquerent que ce n'est “qu une fièvre mahgne or dinaire ; causée par Les mauvais alimens et la misère. D'un autre côté; le: médecm “et le chiturgien des forcats ‘annoncent , ds un rap

port motivé , que l'examen le plus attenuf de l’état de certains malades ne leur laisse aucun doute sur le vrai caractère de la peste. La mortalité fait des progres effrayans ; le Gouvernement donne ordreà des médecins de Montpellier de se rendre à Marseille pour juger de la nature de la maladie régnante. Ces médecins font leur rapport aux magisirats. Bientôt on fait de nouvelles affiches qui repoussent toute idée de peste , et qui annoncent la nouvelle maladie comme une fièvre maligne dont on espére arrêter promptement les progrès; Mais , par une contrariété singulière, les mêmes médecins, dans un rapport adressé directement au Régent , déclarent que la maladie est caractérisée par des bubons, des charbons, des pustules livides, et que c’est une vraie fièvre pesulentielle. | 549. Chirac, premier médecin du Régent, et alors dans le plus haut degré de vogue et de faveur, envoie des mémoires particuliers aux médecins qu'il a fait déléguer. IL prend le ton ferme et dominateur que donnent de grandes places et un nom célèbre. La maladie qui règne à Marseille n’est, suivant lui, qu'une fièvre maligne ordinaire ; et il jomt à cette décision

dogmatique les insinuations les plusoutrageantes conire

les médecins et les chirurgiens de Marseille, qu'il acuse de chercher à entretenir de fausses terreurs parmi le peuple, pour rendre leurs secours plus nécessaires. Au milieu de cette vacillation d’opinions et de ces déplorables conflits de Famour-propre , qui doivent à jamais répandre l'opprobre sur la mémoire de ceux qui les ont suscités, la désolation et la mortalité étaient ortées à leur comble.

350, On adjoint le docteur Didier aux autres mé-

decins délégués à Marseille ; ce nouvel adjoint leur reproche, par une lettre singulière, de n'avoir pas imité Sydenham , en mettant d’abord les malades a la litière par de copieuses saignees, et en débutant par une saignée du pied jusqu'à défaillance. Chicoineau , Verny et Didier sont enchaînés par l’ascendant et la célébrité de Chirac : ils n’osent le contredire, et ils vont encore plus loin, en répétant avec lui que la pré tendue fièvre maligne n’est point contagieuse, ou plutôt qu’elle n’a d’autre contagion que celle de la terreur qu’elle inspire ; mais leurs opinions sont un peu Chancelantes lorsqu'ils voient les rues jonchées de morts et de mourans. Quelle croyance ajouter maintenant à toutes ces relations de la peste de Marseille, imprimées avec approbation et privilége , pendant qu’on sait que plusieurs rapports véridiques ont été supprimés par autorité ? Elles ont maintenant disparu dans la nuit des temps, toutes ces réputations usurpées en médecine sous la Régence , toutes ces dignités soutenues par la faveur et l’intrigue ; et puisque la vérité tardive peut se faire entendre, on peut dire qu'il ne reste de bien précis sur la peste de Marseille que l'écrit modeste d'un médecin ignoré (1), qui l'a observée dans le silence, et qui ne paraît avoir eu d'autre ambition que celle d’étre utile, et de concourir à l'instruction pu- blique sur cette maladie.

351, La peste de Marseille débute au commen- cement de juillet. Le premier malade n’a qu’un simple charbon. Quelques jours aprés, dans les maisons voi--

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(1) Relation historique de la Peste de Marseille en 1720, par M. Bertrand, docteur en médecine du collége de Marseille.

sines , paraissent des fièvres avec des pustules gangré= neuses , qui se terminent par une mort prompte. (Ie mal augmente et s'étend dans la même rue ; les inarques extérieures de contagion se miulipleité avec lé malades ; la mortalité y est trés-grande dès le 20 juillet, Peu à peu les rues voisines sont infectées; et, dés les premiers jours du mois d'août, les péstifélé és se mul üplient dañs tous les quartiers, dès le 10 du même mois, dans toutes les rues ; et, avant la 1ni-aoûts presque dans toutes les maisons. Pendant tout lé reste du mois, ainsi que durant celui de septembre y la ma ladie est d’une violence extrême; elle devient moins cruelle dans le mois d’octobre ; le Érsfh à des malades est moins grand, ce qui contiriué progressivementlés MOIS. suiväns; en sorte que la maladie est pres ue entiérernent étéinte en décembre et. janvier. Li pes de Marseille , regardée comme.maladie épidémiquesh nm | ei quatre. pér es disunctes , 1°. ses accroissemens gradués en juillet; 2°. son extrême intensité en: août -et septembre ; 3°. son déclin en octobre et novemb CA -4°. Son exüncUuon progréssive en décembre «et janvier, 352. Chicoineau et Verny, dans leur rapport surdla peste de Marseille, avaient disüngué les péstiférésé À -cimq classes; ce qui ne sert qu'à oléie asser par Une -sorte d’ rnb scientifique superflu. La division! ad= mise par Bertrand est bien plus Simple et plus naturellé. -Ce dermer se. borne à distinguer, 1°. ceux qui ont “prouvé Ja peste avec une sorte de bénignité ; 20. ceux qui ont été frappés des symptômes les plus violenstde cette maladie. Chez quelques-uns des pestiférés de la premiere sorte, petit frisson au début, douleur à. l'épigastre, nausées, vomissemens, mal, dx tête ; ve

