‹ Nosologie de la mélancolie légitime: Essai sur la méthode psychopathologiqueChapitre 24 sur 31 · PAS 1 RS · texte numérisé non relu

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Entre la constante hypersthénie des hypomaniaques et l’hyposthénie continuelle des dépressifs congénitaux, ils représentent un élément instable évoluant d’un excès à l’autre. À ce propos, il est bon de souligner la justesse des vues de TASTEVIN qui oppose le maniaque non au mélancolique, mais à l’asthéniquç, notion nouvelle à son époque, et du plus haut intérêt.

Si sur ces affections constitutionnelles la thérapeutique est à peu près inactive, ou ne peut être tout au plus que symptomatique, il semble qu’il puisse en être autrement pour la deuxième catégorie des mélancolies hypothéniques, celle des asthénies mélancoliques acquises.

FORMES DYSTHÉNIQUES MIÉLANCOLIQUES ACQUISES.

Ici la prédisposition peut exister. Elle peut aussi faire entièrement défaut. L’atteinte organique est, au contraire, prééminente, et c’est elle que l’on doit traiter.

Celle-ci peut être réalisée par une affection anergisante, mais surtout par des troubles de la sphère génitale, en particulier psychoses de la puberté — difficiles à dissocier d’un début de démence précoce —, psychose de la ménopause pré et post-ménopausique, observation 4 —, psychoses du post partum et du post abortum, semblant conditionnées par un retard ou rétablissement normal du cycle endocrinien, perturbé par la gestation. Elles apparaissent dans la deuxième quinzaine qui suit l’accouchement

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et présentent parfois nettement le caractère de mélancolie confusionnelle, avec habitus typique. Le traitement endocrinien peut amener, avec le retour des règles, test de la normalisation organique, le rétablissement d’un psychisme normal.

L'observation 5 est un bel exemple de cette affection.

OBs. 4 — La femme B.…, 47 ans, entre à l’hôpital psychiatrique de Saint-Jacques, en avril 1938. Antécédents mentaux chargés : père mort à l'asile en 1919, mère internée en 1913, un frère suicidé par noyade en 1936. Elle-même serait bien portante. Elle aurait été bien réglée jusqu’en 1935. Mariée à 32 ans, elle est mère d’un enfant actuellement âgé de 10 ans. Avant la naissance de celui-ci elle aurait fait une fausse-couche à un mois et demi, avec albuminurie. Ménauposée depuis la fin de 1938, elle avait eu auparavant des troubles menstruels, pendant environ dix-huit mois. Déjà internée six mois en 1936-37.

L’attitude est figée, un pli barre le front. Réticente,

elle ne parle qu’à peine, d’une voix monocorde. — « Mon père est venu à l’asile parce qu’il avait perdu la raison. » — « C’est pas fini ? > — « Je voudrais retourner chez nous. »

Q. — Vous avez l’air abattue ?

R. — C’est les nerfs, comme d’habitude.

Q. — Vous semblez énervée ?

R. — Que je tripote mon mouchoir, qu'est-ce que ça

peut faire ? Pensez-vous que je pourrai m’en retourner ? Q. — Avez-vous une raison d’être triste ?

R. — Pas plus que ça... c’est la maladie. Est-ce que l’on sait comment ça vient la maladie, une maladie qui vous prend. n’importe laquelle ? #

Q. — Quand vous êtes rentrée chez vous, est-ce que tout allait bien ? (Silence.) Même question.

R. — Ça n'allait pas très bien.

Q. — Pourquoi ?

R. — A présent je me trouve bien, je n’ai pas besoin d’être là.

Q. — Depuis quand votre frère est-il mort ?

R— Je"ne-sais pas. 4, 5rans peut-être. Je-n’ai

plus rien à vous dire.

Accuse des maux de tête et une vague constriction épigastrique, lors des crises « passées ».

O8s. 5. — La femme J..., 30 ans, entre à l’hôpital psychiatrique de Mayenne avec le diagnostic de « folie puerpérale ».

Pas d’antécédents, enfance normale, pas d’affections physiques graves. Caractère calme et égal, bonne ménagère.

Menstruations constamment régulières. Mariée à 26 ans, elle est mère à 28 ans d’un enfant sain. Les couches et leurs suites sont normales, lactation impossible par défaut de sécrétion mammaire. Reprise de la menstruation au bout de six semaines. En juillet 1938, elle est enceinte pour la seconde fois. La grossesse se passe normalement. L'accouchement a lieu le 10 avril 1939, à terme. Fillette de 6 livres 1/2, actuellement saine. Tout se passe normalement, elle se iève au treizième jour et sort au seizième. La lactation, cette fois encore, ne se fait pas. $

Le 7 mai (27 jours après l’accouchement) la femme, jusque-là parfaitement normale, se plaint d’asthénie. Elle prétend ne pas pouvoir marcher, et s’alite ; elle présente quelques sudations profuses ; mais rapide-

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ment la santé physique se rétablit ; le sommeil est mauvais, mais l’appétit est conservé, et il n’y a pas d’amaigrissement.

Par contre, il se développe une psychose mélancolique avec délire puéril, idées de mort, négativisme, puis refus d’alimentation, indifférence à l’égard des siens. La malade est calme, avec des périodes d’excitation. Anxiété, idées vagues de culpabilité. Troubles psychosensoriels. L'ensemble est vague, flottant, sans consistence. Attitude niaise, ralentissement psychique évident.

A partir du 8 juin 1939, administration pendant vingt jours d’un extrait total d’hypophyse. Cinq jours après ce traitement, menstruation normale, suivie d’un retour rapide des facultés intellectuelles.

De ces deux malades, l’une présentait de façon évidente une prédisposition familiale. L'autre offrait un terrain en tout point normal. Mais chez les deux sujets, tout affirmait l’origine organique et le diagnostic était en somme aisé.

Formes dysthymiques.

Dans les formes dysthymiques est la mélancolie légitime, sur laquelle il nous faudrait insister particulièrement.

Non seulement elle représente l’objet de cette étude, mais son diagnostic, parfois délicat, permet, lorsqu'il est posé de façon ferme, d’adopter vis-à-vis d'elle une attitude thérapeutique souvent très efficace.

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