I IT
recoanu que le large fossé ou le cordon de fascines assez coûteux qui devait être établi le long et tout près du rivage, pour retenir les sables qui sortent journellement, et immédiatement de la mer, devenaient absolument inutiles, ainsi que ceux qui devaient être construits dans les vallons ou sur les plages; et qu'au moyen du simple mélange de quelques graines de genêt avec celles de pin, on pouvait suppléer à ces constructions coûteuses, non seulement dans ces deux cas, mais diminuer assez considérablement encore l'épaisseur, et par conséquent le prix des couvertures, même dans les parties des dunes où elles deviennent le plus indispensables. La germination et l'accroissement des genêts, dit l'auteur, sont d'abord beaucoup plus prompts que pour les pins et cet arbrisseau touffu devient, dans le court espace de deux années, assez fort pour protéger efficacement les jeunes semis, dont la végétation est beaucoup plus lente pendant ce premier intervalle.
(rll indique la quantité de graines, soit de pin, soit de genêt, dont ce mélange doit être composé, et quand ces graines sont bien choisies, un gramme pesant de celle de genêt suffit pour 3o à 35 grammes de celle de pin; is ou i3 kilogrammes de ce mélange suffisent pour ensemencer 35 ou lio ares de terrain. L'auteur pense que la suppression des cordons de fascines et la découverte heureuse de son effet du mélange des graines produiront une économie de moitié à peu près sur la somme à laquelle la fixation générale des dunes avait été primitivement évaluée.
(rll passe ensuite à l'énumération des diverses plantes qui viennent spontanément ou qui peuvent prospérer dans les dunes; ces plantes sont en grand nombre. Il indique celles qu'on doit employer de préférence pour consolider la surface de ces sables.
(t Parmi les plantes graminées, Télyme {Elymus arenarius) et le roseau des sables [Artmdo arenaris)^ sur lesquels il donne quelques détails qui nous ont paru intéressants, lui semblent les plus propres pour fixer la surface des allées seulement, ou les intervalles qu'il laisse de distance en distance afin d'empêchei* les progrès du feu, qui seraient incalculables dans une forêt aussi immense, toute composée d'arbres résineux; et dans le cas où ces deux plantes seraient insuffisantes pour remplir cet objet, il a recours aux ononis et aux genêts.
trii rejette absolument dans les plantations des massifs toute espèce d'arbre ou d'arbuste qui perd ses feuilles pendant l'hiver, parce que, lorsqu'ils en seraient dépouillés, la surface de ces sables serait trop exposée à l'action immédiate des vents, dont il est essentiellement nécessaire de la garantir. Il croit cependant qu'en les isolant on peut y laisser croître quelques pieds de
chêne; mais ie pin maritime [Pinus maritimajy vu son grand produit, lui paraît surtout devoir être adopté. Voici textuellement ce qu'il en dit : «rLe pin (f maritime est propre à une infinité d'objets, et utile dans presque tous les ff instants de son existence : jeune, il est employé très avantageusement à la (r culture des vignes; dans son moyen âge et jusqu'à sa caducité, il produit rr abondamment de la résine; et lorsqu'il meurt, la partie du tronc altérée par «ries incendies et parles blessures qu'on lui a faites pour en extraire celte r matière précieuse, fournit des goudrons, et le reste de la tige devient, par rson extraction, propre à presque tous les usages de charpente et de conrstructionw.
«rUn autre objet non moins important des travaux proposés par le citoyen Brémontier est le balisage de toute la côte de la partie du golfe de Gascogne depuis Bayonne jusqu'à la pointe de la Coubre, vis-à-vis l'extrémité orientale de l'île d'Oléron. Cet ingénieur observe qu'un grand nombre de vaisseaux échouent annuellement sur cette cAte, parce que les mariniers, lorsqu'ils l'aperçoivent, n'ont aucun point fixe d'après lequel ils puissent se diriger: le navigateur qui a passé la veille à la vue des montagnes mobiles ne les reconnaît plus le lendemain s'il y est ramené par une tempête, et il est obligé de se perdre sur des écueils, sur des bancs derrière lesquels il eut pu se mettre à l'abri si les profils des montagnes de sable n'eussent pas été déformés, ou si elles eussent été couvertes de verdure. Tous ces faits ne sont malheureusement que trop avére's, et pour que rien ne laisse à désirer sur un objet qui intéresse aussi essentiellement la marine militaire et la marine marchande, l'auteur divise ses vastes plantations en massifs qu'il sépare par des allées ou des vides ayant une direction perpendiculaire à celle du rivage et disposés de manière que les marins les moins clairvoyants ne puissent s'y méprendre, et les reconnaissent en mer d'aussi loin qu'ils peuvent les apercevoir.
(T Cette niéthode pour baliser les côtes nous a paru nouvelle et avantageuse en ce qu'elle peut économiser les dépenses considérables de construction et d'entretien des tours en bois ou en pierre qui sont déjà élevées, ou qu'on se propose d'établir pour éviter les écueils qui sont très multipliés, surtout à l'embouchure de la Gironde.
«Le résumé suivant présente toutes les conséquences que l'ingénieur Brémontier a tirées de ses recherches et de ses expériences ; c'est lui qui parie :
wi*' Il ne peut rester aucun doute sur la possibilité de fixer et de fortifier «fies sables désastreux de la côte de Gascogne;
tf 9** Il est parfaitement reconnu que le pin maritime y prend un accroisw sèment extraordinaire, y produit plus tôt, et donne un revenu beaucoup plus
(ffort que dans les meilleures terres des landes, où ii est très soigneusement fret très avantageusement cultivé;
(r3° Les frais d'ensemencement sur les plages, ou dans les vallons qui se (r trouvent entre les dunes, ne sont guère que le quart de ceux que ces mêmes ff ensemencements exigent également dans ces mêmes terres des landes;
(r [i"" La fixation et la fertilisation de la totalité de ces sables ne peut guère r s'élever au delà de U millions, et a 5 années après leur ensemencement, ils ff peuvent produire 4 millions de revenu ;
ff5* La végétation des genêts, de l'osier rougo, des vignes et de plusieurs (^autres plantes y est extrêmement vigoureuse ;
crG"* Il résulte de l'exécution de ce projet d'immenses avantages pour les (f particuliers riverains, dont les propriétés ne seront plus envahies; pour les {(Commerçants, dont les marchandises seront moins exposées aux dangers de fp la mer. ^
(rll est encore reconnu, dit l'auteur, que la mer, qui sera obligée de reuia- «nier sur ses bords tous les sables qu'elle rejette, sera ralentie dans les pro- (Tgrès rapides faits journellement dans cette partie de la France, t)
«Les succès de ces essais sont constatés :
« i"* Par un procès-verbal de visite, du g fructidor an m, certifié par l'Administration centrale et fait par un de ses membres, conjointement avec le citoyen Brémontier;
«9'* Par un second procès-verbal, du i3 frimaire an vi, certifié par l'Administration municipale de la commune de la Teste ;
«3'' Enfin par des tronçons de pin et de genêt de 7 à 8 ans, productions très remarquables de ces sables, arrachés dans les parties ensemencées en 1791 et 1799.
