‹ Nostalgies françaises,Chapitre 45 sur 79 · UNE JOURNÉE A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

UNE JOURNÉE A FONTAINEBLEAU

Qu'il fut heureux le tendre jour où nous allâmes A l'auberge du Cadran-Bleu,

Ainsi que deux oiseaux se cherchèrent nos âmes Dans ce beau jour de Mars sans feu.

Nous avions déserté Paris déjà maussade,

Impatients du renouveau, Et nous avions choisi pour notre promenade

La forêt de Fontainebleau.

Fuyant l'émotion que les siècles de gloire Retiennent dans le vieux palais,

Vous avez préféré vous sourire en la moire Des eaux des parterres anglais.

Je vous revois penchant votre taille adorable Vers le miroir du grand bassin.

Ou gravant votre nom musical dans le sable D'une allée au noble dessin.

Les cimes des tilleuls avaient des bourgeons roses. Dans l'azur passaient de doux vols,

Et vers vous se penchaient les grands jets d'eaux Comme de graves tournesols. [moroses

La forêt fut divine : elle vous ouvrit toutes Ses sentes aux fraîches odeurs,

Et le jeune Printemps vous suivit sur les routes Ayant pris vos yeux pour deux fleurs.

Car, sous les frondaisons sublimes des grands chênes

Où frissonne Tâme des dieux, Tandis que nous grisaient les brises souveraines

Montant des fonds prodigieux,

Vous n'étiez pas moins belle auprès de moi, Suzanne,

Avec vos jolis yeux surpris, Qu'une autre qui jadis sut danser la pavane

En souriant à des marquis.

Page 1