‹ Note sur les dunes de GascogneChapitre 34 sur 41 · MM · texte numérisé non relu

MM

1 6 5 9 ( 1 6 septembre). — Vente de la terre et baronnie de Lacanau à M. de Caupos

par le duc JtEpemm.

Par devant moi , Léonard Lhéritier, notaire et tabellion royal à Bordeaux et en Guienne, soussigné, présents les témoins bas nommés, a été présent très haut et très puissant prince Monseigneur Bernard de Foix de la Vallet, duc d'Épemon, de la Yallet et de Candalle, etc., lequel de son bon gré et volonté a vendu par ces présentes, cédé et transporté, vend, cède, quitte, remet et transporte à perpétuité et à jamais h Monsieur Jean de Caupos, conseiller et avocat du roi en Télection de Guienne, à ce présent stipulant et acceptant pour lui, ses hoirs et successeurs à l'avenir, savoir : la terre et baronie de Lacanau, consistant en maisons, prés, bois, pignadas, domaines, moulin, étang, cens, rente et au droit et devoir seigneuriaux, avec tout droit de justice haute, moyenne, basse tout ainsi qu'elle lui a été adjugée par arrêt de décret de la cour du parlement de Bordeaux;

Ensemble le fief appelé de Mistres faisant partie de ladite terre sauf pourtant aucun droit de justice sur ledit fief, et tout ainsi que le tout est limité et confronté par la saisie sur laquelle ledit décret est intervenu, et dont son altesse a pris possession en conséquence dudit arrêt de décret, à la réserve néanmoins de la côte de la grande mer et droits en dépendant, dans toute rétendue de ladite terre et baronnie de Lacanau, comme droit de naufrage, ambre gris, pêche et autre, et cent journaux de terre joignant ledit fief de Mistres au village de Mijos, appartenant de tout temps à mon dit seigneur, comme seigneur de Castelnau , etc. ...

Laquelle vente a été faite par mon dit seigneur au sieur de Caupos, sous les conditions et réservations spécifiées, pour et moyennant la somme de trente-six mille livres, etc.. . .

1775. — Requête en projet d! arrêt, pour M. le comte de Montausxer demandatU permission de construire des canaux de navigation dans les landes de Bordeaux. — M. Trudaine, conseiller d'Etat, intendant des finances; Af* Bocquet DestoumelUs, avocat du suppliant.

Sur la requête présentée au Roy en son Conseil par Anne Marie André de Crussol, comte de Montausier, colonel lieutenant du régiment d'Orléans Infanterie, contenant que les avantages considérables que TEtat et le public pourraient retirer des landes de Bordeaux si elles étaient cultivées, font désirer depuis longtemps que Ton puisse parvenir à les dessécher et les déiricher. Ce pays immense produit des bois de toute espèce, des pignadas, des mines, dont on retirerait la plus grande utilité par le moyen des débouchés; Bordeaux ne serait plus obligé d'aller chercher en Hollande le goudron pour les vaisseaux; Tair deviendrait plus salubre : une partie de ces cantons est aujourd'hui sujette à des fièvres longues et difficiles à déraciner et dont la cause, de l'aveu unanime, est dans les exhalaison» des marais; la terre cultivée augmenterait la population et donnerait de6 prairies agréables et fécondes au lieu des marais. Les essais pratiqués par la compagnie Neser et Billard font voir tout ce qu'on peut espérer s'ils étaient mieux suivis : quelques familles établies il y a quatre ou cinq ans dans un des plus n^auvais endroits de ces landes, cultivent aujourd'hui des champs^ des vignes, des jardins, des pépinières et des pignadas, qui sont en très bon rapport (^). Les dunes, ou montagnes de sable, qui appartiennent à Sa Majesté ainsi que les bords de la mer, ne produisent rien; il serait possible d'en tirer parti en faisant des plantations d'arbres à peu de distance de ces dunes et en semant sur leurs talus des graines abondantes ou racines telles que le chiendent et autres graines de cette espèce : on aurait le double avantage d'arrêter par là les désastres causés par les sables que la mer dépose continuellement sur ses bords, et d'empêcher les dunes de se fendre, de s'affaisser et de s'étendre insensiblement dans les terres. Les ravages opérés par ce fléau ne sont malheureusement que trop réeb. L'ancien et le nouveau Soulac ne présentent maintenant qu'une mer de sable. De hautes dunes couvrent aujourd'hui l'ancien bourg de Mimisan , l'église paroissiale et les riches possessions d'une communauté de Béné-

(') La forêt Nezer, située sur le territoire de la commune du Teicli, comprend environ 1,5 00 hectares.

DOCUMENTS AWNEXÉS. 307

dictiiui établis dans ce lieu. Les religieux se sont retirés à Saint-Sever et ont abandonné aux habitants leur église conventuelle. Mais celle-ci touche au moment de subir le même sort que Tancienne : les sables ont franchi depuis peu de temps les murs du cimetière; le quartier de Sart a déjà éprouvé les mêmes maux et court les mêmes dangers. Le dessèchement et le défrichement de ces landes ne peut s'opérer que par des canaux navigables et de dessèchement qu'il est facile de construire , etc.

N. B. Suivent ensuite la description et la demande de concession des canaux , avec priv3ège d'exploitation pendant Ho années.

1 775. — Bequête en projet i^ arrêt, pour M, le comte de Montauner, demandant la €once$9ian du terrain qui règne le long des bords de la mer et des étangs, depuis la pointe de Grave jusqu'à Bayonne. — M, Trudaine, conseiller d^État, intendant des finances; Jlf Bocquet-DesUmmelles , avocat du suppliant.

Sur la requête présentée au Roy en son Conseil par Anne André de Crussol, comte de Montausier, colonel lieutenant du régiment d'Orléans Infanterie, contenant quil existe dans les landes de Bordeaux, et notamment depuis Bayonne jusques à la pointe de Grave, le long des bords de la mer, des terrains immenses appartenant à Sa Majesté, lesquels sont incultes, déserts et ne rapportent absolument rien au domaine, que la plupart de ces terrains en avançant dans les terres sont couverts d'eau en tout temps, qu'il en sort des exhalaisons qui rendent l'air malsain et occasionnent des fièvres et autres maladies difficiles à détruire. Il serait possible à force de soins et de dépenses de défricher ces landes, dessécher ces marais et dis les mettre en culture ou en bons pâturages; les essais pratiqués par la compagnie Neser et Billard, quoiqu'ils aient été mal suivis, font voir tout ce qu'on peut espérer.

L'Etal y gagnerait beaucoup par l'acquisition pour ainsi dire d'une nouvelle province; l'agriculture, le commerce et la population en ressentiraient les plus heureux effets. Le suppliant, pénétré d'amour et de zèle pour le public, a visité toutes ces landes, et il se flatte de remplir les vœux formés depuis longtemps pour leur dessèchement et leur défrichement, si Sa Majesté daigne encourager ses projets et lui accorder la concession de tous les terrains et étangs qui lui appartiennent dans ces cantons, pour laquelle sa naissance,

ses services et les travaux et dépenses qu'il se propose de faire dans la construction des canaux navigables semblent lui assurer quelque préférence.