«Le citoyen Brémontier a joint à toutes les pièces précitées une lettre du commissaire principal de la marine à Bordeaux, et un rapport de deux ofiiciers de vaisseau à la Société des sciences, belles-lettres et arts de cetto ville, qui, relativement à la navigation, constatent tous les avantages de ces plantations; upe carte générale sur laquelle il a tracé les principales allées de balisage qu'il propose; une autre carte sur une échelle plus grande qui comprend la partie des dunes où les semis ont été faits, et enfin un plan pour faire voir la manière dont les couvertures en branchages ont été exécutés.
«Le supplément dont nous venons de rendre compte nous a paru, comme le premier ouvrage dont il est la suite, écrit correctement et rédigé avec soin. On trouve, dans l'un et dans l'autre des détails intéressants et curieux sur la
tbrniation, la marche et les mouvements de ces montagnes errantes, des moyens de prévenir leurs effets dévastateurs, et des expériences qui rendent ti'ès probable la possibilité de les fertiliser et de les fixer.
((Le citoyen Brémontier est connu depuis plus de trente ans par ses talents distingués et par des travaux importants exécutes avec autant d'habileté que de succès. Les commissaires pensent que son dernier ouvrage soumis au jugement de la classe, les projets et les expériences qui y sont décrits, augmentent les droits que cet ingénieur avait déjà à la reconnaissance publique; ils ajoutent qu'il serait à désirer que le Gouvernement donnât à ce supplément la même publicité qu'il a déjà donnée au premier mémoire.
((Fait à rinstitut national, le 16 floréal an viii.
(f Signé : Coulomb, Parmentier, Pront, rapporteurs, t)
La classe approuve le rapport et en adopte les conclusions. Certifié conforme à Toriginai.
A Paris, le aS floréal an viii.
Signé : G. Cuvier, secrétaire.
1800 (i5 juillet). 96 MESSIDOR AN viiï. — Projets d'amélioration pour une partie du 5' arrondissement de Bordeaux, présentés au Conseil dudit arrondissement^ le ùG messidor an vin, par le citoyen Fleury fils aine, de la Teste, Vun de ses membres, (Extraits).
Les dunes de sable. — Leur création, — J'entends par les montagnes dont je viens de parler cette chaîne de sable mouvant qui forme la côte de l'Océan, depuis l'embouchure de la Garonne jusqu'au havre deBayonne. Ces sables sortent du sein de la mer et sont portés ensuite par les vents qui, soufllant alternativement de toutes parts, les entassent et en forment des dunes inégales, dont plusieurs présentent une hauteur de plus de i5o pieds. Leur étendue en largeur n'a rien de fixe. Elle est quelquefois d'une lieue, d'une lieue et demie , et même de deux lieues.
L'aspect de ces dunes ne présente dans toute leur étendue, à l'œil qui les parcourt, qu'une nudité absolue, un désert aride et effrayant, oii l'on chercherait en vain le plus petit arbrisseau.
La foraiation inégale de ces dunes fait qu'elles se trouvent, en divers endroits, séparées par des espaces assez considérables en longueur qui forment comme des vallons.
Les habitants du pays désignent ces espaces par le nom de letles. Il y croit des herbages excellents, et on a remarqué que les bestiaux qui s'y nourrissent y acquièrent un goût extrêmement délicat.
Malgré la marche continuelle de ces dunes, on voit que ces espaces entre elles se conservent à peu près dans le même état quant à la forme. Ce qui provient de ce que les dunes qui bordent un côté de ces vallons, se reculent à mesure que celles qui bordent le côté opposé avancent dans la même direction.
Leurs progrès et leurs effets, — J'ai dit que les sables sortent du sein de la mer, qu'ils sont ensuite enlevés par les vents, qui les entourent en tous sens et en forment des dunes inégales. D'après cela, il est facile de concevoir qu'elles se mouvraient toujours dans un certain espace fixe si les vents ne régnaient pas plus souvent d'un côté que de l'autre et s'ils soufflaient toujours également. Mais il n'en est pas ainsi. Les vents les plus fréquents et qui soufflent avec le plus de violence sont ceux qui viennent du côté de la mer. De là vient que les dunes de sable s'étendent de plus en plus sur le pays plat et envahissent successivement, dans leur marche continuelle et progressive, tout ce qui se trouve sur leur direction.
Il serait impossible d'énumérer la valeur des richesses ensevelies sous ces montagnes errantes. Pour se faire une idée de leurs ravages, que n'arrête aucun obstacle, il suffit de se représenter qu'elles envahissent chaque année , sur toute leur longueur, plus de dix toises de toutes sortes de propriétés, d'après les moindres évaluations.
Déjà un grand nombre de communes, plusieurs même très considérables, ont disparu totalement. 11 existe à la Teste plusieurs titres de propriété datés de pays qui ne sont plus, et notamment d'une commune désignée sous le nom de bih de îa Seubo, ville de la Seube.
Ordinairement les habitants du pays donnent aux dunes le nom de l'objet le plus marquant qu'elles envahissent.
Près de la Teste il y en a une, entre autres, qui est nommée dune de TÉgKsey ce qui indique qu'il y avait là autrefois une église que le sable a couverte, et sans doute un pays qui a subi le même sort. Bientôt, tous ceux qui ont le malheur de se trouver près de ce cruel ennemi le subiront à leur tour. Déjà le plus grand nombre, la Teste même, est plus ou moins entamé.
plus ou moins près de sa destructioa , et Ton peut, sans craindre d'exagérer, assurer que de toutes ces communes, la plus éloignée de sa perte ne subsistera peut-être plus à la fin du siècle.
Des étangs et des marais. — Des étangs» — Quelques-uns des pays dont je viens de parler pourraient espërer une plus longue existence s'ils n'avaient à redouter que d'être recouverts par les dunes, attendu la distance où ils s'en trouvent encore; mais malheureusement il existe pour eux une autre cause de destruction, non moins sûre ni moins prochaine, puisqu'elle dérive du même principe. Cette autre cause de destruction provient de ces lacs ou étangs qui existent entre les dunes et le pays plat, au nord et au sud du bassin d'Arcachon.
Sans pouvoir rien fixer de leur largeur, on peut dire qu'elle est quelquefois d'une lieue à une lieue et demie. Il exista autrefois des bassins tels que celui d'Arcachon, quoique peut-être moins étendus. Quelques-uns avaient des issues assez considérables pour la petite navigation.
On en cite un dans la partie du nord , qu'on désigne sous le nom de pcrt d^Anchise.
