‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecineChapitre 49 sur 60 · DER · texte numérisé non relu

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370. Le peuple , rendu pius docile par l’appareil de la force armée, et plus calme par le spectacle des calamités qu'il n'avait fait qu'augmenter, commença à Im plorer les secours et les avis du comité médical, Les monastères, les autres hôpitaux, étaient remplis de pestuiférés; on ne forçait plus de s'y reléguer; la coniagion s'était répandue par-tout; la ville toute entière n'était plus qu'un vaste hôpital. Le comité exhortait seulement de prendre des précautions , de ne point toucher les malades avec les mains nues, autant qu'il serait possible, de brüler leurs vêtemens et tout ce qui leur avait servi, d'entretenir un courant d’air pur dans les chambres.

371. À cette époque, le comte Orloff fut envoyé par l’Impératrice pour pourvoir à tout; 1l ordonnaau docteur Mertens et aux autres médecins de donner leurs avis particuliers par écrit, et d'insister sur ce qu'on jugerait nécessaire pour détruire la contagion. On pourvut avec ordre au traitement des malades etaux moyens préservatifs pour ceux qui ne l'étaient point; on établit de nouveaux hôpitaux pour les gens du peuple. Depuis quelques mois, la peste s'était propagée dans plusieurs hameaux voisins ou éloignés de Moscow; quel-

ues villes avaient même été infectées par les fugiufs , et on fut obligé d'y envoyer des inspecteurs de santé , des médecins et des chirurgiens. On forma un conseil de santé, présidé par le gouverneur de Moscow , composé de quelques conseillers , de trois médecins et d'un chirurgien. Chaque jour les autres médecins et administrateurs de la police faisaient leur rapport à ce comité, qui dirigeait tous les objets de salubrité. | 572. Le 10 octobre fut marqué par la gelée : dés

lors la maladie parut perdre de sa violence, et les miasmes contagieux semblérent plus fixes; le nombre des malades et des morts diminua par degrés; la durée de la maladie, qui n’était auparavant que d’un, deux ou trois jours, s'étendit jusqu'à cinq ou six jours. Les pétéchies lenticulaires, les autres taches, les charbons ne furent pas si fréquens; mais presque tous les pestiférés eurent des bubons. Le froid extrême qui régna durant les deux derniers mois de l’année fut si contraire au principe contagieux, que ceux qui servaient les malades étaient infectés plus lentement et plus diflicrlement, qu'on enterrait impunément les morts, et que ceux qui tombaient malades l’étaent légerement , con-

ünuant de marcher et de vaquer à leurs affaires malgré |

les bubons. ;

373. La fin de l’année 1771 parut mettre un terme à Ja peste, tant à Moscow quedans d’autres eux de l’empire russe ; le froid fut très-rigoureux pendant l'hiver.

Pour détruire les principes.de la contagion , on enfonça À

les portes et les fenêtres des chambres qui avaient été habitées par des pestiférés , etony pratiqua des famiga-

tions; on démolit les habitations anciennes et bâues en

bois : on trouvait par-tout dans la ville des traces de la peste. Au mois de février de l’année 1772, on trouva plus de quatre cents cadavres qui, l’année précédente, avaient été ensevelis dans leurs maisons propres. L’efficacité du froid, pour empêcher la contagion de se propager , fut si manifeste, qu'aucun de ceux qui avaient déterré les cadavres et les avaient transférés dans des sépultures publiques , ne fut frappé de la peste.

374. Les ravages de cette épidémie furent d’ailleurs si terribles, que, d’après un recensement des morts,

soit à Moscow, soit dans les villes ou hameaux voisins, leur nombres’éleva à centnmulle. Lesenterremensétaient faits par des hommes livrés précédemment à des travaux publics ou condamnés à la mort : à leur défaut, on engageait à prix d'argent des hommes dans la classe la plus indigente du peuple; on les habillait d’une manière particulière, c’est-à-dire qu’on leur faisait fourmir un manteau avec des gants et un masque, formés de toile cirée; on leur recommandait fortement de ne jamais toucher les cadavres avec les mains nues. Mais ces hommes bornés ne pouvaient concevoir qu’on pût contracter les maladies par le seul contact des cadav res ou des vêtemens; 1ls attribuaient tout à un sort inévitable : le plus grand nombre périt, et chacun était ordinairement attaqué de la peste au quatrième ou cinquième jour. > 375. Ce fut encore parmi le peuple et dans la classe la plus indigente, que cette maladie fit les plus grands ravages : les nobles et les négocians riches en furent presque tous exempts , excepté ceux qui firent des imprudences. Elle se propageait par le seul contact des malades ou des objets infectés, et ses principes contagieux ne se répañdirent nullement dans l’atmosphère4Ën visitant les malades, dit le docteur Mertens, nous faisions en sorte de laisser un pied de dis- ‘tance entre nous et le pestiféré ; par cette seule précaution, et en évitant de toucher le corps du malade , les vêtemens ou le lit, nous fûmes exempts de Ja conta-

sion. Pour voir de plus près la langue , le même médecin mettait dans sa bouche et ses narines un linge trempé dans le vinaigre.

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