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« projection »: « Le sujet se défend contre linvasion d’un automatisme opposé à son idéal personnel en l’attribuant à autrui » (Idem, loc. cit.).
Il n’y a cependant pas décalage brutal entre l'état second délirant et le chagrin primitif. Le sujet tente de lier les deux phases de son psychisme et l’évolution des limites du normal au pathologique se fait selon un mécanisme que nous explique mieux que toute description l’analyse d’une observation. Celle de notre malade choisie pour type de description est à ce point de vue très caractéristique.
Les thèmes délirants prennent ici toute leur ampleur. L'activité intellectuelle est manifeste. On la sent, sous le masque buté du malade réticent, au front barré de l’omega classique, comme à travers ses discours où, inlassablement, revient le thème de la culpabilité, associé à toutes les manifestations ordinaires du syndrome mélancolique ; la notion de déchéance prend ses racines à la limite de l’inconscient. Notre malade évoque ainsi les « impuretés de son enfance », et surtout toutes ces fautes oubliées « mais que le bon dieu connaît bien ».
Lorsqu’au délire d’auto-accusation vient s’ajouter celui de damnation ou celui de possession, le sujet, écrasé par la sensation d’un châtiment prochain, proportionnel à ses crimes, se débat entre les mains de la force qui le domine ; la puissance de cette forme anxieuse est parfois impressionnante. Le sujet vit dans un cauchemar où s’intègrent toutes les perceptions par le jeu d’interprétations délirantes, et qui
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s’extériorise par des cris, des gémissements suivis de prostration ou, au contraire, par une lourde résignation, plus tragique encore.
Cette période active se poursuit pendant une durée variable, de quelques mois en général.
Déclin. — Puis le sujet entre dans une troisième phase, de ralentissement psychique, avec persistance des thèmes vésaniques qui vont en se désagrégeant. Cette phase peut mener à la guérison parfois de façon rapide, ou se prolonger indéfiniment sans que, toutefois, tout espoir soit perdu de voir le malade retrouver un psychisme dans lequel, comme en cas de guérison rapide, ne subsistera qu’une « cicatrice morale » insignifiante.
Mélancolie avec négativisme. — Syndrome de Cottard. — Parfois encore, par un mécanisme complexe, le délire mélancolique évolue vers une forme très curieuse, décrite par COTTARD, le délire de négation. Celui-ci s’insinue progressivement à travers Pétat d’auto-accusation auquel il finit par se substituer entièrement.
Les malades n’ont plus de système digestif, plus de cœur, plus d’intestin, plus d’organes génitaux. Ils ne conservent plus de la mélancolie vraie que la possibilité d’évoluer vers une guérison quasi complète. Ils restent soumis aux indications thérapeutiques de la forme typique. Cette forme clinique était déjà reconnue comme telle par GALLIEN qui, dans ses quatre exemples de mélancolies, présentait un syndrome de Cottard.