Dans la partie du sud, on en cite un autre vis-à-vis l'étang de Cazaux, dans lequel on distingue en effet un chenal très profond qui aboutit au pied des dunes qui le bordent.
Enfin, on en cite un troisième à Mimizan, dont l'ancienne commune, que l'on croit avoir été très considérable, est presque totalement ensevelie aujourd'hui.
Ces issues s'étant fermées successivement par les progrès des sables, il resta une grande quantité d'eau sans écoulement. Les eaux courantes ayant continué à s'y verser, il en est résulté ces lacs ou étangs qui n'ont aujourd'hui que de faibles débouchés dans la mer, savoir : par le bassin d'Arcachon , ceux qui sont dans la partie du nord; par les boucauts ou courants de Mimizan, de Lon et de Contis, ceux qui sont dans la partie du sud.
Ces étangs, dans toute leur étendue, sont bordés par les dunes, qui, avançant toujours, forcent les eaux à reculer de sorte qu'elles envahissent le pays.
C'est par ce double fléau que les propriétés et les pays, qui se trouvent encore assez éloignés des sables pour n'avoir pas encore à les craindre prochainement, n'en touchent pas moins à leur perte inévitable par l'effet des eaux. Ajoutons que la filtration, par dessous terre, hâte encore la perte des propriétés et les consomme longtemps avant qu'elles ne soient entièrement submergées.
Des marais. — Ces désastres ne sont pas les seuls occasionnés par les étangs. Ils sont, presque partout, précédés de marais pour ainsi dire impénétrables, et Ton sait combien le voisinage de ces lieux infects est funeste à la santé et à la vie des personnes et des bestiaux ....
Du bassin d'Arcachon et de son entrée. — Du bassin etArcachon. — La séparation la plus essentielle est celle qui forme l'entrée du havre du bassin d'Arcachon. Les autres ne sont que de petites ouvertures qu on désigne sous le nom de boucau ou courant et qui servent uniquement à débiter, partie des eaux des étangs; en sorte que le port de la Teste ou d'Arcachon, situé à 3o lieues environ au sud de la pointe de Grave et à peu près à pareille distance au nord de Rayonne, est le seul, sur cette grande étendue de cote, qui offre une relâche aux bâtiments. ...
Entrée du bassin. — On sait que l'entrée du bassin d'Arcachon est sujette à des changements qui en font les difficultés, et il est à remarquer que ces variations proviennent encore de la mobilité et de la marche ordinaire des sables. En effet, les dunes bordant, au nord et au sud, une partie du circuit du bassin d'Arcachon, et ces premières s'y jetant toujours, il en résulte que les eaux sont poussées vers le rivage opposé qu'elles minent journellement d'une manière sensible. De là viennent ces changements successifs qu'éprouve l'entrée du havre et qui la rendent plus ou nioins difficile.
On remarque que le banc de Matoc s'aplatit journellement et s'allonge dans le bassin en se portant toujours vers la terre du sud. Celle-ci éprouvant, par l'avancement continuel du Matoc, le même effet que le Matoc éprouve par l'avancement continuel des sables du nord, il en résulte que le rivage du côté du sud se mine sensiblement, devient chaque jour moins direct et tend, par ses sinuosités, à rendre l'entrée impraticable.
Des moyens d'amélioration. — Fixation des sables. — 11 existe sur le territoire de la commune de la Teste deux forêts considérables, qu'on distingue en grande et petite forêt.
Autrefois ces deux forêts n'en faisaient qu'une; elle a été divisée par les sables qui en ont envahi le centre.
La grande forêt couvre un espace d'environ trois lieues de long sur une lieue et demie de large.
D'un cdté elle borde, sur toute sa longueur, des landes, des marais, et Télang de Cazaux; le reste confronte aux dunes de sable.
La petite forêt, longue d'environ une lieue et demie et large d'environ une demi-lieue, confronte au bassin d'Arcachon et aux dunes. Ainsi, elles sont Tune et Tautre envahies par les sables, et la petite péril en outre chaque jour par Tavancement des eaux du bassin que les dunes du nord poussent sur elle.
Il existe encore des forêls semblables dans les communes de La Canau et de Biscarrosse, celle-ci dépendant du département des Landes. La forêt de Biscarrosse faisait autrefois partie de celle de la Teste. Elles ont été divisées par les dunes de sable qui les séparent et les envahissent chaque jour davantage.
Le terrain sur lequel elles sont est parfaitement le même que celui des dunes, et, d'après cette égalité entre la nature des fonds, il ne reste aucun doute que ceux-là furent autrefois comme sont aujourd'hui les dunes qui les envahissent.
Par la même conséquence, il devient évident que cette chaîne de dunes a été, dans quelques parties, encore plus avancée qu'aujourd'hui sur le pays plat, et que les dunes qui existent maintenant se sont formées depuis la fixation des premières.
L'existence de ces forêts sur d'anciennes dunes étant la preuve certaine que ces sables ont été fixés, on n'a plus qu'à s'occuper de découvrir par quels procédés : mais, soit que cette fixation date de trop loin et que tout ce qui aurait pu en indiquer les procédés se soit perdu dans la nuit des temps, soit qu'elle ait été l'effet de quelque révolution dans la nature, on n'a jamais pu se procurer aucune notion de ce travail , et l'invention a dû suppléer au défaut de moyens connus.
Observons que nulle part ailleurs il n'existe de meilleurs bois, à espèce égale, que ceux qui croissent dans les forêts dont je viens de parler. Les arbres pins y sont plus grands, plus gros et plus productifs que partout ailleurs. Le chêne y est également d'une qualité supérieure pour la construction et y croit très rapidement. Il serait trop long de nommer tous les autres arbres et arbustes qu'on y trouve et qui sont de toute beauté, chacun dans son espèce. Il y croit pareillement des herbages en grande abondance et d'une grande excellence pour les bestiaux.
Ce qui prouve que l'aridité que semble offrir la nature du fonds des dunes n'est qu'apparente, et qu'elles contiennent, au contraire, les principes d'une végétation très forte et très active.
Dominé par les considérations que je viens de mettre sous vos yeux, l'ancien Gouvernement accorda quelques fonds pour faire des essais d'ensemencement de ces dunes. Ces essais eurent lieu peu de temps avant la Révolution ;
ils cessèreiil à peu près lorsqu'elle éclata. Quelques fonds y lurent employés depuis, mais il y a longtemps que ce travail a entièrement cessé.
Les semis qui ont eu lieu à diverses reprises couvrent une étendue d'environ i,soo journaux. Il est impossible de voir ces semis sans en admirer la croissance : déjà les premiers forment une véritable forêt. Les pins y sont généralement beaucoup plus forts qu'on ne devait s'y attendre. Il en est de même de tout ce qu'on y a semé.
J'ai surtout remarqué que le genêt commun y croit et s'y propage d'une manière étonnante; il est ordinaire de voir les semis de cette graine couvrir, dès la première année, une surface de près de deux pieds carrés, ce qui est un double avantage, et pour la fixation des sables, et pour la croissance du semis de pin qu'il favorise en l'abritant.