Requerrait à ces causes le suppliant qu il plût à Sa Majesté de lui faire concession de tout le terrain qui règne le long des bords de la mer, depuis la pointe de Grave jusques à Bayonne, de Tlle de la Teste ou de la Matote, dans le bassin d'Arcachon, et de tous les étangs appartenant à Sa Majesté depuis la pointe de Grave jusques k Bayonne et dans les landes de Bordeaux, pour le suppliant, ses héritiers, successeurs et ayants cause en jouir à titre d'inféodation et de propriété incommutable avec tous les privilèges et prérogatives portés par les anciennes ordonnances et notamment par la déclaration du 1 3 août 1 7 66 , à la charge par le suppliant de dessécher et de défricher les dits marais et landes, et d'employer s'il est nécessaire les étangs à la construction des canaux navigables dans l'espace de quinze années, de teoir le tout à foi et hommage de Sa Majesté, à cause de son duché de Guyenne, avec droit de haute, moyenne et basse justice, et d'établir des officiers pour l'exercer en première instance et par appel au Parlement de Bordeaux, d'en fournir l'aveu et dénombrement à Sa Majesté et de payer les droits féodaux aux mutations suivant la coutume des lieux; comme aussi de payer au domaine de Sa Ma-

jesté, à la recette de Bordeaux, une rente féodale annuelle et perpétuelle de deux sols par arpent, et pour déterminer la quotité de ladite rente ordonner que, par l'arpenteur qui sera commis par le sous-intendant et le commissaire départi en la généralité de Bordeaux, il sera dressé procès-verbal d'arpentement et mesurage de tous les objets concédés; ordonner que l'arrêt qui interviendra sera exécuté nonobstant opposition ou empêchement quelconque pour lesquels ne sera différé, et que sur icelui toutes lettres, si aucunes sont nécessaires, seront expédiées.

1778. — Extrait de Vétat den expéditiotuf à faire pour l'exécution du projet du port d!Arcach(m, des canaux et établissement des landes de Bordeaux à Bayonne. — Pour le Ministre^^K

Ecrire à M. Necker et à MM. des Domaines que l'intérêt, la sûreté de toute la navigation du golfe de Guienne et de la Marine de Sa Majesté exigent le plus prompt ensemencement des dunes de sables de la côte d'Arcachon , de-

(^^ Ce projet de lettre envoyé à M. de Sartine a été rédigé par M. de Villers.

puis la pointe de Graves jusqu'à Bayonne, pour les fixer invariablement par une plantation de pins et d'un cinquième de chênes, qui, en contenant les sables, prévienne leur irruption continuelle , en même temps qu'ils formeront une vigie naturelle, un point fixe et élevé de reconnaissance pour tous les bâtiments sur une côte dangereuse, et seront dans peu d'années d'une très grande production pour les particuliers qui le feront, pour l'Etat et nommément pour l'usage de la marine dans la suite des temps;

Que tous les seigneurs riverains de la mer prétendent à la propriété de ces dunes; que quelques-uns (M. de Buat) ont été retardés dans leur dessein d'ensemencer par les prétentions des Domaines de Sa Majesté sur les laisses de la mer, sur quoi il est des plus intéressants de statuer le plus promptement et de prendre le parti le plus expédient à cet effet;

Qu^il est constant que les sables de ces dunes envahissent annuellement les meilleurs terrains qui les environnent; qu'il n'y a pas de seigneur qui n'ait déjà perdu une partie de son domaine; que des villages sont forcés de remonter dans les landes; qu'on est obligé de rebâtir des paroisses ensevelies dans les sables; qu'enfin le bourg de la Teste est menacé sous peu de temps; que le bassin d'Arcachon surtout et ses passes en souffrent si prodigieusement que le mal sera sans remède si on n'arrête pas les progrès des sables; que Sa Majesté ayant en vue l'établissement de ce port, c'est le premier inconvénient auquel il est urgent de remédier, en ordonnant aux seigneurs propriétaires des dunes de les ensemencer dans des délais fixés, de les commencer et de les achever dans l'espace de cinq années; que faute par eux de le faire. Sa Majesté s'emparera des dunes pour les faire ensemencer à son profit; de se conformer dans leur ensemencement à ce qui sera prescrit par M. le baron de Villers , chargé par Sa Majesté de l'inspection de toutes les opérations tendantes au bien de son service sur la côte d'Arcachon; qu'enfin les laisses de la mer, s'il en existe réellement, ne seront jamais qu'un faible dédommagement des torts et des pertes qu'ils ont déjà soufferts en leur accordant de confronter à la mer, à supposer toutefois qu'ils ne confrontassent pas.

Envoyer avec la lettre copie par extrait du «r Prospectus sur l'ensemencement des dunes 79.

EAUX ET FORÂTS. \l. J. BEHT. l4

1779. — Prospectus d*un projet général d'un port au bassin d!Arcachon, d'un canal de ce bassin à Bordeaux, d*un autre à la rivière de VAdour, pris Baionne, et de V établissement des landes, par le baron de Charlevoix-Villers , colonel, inspecteur des fortifications, travaux, ingénieurs de la marine et des colonies ^^^ (Extraits).

INDIVISION. — Situation actuelle. — Il y avait autrefois sur la cote, à 7 lieues environ du bassin, une petite rivière nommée Enchize qui allait vers Tétang de Cazeaux : la tradition est même que cet étang était un port, et tout indique qu il en était de même de tous les autres étangs qui se trouvent situés le long des dunes, au nord et au sud du bassin d'Arcachon. Il est tros vraisemblable que les sables ont bouché les entrées de ces havres, qui sont devenus par la succession des temps les étangs considérables (pie Ton y trouve aujourd'hui, et que ces sables les ont en partie comblés et haussés tels qu ils sont maintenant

Une observation qui ne doit pas être omise esl quà telle aire de vent, telle distance différente de la côte, et à des profondeurs indéterminées, on trouve des fonds de sable fin, mêlé d'un sable bâtard de gros graviers, des coquillages de toute espèce et des huîtres différentes de celles qui se trouvent dans le bassin, lesquelles causent la ruine des 61ets de pêcheurs dans la grande mer; d'où je conclus que les vents d'Ouest ne peuvent pousser à la côte que les sables les plus volatils qui forment les dunes

L'intérieur du bassin est à peu près ce que l'a désigné M. de Karney, en observant néanmoins que les dunes du Nord, versant continuellement dans le bassin, haussent les différents bas-fonds et contraignent les eaux à gagner dans les terres sur toute la circonférence de ce havre

Le droit de huitain sur le poisson que pèchent les habitants exposés à tons les risques de perdre leur bien avec la vie même est une entrave révoltante; la mer n'appartient pas au seigneur, puisqu'il en est borné

Les matières résineuses, que nous mettons dans la classe de la culture, en sont moins que celles du commerce, puisqu'elles n'en exigent d'aucune sorte, qu'au contraire dans l'état actuel elles y nuisent entièrement et font le principal objet du commerce de la Teste. Ces matières qu'on tire des pins ôtent

^) Un autre mémoire de M. de Villers, concernant uniquement tes dunes, est déposé à la bibliothèque de Bordeaux.

à la culture quantité d'hommes qui y travaillent et des bestiaux avec leurs conducteurs pour les charrois.

Ces exportations faites par des canaux, les hommes et animaux seront rendus à l'agriculture.

La récolte des pins n'exige aucune sorte de culture, nest exposée à aucun événement des saisons, ce qui engage les paysans à s'y donner de prédilection; ils contractent une vie molle, paresseuse, errante dans les bois, et qu'ils préfèrent à la culture des terres, dont le rapport dans leur état actuel ne leur oiTre pas le même profit.

