‹ Nosologie de la mélancolie légitime: Essai sur la méthode psychopathologiqueChapitre 25 sur 31 · ER D 0 AE · texte numérisé non relu

ER D 0 AE

Nous signalerons son tableau clinique et les différentes formes qu’il peut affecter.

Nous tenterons ensuite d'exposer comment la mélancolie peut se présenter chez les sujets jeunes, dégénérés mentaux, et de fixer la frontière de ces états avec le pseudo-mélancolies qui peuvent marquer le début d’une démence précoce.

Etiologie. — La cause déterminante est un chagrin. Celui-ci est net, réel. Il a profondément affecté le sujet. Ce peut être un deuil, un revers de fortune, un accident ou tout autre chose. L’interrogatoire du malade et celui des proches ne doivent laisser aucun doute quant à la force du choc émotionnel éprouvé. Cette enquête devra donc être minutieuse et réunir tous les éléments qui permettront sans conteste d’affirmer qu’il y avait dans l’événement motif à une douleur morale intense. Elle révélera fréquemment — et c’est le cas de notre observation princeps — l'existence d’un premier traumatisme assez récent, susceptible d’avoir, en quelque sorte, « sensibilisé » le sujet.

A cette cause déterminante peuvent s'associer des conditions organiques favorisantes : convalescence, ménopause, involution sénile, état physique déficient. Mais elles ne sont nullement indispensables et jouent un rôle de second plan.

Une prédisposition constitutionnelle, fréquemment

NICOLAS

RE

relevée par l’étude des ancédédents et des collatéraux, est, à notre avis, plus intéressante.

Mais, dans les cas typiques tout au moins, elle ne semble être qu’accessoire. Chez de nombreux mélancoliques émotionnels le terrain est en tous points normal ; lorsqu'une tare est retrouvée, rien ne prouve qu’elle ait conditionné impérieusement lapparition de la maladie. Tout au contraire, il apparaît que, sans le choc émotif, elle aurait pu ne jamais se faire jour chez un sujet dont jusque-là l'équilibre thymique avait semblé normal.

Nous avons spécifié qu’il s’agit ici de cas typiques. Nous verrons plus loin que la notion dite de la dégénérescence mentale donne au terrain une toùte autre importance.

Invasion. — Après le choc, le sujet passe par une phase de chagrin encore normale et plus ou moins prolongée. Il « rumine » son malheur, entretient sa tristesse par une évocation de tous les instants, qui devient obsession, et provoque des désordres organiques : perte du sommeil, de l’appétit, troubles des fonctions digestives s’accompagnant bientôt de l’épigastralgie caractéristique.

Puis le sujet, se complaisant dans ses réflexions moroses, en vient à s’enfermer dans son deuil, recherchant la solitude, manifestant son impatience vis-à-vis des étrangers qui cherchent à s’imiscer dans le domaine où il veut vivre seul, et dont la maladresse et l’incompréhension l’irritent.

Page 1