Des procédés. — On couvre la surface du terrain qu'on veut fixer avec des branchages et des broussailles, et on sème ensuite, parmi ces branchages, les graines de pin, le genêt, le gland, etc. Ces branchages empêchent la prise des vents sur la surface qu'ils couvrent et activent la végétation par leur propre consommation sur le terrain. Cette consommation ne s'opérant que lentement, les semis ont le temps de croître et de s'élever assez pour couvrir eux-mêmes le terrain et le garantir de la prise des vents. . . .
Des dépenses et revenus. — D'après les données résultant des essais qui ont eu lieu, on pourrait évaluer la dépense de l'ensemencement total des dunes à une somme de quatre à cinq millions au plus. Indépendamment de l'immense quantité de bois de toute espèce que ces forêts fourniraient à l'Etat, on en sortirait encore un produit énorme par la vente des matières résineuses qu'on peut évaluer à raison de 8 francs par journal, si du moins l'arbre pin y est l'essence dominante.
De Técotdement des étangs et dessèchement des marais. — Écoulement des étangs dans le bassin d'Arcachon par des canaux navigables en bateau plat. Le dessèchement des marais qu'ils créent et la bonification du havre en seraient la suite certaine.
iV. B. Ce mémoire est suivi d'une lettre de Brëmontier, du 37 messidor an vni (16 juillet 1800), faisant connaître que tries vues de lauteur sont absolument semblables ?> aux siennes.
1800 (3o novembre). 9 frimaire an ix. — Rapport présetUé aux consuls de la RéptJfUque par le Ministre de l'Intérieur ( Chaptal).
Le citoyen Brémontier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du département de la Gironde, a rédigé un projet sur la fixation et la fertilisation des dunes de la côte de Gascogne.
Les dunes sont composées de sable que la mer rejette journellement sur les bords.
Ces sables, amoncelés par les vents, forment des montagnes de plus de €0 mètres d'élévation qui changent souvent de direction, de position et de forme.
Les navigateurs, lorsqu'ils sont affalés par les courants et la tempête, se jettent sur la côte qu'ils auraient évitée si le changement de position de ces montagnes ne leur donnait journellement le change sur la position où ils se trouvent sur la mer.
Les dunes, en roulant sur elles-mêmes avancent dans les terres, et ensevelissent tout ce qu'elles trouvent à leur passage : les forêts, les maisons et les campagnes habitées.
Elles inondent les campagnes en refoulant les eaux des ruisseaux qu'elles obstruent et forment près de &o lieues de lacs et de marais pestilentiels qui jettent la dévastation et la mort parmi les habitants.
Le projet de cet ingénieur en chef est basé sur le principe que les dunes soDt susceptibles de devenir fertiles et d'être arrêtées dans leur marche par la plantation de pins maritimes et de genêts, protégés par quelques précautions indiquées par l'auteur.
L'expérience a justifié l'utilité de ce procédé.
Des semis furent faits en 1788, 1791 et 1793 sur 4,890 mètres de longueur; ils occupent environ 1,300 journaux de terrain.
Ces semis ont parfaitement réussi , ainsi qu'il est constaté :
1® Par un procès-verbal de l'Administration municipale du 9 fructidor an lii; un autre de l'Administration municipale de la Teste du i3 frimaire an vu;
9* Par des tronçons de pins et de genêts, arrachés dans les terres ensemencées en 1791 et 1793.
Le Gouvernement a fait imprimer, en l'an v, le mémoire du citoyen Brémontier sur les dunes.
Cet ingénieur vient d'y faire un supplément qui contient des observations sur te perfectionniBment de son système.
L'Institut national, d'après un rapport du 16 floréal an viii, de la classe des sciences et arts, a donné à cet ouvrage le tribut d'éloges qu'il mérite.
Les essais qui ont été faits, l'examen d'une commission spéciale, nommée par le Ministre de l'Intérieur, et l'opinion de l'Institut national ne permettent aucun doute sur l'efficacité des moyens présentés pour arrêter la mobilité des dunes, ainsi que pour les rendre productives par la vente des bois qui y auraient été plantés.
Ce projet mérite toute l'attention du Gouvernement, et il importe de lui donner de la publicité, en livrant à l'impression le complément de ce mémoire.
Son exécution rendrait à la culture des bois 100 lieues de terrain carrées, susceptibles un jour de rapporter annuellement plus de 5 millions de francs.
Il est nécessaire pour l'exécution de ce projet d'établir une commission composée : i"" de l'auteur qui la présidera; 9° d'un administrateur forestier pour donner des conseils sur la manière de conduire les jeunes plants d'un semis; 3° d'un ingénieur de la marine; U° enfin, de membres de la Société d'agriculture.
Pour ne point rendre illusoire ce projet, ii convient d'affecter annuellement à son exécution s 0,000 francs pour subvenir aux dépenses des plantations des dunes entre la Gironde et l'Adour, à l'entretien des premiers semis et à celle de leur administration.
Cette dépense faisant partie de l'Administration des forêts et devant procurer des produits futurs doit être acquittée par la régie des forêts nationales sur les produits de la Gironde et des Landes.
Les premières plantations faites peuvent encourager des spéculations particulières; dans ce cas, on pourrait les concéder à la cbai^ de les planter.
Les semis faits en 1788 entre la grande et la petite forêt d'Arcachon y sont d'une beauté rare. Ces sables sont devenus si fertiles que ces plantations ont besoin d'être éclaircies et essartées; les branchages qui en proviendront deviennent indispensables à la propagation des semis; ce travail ne peut être différé et rend encore indispensable ce fonds annuel de 20,000 francs.
Enfin, les plantations des dunes, indiquées depuis longtemps comme une mesure aussi bonne en administration qu'en finance, est un objet digne des soins du Gouvernement qui , par cet acte éclatant, signalera son dédr d'as»*
2^i0 LES DUNES DE GASCOGNE.
surer des propriétés menacées de reDvahissemeiit, et de favoriser ]a muUiplication des bois.
C'est dans ces vues de bien public que je vous propose le projet d'arrêté ci-joiot.
1801 (â juillet). i3 messidor an IX. — Arrêté relitjf à la plantation en bois
des dunes des côtes de Gasc<^ne.
Les Consuls de la République,
Sur le rapport du Ministre de rinlérieur, le Conseil d'Etat entendu ,
Arrêtent :
Art. 1^. Il sera pris des mesures pour continuer de fixer et planter en bois les dunes des côtes de la Gascogne, en commençant par celles de la Teste, d'après les plans présentés par le citoyen Brémontier, ingénieur en cbef, et le préfet du département de la Gironde.
