‹ Note sur l'action mutuelle des éléments des sels solubles comparée aux prénomènes que ces corps produisent dans l'économie animale [electronic resource]Chapitre 1 sur 2 · PAR · texte numérisé non relu

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M. MELSENS,

Membre de l' Académie royale de Bclgicpie.

§ I. — Observations préliminaires.

Dans mes expériences sur les matières albuminoides de l'économie animale, j'ai fait voir que l'étal physique de l'albumine, quand on veut la rendre insoluble par des réactifs chimiques ou des actions physiques, peut dépendre de la composition et de la nature des liquides dans lesquels elle se trouve dissoute. Je crois avoir démontré, sans contestation possible, que le mouvement peut agir d'une façon absolument analogue, sinon identique, à l'action de la chaleur; il rend insoluble une matière préalablement dissoute; ce passage de la solubilité à l'insolubilité, obtenu ip mouvement, peut se comparer, en tout point, à la coagulation par la chaleur; dans les deux cas, l'albumine est rendue insoluble dans l'eau ; le phénomène est indépendant de l'intervention de la pression ou de l'action chimique de l'air, comme le démontrent les expériences Jirpifi j'ai faites dans les gaz inertes ou dans le vide.

Tout en laisanl ahslraclion dos formes particulières que i'ali)umine solidiliée peut alTeclcr dans les diverses ciiconstances des expériences, il m'a toujours parti que l'on devait tenir compte de ces données lorsque l'on traite des faits de physiologie chimique ou des applications possihies de la chimie dans les cas particuliers dans lesquels on fait usage de corps appelés à agir, parleurs éléments, dans le corps des animaux.

Il me paraît en dehors de toute contestation raisonnée des faits actuellement acquis, que certaines actions chimiques se passent dans le corps des animaux absolument comme elles se passent dans nos laboratoires; je ne parle pas seulement de ces actions qui consistent à faire naître, par suite de doubles décompositions, certains comi)osés dans l'estomac ou dans le canal intestinal, en vue, par exemple, de neutraliser l'action d'un corps donné en le rendant insoluble ou en le précipitant à l'état d'élément, mais bien de l'action chimique qui se passe sur des matériaux absorbés déjà; ceux-ci peuvent se trouver dans le torrent de la circulation , comme ils peuvent s'être concentrés dans quelques organes ou se trouver (Ixés sur les solides de l'économie.

Mais lorsque l'on considère, sans idée préconçue, toutes les circonstances, obscures encore, delà machine animale, on ne tarde pas à se faire une idée plus simple des soidisant contradictions que l'on rencontre, quand on croit pouvoir conclure de faits chimiques particuliers à l'ensemble des faits qui peuvent se produire dans les animaux vivants.

En effet, les phénomènes que deux corps, réagissant l'un sur l'autre, peuvent produire dans les appareils de laboratoire doivent singulièrement se compliquer dans le lahoratoire qmVanimal vivant nous présente.

C'est un singulier préjugé que celui de quelques médecins, qui n'admettent pas que les lois physiques et chimiques se réalisent de tout point dans le corps des animaux.

Que de fois l'on a dit, et ce sont principalement les médecins praticiens, en général peu au courant des lois physiques et chimiques, qui tiennent ce langage : Le corps de l'homme n'est pas un creuset.

En effet, le corps de l'homme n'est pas un creuset, mais c'est incontestablement un vaste laboratoire monté avec une perfection rare, où se trouvent réunis les appareils physiques les plus délicats; ceux-ci réalisent des conditions de travail et d'expérience que les cabinets de physique les mieux montés ne possèdent sans doute pas. C'est au moyen de ces immenses ressources physiques que s'accomplissent les réactions chimiques qui produisent des transformations, que nous ne sommes pas toujours à même dé reproduire. Aussi, quand il s'agit des phénomènes chimiques proprement dits, les complications sont nombreuses et difficiles à analyser; car, dans ces cas aussi , les ressources de l'économie vivante doivent être énormes.

Il est indubitable cependant que Vaffinilé chimique doit toujours être satisfaite et suivre les lois que nous connaissons par nos expériences actuelles de laboratoire; mais cette force, que l'on a nommée affinité, ou ce mouvement particulier des atomes des corps simples ou composés, dépend incontestablement de circonstances nombreuses dont quelques esprits semblent ne plus vouloir tenir compte , dès qu'il s'agit des phénomènes physiques et chimiques qui doivent se passer dans les animaux; cependant, toutes les transformations de la matière doivent se produire conformément à des lois naturelles , dont les détails nous échappent encore aujourd'hui.

iNe savons-nous pas que l'affinité chimique dépend de l'état, solide, liquide ou gazeux de la matière, mais qu'elle peut être modifiée, au point de vue analytique comme au point de vue synthétique, par une foule de circonstances indépendantes de l'état des corps en présence?

La chaleur, l'électricité statique ou dynamique, l'intervention des corps agissant par leur contact, la pression, les masses , la provocation de combinaisons par ce que l'on a désigné par affiiiilé prédisposanle , l'étal naissant des corps , elc;, etc.

