A UNE AMERICAINE
Splendide Américaine, éclatante merveille
Qu'on croise aux courses du printemps.
Quand Auteuil offre aux yeux l'élégante corbeille De son pesage débordant.
Est-ce le vert décor du bois mélancolique
Qui rend songeur votre beau front ?
Y venez-vous songer aux pampas d'Amérique Où bondit le libre étalon ?
Regrettez-vous la mer, les coutumes natales, Les sports que New -York inventa ?
Entendez-vous parmi le galop des cavales Les marches de votre Sousa ?
Le Far- West où le vent emporte de beaux couples Repasse-t-il devant vos yeux.
Lorsque les cavaliers font ployer leurs reins souples Sur un obstacle dangereux ?
too Nostalgies Françaises.
Revoyez-vous passer parmi les fuites brèves Des casaques aux feux changeants
Les reflets chatoyants des espoirs et des rêves Sur les hippodromes du temps ?
Reine dont les dollars sont toute la noblesse^ Rêvez-vous aux blasons dorés
Devant un alezan qui, comme une duchesse, A de royales parentés ?
Vous voyez-vous déjà dans les lueurs rosées D'un crépuscule de Grand-Prix
Revenant en « auto » par les Champs Elysées Avec un prince de Paris ?
Mais n'est-ce pas plutôt le jockey dont la mode A partout consacré le nom,
Le jeune Anglais aux yeux de limpide émeraudc Qui rend songeur votre beau front ?
L'aimez-vous à mourir ou, seulement jalouse
De sa beauté d'adolescent, Voudriez-vous le voir rouler sur la pelouse
Pâle et le front taché de sang ?