PESTE. 289 tiges , ensuite fièvre pius ou mOINS Vive ; qui sé te nin — nait en cinq OU Six jours par une sueur ou des déjecuons alvines , mais sans érupuon de bubons ni d’exanthèmes. Dans quelques autres cas, les bubons. paraïssaient , ou dès le premier temps de la maladie , ou dans le cours de quinze ou vingt jours, ou même plus tard ; et dans toutes les circonstances, ces bubons, parvenaient à une heureuse suppuration, ce qui terminait la maladie : ou bien ces bubons se dissipaient par une sorte de résolution insensible, sans user d'aucun reméde, sans éprouver aucune altération dans les fonctions vitales ; mais les pesuférés de cette sorte furent peu nombreux , comme peut le faire penser la mortalité effrayante de la maladie.

353. La seconde sorte des péstrférés de Marseille 2 a offert beaucoup de variété : c'était quelquefois une mort subite sans aucun signe PrÉCHISeUr; ; d’autres fois, une mort très-prompte, aprés six OU huit heures de roi ou tout au plus aprés vingt-quatre heures. Le plus see nombre survivait à peine deux ou troIs jours , surtout s’il ne paraissait ni bubons, ni exanthèmes , ou si ces érupuons étaient peu décidées , principalement dans la première et seconde période de l'épidémie, Le troisième jour était-il passé , on. con cevait dé l'espoir, surtout à l’aide des Écuptions exté gieures ; la maladie se prolongeait jusqu’au quatrième ; cinquième OU sixième jour ; et alors , si les érupuons se soutenaleni et par couraient leurs périodes, les ma- Jades étaient sauvés. Mais l’affaissement de ces mémes éraptions ou leur délitescence, accompagné de symptômes violens, était suivi d'une mort prompte ; qmelr | gacfos aussi la mort survenait à la suite d’un état

perfide de calme : point d’agitation , point de souffrances , pouls naturel, mais prostration des forces ; les yeux égarés et éüncelans ; regard sinistre , et pareil à celui des hydrophobes, c’est-à-dire où se peignent ensemble la fureur et une sombre épouvante. En général, les autres symptômes étaient analogues à ceux ades fièvres malignes , mais portés dès le début au plus haut degré de violence : abattement jusqu’au désespoir, agitatlOns , nausées; vomissemens, douleur à Yépigastre , syncopes , oppression de la poitrine, diarrhée , hémorrhagies, affections soporeuses, délire taciturne , ou bien phrénésie.

354. On observe une extrême ressemblance entre les symptômes de la peste de Marseille et ceux de la peste de Constanunople , décrits par le docteur Mackensie , et rapportés dans les Transactions philosophiques (ann. 1764). Îl en est de-même de celle d'Athènes, décrite par Thucydide ; car sa description , toute incomplète qu'elle est, par le défaut de connais-

sances précises en médecine, n’en décéle pas moins M

le talent observateur de cet historien profond.

355. Peste de Moscow. Je crois devoir joindre ict un exposé succinct de la peste de Moscow, décrite par un de nos meilleurs observateurs, le docteur Mer- ; tens, qui, en écartant tout raisonnement superflu et : les vaines dissertations qu’on trouve dans les immenses volumes des Loïimographes , s’est borné à rapporter tout ce qui caractérise cette peste comme épidémie des plus meurtrières.

556. La guerre avait commencé en Moldavie, entre les Tures et les Russes , en 1769. On apprit, l’année suivante, que les Tures avaient propagé la peste dans |

PESTE, 201 la Valachie et la Moldavie , dévastées par le double fléau de cette maladie et de la guerre ; que plusieurs

Russes avaient succombé, dans la ville d’Yassi ; à une fièvre qu’on désignait, en général , sous le nom de maligne ; mais que les médecins les plus éclairés appelaient la peste | comme indiquait une lettre du baron de Asch, premier médecin des armées , àson frère, qui exerçait alors la médecine à Moscow (1). L'été suivant, la maladie fit de grands ravages dans la Podolie, et se propagea même jusqu'à Kiow, où elle fit périr mm