Art. 2. Il sera établi, h cet effet, une commission composée de Tiogénieur en cbef du département, qui la présidera, d'un administrateur forestier et de trois membres pris dans la Société des sciences, arts et belles-lettres de Bordeaux, section de Tagriculture, lesquels seront nommés par le préfet et sur la présentation de la Société.
Ladite commission dirigera et surveillera l'exécution des travaux, ainsi que l'emploi des fonds qui y seront affectés, le tout sous l'autorité et sauf l'approbation du préfet.
Les fonctions des commissaires seront gratuites; il est seulement alloué une somme annuelle de i,5oo francs pour dépenses de voyages ou autres frais, laquelle somme sera prise sur celle de 5o,ooo francs dont il sera parlé aux articles suivants.
Art. 3. Il sera nommé par le préfet un inspecteur et un garde forestier, qui résideront à la proximité des travaux.
Art. à. Il sera fait fonds d'une somme annuelle de 5o,ooo francs pour être employée aux dépenses de plantations des dunes situées entre la Gironde et l'Adour, à l'entretien desdites plantations et à leur administration.
DOCUMENTS ANNEXES. 2/il
L^étal des dépenses sera dressé par la commission et acquitte sur les ordonnances du préfet qui réglera, chaque année, le compte général.
AfiT. 5. Les Ministres de Tintérieur et des finances sont chargés de Texécution du présent arrêté qui sera inséré au BuUetin des lois.
1801 (30 SEPTEMBBk). 3" JOUR COMPLÉMENTAIKE AN IX. Arrêté dcS COUSuls
relatif à la fixation et à la plantation des dunes.
Les Consuls de la République française, Sur le rapport du Ministre des finances,
ÀRRèlENT :
Art. 1*'. Les mesures prescrites par l'article i^'de Tarrêté du i3 messidor an IX pour la fixation et la plantation des dunes des côtes de la Gascogne seront, en ce qui concerne les clayonnages et autres ouvrages d'art quelles exigeront, délibérées sur les plans du citoyen Brémontier, ingénieur en chef et approuvées par le préfet du déparlement de la Gironde, et en ce qui aura rapport aux semis et plantations, ces mesures seront concertées avec l'Administration générale des forêts.
Art. 2. Les dépenses pour les clayonnages et autres ouvrages d'art seront faitea sur les fonds du département de l'intérieur, et celles pour les plantations et traitements des agents forestiers sur les fonds affectés aux forêts.
Art. 3. Les agents forestiers seront nommés par l'Administration des forêts, et ceux pour la confection des clayonnages et ouvrages d'art par le préfet du département de la Gironde.
Art. fi. Le préfet présidera la commission établie par l'article 9 de l'arrêté, et à son défaut elle sera présidée par l'ingénieur en chef des ponts et chaussées, lorsque la délibération aura pour objet des ouvrages d'art, et par le conservateur, lorsqu'il s'agira de semis et plantations.
Les Ministres des finances et de l'intérieur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.
KAUX RT FORÊTS. M. J. BRRT. l6
1801 (â& septembre). 9 YENDJ^MiÂiRE AN X. — Procès-verbol de visite de Vemhouchure de la Gironde relativement à la fixation et à la fertiUsati&n des dîmes. (Extraits.)
Nous, soussignés , membres de la Commission et inspecteur des travaux des dunes, nommés par le citoyen D. Dubois, des Vosges, conseiller d'Etat, préfet du département de la Gironde, sur la présentation de la Société des sciences, arts et belles-lettres de Bordeaux, en exécution de Tarrété des consuls du i3 messidor, an ix de la République française, par lequel il est expressément ordonné qu'il soit pris des mesures pour continuer de fixer et planter en bois les dunes des côtes de Gascogne, d'après les plans présentés par le citoyen Brémontier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, et le préfet du département de la Gironde; et en conséquence des lettres du citoyen Chaptal, ministre de l'intérieur, et du citoyen Crétet, conseiller d'État, chargé spécialement des ponts et chaussées, canaux, taxe d'entretien et cadastre, ensemble des divers arrêtés pris par le citoyen Dubois, des Vosges, conseiller d'État, préfet;
Aujourd'hui 9 vendémiaire an x, nous sommes embarqués sur le port de Bordeaux, avec ledit conseiller d'État, préfet, le citoyen Barennes, son secrétaire particulier, et le citoyen Bergevin, commissaire principal de la marine, sur la chaloupe de l'amiral, conduite par le citoyen Roy, pilote de Royan, pour aller reconnaître la partie des dunes qui , relativement à l'utilité publique , était la plus essentielle à conserver, et pour examiner en même temps les autres parties des côtes d'où nous pourrions tirer des bois, piquets et branchages nécessaires pour commencer cette grande opération.
Arrivés le 3, vers midi, à Royan, noua avons successivement parcouru la partie des côtes de Saintonge, du côté de Saint-Palais-sur-Mer, et celle de la baie de Saint-Georges, en remontant la rive droite de la Gironde, où nous avons trouvé des bois très propres à l'exécution de nos ouvrages, et dont nous nous proposons de faire usagé, mais seulement pendant la belle saison, lorsque la mer sera praticable. Un des grands propriétaires du pays, le citoyen Saint-Légier, a mis généreusement des bois à notre disposition
De Cordouan, le &, nous sommes descendus i l'embouchure de la Gironde, sur la rive gauche de ce fleuve ; notre premier soin a été de parcourir la côte et d'y faire choix du lieu le plus convenable pour rétablissement de nos premiers ouvrages. Nous y avons vu, avec peine, que le fort était menacé par la
mer; qu'une assez grande partie de la pointe de Grave allait être incessamment envahie sans espoir de pouvoir Tempécher; que la côte n'était qu un désert affreux et dënué de toute espèce de production, et que les progrès rapides des dunes dans les terres étaient effrayants. L'église de Soulac en est une preuve incontestable. Le clocher qui, il ny a pas vingt ans, était enseveli sous une épaisseur de plus de vingt mètres de sables , en est aujourd'hui entièrement débarrassé et sert de balise; la montagne a passé.
Unaniment convaincus que le point le plus avantageux , pour rétablissement de notre premier atelier, se trouvait au midi du fort, nous y avons fait transporter les lattes, piquets et branchages que nous avions provisoirement fait couper et approvisionner sur la côte; et à & heures précises de l'après-midi, le conseiller dlitat, préfet, le commissaire principal de la marine, les membres de la commission et le citoyenN.-T. Brémontier, nommé président de la Commission par les consuls de la République et auteur du projet, les citoyens Peychan, inspecteur, et Barennes tracèrent chacun leur sillon, établirent les premières couvertures et commencèrent enfin cette grande et utile opération, d'où doit dépendre la conservation de tant de possessions précieuses, le salut d'un très grand nombre de navigateurs, la fertilisation de plus de douze cents milles quarrés de terrain, qui , sans exagération dans les dépenses ni dans les produits, doivent apporter an revenu à peu près égal à cette dépense, qui ne peut former un objet de plus de quatre ou cinq millions
Notre chaloupe nous ayant repris à Blaye, nous sommes arrivés ï Bordeaux ce même jour, 5, à lo heures du soir, et nous avons terminé et clos ce procèsverbal.