Mais le dessèchement des landes, leur conversion en champs cultivés, en bons bois, la formation des prairies, quelques-unes susceptibles d'arroscment, la population assurée de toute espèce de bestiaux et de troupeaux, le débouché avantageux des denrées, la diminution des frais d'exportation, la multiplicité des objets de culture, de manufacture et de bénéfice, les exemptions, les privilèges et tous encouragements, enfin une population nombreuse rétabliront l'équilibre entre le paysan et le résinier, et l'on pourra augmenter le rapport des matières résineuses sans porter d'obstacle à celui de toute autre culture.

On peut regarder les dunes comme la sixième portion des landes; elle n'est propre, par sa nature, qu'aux pins, qui y réussissent, et l'on y aura un cinquième de chênes propres aux constructions. Cette portion , contenant 1 5o lieues superficielles ou i,ii/i,65o journaux, mesure de Bordeaux, dont le produit, à 13 livres, moitié seulement de la plus basse estimation, ferait un revenu certain de i3, 376, 800 livres en résine seulement, sans les bois de chauffage, de construction, et le parti à tirer des pins secs servant à tout usage, qui monteraient encore au tiers des produits ci-dessus.

Le défaut de produit de ces campagnes, alternativement inondées et arides pendant Tannée, ce défaut corrigé par des écoulements ménagés avec intelligence, les marais desséchés, le pâturage naturel des landes couvertes d'agions, de jaugues, etc., sera modifié

On ne laissera point, pendant près de 60 lieues, toutes les dunes de sable envahir les meilleures terres, anéantir des villages entiers, le bourg de la Teste même, sans chercher les moyens d'arrêter ces désordres.

Il croit quelques mauvaises herbes dans les intervalles des dunes que l'on nomme leytes, qui servent à la pâture de quelques chevaux aussi sauvages que les paysans qui en sont les propriétaires, sans en tirer de bénéfice et sans même en conserver les souches; ces vastes montagnes alors couvertes de bois ou de bonnes herbes alimenteraient beaucoup d'animaux, et l'on peut tirer

le plus grand parti des juments en y établissant Tordre des haras et se pro-

curer des mulets excellents

Il faut avant tout retenir les sables des dunes qui, seuls, peuvent

entraver la marche des travaux; pour cela faire, il faut les fixer par Tensemencement du pin, et pour que cet ensemencement soit possible, il suffit de retenir la graine d'une façon quelconque.

2"" Division. — Fixation des dunes. — Les détails donnés sur la situation actuelle du bassin et ses passes présentent à la formation d un port deux difficultés majeures, auxquelles il faut remédier le plus promptement. La première est la source du mal qu'il faut arrêter dans son principe; le seul moyen, et il est sûr, c'est de fixer les dunes de sable par une complantation générale qui garantisse également de la submersion totale le bassin, les passes, les islets, tous les villages et terres cultivées le long de ces dunes, depuis la pointe de Grave jusqu'à Baïonne. Le bourg de la Teste, chef-lieu maritime de toute cette partie, situé dans le sud du havre d'Arcachon, va subir le même sort. Depuis vingt ans, l'invasion des sables augmente prodigieusement.

Depuis la pointe de Grave jusqu'à Baïonne, il existe sur les dunes plusieurs forêts que les sables couvrent tous les jours, ce qui prouve la nécessité urgente de les arrêter, en même temps que la possibilité en est démontrée, puisqu'il en subsiste près de /io,ooo journaux encore parfaitement boisés; ces dunes de sable couvertes de bois sont devenues fermes et liées par les racines de différentes espèces d'arbres ou arbustes qui y ont été semés et qui les ont parfaitement consolidées. Cet exemple doit donc prouver suffisamment la possibilité et la facilité de l'ensemencement proposé.

Pour l'exécuter, il n'est question que de commencer l'ouvrage du côté de la mer, à l'endroit même où les hautes marées ne montent pas, c'est là la source fatale de ces sables, et continuer successivement en venant du côté des terrains habités. On peut avec succès, pour arrêter les sables dans les portions complantées, les espacer par de légers clayonnages ou fascinages, qui empêcheraient ces sables de passer et de s'accumuler ou de trop couvrir ces ensemencements, y jeter de la graine de pin à distance égale, du g^and de loin en loin et beaucoup de graines de différents arbustes et herbes rampantes, dont l'élévation et le fourré serviront à opposer un rempart à la course du sable qui, sur ces bords, est on ne peut plus fin, par conséquent léger; les graines d'agion, appelé dans le pays vulgairement jogue, celles du genêt, celles du gourbet, espèce de jonc qui se plaît infiniment dans le sable, et surtout celles du (gricau ?) paraissent les plus propres à remplir cet objet.

Cette dernière a un avantage sur toutes les autres, c'est que fleurissant deux fois Tannée el donnant conséquemment sa graine, autant de fois elle se reproduit elle-même, et, ne s'élevant pas au-dessus d'un pied, s'étend et forme un abri assez étendu, pour que le vent ne puisse pas prendre le sable sur son sol; rien de plus aisé que de s'en procurer, puisque c'est avec le secours de cette graine qu'on est parvenu, à Dunkerque, à donner des bornes aux sables de cette côte, lesquels sont parfaitement ressemblants à ceux de celle-ci : on n'a eu d'autre vue à Dunkerque que la fixation des sables, pour en arrêter les dégâts; ici, on retirera le double avantage de garantir le bassin et ses passes, de conserver les terrains excellents qui se détruisent annuellement et d'avoir, vingt années après Tensemencement, un profit immense pour les colons, une branche puissante pour le commerce , des droits considérables pour le Roi et toutes les autres ressources déjà décrites pour la culture et la population.

D'après les connaissances prises sur l'ensemencement général des dunes, j'ai trouvé quelques petites difficultés que l'autorité seule, éclairée des avantages qui en résultent, peut lever.

La première est que plusieurs paroisses, le long des dunes et, en particulier, celles de la Teste, de Gujan, autour du bassin et de Caseaux, vers l'étang du même nom , ont un droit d'herbage et de pacage tant sur les montagnes de sable que sur toutes les landes et terres vacantes, droit concédé aux habitants par Frédéric de Foix, en i55o (^), avec la singulière clause qu'il s'interdisait la faculté de concéder de ces terrains, si ce n'est pour faire venir du blé, etc. , bâtir moulins à vent et à eau , sans pouvoir planter aucune sorte de bois.

La deuxième est le droit d'usage aux mêmes habitants de toutes ces paroisses sur les forêts qui kur sont affectées, c'est-à-dire que le bois de chauffage, comme chêne et autres, et celui des pins morts, secs ou abattus, sont communs et appartiennent au premier habitant qui va les chercher; de plus, quoique les arbres pins , vifs et gommeux appartiennent en propriété à divers particuliers qui les possèdent, chaque habitant non propriétaire peut, au moyen d'une permission donnée par les syndics nommés entre eux tous à cet effet, en faire couper la quantité nécessaire aux ouvrages qui lui sont d'utilité et sans payer aucune indemnité.

On sait qu'il y avait dans ces temps reculés une bien plus grande partie de dunes recouvertes de bois que divers incendies ont détruits et qui n'ont

(*) Ce droit d'herbage et de pacage avait été concédé sur les padouans du captalat de Buch.

pas été replantées; il est donc à présumer que ces prétendues concessions nonl été faites que sur le pied où étaient les choses alors; mais outre que les sables déposent toujours du côté de la mer, si on ne les fixe point à mesure qu'ils sont déposés, ce qui a ruiné partie des forêts qui ont été considérablement diminuées par les incendies, c'est que cette clause abusive et ridicule ne pouvait être imposée par Frédéric de Foix au préjudice du bien général de l'État, en interdisant la complantation des bois, c'est que la loi doit être générale pour toutes les landes, c'est qu'on ne doit pas laisser en friche une vaste partie des landes qui ne seraient pas propres à la culture, tandis qu'elle est susceptible d'autre rapport en ce que les dunes de sable particulièrement ne sont propres qu'au bois et y seront très utiles, enfin en ce qu'il est même de l'avantage des habitants à portée, et jouissant de ces droits de pacage et d'usage des bois, pour leur propre conservation, de les étendre, puisque par là on les met à l'abri de voir leurs meilleures terres envahies par les sables.