(x) Cette maladie , disait ce médecin , offre des variétés : ce sont quelquefois des douleurs de tête qui durent plusieurs jours , avec des exacerbations et des rémissions, ou méme des intermissions et des retours irréguliers ; elles ressemblent à celle que produit la vapeur du charbon ; on éprouve aussi ; par intervalles, des douleurs vagues*dans la poitrine, et surtout au cou ; peu à peu faiblesse | morosité, sorte d'état d'ivresse, affection soporeuse ; sensation particulière du goût, amertume de la bouche, quelquefois ardeur d'urine. Ensuite se déclarent le frisson, la chaleur , et tous les symptômes d’une peste confirmée. Quelque-

fois une sueur critique termine la maladie avant l’éruption des

exanthèmes et des tumeurs. Ceux qui sont attaqués de la conta-

gion avec le plus de violence , après un repas copieux , un em- | portement de colère , un excès de fatigue, etc. , sont pris tout- | à-coup de céphalalgie , de nausées , de vomissement , d’une in- | flammation des yeux , de larmes involontaires ; ils sentent en même temps des douleurs dans les parties où doivent paraître des bubons ou des charbons. La chaleur fébrile n’est point extrême ; mais le pouls est tantôt plein et dur , tantôt petit, mou et à peine sensible , ou avec des intermittences. En même temps, prostration des forces, enduit blanc de la langue, de sèche , urine citrine et trouble sans sédiment; plusieurs fois diarrhée qu'on ne peut arrêter ; enfin délire, bubons, charbons , pété-

ghies.

plus de quatre mille personnes. Déès-lors , on interrompit toute communication entre cette place et la province de Moscow ; on mut des gardes dans les voies publiques, et on imposa la quarantaine à ceux qui voulurent sortir de la ville de Kiow. En novembre 1770, un prosecteur d'anatomie , dans FRôpital militaire de Moscow, fut pris d’une fièvre putride pétéchiale, et mourut le troisième jour. Les infirmiers du même hôpital habitaient avec leurs familles dans deux chambres éloignées des autres. Dans l’une de ces chambres , la maladie devint successivement générale et funeste à onze personnes ; dont les unes eurent des pétéchies et les autres des bubons et des charbons , et qui périrent du quatrième au cinquième jour.

357. Le 23 décembre , on convoqua le médecin en chef de l'hôpital et trois autres médegins , qui attestèrent le même fait, en ajoutant que déjà 1l était mort quinze personnes dans les chambres des infirmiers , depuis la fin de novembre ; que cinq autres éprouvaient encore la même maladie, mais qu'on n'observait rien de semblable dans le reste de l’'hôpiial. On convint en général parmi ces médecims, que cetie maladie était la peste, excepté un médecin de la ville, qui prétendit que c'était une fièvre simplement putride, | | et qui le soutint avec obstination. Cet hôpital est hors « de la ville et à peu de distance. On fut d'avis de ‘le È faire fermer ; et d’intercepter, par une garde militaire, M toute communication au dehors. On fit isoler aussi : tous les infirmiers avec leurs femmes et leurs enfans , L: et on fit brüler les meubles et les vêtemens , soit de F1 éeux qui élaient morts, soit de ceux qui restaient k.

encore en vie. Le froid commença celte annee plus |

PESTE. 205 tard qu'à Fordinaire, et le temps fut humide et pluvieux jusqu'à la fin de décembre ; alors le froid devint trés-rigoureux, et continua ainsile reste de l'hiver.

358. C’est dans ces circonstances que le gouverneur de la province , le comte de Solukoff, ayant recueilli l'avis des médecins, demanda plus particulièrement celui du docteur Mertens , qui ne balança pont de déclarer avec liberté son opinion dans une conjoncture aussi délicate. Il insista sur la nécessité d’une sur-

. veillance rigoureuse autour de l'hôpital où les infir-

miers avaient été attaqués de la véritable peste; 1 ajouta qu'il fallait rechercher si, dans la ville ou aux environs , la contagion s'était mamifestée, et que dans ce cas 1l fallait user des mêmes précautions que par rapport à l'hôpital. IT crut aussi qu'il fallait donner ordre

- aux médecins et aux chirurgiens de communiquer au

comité médical ce qu'ils pourraient observer de par-

üculersur les malades qui leur seraient confiés, etque

si plusieurs personnes l’étaient en même temps dans la

même maison , on eût aussitôt à en donner avis. Le

docteur Mertens garantissait que la sûreté publique ne

serait point compromise , pourvu que ces règles fus

sent strictement observées , et que cette maladie, qui

ne pouvait étre propagée que par la contagion, restät enfermée dans l'hôpital nulitaire. Il croyait la chose

| plus difficile si d’autres endroits de la ville étaient in

fectés ; mais dans ce cas, 1l espérait qu'un froid rigoureux concourrait avec les autres précautions pour arrêter le progrès du mal. É

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