1802 (i2 janvier). 3 9 NivôsE AN X. — ExtroU du registre des arrêtés du conseiller XEtat, préfet du département de la Gironde [Dubois). — Plantation des dunes.
Le Conseiller d'Etat, Préfet du département de la Gironde,
Vu:
i"" Le mémoire du citoyen Brémontier, ingénieur en chef du département, sur la fixation et la plantation des dunes des côtes de la Gascogne;
s*" L'arrêté des consuls du i3 messidor an ix, qui ordonne la fixation et la plantation desdites dunes et porte que les travaux seront dirigés par une commiiaton, sans l'autorité do préfet du département de la Gironde;
2Vi LES DINES DE GASGOlilSE.
3** Notre arrête du 17 thermidor, qui nomme les citoyens Brémontier, ingénieur en chef, Guyet-Laprade, conservateur de la ii' division des forêts, Bergeron, Labadie de Haux et Gatros, membres de la Société des sciences, arts et belles-lettres de Bordeaux, section d'agriculture, pour composer ladite commission;
A"" La lettre du citoyen Grétet, conseiller d'Ltat, charge spécialement des ponts et chaussées, canaux, navigation intérieure, etc., du 18 fructidor, laquelle annonce Touverlure d'un premier crédit de 19,000 francs pour commencer les travaux;
5"* La lettre du commissaire principal de la marine, du 19 thermidor, et celles du conseiller d'État Grétet, des 18 fructidor et 3*" jour complémentaire, par lesquelles ils exposent que la conservation du port de Bordeaux exige que les dunes soient promptement fixées à la pointe de Grave;
6° L'arrêté des consuls du 3"* jour complémentaire an ix;
7*" Le procès-verbal du 3 vendémiaire, an x, relatif à la visite faite des dunes par le préfet, le commissaire principal de la marine et les membres de la commission, pour reconnaître les travaux opérés à la même époque et établir des ateliers à la pointe de Grave;
8"" L'état estimatif des ouvrages à faire pendant l'an x, pour la plantation des dunes, lequel état, sous la date du 6 vendémiaire, a été formé et remis au préfet parla Gommission;
Q° La lettre des administrateurs généraux des forêts, du 91 vendémiaire, qui nous a été communiquée par le conservateur du 11* arrondissement, et par lequel ils manifestent l'intérêt qu'ils attachent à une opération dont les résultats doivent être aussi avantageux, et offrent de faire un fonds de 5o,ooo francs pour l'article seul des plantations;
lo"" La lettre du conseiller d'Étal Grétet, du 97 brumaire dernier, par laquelle ce magistrat déclare que t intention bien évidente du Gouvernement est que les dunes soient plantées ^ abstraction faite des modes et exécution , et par laquelle il invite le préfet à faire disparaître tout ce qui pourrait entraver T exécution des travaux;
Gonsidérant que, si la rigueur de la saison a fait suspendre l'ensemencement, il est instant de remettre cette opération en activité, les ouvrages ne laissant plus à craindre, pour le reste de l'année, de notables révolutions sur les dunes;
Gonsidérant que le vent d'Ouest souffle presque habituellement sur cette plage; qu'après avoir séché les sables il les soulève en tourbillons et les porte sur les terres; que les monticules immédiatement contigus aux terrains cul-
DOCUMENTS ANNEXÉS. 2'i5
tivcs sonl accras dans une proportion étonnante, et poussés vers rintéricur, dès que ce veut souffle avec plus d'intensité qu à Tordinaire;
Que ce sable étant composé de molécules sphériques, dures, très menues et, par conséquent, d'une extrême mobilité, leur propre poids les fait couler, lors même que le vent ne se fait plus sentir;
Que les progrès des dunes, vers TEst, deviennent tous les jours plus sensibles, qu elles sont sur le point d'engloutir la commune de la Teste et tout son territoire ;
Qu'une partie notable du Médoc en est déjà couverte, et que, si on n'oppose, sans délai, aux irruptions de la mer des obstacles qu'elle ne puisse pas franchir, cet élément privera le département de la Gironde et la République du sol précieux où croit un des meilleurs vins de l'univers;
Considérant que les sables des dunes ont été mal à propos regardés comme stériles ;
Qu'il y croit, en très peu de temps, des végétaux de toute espèce, et que le seul moyen de les soustraire à l'action du vent et de les fixer consiste à y jeter des graines, avec les précautions convenables;
Considérant que la conservation du sol n'est pas l'unique motif qui milite en faveur de cette grande opération ;
Que les sables à couvrir de végétaux sont d'une immense étendue, et qu une fois mis en rapport ils fourniront le bois de chauffage et le charbon nécessaires aux trois départements de la Gironde, des Landes et des Basses- Pyrénées oà la rareté de ces objets est déjà sentie;
Considérant que le pin semé sur les dunes y devient très beau et que, si on en veut multiplier l'espèce sur cette vaste superficie, elle fournira, sous peu d'années, à I4 marine et au commerce, des quantités incalculables de térébenthine et de goudron; qu'on pourra même rendre le commerce étranger tributaire de la France pour ces deux denrées;
Considérant que tous les végétaux dont on a semé les graines sur les dunes y ont non seulement réussi, mais qu'ils y sont devenus plus beaux et plus vigoureux que dans les terres; qu'à prendre l'analogie pour règle, on y se nierait avec succès le hêtre, le frêne, plusieurs espèces de sapins, etc.;
Que, si, comme il est vraisemblable, ces végétaux se naturalisaient sur les dunes, nous trouverions sur notre sol les bois de construction, qui font passer notre numéraire dans le Nord;
Considérant que les dunes, une fois couvertes, produiraient un immense revenu au profit du Gouvernement;
Que leur fixation est par conséquent avantageuse sous le rapport du com-
2'i6 LES DUNES DE GASCOGNE.
merce, de Tagricollure, des finances et du bien-être d'une population consi*dérable, et qu'on doit se féliciter d'être si amplement dédommagé des frais d'une opération devenue d'ailleurs indispensable pour la conservation de cette portion du continent européen;
Apres nous être concerté avec les membres de la Commission des dunes et le citoyen Guyet-Laprade, conservateur des forêts à Bordeaux,
ArrAte :
Art. l*^ L'état estimatif des ouvrages et dépenses accessoires, fourni par ladite Commission pour la fixation et l'ensemencement des dunes des côtes de la Gascogne-, pendant Tan x, est approuvé.
Art. 2. Pour continuer l'ensemencement et les ouvrages, il sera établi dans le mois cinq ateliers sur les points suivants, savoir :
Le premier, au Verdon, entre la pointe de Grave et les balises de Soulac; le second, sur la côte d'Arcachon; le troisième, à la pointe de Pachou; le quatrième, au cap Ferret; le cinquième, au boucaut de Mimizan, département des Landes.