Ce serait, sans doute, une très faible objection de leur part que le pacage actuel de ces montagnes de sable dans de petits vallons qu'on nomme lectes, qui séparent les différentes dunes, dans lesquels le séjour des eaux fait croître quelques mauvaises herbes que les chaleurs de l'été détruisent, car sur les dunes il n'en croit pas une seule; mais le faible secours des pacages, qui se détruisent annuellement en se couvrant de sables menus, est-il comparable aux bonnes campagnes qui en sont submergées et que les propriétaires sont continuellement obligés d'abandonner?

C'est le plus petit nombre des habitants qui ont des bestiaux qui ne se montent pas à mille et qui ne produisent presque rien. Faut-il donc pour eux priver tous les autres d'un bien réel et commun, perdre totalement le bassin d'Arcachon et le bourg de la Teste? Au surplus, cette privation ne peut être que de quelques années, parce que les dunes une fois ensemencées, les arbres assez élevés, les terrains consolidés, les habitants rentreront dans leurs droits d'herbage et de pacage sur 1,900,000 journaux au lieu de 3o,ooo aujourd'hui, ce qui devient même naturel, puisqu'il est convenable que, la population s'accroissant , les jouissances de ces droits doivent augmenter dans la même proportion; par conséquent, la complantation proposée est en tout conforme à leurs droits, à leurs intérêts et au bien général.

Mais il est dans ce païs, comme ailleurs, des ennemis du bien public, de ces hommes personnels pour qui YÉiai est un vrai nom et la patrie une chimère, et qui, quoique devant à ces deux sources seulement leur fortune et leur crédit, ne s'en servent que comme d'une arme pour combattre l'un et

i autre. Il est aussi de ces caractères moroses, de ces esprits d'opposition qui, frondant tout, brouillant tout, prennent leur caprice pour du zèle, leur humeur sombre pour de la profondeur, et mettent toujours leurs idées lûzarres à la place de la raison, ne voyant jamais rien de bien que le désordre qu'ils ont pu faire.

Cest à la sagesse d'un gouvernement éclairé et actif à écarter ces frelons importuns, à apprécier leur bourdonnement insensé, et surtout à franchir ces barrières frivoles que de petits intérêts particuliers s'efforcent trop ordinairement d'imposer à l'intérêt générai.

Une autre difficulté est de trouver des entrepreneurs qui veuillent se soumettre à conserver aux habitants le droit d'usage dans les nouvelles plantations. On ne peut disconvenir qu'il est vraiment onéreux aux particuliers possesseurs, par la coupe des bois de pins vifs, qui donnent de la gomme et par conséquent du revenu, que dans les nouvelles forêts ensemencées on laisse le même usage aux habitants, de tous bois de chauffage et de celui des pins morts, secs ou abattus, mais quant au bois vif, il est bien douteux que ceux à qui l'on pourrait concéder de ces sables pour les ensemencer voulussent se charger de l'entreprise à une pareille condition.

Cependant la politique, la prudence l'exigent; rien n'est plus à craindre dans les forêts de pins que le feu. Si l'usager, ou non propriétaire, se trouve privé dans ces nouvelles forêts de tous les droits dont il jouit sur les petites forêts actuelles, ne doit-on pas craindre que la méchanceté ne porte quelqu'un à les incendier. Cela n'est point sans exemple.

Le captai de Buch avait déjà concédé ces dunes et en avait ensemencé lui-même en chênes et en pinadas; son entreprise réussit supérieurement; déjà les arbres allaient produire, les sables commençaient à se fixer, mais des habitants mal intentionnés les incendièrent. Vraisemblablement la privation du pacage dans les bois semés, à laquelle on les tenait assujettis par une garde exacte, porta à cet excès ceux qui se trouvaient exclus de ce droit pendant les quinze années qui s'écoulèrent depuis l'ensemencement jusqu'à l'incendia. Quelque parti que l'on puisse prendre , il serait toujours nécessaire de mettre des restrictions, des modifications, par la suite, pour l'usage des bois de chauffage secs, morts ou vifs, attendu que l'augmentation de la population pourrait faire tomber à rien le produit de ces nouvelles forêts, et que la quantité innombrable des gens qui iraient s'en fournir les exposerait également au danger des incendies; au surplus, un ensemencement ordonné par le Gouvernement pour le bien de TÉtal en imposerait davantage que ceux qui avaient été faits par le captai de Buch, et le Gouvernement pourrait accorder à tous

les propriétaires, pour eux et leurs descendants, des contrats de propriété de ces jouissances qu ils transmettraient à leurs héritiers pour en jouir ou les vendre comme ils aviseraient. Alors les jouissances bornées à un certain nombre n auraient pas les inconvénients de la multiplicité, et les nouveaux établissements se feraient sans tenir compte des jouissances qu'ils acquerraient à très bas prix et avec quelques corvées annuelles au profit de ces mêmes forêts qui, d'ailleurs, ne seront pas en rapport avant vingt années, pendant lesquelles lés landes doivent être entièrement établies.

Les dunes ont des propriétaires; elles appartiennent à tous les seigneurs des terres qui les avoisinent, dont plusieurs réclament quelques privilèges, sans lesquels ils ne peuvent ensemencer ou les assister pour n'en attendre la jouissance que dans vingt ans.

Sa Majesté, pour encourager cet ensemencement, peut donc l'ordonner avec des privilèges qui puissent engager à faire l'avance des déboursés, et en même temps qu'elle imposera la loi de le faire dans un délai limité, après lequel les dunes rentreront dans son domaine, pour les ensemencer lui-même ou les concéder aux mêmes conditions auxquelles seront assujettis aujourd'hui ces seigneurs. Cet objet est le plus urgent et mérite toute la célérité possible. Si l'on ne peut espérer dans le moment présent la fin de l'interruption des sables, au moins sera-t-on assuré d'en voir le terme fixé à quelques années. . .

Je pense donc que pour parvenir à fixer les sables du bassin d'Arcacbon, de ses passes, à préserver les meilleures terres des landes, il faut ordonner sans aucun délai la complantation des dunes, des islets du bassin et des terres en friche qui seraient jugées n'être propres à aucune autre culture, avec la liberté à chaque propriétaire d'ensemencer ainsi un cinquième de sa propriété en pins et autres bois, sans y parler nullement des droits de pacage, herbes ou usage des bois tant morts que vifs, conservant cependant aux seuls habitants actuels et voisins les usages et privilèges dont ils jouissent dans les dunes et ailleurs, afin de les associer eux et leurs descendants au succès de ces entreprises intéressantes. Leur interdire le pacage dans les dunes et terres ensemencées tout le temps nécessaire pour en assurer le succès, qui sera fixé au moins à quinze ans, afin de donner à tous les bois une force suffisante à être garantis de tous les bestiaux, leur défendre surlout et à tous résiniers de lâcher des cochons dans les forêts, les sangliers qui peuplent beaucoup faisant déjà assez de dégâts, ainsi que des chèvres, ce qui est contraire à la reproduction des jeunes pins et des chênes; qu'il faudrait, en établissant un ordre stable et salutaire pour l'entretien et la conservation des bois, sous l'inspection de quelque commissaire préposé spécialement à cet eifet, rappeler dans

toute leur rigueur les dispositions du règlement contre les incendiaires et les malfaiteurs, qu'il serait important d'effrayer par la crainte de la plus grande sévérité

Résumé. — A la construction des canaux de Gaseaux à Baïonne, et de Caseaux à Bordeaux par les étangs du Porge, de Lacanau, de Carcans et d'Hourtins, se rattache Tassai nissement des landes par la direction des crastes. Mais il est un besoin plus urgent et d'un avantage infini, c'est de fixer les dunes et de le faire d'une manière qui remplisse le double avantage d'arrêter le torrent impétueux des sables qui inondent actuellement beaucoup de terres précieuses, déjà cultivées, et de rendre ces montagnes de sable un fonds productible à l'État.

