On avait soin de ne point laisser répandre
ces bruits dans le public; mais F idée de la peste , qu
quelques mois auparavant avait ravagé Kiow, avait
disposé les esprits à la crainte la plus vive, en voyant les précautions qu'on prenait autour de Fhôpital militaire. Tous les efforts pour relever le courage étaient inutiles ; mais quelques jours aprés, lorsqu'on apprit qu'il n’y avait aucune pestiféré parmi les malades de l'hôpital, et que sept infirmiers avaient été seulement attaqués de la maladie, on passa à un excès opposé ; C'est-à-dire à une sécurité extrême ; et, à l'exception du gouverneur et de quelques hommes éclairés, les nobles , ainsi que plusieurs négocians et les gens du peuple ; finirent par négliger toute espèce de précaution. |
%Go. Cette sécurité , éntretenne encore par lopinion d’un médecin de la ville dont il a été parlé ci-
dessus, continua jusqu’au mois de mars. Le comité médical interrompit ses séances ; toutes les mesures de prudence furent mises en oubli, malgré l'avis des « médecins éclairés. On ne sy conformait plus que dans l'hôpital militaire, et c’est ainsi qu'on parvint à
=. éteindre la contagion qui s'était propagée à vingtquatre personnes , dont deux seulement avaient été guéries. Six semaines aprés la mort du dernier, on brüla tous les meubles, les vêtemens, le lit, eic., qui avaient servi aux pestiférés ; et on rétablit, en février, les communications de l'hôpital au dehors.
361. Le vulgaire, ajoute le docteur Mertens, s'en rapporte aux apparences , et il ne donne le nom de peste qu'a une maladie qui enlève les hommes par M milliers. D'ailleurs , on regarde , en général , la peste
. comme un rassemblement de tous les maux, et on croit qu’elle attaque une contrée en s'annonçant par des morts fréquentes et subites. Dans toutes les his
toires qu'on nous à transmises de différentes pestes , ce préjugé « empêché qu'on n'ait remédié à la maladie dans son principe, qu’on peut comparer à une étincelle qui menace d’un grand incendie, si on la livre -à elle-même. Une opimon favorable à la sécurité publique avait prévalu parmi le plus grand nombre ; il ne nous restait, dit le docteur Mertens, que la conscience intime d’avoir rempli avec sévérité nos devoirs à titre de médecins et de bons citoyens.
862. Le 11 mars, année 1771 , on convoque de nouveau le comité médical de Moscow. Il existe au centre de cette ville une maison très-spacieuse qui sert à l'habillement des soldats ; trois mille personnes de l’un et l’autre sexe étaient employées à cet ouvrage; les plus pauvres , qui formaient environ le uers de ce nombre , habitaient dans la partie inférieure de cette maison ; le reste se rendait le soir dans des habitauons particuhères , disposées dans différentes parues de la ville. Le médecin en second de l’hôpital militaire , le docteur Yagelsky , qui avait été envoyé par le gouverneur dans la même maison, rapporte au comité qu'il y avait huit malades attaqués des mêmes sym- | ptômes que ceux qu'on avait observés parmi les infir- miers de Fhôpital militaire , trois mois auparavant , c'est-à-dire, avec des pétechies, des charbons et des | bubons ; qu’on remarquait les mêmes signes extérieurs . sur sept cadavres. | 563. Le même médecin ayant pris des imformations sur l’origine et les progrès de cette maladie , les ouvriers lui avouent qu'au commencement de janvier, une femme, qui avait une tumeur à la joue, s'était | retirég auprés d’un des ouvriers qui était son parent, et
qu’elle y était même morte ; que depuis cette époque Les malades s'étaitsuccédés , et qu'il en avait déjà péri cent dix-sept. Le même fait estattesté par quatre autres médecins qui avait été envoyés le même jour pour vi siter les malades ; et examiner les cadavres de ceux qui avaient succombé. Le comité médical déclare ‘alors par écrit au gouverneur et au sénat que cette maladie est la peste, et il demande que tous ceux qui habitent encore la même maison soient transférés hors | de la ville, qu’on sépare les personnes en santé d'a « vec les malades, qu’on brüle les meubles de ces derniers ainsi que ceux des morts, et qu'on recherche encore sil y a dans la ville quelque autre foyer de COntagION.. SAGE D AE DEEE |
364. La terreur devint générale, et on vit les fu- «\ nestes effets de la négligence des précautions qu'on avait. 0 recommandées. Le comité était alors composé de M treize médecins ; et on doit remarquer que deux d’entre ceux ui avaient recOnnU, trois mois avant, que la maladie des infirmiers de l'hôpital militaire était la peste »4 regardaient comme une fièvre putride celle dont il est M question, ét transmettaient par des rapports partiCu= M liers leur opinion au sénat. Ces deux médecins , ainsi M que la plupart des chirurgiens , étaient done d’un avis M contraire à celui du comité , et ils avaient été mduits ë en erreur en voyant que le nombre des morts , au heu + d'augmenter, était respectivement moindre que les an- % nées précédentes. Peu de jours aprés, le docteur Mertiens est appelé au sénat avec les autres médecins et. chirurgiens, et il déclare être intimement persuadé w que cette maladie est la peste : dix de ses collègues & sont du même avis; deux autres sont d’une opimon
de
pis = En