Art. 3. L'ensemencement et les ouvrages seront dirigés et surveillés par la Commission.
Elle réglera et arrêtera les dépenses. Le préfet les approuvera définitivement et les ordonnancera.
Art. a. L'inspecteur remettra au préfet, le i*' et le 16 de chaque mois, l'état des travaux.
Art. 5. L'Administration générale des forêts est invitée à nommer des gardes pour veiller à la conservation des semis, des clayonnages, et des autres ouvrages accessoires, au fur et à mesure qu'ils s'effectueront, et à mettre incessamment à la disposition de la Commission des dunes la somme de 5o,ooo francs, pour les plantations à faire en l'an x, indépendamment des fonds que le Ministre de l'intérieur doit faire, aux termes des arrêtés des consuls, pour les ouvrages d'art et les clayonnages dont les dépenses ont aussi été jugées par la Commission devoir s'élever à 5o,ooo francs, pendant la même année, et pour acquitter les travaux exécutés en l'an ix.
Art. 6. La Commission est invitée à faire mêler, dans l'ensemencement, des graines de diverses espèces d'arbres, et notamment de ceux qui sont reconnus les plus propres à la construction des navires.
Abt. 7« II sera adressé des copies du présent arrêté aux Ministres de Tintërieur et des finances, au conseiller d'État Crëtet, à TAdministration générale des forêts, au citoyen Brémontier, président de la Commission des dunes, au citoyen Guyet-Laprade, conservateur du ii* arrondissement des forêts, et au citoyen Peychan, inspecteur des dunes.
1802 (9 avbil). 19 GERMINAL AN X. — Procès-verhal de visite
des dunes de la Teste,
L'an X de la République une et indivisible et le 19 germinal, nous, Pierre-Timothée Guyet-Laprade, conservateur de la ii* division des forêts, accompagné du citoyen Sarlat, sous-inspecteur des forêts dans ladite division, et du citoyen Parens, garde général du i*** cantonnement, nous sommes rendu à la Teste pour visiter les semis des dunes et les travaux de Tannée. Assisté du citoyen Peychan jeune, inspecteur des travaux des dunes, et du garde attaché aux semis, nous avons été conduit au lieu appelé rrrenclos au devant du Pachou?», où il a été fait des semis, commencés rbiver dernier, qui ont très bien' réussi, par le moyen des couvertures de branchages latés et piquetés, que Ton a couchés dans plusieurs sens pour les préserver d'être envahis par le roulement continuel des sables. Cet atelier, dont les ouvrages nous ont paru à peu près finis, à quelques mètres près de clayonnages qu'il serait nécessaire de parachever pour arrêter le roulement des sables, est de 1 5 hectares et coûte la somme d'environ 9,/ioo francs, ce qui porte l'hectare à la somme de 160 francs. Cette somme ne se trouve si considérable que par la nécessité où Ton a été d'entourer toute la partie d'un clayonnage qui a augmenté la dépense de plus de moitié et qui se trouvera infiniment moindre dans la région des semis déjà faits où tous les branchages seront à pied d'œuvre et où les clayonnages seront inutiles.
L'emplacement de cet atelier était ci-devant une propriété particulière en vigne et pré, qui a été envahie par les sables en moins de trois ans ; il n'est qu'à 700 mètres environ du bourg de la Teste et les progrès rapides que font les sables dans cette partie et qui ont déjà recouvert les clayonnages, quoiqu'ils fussent élevés de 1 m. 3o au-dessus du sol, font craindre l'envahissement général des propriétés voisines et même d'une partie du bourg, si on ne reprend pas dans le plus bref délai possible des travaux dont l'expérience assure le^plus heureux succès.
2'i8 LES DUNES DE (ÎASCOGNE.
De là, étant allé à la pointe de TÂiguillon pour chercher à reconnaître le progrès des sables, nous avons remarque que ce point est attaqué par les vents d'Ouest, ce qui prolonge considérablement la pointe vers le port de la Teste. Les sables ont encombré presque entièrement ce port, de sorte quon ne peut plus y charger que les plus petites barques; il est urgent, si on veut le conserver, de fixer cette pointe par des travaux propres à arrêter le roulement des sables, qui menacent d'encombrer cette partie du bassin. Ces travaux ne seraient pas coûteux, les branchages pour la couverture se trouvant à pied d'œuvre.
Traversant ensuite la petite forêt d'Arcachon, qui se trouve au nord des semis de 1 790 , nous avons observé que cette forêt est fortement attaquée par les sables. Parvenu sur lesdits semis, nous avons reconnu qu'ils commencent à la pointe de Bernet et vont joindre ceux de 1788 en couvrant une très grande étendue de terrain. Ces semis ont acquis une hauteur remarquable, ainsi que le genêt, Tarbousier et le chêne. Si cette partie des semis était éclaircie comme il conviendrait, les arbres viendraient de toute beauté, mais il est plus avantageux de ne pas y toucher parce qu'ils fourniront des branchages nécessaires pour la couverture lors de la reprise des travaux. Nous avons remarqué, en outre, que dans toute cette partie, et sur la longueur d'environ 600 mètres, les semis sont fortement attaqués par les courants qui se jettent sur cette partie, poussés par la pointe du cap Ferre t, de telle sorte que, dans l'espace de deux à trois ans, il a été perdu environ 60 mètres de largeur de terrain sur la longueur précitée, de manière que, sous tous les rapports, il est pressant qu'on s'occupe de fixer cetle pointe qui roule continuellement les sables dans le bassin et y jette les courants avec force vers la pointe du Bernet.
Les premiers semis, qui ont été faits en 1788, sont supérieurs à ceux de 1790 ; on en voit, répandus çà et là, qui sont propres à fournir des soliveaux et de moyennes mâtures ; ils ont (également besoin d'être éclaircis.
Parcourant ensuite la partie des dunes qui sépare la grande et la petite forêt de la Teste, nous avons observé que ce vide présente une longueur de plus de 6,000 mètres sur une largeur de 1,900 mètres au moins, qui autrefois ne faisait qu'une seule et même forêt. Parcourant les dunes, nous avons aperçu les cimes de plusieurs arbres pins qui auparavant avaient près de 5o pieds de hauteur ; ils paraissent et disparaissent au gré des vents , mais on peut sans crainte en approcher lorsque le vent est calme. Il devient pressant de fixer toute cette partie qui, en réunissant les deux forêts, abritera le bourg de la Teste.
