C/O^K -4- IK = 105K -4- C/K
Il faut, du reste, remarquer que la transformation
ne constituerait réellement pas une double décomposition ; l'inspection de la formule, écrite d'après les formules nouvelles ou typiques, suCQt pour le faire voir; les deux atomes (ïoxijçjène du radical et le troisième atome d'oxygène typique devraient abandonner le chlorate pour se porter sur l'iodure; cette transformation ne ressemble pas aux doubles décompositions; quoi qu'il en soit, elle ne se produit pas au sein de l'eau; reste à voir si l'on peut réaliser des dissolvants neutres ou alcalins capables de produire cet eflét, s'il est possible, ce qui serait très-curieux.
Je reviendrai sur les quelques expériences que j'ai tentées empiriquement, sans espoir de réussite, en employant les sels de l'économie en mélange avec le chlorate et l'iodure de potassium.
J'ai pu laisser des dissolutions d'hydrogène sulluré en contact avec des dissolutions d'un mélange de chlorate et d'iodure de potassium pur ou mélangé de hlanc d'œuf, pendant un an, mais l'odeur d'hydrogène sulfuré n'a pas disparu; l'hydrogène sulfuré précipite parfois les dissolulions albumineuses, et il y a dans ce fait des complications particulières, dépendant de la concentration des mélanges; elles exigent une étude que j'ai commencée depuis longtemps; ce qui est certain, c'est que le temps ne paraît pas intervenir et que la transformation en iodate ne se fait pas à la longue.
Vient-on à dessécher le mélange de chlorate et d'iodure de potassium à 100" C. et le jette-t-on à l'état sec dans une dissolution d'hydrogène sulfuré, on n'aperçoit pas la moindre réaction indiquant la présence de l'iodate.
J'ai même pu chauffer la poudre d'un mélange de ces sels de façon à la rendre légèrement cohérente, sans constater la formation d'iodate; faute de temps, j'ai été empêché de bien préciser la température à laquelle l'iodure de potassium est transformé en iodate par le chlorate de potassium en fusion, mais il m'a paru qu'il était nécessaire de dépasser le point de fusion du chloiate; l'oxygène de celui-ci brûle l'iodure au moment de la décomposition et à un certain moment la réaction se fait avec assez de violence; ce fait est connu. Un des moyens de préparation de l'iodate de potassium repose sur cette réaction, qui montre l'iodure de potassium comme étant un combustible pour l'oxygène naissant provenant de la décomposition du chlorate.
Les résii Mais, observés sur les sels neutres en dissolutiou, changent quand on additionne la dissolution des deux sels d'une certaine quantité d'un acide minéral : celle-ci m'a paru devoir être assez considérable ; l'iode est mis à nu et le liquide réagit alors sur la dissolution d'hydrogène sulfuré comme s'il renfermait de l'acide iodique ou un composé d'iode et d'oxygène; la préparation de l'iodate de potassium par l'iode libre , le chlorate de potassium et une faible quantité d'acide azotique est assez connue pour que je ne m'arrête pas à la discussion de cette réaction, en vue de ce qui peut se passer dans l'organisme.
La température à laquelle on opère, la l ichesse des dissolutions, les quantités d'acides, la nature de l'acide, ses propriétés basiques, son origine minérale ou organique interviennent et je me propose de fixer ces différents points.
Quand on dose les acides libres dans les liquides de l'économie, on doit les considérer comme étant Irès-étendus dans les organes et les sécrétions à réaction acide , l'estomac, l'urine, les muscles, etc. On serait donc porté à croire qu'ils sont trop dilués pour agir sur le chlorate et l'iodure, mais ne doit-on pas se demander comment ils agissent, quand ils prennent naissance eu présence du chlorate et de l'iodure de potassium, et qu'ils se trouvent à Vêlai naissanl? Je ne vois aucun motif péremptoire qui puisse s'opposer à admettre que certains points de l'économie renferment des acides au maximum de concentration; les mêmes raisons peuvent s'appliquer aux bases ou hydrates métalliques.
