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Au-dessous de la vignette, on lit : A Lyon , chez Pierre Rigaud, rue Merciere , au coingde rue Ferrandiere. — Cette deuxième section contient : i° L’Epitre A VInvictissime , Tres-puissant et Tres-chrestien Henry Roy de France second ; • 2 ° Les Centuries VIII, IX et X complètes. » L’exemplaire que possède M. le chanoine Jouin porte sous la vignette :
« A Lyon , Par Pierre Rigaud , en rue Merciere, au coing de rue Ferrandiere . »
Les prédictions de Nostradamus ont été souvent réimprimées depuis. On en connaît près de cent éditions différentes et ce n’est certainement pas tout. Nous n’en parlerons pas, renvoyant les lecteurs que la question peut intéresser aux bibliographies spéciales et surtout aux ouvrages de MM. Bareste 1 et Anatole Le Pelletier 2 qui ont traité la question avec plus
2. Les Oracles de Michel de Nostredùme , astrologue, médecin et conseiller ordinaire des rois Henri II, François II et Charles IX. Édition ne varietur comprenant : 1° Le Textetype de Pierre Rigaud (Lyon 1558-1566), d’après l’édition princeps conservée à la Bibliothèque de Paris, avec les variantes de Benoist Rigault (Lyon, 1568) et les suppléments de la réédition de MDCV. ; 2° Un glossaire de la langue de Nostredame, avec clef des noms énigmatiques ; 3° Une
de développement. On trouvera encore, entre autres renseignements, dans le travail de M. Le Pelletier, la liste des principaux commentateurs des Centuries, parmi lesquels il tient lui-même une place très remarquable. Signalons aussi, comme on a pu le voir sur le titre reproduit en note, un glossaire de la langue si pittoresque de Nostradamus. Ce dictionnaire apporte un secours précieux pour Pintelligence de certains passages. Il y a cependant quelques réserves à faire, et souvent M. Le Pelletier a cherché la difficulté alors que la solution la plus simple suffisait.
Bien que n’ayant pas toujours adopté les solutions de cet auteur qui, la suite des événements l’a montré, a commis beaucoup d’erreurs dans les interprétations qu’il donne, nous devons reconnaître que ses deux volumes portent la marque d’une très réelle érudition et ouvrent sur le texte si obscur de Nostradamus des clartés qui n’avaient pas été fournies avant lui. 11 faut dire aussi, à la décharge de M. Le Pelletier, qu’écrivant sous le second Empire, il n’était pas suffisamment libre.
Enfin, une autre cause d'erreur provient de
Scholie historique des principaux quatrains, par Anatole Le Pelletier, auteur du Cycle Universel (honoré, en 1854, d’un Bref de S. S. le S. P. Pie X), du Dieu inconnu de l'Astronomie Biblique , etc. — 2 vol. in-8, Paris. Le Pelletier, imprimeur, lithographe, Vue d’Aboukir, 40, 1867.
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ses connaissances très insuffisantes en astrologie. M. Le Pelletier, a vu des personnages fatidiques là où, dans la plupart des cas, Nostradamus avait simplement parlé de données astrologiques, soit sur les caractères de certains personnages ou tout simplement sur les thèmes qu’il avait dressés. M. Le Pelletier a trop perdu de vue que son auteur était un astrologue.
Mais il faut remarquer encore que la tâche n’est pas toujours facile pour ceux qui veulent essayer d’expliquer les oracles de notre astrologue provençal. Bien souvent il les a embrouillés à plaisir et présentés de manière si confuse,
« que possible fera retirer le front à quelquesuns, »
comme il dit lui-même, dans la préface à son fils César.
Cetteobscuritéestabsolumentvoulue, l’auteur en donne la raison dans la dédicace qu’il adresse à Henri IL
« Respôdra quelqu’un qui auroit biê besoin de soy moucher, la rithme estre autant facile, comme l’intelligence du sens est difficile. Et pource, ô très humanissime Roy, la plupart des quatrins prophétiques sont tellement scabreux que l’on n’y sçauroit donner voye ny moins aucuns interpréter. »
Et puis, Nostradamus ne prédit le plus sou-
vent que des malheurs et des révolutions devant atteindre les hautes classes de la société, qu’il est inutile de faire connaître clairement à tout le inonde :
« Ayant voulu taire et délaisser pour cause de l’injure, et non tant seulement au temps présent mais aussi de la plus grande part du futur, de mettre par escrit, pource que les régnés, sectes et religions feront charges si opposites, voire au respect du présent diamétralement, que si je venois à referer ce qu’à l’advenir sera ceux de régné, secte religion, et foy trouveroyent si mal accordant à leur fantasie auriculaire, qu’ils viêdroyent à damner ce que par les siècles advenir on cognoistra estre veu et apperceu. Considérant aussi la sentence du vray sauveur:
Nolite sanctum dare canibus , nec mittatis mar garitas ante porcos ne conculcent pedibus et conversi dirumpât vos*. Qui a esté la cause de faire retirer ma langue au populaire, et la plume au papier ( Préface à César). »
C’est ce qu’explique encore Nostradainus lorsque, insistant à nouveau sur l'obscurité de ses paroles prophétiques, il écrit:
1. Ne donnez pas les choses saintes aux chiens et ne jetez pas les perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds et que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent.
