LE RETOUR
En regardant vers le païs de France Ung jour m'avint, à Douvres sur la mer.
Charles d'Orléans.
L'océan reflétait des soirs pleins de couleurs
Et les îles rêvaient dans leurs robes de fleurs.
Les Antilles dressaient leur brûlante émeraude
Sur le saphir des eaux où la dorade rôde.
Leurs pitons bleus dormaient dans de douces vapeurs,
Leurs plages ruisselaient d'écume et de lueurs.
Leurs lianes grimpant en molles arabesques
Dessinaient en l'azur de verdoyantes fresques.
Mille parfums flottaient, pénétrants et légers,
Des pétales jonchaient l'ombre des orangers.
Des ports bariolés ouvraient leurs rades claires
A des vaisseaux chargés de jeunes étrangères.
La brise balançait les rouges flamboyants
Et les grands cocotiers aux bouquets ondoyants
Et de larges oiseaux aux vols mélancoliques
Planaient dans la lumière immense des tropiques...
né Aux plus beaux yeux de France.
Pourtant, je revoyais sans émoi ces splendeurs.
Je respirais sans feu ces divines odeurs.
Et moi qui regrettais le toit de ma famille
Et la paix souriante et verte d'une Antille, J
Je sentais que j'étais sans extase et sans foi ;
Je songeais que j'avais laissé, bien loin de moi,
Dans un jardin français, plein de fleurs et d'abeilles,
Deux yeux plus beaux encor que toutes ces merveilles.