PSYCHOTHERAPIE DE LA MELANCOLIE VRAIE
Le temps nous étant malheureusement limité, nous devrons être bref quant aux notions thérapeutiques.
Nous nous bornerons à quelques indications touchant à la psychothérapie de la seule mélancolie psycho-génétique, laissant délibérément de côté les traitements symptomatiques et organothérapiques de cette affection, qu’il nous serait impossible d'exposer ici malgré leur intérêt certain.
Dans la période prémonitoire, période du chagrin, le malade doit être entouré de soins attentifs. L’entourage doit s’efforcer de rompre le cours de la douleur, d’éloigner lobsession par des dérivatifs appropriés. Ce rôle est souvent négligé par ceux-là mêmes à qui il incomberait au premier chef. Ainsi pour le sujet de notre observation n° 6 la réaction hostile de la mère a certainement favorisé l’évolution vers l’autisme.
A ce stade le spécialiste ne sera pas, le plus souvent, consulté.
Son rôle commencera lors de l’établissement de la période d'état.
Nous envisageons le traitement à cette époque sur
des bases empruntées aux méthodes psychanalytiques.
Il faut tout d’abord s’assurer de quelques éléments indispensables qui permettront de retrouver les origines de la lésion. Nous les trouverons :
1) — dans une étude approfondie des antécédents du malade, de sa vie antérieurement au traumatisme affectif.
2) — dans celle de la nature même de l’émotion que nous situerons sur le plan de la personnalité du sujet.
3) — dans celle de la forme et de l’évolution du chagrin.
Nous approfondirons la connaissance de ces faits par des recoupements entre les données obtenues du malade et celles fournies par l’entourage. Le malade seul, au cours des interrogatoires, nous permettra
4) — d'analyser l’état second délirant. Nous nous efforcerons de déceler l’essentiel des thèmes obsessionnels et d'intégrer les éléments régressifs au « moi » du sujet. Ceux-ci peuvent fournir de précieuses indications quant au mécanisme de la déviation psychique. '
Ce mécanisme lui-même est le suivant :
Il y a substitution d’un délire d’auto-accusation au chagrin. Les idées d’accusation sont d’abord volontaires, ce qui prouve la nature défensive du processus. Leur charge affective provoque les manifestations d’automatisme mental, qui, à leur tour, par projection — phénomène exposé plus haut —, engen-
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drent le délire. Celui-ci est amorcé par l’association des concepts de faute et de châtiment, le châtiment étant une douleur analogue à celle que subit le malade (juxtaposition). Par suite la nature du délire sera moulée sur celle du chagrin, et ses manifestations, une fois épurées des acquisitions secondaires, donneront, sur la façon dont le chagrin était envisagé par le malade, de précieuses indications.
Le but recherché sera le « défoukement », retour, à partir de l’état second, à l’état premier antérieur à l'apparition du délire.
Ce passage du thème délirant au thème tristesse simple primitif, sera difficile à obtenir, en particulier si la maladie est déjà ancienne, et ceci pour deux raisons :
1) — le délire a pris la forme d’une « habitude morbide ». C’est une « force psychique » dans laquelle, aux manifestations premières, se sont ajoutées des notions accessoires et accidentelles, qu’il faudra découvrir et éliminer.
2) — le chagrin primitif aura lui-même « régressé ». Il faudra retrouver son caractère de façon à lui rendre autant que possible son aspect originel, en faire à nouveau le « chagrin premier » que le malade pourra reconnaître comme tel. .
Ce travail d'épuration des thèmes suivra l’étude du malade que l’on fera parler. On lui fera dérouler lui-même, et en sens inverse, sa propre psychose. On vérifiera la valeur des éléments recueillis par les procédés : de l'évocation, en relevant les raison-
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nances qu’ils peuvent avoir sur le psychisme ; de la similitude par exemple, chez la malade de notre observation 1. Certaines idées de damnation s’associaient très certainement à celles des suicides de sa mère et de son fils qui, par leur acte, s'étaient damnés ; de la fréquence et de la convergence.
On devra reprendre fréquemment, patiemment, ce monologue dirigé, et ce n’est qu’au bout d’un temps assez considérable que le faisceau, chaque jour accru, sera suffisant pour révéler complètement le sujet à lui-même et obtenir un résultat.
Les effets de l’interrogatoire sont d’ailleurs directement utiles et détendent le malade.