LES LIGUES ITALIENNES DU MOYEN-AGE
Muratori fait dater du commencement du onzième siècle la naissance dela plus grande partie des gouvernements indépendants de l’Italie, et de la dernière moitié du douzième, les premières tentatives de confédération.
Les premières ligues italiennes, comme celles de la Grèce, durent leur existence à de grandes nécessités militaires. Fédéric Barberousse ayant été couronné empereur à Aix-la-Chapelle, en l’année 1152, commença de suite cette série d’agressions contre l'Italie qui ne cessèrent qu'avec sa croisade et sa mort (1190.A.D.) La ville de Milan, principal objet de ses hostilités, eut l’honneur aussi bien que la prévoyance de former la première Ligue lombarde. Dans la dixième année du règne de Fédéric, cette grande ville, à part ses églises, fut réduite en cendres ; mais de ces cendres naquit la première et la plus célèbre des Unions italiennes. À son début, cette ligue se composait de dixsept villes, et du marquisat de Malaspina. En 1176 l’armée de la Ligue remporta la glorieuse victoire de Legnano; et sept ans après, elle obtenait, par le traité de Constance, des conditions de paix dictées par elle-même.* La ligue de Lombardie, d’abord formée pour une période de vingt ans, était, de temps en temps, prolongée ou renouvelée, et subsista ainsi
* Sur l’origine de la Ligue lombarde, voir Sismondi « Républiques Italiennes» Vol, I. chap. X. Vol. II, chap. I.
jusqu’au commencement du quatorzième siècle ; mais alors la grande famille des Visconti, renversant toute autre influence, changea le gouvernement consulaire et électif en un pouvoir ducal et héréditaire.
Pendant l’espace d’un siècle et demi, que dura la Ligue, sa constitution fut plutôt militaire que politique, —chaque ville conservant son propre consul ou podestat et son conseil secret ou exécutif. Quoiqu'il n’y eut aucune autorité centrale permanente, les gouverneurs des principales villes tenaient pourtant des conférences occasionnelles. Ainsi réunis, on les appelaient Rectores Societatis Lombardiae ; mais leurs fonctions paraissent avoir été simplement consultatives, n’ayant aucuns pouvoirs législatifs ou exécutifs per se.
Chaque consul ou podestat rendait compte de sa gestion à son conseil ou cité ; et la totalité des citoyens, en assemblée primaire, avait le droit final de se prononcer sur tout changement fondamental de la constitution, et aussi, parait-il, sur toutes les questions d’alliance, de paix et de guerre.
Les grands défauts de la ligue lombarde, ainsi que ceux de la ligue des villes de Toscane, formée d’après son modèle, étaient : 1o. la durée temporaire et les conditions précaires de l’Union ; 20. la permission donnée à chaque membre de la ligue de traiter séparément avec les pouvoirs étrangers ; 30. la jalousie contre ceux qui étaient au pouvoir et qui les portait à se placer au-dessus de l’atteinte de leurs électeurs. A Florence, en vertu d’une ordonnance, trente sept familles nobles furent déclarées à jamais incapables d'occuper aucune charge. A Milan et autres cités, le podestat devait toujours être né dans un autre état ; il ne pouvait pas se marier dans les limites de son gouvernement, et aucun de sesparents ne pouvait résider
1;ès mL.