‹ Note Sur Le Chasselas PanachéChapitre 2 sur 3 · SÉANCE DU 10 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 10 NOVEMBRE

la grappe. 11 en résultait que celle-ci était parfois à peu près moitié blanche et moitié noire. Quant aux grains, les deux couleurs, blanche et noire, y étaient distribuées de manières fort diverses et dans presque toutes les proportions possibles. Cette diversité de répartition des deux couleurs ne semblait soumise qu’à deux lois générales, assez importantes toutefois pour que je doive les faire ressortir : 1° les deux couleurs ne se fondaient jamais, mais le noir conservait toute son intensité et le blanc toute sa pureté, jusqu a la limite commune; 2° la coloration était toujours dirigée longitudinalement, c’est-àdire du sommet à la base du grain. Toutes les figures de raisins panachés que j’ai eu occasion de voir représentent la panachurc des grains soumise à ces deux mêmes lois. Dans le Chasselas panaché que j’ai observé, le même grain était assez souvent moitié noir et moitié blanc; ailleurs, les quatre quarts de sa surface étaient alternativement blancs et noirs, ou bien les trois quarts étaient noirs et le dernier quart blanc, ou réciproquement ; parfois même un simple fuseau étroit était tracé en blanc sur un fond noir, ou en noir sur un fond blanc; ailleurs enfin, on y remarquait de nombreux fuseaux inégaux en largeur, et alternativement blancs ou noirs, distribués de manières diverses.

En résumé, deux types, l’un blanc, l’autre noir, s’élant unis pour former la singulière sorte de Vigne qui fournit le sujet de cette noie, on les y voit se dessiner isolément l’un et l’autre, c’est-à-dire se séparer, se disjoindre à des degrés très-divers, tantôt sur un seul et même grain, dans toutes les proportions possibles, tantôt dans une même grappe, qui offre alors un mélange de grains blancs et de grains noirs, tantôt sur les divers sarments nés en différents points d’un même bras ou cordon, de sorte que chacun d’eux porte, ou seulement des raisins blancs, ou exclusivement des raisins noirs panachés; tantôt enfin sur les divers cordons ou bras d’un même pied, d’où il résulte qu’il peut exister des cordons ne portant que des raisins blancs, et d’autres sur lesquels on n’observe que des raisins noirs, plus ou moins panachés. Il y a donc là une progression continue, dans laquelle le type blanc paraît gagner toujours du terrain, tandis que le noir en perd proportionnellement. Lorsque le premier en est venu à colorer en entier, soit les grappes d’un sarment, soit même toutes celles d’un même bras ou cordon, le dernier semble avoir disparu définitivement, et l’on n’en voit plus de traces, du moins sur le pied de Vigne que j’ai eu occasion d’examiner. Il paraît même que le type noir peut disparaître sur un pied tout entier; ainsi je tiens de M Bouclier, président du comité d’arboriculture de la Société impériale et centrale d’horticulture, que, dans son jardin,une treille de Chasselas panaché qui produisait des grappes panachées depuis une quinzaine d’années, n’en a plus donné que de blanches en 1865. De même, Simon Boxas Clemente, dans son ouvrage sur les variétés de Vignes cultivées en Andalousie, dit (p. 262 de la traduction par de Caurnels), à propos de la Vigne à raisins panachés, qu’il nomme Mollar cano : « Des chefs de vignerons habiles assureut avoir observé des

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souches vieilles, qui étaient blanches, ayant été noires dans leur jeunesse.

Quelle origine peut-on supposer au mélange de deux couleurs dans un raisin ? Dans l’état actuel de la science, je crois que la fécondation croisée est le seul phénomène qu’on puisse regarder comme ayant été capable de produire ce curieux résultat. En outre, les belles expériences de M. Naudin nous ont appris que, lorsque deux types ont été unis dans un hybride ou un métis, ils peuvent subir une séparation, une disjonction, comme dit ce botaniste,qui les montre se dessinant l’un à côté de l’autre, de manière à produire les rapprochements les plus singuliers, les bigarrures les plus étranges.

Il me semble donc qu’on ne peut attribuer qu’à la fécondation d’une Vigne à raisins blancs par une à raisins noirs, ou réciproquement, la production de celles à grappes bicolores, de quelque manière que les couleurs y soient distribuées. Sans doute la nature a pris des précautions admirables pour assurer la fécondation du pistil de la Vigne par le pollen de la même fleur; mais, pour être difficile, la fécondation croisée n’est certainement pas impossible, et, par conséquent, elle peut avoir lieu sur quelques fleurs, ou même sur quelques grappes; or, pour donner naissance à un métis, il ne faut pas autre chose, à la rigueur, qu’une fleur sur laquelle le croisement réussisse et amène la production d’une bonne graine hybridée. En effet, la Vigne étant habituellement multipliée par boutures et marcottes, qui conservent les caractères, même fugaces, des plantes, le seul pied qui proviendra de la germination de cette unique graine hybridée deviendra bientôt la souche d’un nombre presque indéfini d’autres pieds semblables à lui. La fécondation croisée a donc pu être l’origine des raisins bicolores de toute sorte, et je ne crains pas de dire que tout vient à l’appui de cette idée.

Le Chasselas panaché et une autre sorte que Kcrner a figurée sous le nom de Raisin de Venise et dont les grains sont ovoïdes ; de plus, les Vignes 5 raisins bicolores de toute nature, au nombre au moins de quatre sortes différentes (Muscat bicolore et Auvernat bicolore figurés par Kerner; Mollarcano et tMollar de Grenade décrits par Simon Iloxas Ciemente), sont, pour le fruit, ce que le Cytisus Adami est pour les fleurs. De même que le Cytisus Adami , hybride issu de la fécondation réciproque des Cytisus Loburnum et pur pu reus, montre fréquemment dans sa corolle et son calice des portions qui reproduisent séparés ou disjoints, comme le dit M. Naudin, les caractères de l’une et de l’autre de ces deux espèces, de même les raisins bicolores offrent, l’une à côté de l’autre, des portions qui présentent les caractères distinctifs du type noir et du type blanc que la fécondation croisée avait unis en eux.

. J’ai montré ces deux types se disjoignant et se dessinant par la différence de coloration de la peau des fruits, mais leur disjonction se montre aussi par la différence de saveur de ces fruits ; en effet, on a déjà reconnu, et j’ai pu vérifier l’exactitude de cette observation, que les grains noirs ont une saveur plus sucrée, plus vineuse, qui les rend plus agréables à manger que les

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