LE DERNIER SOIR
Vous saviez que bientôt ce serait mon départ,
Et vous avez voulu rester un peu plus tard
Que de coutume, ô ma beauté, pour que mon âme
Eût le temps de fixer le rêve sur sa trame
Et pour que le pinceau fidèle de l'Amour
Eût le temps de tracer sur mon cœur le contour
De vos traits et qu'il eût tout le loisir d'y peindre
Vos yeux d'une couleur qui ne dût pas s'éteindre,
Car vous songiez, ô vous qui charmez les miroirs,
Qu'en vous perdant j'aurais d'infinis désespoirs ;
Et vous avez voulu me laisser une image
Qui sût me consoler durant le long voyage ;
Et c'est pourquoi pendant le douloureux moment,
Votre regard se fit plus doux et plus charmant.
Pour que son souvenir fût à jamais capable
De me remplir les yeux d'une ivresse adorable.
Et pour que le portrait qu'allait garder mon cœur
Fût doux comme un sourire et fi-ais comme une fleur.