Pourquoi toutes ces circonstances qui changent la nature des réactions dans les vaisseaux chimiques n'interviendraient-elles pas dans l'organisme vivant? Pouvons-nous toujoui's en apprécier les effets si variés, si compli(jués? Ne sommes-nous pas encore aujourd'hui dans un labyrinthe dont nous cherchons les issues , quand nous opérons dans le corps des animaux? Ne devons-nous pas continuer à construire brin à brin notre lil conducteur?

Avouons franchement que nous pouvons sans rougir nous déclarer ignorants ;* mais que celte ignorance n;connue nous engage à chercher la vérité par l'expérience, au lieu de nous contenter de vains mots comme ceux de forces vitales et autres, trop usités encore en médecine.

Le savant isolé, qu'il soit mathématicien, physicien, chimiste, anatomiste, physiologiste, médecin, ne peut que très-difficilement embrasser aujourd'hui, d'un coup d'œil, ce vaste laboratoire physico-chimique qui porte le nom d'animal vivant.

Mais il est incontestable que ce n'est pas en employant des mots que le progrès se fera et que les faits de la vie normale , de la maladie qui en constitue le trouble et de la mort qui en signifie la destruction, recevront des expli-

calions naturelles; laissons les mots aux apôtres de l'imagination; les mots peuvent avoir leurs avantages dans l'ordre moral, mais dans l'ordre des faits matériels de la vie, les mots qui n'ont pas une signification précise ne servent qu'à reculer l'époque où la vérité sera connue. Que de travail à parfaire avant!

iXous ne devrions employer que des mots qui ne prêtent à aucune ambiguïté et s'ils doivent parfois servir à nos hypothèses, n'oublions pas que celles-ci constituent, comme le disait, il y aura bientôt trente ans, mon illustre maître, M. Dumas, dans ses leçons de philosophie chimique, les béquilles sur lesquelles, dans notre ignorance, nous sommes, hélas! obligés de nous appuyer encore.

On me pardonnera ces considérations préliminaires, la suite de ma note montrera clairement dans quel but j'ai voulu les présenter; faisant toutefois remarquer que je cherche .à répondre, d'une manière générale, à quelques critiques loyales qui ont été faites, à diCTérenles reprises, sur ce que certains médecins appellent les prétentions exagérées des chimistes. On les accuse souvent, mais à tort, de vouloir considérer le corps de l'homme comme un creuset, quand il est incontestablement comparable à un vaste laboratoire de chimie, muni de toutes les ressources les plus délicates d'un cabinet de physique.

Occupé de travaux dans des directions d'idées très-diffél'cntes, je désire dès à présent prendre date pour constater une action chimique qui m'a paru très-importante et trèsnette; elle n'est basée que sur un petit nombre d'expériences,que je ne pourrai reprendre que dans le courant de l'hiver prochain; mais, telles qu'elles sont, je pense qu'elles méritent l'attention des physiologistes et des médecins, comme elles exigent des expériences de chimie pure, plus

nombreuses que celles que j'ai pu instituer jusqu'à présent. Le but de ma note consiste à prendre date du (ait suivant :

Deux sels solubles, sans action muluelle, peuvent cire donnés isolément à des animaux, et les conditions physiologiques de la vie ne sont pas sensiblement modifiées; le même animal peut les prendre, l'un après l'autre, pendant longtemps, sa santé n'en paraît pas altérée; leur mélange tue les animaux, parfois très-rapidement.

Le seul énoncé du fait montre de suite que, à côté de la question physiologique proprement dite, se place une application immédiate à l'art de guérir ainsi qu'à l'art de formuler des médicaments; ceux-ci peuvent être inoffensifs par eux-mêmes, mais leur mélange est délétère.

L'analyse de ces faits démontre la nécessité qu'il peut y avoir, dans des cas déterminés, de n'administrer, comme le demande M. Chevreul, que des espèces chimiques pures, et il corrobore, mais sous un tout autre point de vue, les expériences si importantes de M. Claude Bernard sur l'administration des alcaloïdes organiques.

Quand on ne donne pas l'espèce chimique pure, il faut au moins chercher àen corroborer l'action, par des associalions convenables et chercher à bien se rendre compte des actions qui peuvent se produire avec le corps associé, principalement si on peut le considérer comme un comburant.

§ II. — Expériences chimiques sur quelques propriétés d'un mélange de chlorate et d'iodure de potassium.

Les deux sels auxquels j'ai eu recours sont le chlorate et l'iodure de potassium.

Ces sels, bien neutres ou légèrement alcalins au j)tipior

(Je tournesol, cristallisent toujours séparément, quelles que soient les circonstances dans lesquelles on se place ; la dissolution de leur mélange, en quantités équivalentes, ne donne lieu à aucune observation particulière; si on la lait congeler, aucun phénomène de modification ne se présente dans les cristaux et l'eau qui se solidifient au fur et à mesure que le froid devient plus intense; l'hydrogène sulfuré en dissolution n'est décomposé par aucune des portions de sels recueillies successivement, preuve qu'il ne s'est pas fait d'iodate de potassium; les mêmes faits se reproduisent par l'ébullition sous la pression ordinaire; je les ai maintenus dans la marmite de Papin à iO atmosphères, environ 185° C, pendant deux heures, sans y découvrir la moindre trace d'iodate et de chlorure de potassium dont ils renferment les éléments

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