Vient- on à décomposer un mélange de chlorate et d'iodure de potassium par la pile, il se dégage de l'hydrogène pur au pôle négatif, de l'iode se dépose au pôle positif, et la liqueur, par le fait même, doit contenir ensuite de l'iodure et de l'iodate, lorsque l'on mélangera la
liqueur acide du pôle positif avec la liqueur alcaline du pôle iié^'alif. Le chlorate de potassium et l'eau sont décomposés ensuite, et il faut bien admettre à priori la formation d'iodate dans ce cas.
Or, l'économie animale ne pcul-elie pas réaliser des circonstances analogues, alors qu'il est incontestable qu'il se développe des courants électriques dans les animaux à sang chaud comme dans les animaux à sang froid?
Je cite cette expérience , parce qu'il me paraît que l'on ne peut faire abstraction des phénomènes électriques qui se produisent dans les animaux (1).
(1) Pour éviter l'acliou de l'iode, du chlore, de roxygène el dës acides qui se dégagent au pôle posilif, j'ai employé une électrode de cliarbou de cornue de gaz, tel que le commerce le livre. Je me suis servi du même charbon, mais préalablement traité par l'eau régale à chaud et chauffé à la (lamme d'un grille à analyse à gaz pendant environ sept heures dans uu courant de chlore sec. Le même charbon, nfiaintenu dans un courant de chlore sec et chauffé au rouge blanc dans un fourneau à réverbère, ivjndaut i)lusieurs heures, m'a paru se comporter exactement comme les précédents.
Le charbon , ainsi obtenu , placé comme électrode positive, se désagrège, airecte l'état de division extrême que j'ai décrit dans ma note sur les melanoses des poumons de l'homme; il se produit des cori)s bruns solubles, et, au lieu d'oxygène, on obtient de l'acide caibjnique, de l'oxyde de carbone et du chlore, etc., à l'électrode positive ; celle-ci et le liquide qui l'entoure s'échauffent assez forlemenl.
J'aurai l'honneur de présenter sous peu le résuUat de ces expériences dans une note particulière sur la décomposilion des divers acides et des sels haloïdes ou amphides, par l'emploi des électrodes composées des charbons ou des carbones divers (pu; l'on peut se procurer en partant des charbons provenant des cornues à gaz, de la décomposilion des essences cl du graphite, purifiés et calcinés, dans les conditious qui rendent ces corps plus purs, au point de vue chimique , et Unir font acquérir des propriétés physiques données. Les expériences que j'ai faites, en employant le charbon connue électrode aux deux pôles de la pile , ne sont pas assez avancées pour en entretenir l'Académie dès aujourd'hui.
Ce serait peut-cire aller trop loin que d'appliquer un raisonnement analogue à celui que j'ai fait pour les acides aux effets calorifiques qui se produisent dans les animaux; mais le mouvement calorifique moléculaire dans les cellules primitives ne peut-il pas équivaloir ù la température de la fusion au de la décomposition du chlorate de potassium?
La température ou le mouvement moléculaire me paraissent pouvoir aller dans le corps des animaux vivants jusqu'à produire les phénomènes de dissociation.
J'ai l'assurance de pouvoir compter sur la bienveillante attention des savants, en émettant ces hypothèses qui à -priori paraissent assez étranges; mais, en y réfléchissant, on s'aperçoit facilement qu'en dehors de toute hypothèse on rencontre dans l'économie des conditions propres à détermineras réactions qui ne se réalisent dans le laboratoire que sous l'influence d'une température élevée , de la pile ou des acides; allons aux faits matériels, qui semblent prouver ce que j'avance.
§ lU. — Expériences sur l'administration du chlorate et
DE l'iODURE de potassium , ÉTABLISSANT l'iNNOCUITÉ OU LE PEU d'action DE CES SEJlS SUR l'ÉCONOMIE, LORSQU'ON LES ADMINISTRE ISOLÉMENT, ET LE DANGER DE LÉS ADMI- NISTRER SIMULTANÉMENT.
Un chien dogue, femelle, du poids de 10 kilog. 800 grammes, reçoit pendant quelques jours une nourriture composée de viande de cheval et de pain de seigle; on lui administre ensuite tous les jours 7 grammes de chlorate de [)otassium, pendant un mois; il reste gai, mange bien et pèse à la (in de l'expérience 10 kilog. 500 grammes; il était vorace, et le jour où l'on cessa radministralion du chlorate de potassium, il avait dévoré une grande masse
musculaire d'un autre chien, son voisin, qui était mort pendant la nuit.
