BOITE ET BOUGIE
On a fondé à Bône une école d'enseignement mutuel qui réunit en ce moment une vingtaine d'enfans, -dont les parens payent une rétribution de deux francs par mois 5 elle reçoit aussi quelques enfans pauvres; quatre ou cinq Maures employés du gouvernement y envoient leurs enfans. Le général a mis .tous ses soins à persuader sans violence aux Maures jle mêler leur» enfans dans les classes avec les Éuro-
péens} mais il n'y est point parvenu, parce qu'on né regarde, ainsi que jë l'ai déjà dit, les écoles que comme des lieux religieux ; et les enfans maures ont toujours pensé qu'ils seraient considères comme chrétiens, s'ils fréquentaient les -écoles des chrétiens. D'ailleurs ils avaient autrefois à Bône douze écoles ^ ils en ont encore trois , et c'eut été uno politique bien entendue de perfectionner celles-là en se servant de libéralités envers les instituteurs au lieu de vouloir les faire a ban donner pour les remplacer par les nôtres. Les Juifs ne viennent point à Bône dans l'école française -, ils en ont une particulière à eux , où se trouvent «environ une vingtaine d'élèves. Il n'y a point d'école de filles, et trois ou quatre seulement ont été envoyées par leurs parens dans l'école des garçons , ce qui prouve une diminution d'influence des préjugés qui ont, il est vrai, été toujours moins invétérés chez les Juifs que chez les Maures.
Au surplus, le général commandant depuis si longtems à Bône , et qui semble s'être dévoué à l'administration de celle province, a fait quelque chose pour l'instruction publique en établissant un cours d'arabe vulgaire pour l'enseignement des Européens et des Maures* Mais il est fâcheux que des craintes d'influence religieuse , redoutée dans l'avenir , aient empêché de faToriser un pensionnat qu'un prêtre catholique avait établi , et ou il avait attiré déjà nonseulemenl une trentaine d'enfans, mais plusieurs même de ceux des Maures, On a tremble* , dît-on,
de voir à Bône la résurrection des Jésuites, et en vérité cette crainte a pu paraître un peu chimérique.
Quaut à Bougie, où la population européenne est d'environ huit cents âmes, il n'y a encore aucune école française ; il n'y en a qu'une pour la population maure , qui n'est que de trois cents âmes. On a eu soin de prendre pour maître de cette école celui qui fait en même tems le service de la mosquée, tant l'influence religieuse est reconnue nécessaire pour avoir, quelque part que ce soit, et surtout chez tes Musulmans , quelqu'autorité dans l'éducation.
Je désire que ces renseignemens servent à obtenir au pays d'Alger une protection plus sincère et plus efficace que celle qui a été si souvent promise et si .peu accordée. Mais il est bon d'annoncer que des relations avec les Arabes ont déjà eu lieu, de manière à prouver qu'elles se maintiendront et «'étendront chaque jour davantage.