Nous ayons cité le passage plus haut
l’église, la prophétie, les prophètes il
en propre à la prophétie ; c’est pourquoi cette dénomination convient spécialement à la connaissance des futurs contingents, qui sont tout à fait hors de la portée de notre esprit, tant à cause de leur obscurité que parce que ces choses ne sont pas déterminées, ni en elles-mêmes, ni dans les causes prochaines dont elles doivent surgir...
« La prophétie suppose une illumination intérieure qui montre ou fait entendre les choses naturellement cachées, assez du moins pour qu’on les énonce 1 ...
« L'illumination prophétique a pour mesure la connaissance même des choses qu’elle découvre. Le prophète entend plus ou moins les choses qu’il annonce : plus l’intelligence qu’il en a est étendue, plus l’illumination qui la produit est excellente. Quand il voit, parle ou agit avec une pleine compréhension de sa vision, de ses paroles, de ses actes, la prophétie est alors parfaite. S’il n'entend point ce qu’il aperçoit, dit ou représente, mais qu’il se sente toutefois sous l’action naturelle du Saint-Esprit, l’illumination, et conséquemment la prophétie, sont moins par-
1, Cf. Saint Thomas, Sum II-II, q. 171, a. 1, «d 4,
faites. Le dernier degré est d’agir ou de parler prophétiquement sans même savoir que Ton cède à une excitation surnaturelle. C’est ce que les théologiens appellent l'instinct prophétique.
« Le mot est de saint Augustin 1 qui l’applique... aux prédictions des astrologues, lesquelles se trouvent quelquefois véritables : d'où il conclut que les hommes sont parfois poussés par un instinct secret à énoncer, à leur insu, des faits et des vérités qu’ils ne connaissent point. Ainsi les prophètes peuvent ignorer ce qu’ils prédisent et même qu'ils prédisent; mais alors la prophétie est imparfaite : elle est d’autant plus élevée qu’elle est accompagnée de plus de lumière.
« On voit combien Montan 2 et ses adeptes 3 s’abusaient en prétendant que l’acte de la prophétie enlève aux prophètes le calme de l’esprit, l’usage de la raison et toute conscience de ce qu’ils annoncent. Selon eux, on ne pouvait prophétiser que dans des accès de folie et de fureur, qu’ils décoraient du nom d’extase ; erreur
1 . De Genes. ad lit., 1. XII, ch. xxn, p. 600; ibid., 1. II, ch. xvn, p. 218.