On supprime le chlorate de potassium et on lui administre 5 grammes d'iodure de potassium pendant le mois suivant; il a été malade pendant les premiers jours, il était moins gai, et ses yeux sont restés chassieux pendant une dizaine de jours; mais, à la hn de l'expérience, son état de santé ne laissait rien à désirer.
On l'abandonna à lui-même depuis le 10 mars jusqu'au mois de juin; il ne présenta rien de remarquable; malheureusement, ii s'entortilla dans sa chaîne et s'étrangla dans la première semaine de ce mois. La suite de l'expérience fut perdue par cet accident.
N°2. Un second chien, femelle, à longs poils, race de chien de chasse, a été mis exactement dans les mêmes conditions que le premier. Son poids, après quelques jours de régime au pain et à la viande, était de 16 kilogrammes 500 grammes. On lui administre 7 grammes par jour d'un mélange d'iodure de potassium, dans les rapports de 122,5 de chlorate pour 166 d'iodure de potassium.
Dès le deuxième et le troisième jour, le chien était positivement malade et il déclina successivement; il mourut le vingt-huitième jour; dans les huit derniers jours de la vie, ii présentait un état de prostration exirême.
11 s'était déclaré une conjonctivite si intense, qu'elle alla jusqu'à la suppuration; fait intéressant, lorsqu'on le compare à l'affection des yeux que le chien n" 1 a présenté dans les premiers jours du traitement parl'iodure de potassium; sesorganes devaient, en effet, contenir encore une certaine quantité de chlorate.
Après quinze jours de traitement, l'animal avait perdu un kilogranmie de son poids; le jour de la mort, il ne pesait plus que 11 kilogrammes 500 grammes.
On remarquera que l'amaigrissement et la perte de poids se font principalement dans les derniers jours de la vie.
N° 5. Une chienne, de race commune, à robe blanche, du poids de 5 kilogrammes 300 grammes, est nourrie pendant huit jours au régime du pain de seigle et de la viande. Le 9" jour, elle pesait 5 kilogrammes 300 grammes, et dès ce moment, on lui donne 3 grammes de chlorate de potassium par jour, pendant quinze jours; on ne remarque rien d'anormal, mais elle maigrit et ne pèse plus que 4 kilogrammes 8S0 grammes; on continue le traitement pendant six semaines, sans rien observer de particulier et, à dater de ce moment, on suspend l'administration du sel jusqu'au 12 juin. A cette époque, l'animal avait été nourri au pain de seigle pendant environ quinze jours, et on lui administra 5 grammes du mélange ordinaire. On avait eu soin de lui donner du pain et du lait. Le deuxième jour, il paraît très-malade, et meurt au bout de quatre jours. Le cadavre pesait 4 kilogrammes 500 grammes.
Le régime du pain seul a dû intervenir dans la rapidité avec lequel ce chien (comme aussi le n° 7) est mort , sous l'inlluence de l'administration du mélange des deux sels.
jN" 4. Un petit chien, race commune, femelle, poil blanc tacheté, se trouve dans les mêmes conditions que les autres; au commencement de l'expérience, il pèse 4 kilogrammes. On lui administre 3 grammes de mélange par jour, et dès le troisième jour il paraît assez malade; l'état pathologique va en augmentant pendant une quinzaine de jours; il avait diminué de poids : il ne pesait plus que 3 kilogrammes 700 grammes. A dater de cette époque, la maladie, loin de faire des progrès, semble disparaître et son état s'améliore sensiblement pendant environ un mois.
On s'aperçut alors qu'il rejetait par vomissement la dissolution saline qu'on lui faisait prendre de force.
En le promenant apiès l'administration , le médicament était mieux supporté et, l'absorption se faisant, il est retombé malade de suite après; il est mort le quinzième jour.
Il ne pesait plus que 2 kilogrammes 400 grammes après la mort; il était toujours au régime mixte de pain et de viande.
N"' 5 et 6. Deux grands chiens ont été nourris simultanément et mis au même régime pendant six jours.
N" 5. L'un d'eux, chien mâtin mâle, pesant 18 kilogrammes , reçoit 7 grammes de chlorate de potassium pendant quatrejours; on porte la dose à 1 2grammes et il meurt trois jours après.