Ces dunes occupent une étendue de près de 60 lieues de longueur sur près de 3 lieues de large, ce qui forme une superficie de presque i5o lieues de terrain. Le commerce et l'État qui sont inséparables y gagneraient une quantité prodigieuse de bois utiles même à la navigation, puisque le chêne y vient très bien et de la meilleure qualité; les bois seraient à portée des exploitations, ils procureraient aussi des matières résineuses de toute espèce, enfin ces montagnes plantées fourniraient en même temps des herbes, des pâturages qui nourriraient un grand nombre de bestiaux. Il ne s'agit que d'ensemencer toutes ces dunes.

1779 (a3 mars). — Concesiion à M. Amameu de Ruât des dunes de la Teste,

Gujan et Cazau ^^\

Par arrêt du Conseil, rendu les jours et an que dessus, à la requête du sieur Amanieu de Ruât, conseiller au Parlement de Bordeaux.

Appert que le Roi, en son Conseil, a fait concession audit sieur de Ruât des dunes situées dans l'étendue des terres de la Teste, Gujan et Gazeaux, pour en jouir, par lui, ses hoirs, successeurs et ayant cause, à titre d'accensement et de propriété incommutable à perpétuité, à la charge de les planter en pins ou autres arbres en quantité suffisante pour contenir et airêter leurs progrès; de faire lever à ses frais un plan figuratif et dresser procès-verbal d'arpentage des dunes;

t*) Extrait des Archives nationales.

Et de payer au Domaine, du jour du présent arrêt, un cens annuel et perpétuel de deux livres de blé froment par chaque arpent qu'elles se trouveront contenir, payable néanmoins en argent à raison de dix-huit deniers la livre pendant la vie du suppliant, et ensuite suivant Testimation qui en sera faite et renouvelée à chaque changement de propriétaire, d'après les mercuriales du marché le plus voisin des lieux, sans, qu'en aucun cas, ladite estimation puisse être moindre de dix-huit deniers la livre de blé, encore que le prix n'en ait pas monté aussi haut pendant les dix dernières années desdites mercuriales.

Ledit cens emportant tous droits seigneuriaux aux mutations suivant la coutume; et ordonné que le suppliant, avant de se mettre en possession des dites dunes, fera enregistrer le présent arrêt au Bureau des finances de Bordeaux et y déposera les plan et procès-verbal d'arpentage.

1780(26 FEVRIER ) . — Lettre de Viniendant de Gutenne, Dupré de Saint-Maur^

au Ministre desjinances (^Neckery

S'il était possible , Monsieur, de regarder les dunes comme une portion du domaine de Sa Majesté, il ne devrait en résulter que des facilités pour en tirer le meilleur parti possible au moyen des concessions qui en seraient faites à des conditions qui fussent de nature à inviter les concessionnaires à y faire les plantations nécessaires pour les mettre en valeur. En effet, dans l'état actuel, ces montagnes de sable mobile et fluide sont absolument stériles et ne font que nuire, par leurs progrès continuels sur les terres adjacentes; par conséquent, les administrateurs du domaine n'auraient aucun motif raisonnable de s'opposer aux tentatives que l'émulation pourrait imposer à des cultivateurs assez zélés pour y faire, à grands frais, des plantations dont l'avènement n'aurait même rien de certain, et loin de refuser les exemptions qu'ils pourraient désirer pour des entreprises si utiles et si dispendieuses, il y aurait lieu de les leur prodiguer.

Mais, quoique je sois bien éloigné de vouloir restreindre les droits du Domaine, je ne puis m'empêcher d'élever un grand doute sur la légitimité de la prétention que ces administrateurs pourraient élever à ce sujet : les dunes sont hors de la ligne des terres qui sont baignées par les marées et, par conséquent, les seigneurs ou les communautés de chaque territoire y ont un droit

particulier, sans préjudicier à celui qui est réservé au souverain sur les rivages.

Telle est, Monsieur, Topinion que j'ai conçue sur une question qui vous paraîtra toujours devoir être résolue pour Tintérét delà culture.

1787 (18 septembre). — Ordonnance de payement pour les premiers essais

de Brémontier.

François-Claude-Michel-Benoît Le Camus, chevalier, seigneur chatelaiu, et patron de Néville intendant de justice, police et finances de la généralité de Bordeaux.

Vu la lettre à nous écrite le 26 septembre 1786 par M. le contrôleur général des finances qui accorde une somme de 5o,ooo livres pour être emploiées aux ouvrages qui ont pour objet de s'assurer de la possibilité du canal projeté dans les landes et de trouver le moïen efficace de fixer les dunes, ensemble le compte qui nous a été rendu par le s' Brémontier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, des dépenses faites à ce sujet depuis le 1 3 mars 1 787 jusques au 26 août suivant , montant à la somme de 1 5, s 1 7^ k* 3*^.

Il est ordonné au s' Marquet, receveur général des finances de notre généralité en exercice Tannée 178/i ou au s' Lespiault de Bréchan, son fondé de procuration à Bordeaux, de paier des fonds destinés aux dépenses variables dudit exercice ,. au s** Mirai la somme de quinze mille deux cent dix-sept livres quatre sols trois deniers, pour le montant des dépenses cidessus désignées et en rapportant par ledit s' Receveur général des finances notre présente ordonnance duement acquittée, ladite somme de quinze mille deux cent dix-sept livres quatre sols trois deniers lui sera allouée dans la dépense de ses comptes partout où il appartiendra.

1791 (ai JUILLET j. — Arrêté du Directoire du département de la Gironde.

Le Directoire du déparlement, ouï M. le Procureur général syndic, a arrêté : . . 3" Qu'il sera écrit à la municipalité de la Teste pour savoir à qui appar-

tiennent ]es terrains qui se trouTent, d'une part, entre la grande, et ia petite montagne d'Arcachon et, d'autre part, entre la ville et le territoire de la Teste et la mer, et que cette municipalité sera invitée à indiquer les moyens par lesquels les terrains pourraient être recouverts de pins ou d'autres bois, afin de ne former qu'une seule et même forêt avec les deux aulres du nord et du sud; qu'il sera observé en même temps à la municipalité de la Teste que l'Administration ne pouvant pas se charger de tous les ensemencements, soit à cause des grandes dépenses qu'ils occasionneraient et qu'elle est hors d'état de supporter, soit parce que les propriétaires de ces terrains devraient en recueillir un jour le fruit, les habitants qui y ont intérêt sont invités à concourir à ces travaux pour lesquels l'Administration sera toujours disposée à les aider, soit par des fonds de secours, soit par les autres moyens qui seront à sa disposition.