PESTE. 397 contraire, en avouant cependant qu'il fallait user de toutes les précautions possibles, puisque la maladie était contagieuse , sans être , Suivant EUX ; la peste. 565. Le premier jour (11 mars } se passe en délibérations. On+ ferme les portes de la maison infec— ée, et on y met une garde nombreuse pour empécher d’en sortir ou d'y entrer ; plusieurs s’échappent par les fenêtres, et les autres sont conduits la nuit Suivante , ceux qui sont en santé au monastère de Saint- Siméon , et les malades dans celui de Saint-Nicolas, à quelque distance de la ville. Ces monastères sont environnés de murs très-élevés, et on ne peut sorur
«ue par une porte. Comme quelques-uns des ouvriers qui avaient des habitations parüculieres étaient morts de la peste , on les transporte tous, et on les isole dans un troisième couvent qui était hors de la ville. On ordonne aux chirurgiens qui en prennent soin de faire chaque jour leur rapport au comité sur les morts et les malades : on charge aussi des médecins de pourvoir au traitement des pestiférés , à la conservation des personnes suspectes , et à la sépulture des cadavres. Aussitôt qu'une personne suspecte est malade , on l’'enferme dans une chambre parüculière jusqu'à ce que les signes de la peste soient bien marqués , et alors on la transporte dans un charriot à l'hôpital des pestuférés de St.-Nicolas. 4
366. Les bains publics, fréquentés par les gens du peuple au moins une fois par semaine , sont fermés ; la ville est divisée en sept départemens confiés à autant de médecins, à chacun desquels on adjoint deux chirurgiens pour visiter les malades et examiner les cadavres ; on les fait accompagner aussi par des
préposés de la police. On défend les sépultures dans Vintérieur de la ville, eton assigne certains lieux hors de son enceinte , et à une petite distance, pour enterrer les morts. On ordonne que si quelqu'un du peuple est attaqué de Ja peste , 1l soit transféré dans l'hôpital St.-Nicolas, et que ious ceux qui auront habité dans
la même chambre fassent la quarantaine hors de la « ville, après que tous les meubles auront été brûlés. S'il arrive qu’un citoyen où un noble soit frappé de maladie , tous les domestiques qui ont couché dans le même appartement sont transférés aussi dans les lieux publics dont il a été fait mention, etle maître , avec le reste de sa famille, se üent enfermé dans sa propre. maison pendant l’espace de onze jours. Toutes ces dispositions sont confirmées par un décret du sénat, et on nomme pour suprême administrateur de salubrité publique un personnage illustre , Son Excel- * lence Pierre Démitride Eropkin. Peu de personnes étaient encore convaincues de l'existence de la peste ; L; mais, à cette époque , un médecin d’une grande expérience , qui s'était porté Iui-même à secourir les pes- # iuférés de la ville d’Yassi, et qui se rendait à Pétersbourg, fut invité de visiter quelques malades et ; d'examiner les cadavres ; et il atiesta l’identité de cette î maladie avec la peste qui avait ravagé la Moldavie et la Valachie.
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507. Le temps fut trés-froid jusque vers le milieu d'avril ; les miasmes contagieux , devenus alors plus fixes et moins actifs, n’affectaient que ceux qui habitaient avec les malades. Il ne mourait que trois ou quatre malades par jour dans l'hôpital des pestiférés, et un égal nombre d’ouvriers suspects tombaient ma
PESTE. 209 lades.. Toute la ville paraissait exempte de la contagion ; Suivant le rapport des médecins, des chirurgiens et des administrateurs de la police; plusieurs mêmes crureñt que les médecins qui avaient donné le nom de peste à cette maladie avaient inventé une chose fabuleuse ; les autres étaient dans le doute. Tel fut le cours des événemens jusque vers le 15 de juin ; et, durant cet intervalle , il ne périt qu'environ deux cents malades dans l'hôpital de St.-Nicolas. Le nombre des malades et des morts diminua peu à peu, et enfin, durant le cours d’une semaine , quoique le temps füt assez chaud , personne ne périt de la peste. Il ne resta dans l’hépital qu'un peut nombre dé convalescens , ét on ne trouva aucun veslige de contagion dans la ville. Parmi les ouvriers qui avaient eu leurs habitaons particulières, @t qu'on avait relégués dans un troisième monastère, iln'ÿ en eut aucun qui fut atteint de la peste, et on leur permit de s'en retourner théz eux.
368. On commença dès-lors à espérer qu'au moyen des mesures qu’on avait prises , les progrès de la peste étaient arrétés ; mais vers la fin dejuin, elle se mani esta encore dans l'hôpital de Saint-Siméon. Le 2 juillet , six hommes périrént dans une seule maison d’un des faubourgs de Moscow, et un septième prit la funte : on obsérva des taches livides , des bubons et des charbons sur les éadavres. Les jours suivans , des gens du peuple furent attents dé la peste dans différens quar- . ters de la ville; le nombre des morts augmenta avec rapidité , et vers la fin de juillet il périt plus de deux cents personnes par jour. On remarquait également sür les malades , comme sur les cadavres , des pété-
chies larges et livides , des vibices , et dans plusieurs des bubons et des charbons ; quelques malades périssaient subitement et dans. l’espace de vingt-quatre heures , avant que l'éruption des tumeurs eût lieu : plusieurs au troisième ou quatrieme jour. Vers la m1août, le nombre des morts s’éleva à six cents par jour, et on observa alors, plus fréquemment que dans le
mois de juillet, des bubons et des charbons : lenombre *
des morts augmenta encore dans les premiers jours de tabs et 1l s’éleva jusqu’à sept cents , huit cents, et peu apr es jusqu’ à mille par jour.