Le cadavre ne pesait que 1 1 kilogrammes 650 grammes.
Je cite ce l'ait sans en tirer de cônclusion; car il me parut résulter d'un accident fortuit; mais je dois l'enregistrer tel que je l'ai observé, ne voulant pas éliminer une expérience qui semble contredire mes prémisses.
N° 6. Chien mâtin mâle, pesant 20 kilogrammes; on lui donne tous les jours 7 grammes de mélange de chlorate et d'iodure de potassium pendant cinq jours, et on porte ensuite la dose à 12 grammes; trois jours après, il est trèsmalade et son état s'empire constamment; le septième jour, on suspend et un mieux se déclare pendant les jours suivants; cependant l'animal meurt sept jours après.
Le cadavre ne pesait plus que 15 kilogrammes 800 grammes.
N" 7. Petit chien femelle, race commune, nourri pendant quelques jours au pain de seigle et à la viande, pèse 6 kilogrammes 500 grammes. On lui administre 5 grammes de chlorate de potassium et on en continue l'administration, pendant un mois, sans rien observer d'anormal; puis OH suspend l'administration.
11 esl abandonne à lui-niônie, pendant deux mois, temps pendant lequel il ne donne lieu à faire aucune observation particulière.
Le 12 juin, après un régime de quinze jours environ au pain de seigle, on lui administre 3 grammes du mélange de chlorate et d'iodure de potassium.
Le deuxième jour, les yeux deviennent larmoyants et chassieux , et il meurt le sixième jour, bien qu'on eût ajouté d'excellent lait à sa nourriture.
Le poids de l'animal mort ne s'élève qu'à 4 kilogrammes 700 grammes.
La mort arrive assez promptement, comme pour le chien n° 5, et il en résulte clairement que les expériences doivent être reprises en faisant varier le régime :
1" Mixte (pain, lait, viande, œufs, graisse);
2" Animal (viande, lait, œufs);
5" Végétal (pain seul).
§ IV. — CoiXCLUSiON.
Je reviendrai plus lard, avec les détails que comporte la question que je soulève dans cette note , sur les phénomènes cadavériques observés à l'aulopsie; me bornant à attirer l'attention sur le phénomène toxique produit par l'administration du mélange de deux sels sensiblement inoffensifs lorsqu'on les donne isolément; mais ces sels renferment les éléments de l'iodate de potassium qui, comme je l'ai prouvé dans un précédent mémoire, agit violemment sur les chiens et les tue assez rapidement.
Si j'évite la relation des lésions observées , c'est que le nombre des faits esl trop peu considérable et qu'il serait utile de comparer très-atlenlivernent les autopsies des chiens (nés [»;ir l'iode ou l'iodate de potassium avec celles
produites par le mélange de chlorate et d'iodure. Je ferai remarquer seulement, que les altérations ressemblent à celles que j'ai observées chez les chiens tués par l'administration de l'iodale; c'est surtout le foie et le canal intestinal qui paraissent le siège d'une inflammation caractéristique dans les deux cas; cette observation m'amène à conclure que la réaction des deux sels précités s'opère avec facilité dans l'économie; la mort de l'animal, qui arrive dans tous les cas observés, est corroborée par l'analogie des lésions.
On comprend, du reste, facilement les différences qui peuvent se présenter, car la réaction ne se passe pas sur la totalité des deux sels administrés; en effet, j'ai constaté la présence de l'iodure et du chlorate de potassium dans l'urine de chiens morts à la suite de l'administration de ces sels, en quantités équivalentes. J'ai prouvé, dans un précédent mémoire, que l'iodate de potassium ne passe pas à l'urine.
Ces données font voir que les phénomènes dans les deux cas ne doivent pas absolument être identiques, mais qu'ils offrent beaucoup d'analogie pendant la vie et après la mort.
En terminant cette courte note, je suisheureux de pouvoir remercier publiquement M. Emile Husson, mon répétiteur à l'École de médecine vétérinaire, du concours intelligent qu'il m'a prêté, au point de vue chimique, et aussi par ses connaissances spéciales d'anatomie et de médecine.
Rruxelles, inipr. de M. H ayez