1792 ( î2 septembre). — Ensemencement des dunes de la Teste pour couvrir la batterie. Extrait du registre du Conseil général du département de la Gironde du no septembre îJQfi : l'an quatrième de la liberté et de l'égalité.

Vu la pétition de plusieurs citoyens de la Teste ayant pour objet de faire ensemencer une partie des trois dunes pour mettre à l'abri de l'invasion des sables ia batterie qui vient d'être établie sous la direction de M. Bazignau, capitaine d'artillerie, pour défendre l'entrée du bassin d'Arcachon, par la passe du Sud, vu pareillement le rapport de l'ingénieur en chef et d'après l'avis du Comité militaire,

Le Conseil général du département de la Gironde, ouï M. le Procureur général syndic , arrête que l'Ingénieur en chef demeure chargé de faire ensemencer, de la même manière que cette opération a été faite précédemment, une partie de la dune dite de la Roquette, située au midi de celle où la batterie se trouve établie, plus une partie de celle qui se trouve à l'ouest de la batterie, ainsi que toute autre partie de dune qui pourrait servir à couvrir ladite batterie et conserver les ensemencements déjà faits, arrête en outre que cette dépense sera prise sur la somme de six mille livres que le Conseil général du département a destinée à cet objet par son arrêté du i" décembre 1791.

1797 (il juin) 2 3 PRAIRIAL AN V. — Procès-vcrbal de visite des dunes

de la Teste.

L'an cinquième de la République française une el indivisible, et le dixhuit prairial et jours suivants, nous Pierre-Timothée Guyet-Laprade, maître particulier de TAdministration provisoire des forêts nationales de la ci-devant maîtrise de Bordeaux.

Étant h même de vaquer à la visite des bois nationaux du premier arrondissement de la Gironde et ayant été instruit que le citoyen Duplantier, président de l'Administration centrale du département de la Gironde, se proposait d'aller visiter les semis qui avaient été faits sur les dunes de la Teste, nous nous sommes réuni à lui , pour parcourir ensemble les côtes de la mer dans cette région et prendre connaissance des travaux faits et à faire sur ces dunes.

En conséquence, nous étant rendus dans la commune de la Teste, nous avons été accompagnés dans notre visite par les citoyens Marichon, commissaire du directoire exécutif près TAdministration municipale, et Peychan jeune, directeur des travaux, où étant parvenus et après avoir parcouru les nouveaux semis, nous avons observé qu'il y avait environ douze cents journaux (huit cents arpents) de semis de pins de divers âges, généralement bien venants, ayant 8, 7, 6 et 5 ans; avons toutefois remarqué que dans la partie la plus élevée de la dune semée en 1788 les pins étaient rabougris et mal venants, et, en ayant cherché la cause, avons reconnu, ainsi qu'il nous l'a été dit par le citoyen Peychan jeune, que cela provenait de ce que les semences n'avaient été mélangées d'aucune espèce de graine d'arbuste propre à abriter les jeunes semis de pin. A cette époque, on était astreint à se conformer aux ordres reçus qui se bornaient à faire enfermer par des clayonnages, formant différentes figures, un certain espace de terrain dans l'enceinte duquel on faisait répandre uniquement de la graine de pin. Mais, dès la première année, l'inutilité et le vice de ce procédé dispendieux ayant été reconnus, on l'a abandonné pour s'en tenir à la manière connue et usitée depuis longtemps par les habitants du pays, et qui consiste à répandre la graine sur le sable et à la recouvrir de branchages qu'on fixe avec de petits piquets. En suivant ce dernier procédé et en croisant les semences de pin avec des graines de genêt et de jonc marin épineux, on a supérieurement réussi, au point que, partout où les semences ont été croisées et simplement

abritées des vents salés et des grandes chaleurs, les pins sont de la plus grande beauté, ceux de 8 ans ayant jusqu'à 17 pieds de tige sur 8 pouces de grosseur, ce qui est prodigieux et annonce une végétation très forte et peu commune.

Nous avons également observé que partout où les semis ont été abrités, soit naturellement, soit par les divers arbustes qui y ont été mêlés, le gazonnement des sables s'est très bien opéré, au point quils se trouvent dans toute cette partie définitivement fixés, ce qui démontre d'une manière incontestable la possibilité de les fixer sur toute la côte, notamment le long du bassin d'Arcacbon jusqu'à la pointe du Sud, soit sur une lieue de longueur et un quart de lieue de largeur, si l'on veut du moins préserver ce vaste pays de l'envahissement des sables dont il est menacé et qui font des progrès très rapides.

Indépendamment de l'intérêt particulier du pays, le Gouvernement aurait un très grand avantage à couvrir ces dunes de diverses essences de bois, qui, dans la suite, pourraient réparer les pertes que l'Etat a faites dans cette partie de la richesse nationale et dont la disette effrayante se fait sentir journellement. Cet avantage nous a paru démontré jusques à l'évidence par la comparaison que nous avons faite de la nature de ces sables avec ceux de la grande forêt de la Teste, dont nous aurons occasion de parler dans le cours de ce rapport, et d'après laquelle nous avons reconnu que ces dunes, ou montagnes de sable, sont propres à élever toute espèce d'arbres de haute futaie, tels que le chêne, le hêtre, le sapin, le pin, le mélèze, le châtaignier, le cèdre, le liège, le chêne- vert et généralement tous les arbres verts. Une plantation pareille sur les côtes de l'Océan et sur les bords du plus beau bassin qu'il y ait en Europe serait pour l'État une source inépuisable de richesse.

Les derniers 600 arpents semés en 1791 et 1792 n'ont coûté que io,s6o livres, ce qui représente une dépense de 3 5 livres et quelques sols par arpent, dépense qui, dans la suite, sera nécessairement moindre par la facilité que Ton aura d'extraire dans les premiers semis tous les branchages nécessaires pour recouvrir les semences, qui jusques à présent avaient été pris soit dans la forêt d'Arcachon, soit de l'autre côté du bassin. D'ailleurs, la beauté du semis de 8 ans exige, pour sa conservation, que l'on s'occupe dès cette année de son curage, soit qu'on le destine à la production de la gomme, soit qu'on le veuille laisser croître en futaie.

Les perches que l'on pourra en tirer seront d'une facile défaite à raison de la chasse aux canards qui se fait tous les ans sur le bassin d'Arcachon et pour laquelle on emploie annuellement près de 19,000 douzaines de perches de

pins qui se vendent dans rintérieur des terres, prises sur les lieux, 3 livres la douzaine. Celles que Ton sortirait de ce semis, se trouvant à pied d'œuvre, pourraient être vendues un peu plus cher, et Ton estime que Ton en pourrait tirer environ 3,ooo douzaines, ce qui, loin de nuire à la production, faciliterait au contraire la croissance des pins restants.

Ces observations nous ont conduit à rechercher la consistance des dunes de la Teste. D'après les renseignements qui nous ont été fournis, il parait que les dunes qui se trouvent sur le territoire de cette commune contiennent environ 90,000 arpents de sables à fixer; que ces dunes se prolongent depuis le bassin d'Arcachon jusques au Cap Breton, sur une longueur de 18 lieues et une largeur de s lieues, formant une contenance de &o,ooo arpents, dont moitié dans le département des Landes, que le Gouvernement aurait le plus grand intérêt à utiliser ces sables en les recouvrant d'une masse d'arbres utiles qui peuvent s'y élever et que nous avons désignés précédemment. Dans ces /io,ooo arpents nous ne comprenons pas tous les sables qui s'étendent depuis la pointe de Grave jusqu'à l'Adour et qui peuvent former une contenance d'environ 35o,ooo arpents que le Gouvernement ne doit pas oublier.