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« Mais l’injure du temps, ô serenissime Roy, requiert que tels secrets evenemês ne soyêt manisfestez, que par ænigmatique sentence, n’ayant qu’un seul sens et unique intelligence, sans y a voir rien mis d’ambiguë n’amphibologique calculation : mais plustost sous omnubilee obscurité par une naturelle infusion approchant à la sentence d’un des mille et deux Prophètes, qui ont esté depuis la creatiô du mode, jouxte la supputation et chronique punique de Joël » (.Épître à Henry II).
Nostradamus n’a pas été plus explicite dans la fixation des époques, où les faits qu’il annonce doivent arriver, que dans la description des événements eux-mêmes. Sauf quelques chiffres, tous les autres sont erronés. Il déclare que c’est volontairement et pour les mêmes raisons de prudence qu’il a déjà indiquées.
« Et pource, Sire, que par ce discours je mets presque confusément ces prédictions, et quand ce pourra estre et l’advenement d’iceux, pour le dénombrement du temps que s’ensuit, qu’il n’est nullemêt ou bien peu conforme au supérieur 1 :
1. Nostradamus avait donné plus haut une chronologie pour établir le nombre d’années écoulées depuis le commencement du monde jusqu’à l’ère chrétienne. Il en donne
lequel tant par voye Astronomique, que par autres, mesmes des sacrées escritures, qui ne peuvent faillir nullement, que sijevouloisà un chacun quatrin mettre le dénombrement du temps, se pourroit faire : mais à tous ne seroit aggreable ne moins les interpréter jusques à ce, Sire, que vostre Majesté m’aye octroyé ample puissance pour ce faire, pour ne donner cause aux calomniateurs de me mordre » (Epitre à Henry 11).
Quoi qu’il en soit, Nostradamus fixe au début du septième millénaire, c’est-à-dire à l’an six mille de la création du monde, le moment où les adversaires de l’Eglise commenceront à se développer.
« Passant outre bien loing jusqu’à l’advenement qui sera après au commencement du 7 . millénaire profondément supputé, tât que mon calcul astronomique et autre sçavoir s’a peu estendre où les adversaires de Jésus Christ et de son Église commenceront plus fort de pulluler, le tout a esté composé et calculé en jours et heures d’electionet bien disposées, et le plus justement qu’il m’a esté possible » (.Épitre à Henry H).
Cette date du commencement du septième millénaire est à peu près impossible à détermi-
une seconde absolument différente dans cet endroit. Elles sont fausses toutes les deux.
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ner exactement, aucune chonologie n’étant d’accord sur le point de départ.
Toutefois, si l’on veut demander une solution à l’astrologie, on pourrait prendre comme date originelle l’époque où l’équinoxe du printemps se faisait au commencement de la constellation du Taureau, premier terme du Sphinx, premier des quatre animaux de Daniel et de ceux attribués aux Évangélistes ; et où l’étoile polaire était Alpha du Dragon, on arrive à l’an 4-3oo avant J.-C. Ce qui donne pour le début du septième millénaire le commencement du XVIII e siècle, époque où avec la reconstitution de la Franc- Maçonnerie en Angleterre et son introduction en France, dans l’Europe et l’Amérique, les sectes ennemies de l’Église de Jésus-Christ commencèrent à « pulluler ».
Nostradamus dit ailleurs :
« Et que de présent que cecy j'escrits... cent septante sept ans trois mois onze jours. »
Or, si à mars i555, on ajoute 177 ans et trois mois on obtient juin 1782 , qui aboutit à peu de chose près à la même période.
Nostradamus termine par ce quatrain latin la sixième centurie :
LeGIS CAUTIO CONTRA 1NEPTOS CRITICOS
Quos legens hosce versus mature censunto ,
Profanum vulgus et inscium ne attrectato :
Omnesq; Astrologie Blennis , Barbarie proculsnntOe Qui aliter facit, is, rite sacer esto.
Prescription de la loi contre les critiques ineptes
Que ceux qui liront ces vers réfléchissent mûrement, Que le vulgaire profane et ignorant n’y porte pas les
[mains :
Et que tous les astrologues, les imbéciles, les Barbares
[se tiennent à distance.
Quiconque agira autrement, qu’il soit maudit du ciel.
Cette colère s’explique tout naturellement, car, malgré la faveur des rois sous lesquels il vécut, le prophète provençal ne fut pas à l’abri des critiques « ineptes », selon son expression.
Tout le monde ne partageait pas Penthousiasme que Ronsard a affirmé dans les vers suivants 1 qu’il adresse à la France :
Tu te mocques aussi des prophètes que Dieu Choisit en tes enfants et les fait au milieu De ton sein apparoître, afin de te prédire Ton malheur à venir; mais tu n’en fais que rire.
Ou soit que du grand Dieu l’immense éternité Ait de Nostradamus l’enthousiasme excité,
Ou soit que le démon bon ou mauvais l’agite... Comme un oracle antique, il a de mainte année Prédit la plus grande part de nostre destinée.
1. Je cite d’après Anatole Le Pelletier, les Oracles de Nostredame , t. I, p. 19.
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Le poète Jodelle fut, dit-on, l’auteur du distique suivant, reproduit dans toutes les biographies modernes concernant le voyant de Salon depuis La Croix du Maine, qui l’a donné le premier, croyons-nous :
Nostra damns cùm falsa damus, nam fallere nostrum est; Et cam falsa damus , nil nisi nostra damus.
« Nous donnons ce qui est à nous quand nous donnons des mensonges, car tromper est notre affaire;
« Et quand nous donnons des choses fausses nous ne donnons que ce qui nous est propre. »