Dans le cas où le Gouvernement se déciderait à ne faire semer que de la graine de pin , quoique les autres espèces d'arbres propres à la construction puissent y être élevés avec avantage, nous croyons devoir présenter quelques données sur le revenu très rapproché de ces sortes de plantations.

Vingt-cinq ans au plus sont suffisants, dans cette contrée, à l'arbre pin pour produire de la gomme. Un arpent ne peut contenir que loo arbres; il doit être réduit à ce nombre par succession de temps; chaque arbre produit annuellement & livres de gomme, ce qui fait U quintaux par arpenta 6 livres le quintal, soit ùU livres par arpent. Ainsi, les dunes de la Teste ^ contenant 30,000 arpents, recouvertes d'arbres pins et converties en ateliers résineux donneraient, au bout de 95 ans, /i8o,ooo livres de revenu tous les ans pour un capital d'environ 690,000 livres, lequel, augmenté des intérêts à 5 p. 0/0 pendant ces 95 années formerait au total un capital d'environ 1,170,000 livres. D'après ce calcul, on peut avancer qu'indépendamment de l'intérêt public le Gouvernement ne pourrait mieux placer son argent. Nous observons néanmoins que les 95 ans que nous présumons nécessaires pour établir les arbres pins en ateliers résineux ne seraient pas perdus pour l'Etat, puisqu'il est démontré que pour parvenir à ce point il est nécessaire de les réduire au nombre de 100 arbres par arpent, ce qui exige un curage successif qui doit commencer dès que le semis a atteint l'âge de six et sept ans, jusqu'à vingt.

Par ce curage on se procure, les premières années, beaucoup d'échalas, et.

successivemenl, une quantité considérable de perches, poutrelles et chevrons, pour lesquels le bassin qui borde les dunes présente un débouché facile. Les observations que nous a fournies la grande forêt de la Teste démontrent d'ailleurs que la culture des pins en ateliers résineux n'exclut pas la culture des autres essences. Cette forêt , qui appartient à un certain nombre d'habitants de la Teste, a été incendiée en partie en 1716 et resemée en 1717 par les propriétaires ; elle a trois lieues d'étendue sur une lieue de large.

Elle n est autre chose qu'une chaine de dunes et ne diRere de celles plus près de la mer, dont elle fait partie, que par sa production; elle est recouverte^ de superbes arbres, pins, chênes et autres essences. L'essence dominante est le chêne, malgré la mauvaise gestion de cette forêt, qui tend à le faire disparaître; il semble que la nature fait tous ses efforts pour remédier aux plus grandes dévastations. Tous les habitants de la Teste ayant six mois de domicile dans la commune ont le droit de prendre du chêne pour tous leurs besoins; l'arbre pin est seul excepté et les non-propriétaires ne peuvent en couper aucun sans la permission d'un syndic qui représente tous les proprié- . taires.

Cette forêt est recouverte, comme nous l'avons déjà dit, des plus beaux arbres pins et chênes qui servent journellement au chauffage et à la construction des barques et navires du pays, sans qu'aucun habitant, même propriétaire, puisse exporter aucune espèce de bois hors la commune, sous quelque prétexte que ce soit, à peine d'être privé de son droit d'usage, chauffage, etc. Le revenu annuel de cette forêt se réduit à environ i,5oo milliers de gomme, ce qui représente une somme très considérable et peut servir de base pour le produit qu'on a à espérer des dunes à recouvrir. Ainsi, sous ce seul rapport, on peut se convaincre de l'avantage qu'on peut retirer de ces dunes, et si l'on joint à cet aperçu la nécessité de venir au secours de ce vaste pays, qui est menacé d'un envahissement progressif et très rapproché, on sentira combien il est urgent de mettre des fonds à la disposition du département pour continuer des travaux aussi utiles et présentant d'aussi grands avantages.

Nous finirons ces observations en ajoutant qu'il est étonnant que ce service des dunes ait été soustrait de la direction forestière pour être confié aux Ponts et Chaussées; on ne peut cependant disconvenir que l'établissement d'une nouvelle forêt et sa surveillance ne fassent partie des fonctions administratives des officiers forestiers. Cette erreur ne peut avoir été commise que parce que l'auteur des premiers essais à été le citoyen Brémontier, ingénieur des Ponts et. Chaussées, qui, d'après les ordres du ci-devant intendant de Bordeaux , s'occupa de cette partie avec autant de zèle que de connaissances.

Le citoyen Bréinontier a le mérite d'avoir été le premier qui ait indiqué les moyens de fixer les sables, mais le citoyen Peychau, qui a dirigé tous ces travaux avec autant d'intelligence que de désintéressement, ne peut être étranger à la confiance du Gouvernement et à la reconnaissance de ses concitoyens.

Il existe donc deux objets principaux que TÂdministration forestière doit réclamer :

1^ L'établissement d'un garde particulier pour veiller à la conservation des nouveaux semis;

s"* La direction et la surveillance des semis faits et à faire d'après les procédés indiqués qui présentent le moins de dépenses et l'assurance de réussir.

1800 (6 mai). i6 floréal an viii. — Inslitul national des sciences et arts. Extrait du registre de la classe des sciences physiques et mathétnatiques. Séance du i ôjloréal an viii.

Un membre , au nom d'une commission , lit le rapport suivant :

trNous avions été chargés par la classe, le citoyen Coulomb et moi, de lui faire un rapport sur un premier ouvrage du citoyen Brémontier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, qui avait pour titre : Mémoire sur Us dunes ^ et particulièrement sur celles qui se trouvent entre Bayonne et la pointe de Grave ou V embouchure de la Gironde.

irLe mérite de l'ouvrage et les avantages qui devaient résulter de l'exécution du projet de l'auteur nous avaient fait désirer que son travail fût rendu public; ce vœu fut rempli par ordre du Gouvernement, qui fit les frais de l'impression , avant que nous eussions eu le temps de faire à la classe une seconde lecture de notre rapport, qui avait été demandée, d'après quelques observations ; et dès lors les règlements de la classe s'opposaient à ce que le rapport fût transcrit dans ses registres. Depuis cette époque, le Ministre de l'intérieur a fait passer à l'Institut le premier mémoire imprimé du citoyen Brémontier, avec un supplément manuscrit du même auteur, en lui demandant son avis sur ces deux ouvrages, et la classe a chargé les citoyens Coulomb, Parmentier et moi de lui en rendre compte.

tr L'importance de la malière et la nécessité de mettre de l'ensemble et de la clarté dans la discussion ne nous permettent pas de considérer isolément le

KAix KT rontTs. - M. J. BEnT. l5

supplément manuscrit; il est nécessaire de mettre sous les yeux de la classe toutes les parties du travail de Tauteur auxquelles les conclusions de ce rapport doivent s'appliquer indistinctement.

(tLes dunes sont des amtis de sable plus ou moins considérables, que Ton trouve presque partout sur les bords de la mer. Elles occupent, dans la seule partie du golfe de Gascogne, entre la Gironde et TAdour, Timmense espace de plus de 1,100 myriares ou kilomètres carrés de terrain absolument aride, et que, tant son extrême mobilité que sa nature purement quartzeuse, avaient fait regarder comme n'étant susceptible d'aucune culture.

ffCes amas de sable, qui forment quelquefois des collines de diverses grandeurs ou des montagnes de plus de 60 mètres d'élévation, avancent progressivement vers les terres, surmontant tout ce qui se trouve à leur rencontre : forets, champs cultivés, établissements, édifices; rien ne résiste à ce fléau desiructeur. Souvent, pour surcroît de maux, ces sables refoulés obstruent et interrompent entièrement le cours des ruisseaux et des rivières qui viennent des landes; ces eaux arrêtées inondent les propriétés riveraines et y forment ces lacs immenses et ces marais infects qui existent toujours en avant des dunes et qui entretiennent le foyer des maladies dangereuses connues sous le nom de fièvres du Médoc.

(rCe premier aperçu fait connaître l'importance du problème de la fixation des dunes; le citoyen Brémontier l'a résolu en y ajoutant une condition, celle de la fertilisation des sables fixés, et son premier mémoire imprimé contient les premières idées qu'il a eues et les premiers essais qu'il a faits pour parvenir à la solution.

crll donne d'abord des détails très circonstanciés sur la formation, les mouvements et la marche de ces sables, qui sont continuellement le jouet des vents. Et comme ces vents sont plus constamment dans la partie de l'ouest, et qu'ils soufflent ordinairement avec plus de violence de ce côté que du c6té opposé, la marche des dunes se trouve nécessairement dirigée vers les terres. Nous avons, dans notre premier rapport, indiqué ces détails comme curieux, nouveaux et dignes d'intérêt pour les naturalistes et les physiciens.

{(Suivant diverses remarques qu'il a faites, le progrès des dunes, des étangs et des marais sur les terres est d'environ 90 mètres par an : de vastes forêts et des villages qu'on sait avoir existé sur la côte ont déjà été envahis ; d'autres villages et une multitude de propriétés précieuses attendent le même sort; chaque année les pertes augmentent et le péril devient plus pressant. Heureusement, Bordeaux, placé à environ & myriamètres de la côte, ne doit ê(n> alfeinl que dans vingt siècles, en supposant la vitesse des dunes constante.

(T L'auteur iaii succéder à la description des dunes plusieurs obsei*\ations sur les dangers que Ton peut courir en les parcourant, et il indique en même temps le moyen de les éviter.

cril présente ensuite quelques conjectures sur Tépoque de la formation des dunes sur les côtes, quil porte à /i,9i5 ans. Il pense que la mer a éprouve des balancements, qu'elle s'est retirée et est revenue sur ses pas à diverses reprises; mais nous ne nous arrêterons pas sur cette partie du travail du citoyen Brémontier, qu'il regarde lui-même comme très conjecturale.

(r Passant à l'objet principal qui l'occupe, il indique les divers moyens de fixer les dunes qui ont été inutilement tentés avant lui, ou dont l'exécution est devenue si coûteuse qu'il est déraisonnable de s'en servir.

cr 11 développe ensuite ceux qu'il propose lui-même, en remplissant le double objet de la fixation des sables et de leur fertilisation. Ces moyens, consignés dans le mémoire imprimé, et que l'auteur a ensuite perfectionnés dans le supplément manuscrit dont nous parlerons bientôt, consistaient d'abord à établir sur la surface des dunes, des plantations ou semis, en prenant la précaution nécessaire pour garantir les plantes naissantes de l'effet de la mer jusqu'à l'époque où elles auraient été en état de lui résister par leurs propres forces; pour remplir ce dernier objet, le citoyen Brémontier proposait l'ouverture d'un large fossé parallèle au rivage, auquel il préférait cependant, à tous égards, un cordon de fascines d'environ un mètre de bauteur. Ce cordon devait être établi à peu près à so ou q5 mètres de distance de la laisse des plus bautes marées et conduit sans interruption parallèlement au rivage, sur toute la côte, depuis la pointe de Grave jusqu'à l'embouchure de l'Adour. Le fossé, ou le cordon, devait recevoir ou arrêter assez longtemps les sables qui sortent journellement de la mer, pour que les graines de pin dont les semis étaient d'abord exclusivement composés, eussent le temps de germer et de prendre assez de force pour n'être pas endommagés par ces nouveaux sables dont il évalue le volume à i5 ou «8 mètres cubes par mètre courant.

ff D'autres cordons artistement distribués et plus ou moins rapprochés les uns des autres suivant que les pentes du terrain étaient plus ou moins fortes, ou la surface plus ou moins exposée à l'action des vents, devaient également abriter pendant trois ans les semis faits sur les plages, sur les sommets des montagnes et sur les rampes, et contenir les sables pendant ce même intervalle de temps; et dans le cas où les parties de ces rampes, les plus exposées aux vents n'auraient pas été suffisamment protégées, il proposait d'y suppléer par des couvertures en branchages de pin, fixées avec des piquets à crochet enfoncés dans le terrain.

rll observait (|ue toute plantation faite entre Torigine des sables vers la mer et leur extrémité du côté des terres, devant être infailliblement détruite, ce devait être une règle dont on ne pouvait s'écarler, de ne commencer aucune espèce de travail que dans les parties qui sont immédiatement sur les bords de la mer. Il établissait Tordre à suivre pour assurer la germination des graines et le succès de ces plantations; il ajoutait que, si toute la partie de ces dunes qui touche les bords de la mer était ensemencée seulement sur 2 00 mètres de largeur moyenne, la fixation des dunes s'opérerait d'elle-même à cause de la très grande facilité qu a le pin de se reproduire et de se propager par ses graines. Ce moyen n aurait eu, à la vérité, son entier effet qu'après plusieurs siècles; mais le premier travail dont nous venons de parler et qui, suivant l'évaluation de l'auteur, ne devait guère coûter que 3oo,ooo francs, étant une fois exécuté, sa continuation pouvait être abandonnée sans aucune espèce d'inconvénient.

trMais en augmentant le travail et la dépense, et appliquant les procédés qu'on vient d*indiquer à une plus grande superficie , on aurait considérablement rapproché l'époque de l'entière fixation et fertilisation des dunes. Le citoyen Brémontier, en faisant connaître l'utilité de cette accélération, donnait le détail de la dépense totale de l'entreprise. Au moyen d'une somme d'environ 8 millions, toutes les dunes auraient été fixées et fertilisées dans le court espace de trente années; et une fois en bonne valeur elles auraient produit annuellement, d'après ses calculs, & à 5 millions de revenu. L'auteur pensait même, d'après divers essais faits entre la grande et la petite forêt d'Arcachon, que cette dépense de 8 millions était susceptible de réduction.

r Tel est le précis de ce qu'il y a de plus important dans le premier mémoire de Brémontier; le supplément de cet ouvrage est d'un plus grand intérêt encore en ce que, présentant les résultats de l'expérience, il est propre à fixer l'opinion sur la possibilité et le mérite de l'entreprise. Cet ingénieur y développe de nouvelles idées sur le parti qu'on peut tirer des dunes, et rend un compte satisfaisant et très circonstancié des moyens qu'il a employés avec le plus de succès, et qui consistent principalement à étendre sur les parties ensemencées des couvertures de branchages couchés et fixés sur le terrain avec des piquets; le dessin joint à ce rapport fera parfaitement comprendre l'arrangement de ces couvertures. L'auteur ne rejette cependant d'une manière absolue aucun des moyens qu'il avait proposés dans son premier travail; et effectivement le défaut de branchages d'arbres verts essentiels pour protéger les semis dans les rampes les plus immédiatement exposées à l'action des vents pourrait en rendre l'emploi nécessaire dans quelques parties; mais il a

Page 1