Nous avons en outre observé que toutes ces parties de semis, faute d'être
continuées par de nouveaux travaux , se trouvent dans certains cas fortement attaquées par les vents qui roulent les sables et font disparaître les travaux commencés, ce qui nous porte à réclamer la reprise de ces travaux dans le plus court délai possible, si on ne veut pas perdre entièrement ce qui a été déjà fait. Le seul moyen de prévenir ces inconvénients consiste à continuer les semis. Les clayonnages sont inutiles dans la majeure partie du terrain et ne deviennent indispensables que sur le bord de la mer. Ils devront être placés parallèlement aux vives eaux pour arrêter les sables qui en sortent journellement et qui , par leur roulement progressif, menacent non seulement d'envahir, mais envahissent en effet les propriétés particulières.
Nous avons démontré la nécessité de continuer les semis pour remédier aux dangers que nous venons de signaler, mais à Tappui de nos propositions viennent encore les travaux préparatoires effectués par le citoyen Peychan, tels que la coupe d'une quantité considérable de branchages qui périt sur le parterre faute de fonds, Tapprovisionnement en graines de genêt et de pin, la construction de cabanes pour loger les ouvriers, qui tous tourneraient à pure perte.
1802 (16 djîgeiibre). â5 frimaire an xi. — Lettre de ritigénieur en chef des Ponts et Chaussées et président de la Commission des dunes (Brémontier) aux membres de la Société d'agriculture de la Seine, ^
Citoyens, j'ai pris la liberté de vous adresser des échantillons de quelques plantes venues dans les dunes de la Teste et d'Arcachon. Ils ont été pris tous, à l'exception de celui âiHieraehmy dans les semis que j'ai fait faire. Vous ne verrez certainement point avec indifférence que des sables purement quartzeux aient donné des productions aussi belles. J'ai cru devoir joindre à cet envoi un procès-verbal de la tournée que je viens de faire avec un des membres de la Commission des travaux des dunes, ainsi que divers échantillons des sables dont ces montagnes sont composées : c'est un hommage que je vous dois, et ma faible marque de ma reconnaissance, mais je n'ai pas d'autres moyens de vous les témoigner.
Il me reste, citoyens, une grâce bien essentielle à vous demander; j'ai depuis bien longtemps un fardeau assez pesant sur le cœur et c'est au milieu de votre assemblée que j'ai le plus grand intérêt de le déposer. Permettez-moi ma justification, dont j'ai le plus grand besoin pour ma satisfac-
lion particulière et pour ma tranquillité. Je serais malheureux toute ma vie, si quelqu^un parmi vous pouvait soupçonner que la faveur signalée que vous m'avez faite n'eût pas été méritée.
Depuis près de trente années, je me suis occupé, sans relâche pour ainsi dire, du projet de la fixation des dunes. Après douze ou quinze ans au moins de travail, de courses fatigantes et de soins multipliés, j^obtins du Gouvernement la permission de faire des essais dont vous reconnûtes les succès en Tan vm , et j^ai obtenu avec peut-être . autant de difficultés et de peines en Tan IX Tarrétë bienfaisant des consuls, qui détermine invariablement Texécution de mon projet et accorde une somme annuelle de 5o,ooo francs pour y parvenir. Et sans le secours véhément de plusieurs hommes d'État (les citoyens Chaptal, Crétet, Dubois des Vosges, etc.), pénétrés comme moi des grands avantages qui devaient en résulter, il est plus que probable que cette utile opération ne serait pas encore commencée. Jusqu'à ces deux dernières époques, tous ceux qui depuis ont manifesté des prétentions à la gloire de cette entreprise avaient gardé un profond silence , ou du moins leurs réclamations à cet égard ne m'étaient pas parvenues. Aussitôt que nos succès ont eu quelque éclat, chacun a voulu y avoir une part. On a senti que, dans l'emploi annuel de 5o,ooo francs, il devait y avoir des places salariées, et chacun encore voulait avoir Tair de les mériter et croyait pouvoir les occuper; mais pour cela sans doute il fallait en éloigner tous ceux qui y avaient un droit justement acquis. Quelques-uns, qui n'avaient d'autres notions que celles qu'ils avaient pu prendre, ou dans les essais que j'avais fait faire, ou seulement même dans les divers mémoires que j'avais fournis, non seulement ont osé prétendre qu'ils avaient des connaissances exactes de ces ouvrages et des moyens que j'avais employés, mais encore qu'ils en avaient fait usage avant moi, et ils étaient venus à bout de le persuader à des personnes aussi recommandables par le mérite particulier qui les distingue que respectables par les grandes places qu'elles occupent.
Quelques autres prétendent que les travaux sont mal dirigés; que l'on s'attache mal à propos à fixer sur le bord de la mer des sables qui ne font aucun mal, tandis qu'on abandonne les propriétés qu'ils envahissent du côté des terres. Ils ne voient pas, ou ne veulent pas voir (et c'est cependant bien le cas), qu'on est le plus souvent dans la nécessité de laisser consumer un édifice qui brûle, pour empêcher les progrès de l'incendie. Et si malheureusement nous suivions très rigoureusement leurs principes, nos travaux reviendraient à des sommes énormes; cette belle opération serait peut-être manquée.
Enfin, tout récemment encore (et, ce qui est de plus étonnant, sous Tautorjsation d'un magistrat respectable) on a publié un rapport de cinquante pages pour prouver que le citoyen Peychan doit avoir presque toute la gloire des succès de Tentreprise et des moyens que nous avons' employés ; et par une note mise à la suite de ce rapport et évidemment après coup, ce n'est plus ni lui , ni moi , qui avons le mérite de Tinvention , c'est le citoyen Desbiey. L'auteur, dans le texte de son ouvrage, n'était donc pas bien sûr de son assertion, et on peut raisonnablement soupçonner qu'il n'est pas précisément certain de la dernière. Je vous supplie instamment, citoyens, de jeter un coup d'œil sur les numéros 1 5 et 17 de votre procès^verbal du 9 vendémiaire et sur la copie ci-jointe de l'article du mémoire du citoyen Desbiey relatif aux dunes. Le mémoire qu'on y cite et qui a été lu dans une séance publique de l'Académie des sciences de Bordeaux, le 95 août 177&, n'a point été publié et ne se retrouve point dans ses archives, et des personnes dignes de foi qui ont assisté à cette séance m'ont assuré qu'il n'y était nullement question des moyens dont nous nous sommes servis. Et je puis vous certifier, citoyens, que le citoyen Peychan ni moi n'avons eu aucune connaissance des moyens employés par le citoyen Desbiey; j'aurais été le premier à les faire connaître (^). Je n'ai point laissé ignorer que le général Glausen, en Danemark, avait fait usage des couvertures, et, si je l'avais su, j'en aurais volontiers rejeté l'honneur sur un de mes compatriotes. Je n'ai jamais douté de la possibilité de fixer et de fertUiser les dunes, je ne me suis jamais beaucoup inquiété des moyens, j'ai toujours été persuadé qu'ils ne manqueraient pas ; plusieurs autres objets avaient frappé mon imagination.
J'avais en vue de diminuer le nombre des naufrages, de sauver la fortune et la vie à une foule de marins en établissant des balises naturelles sur une côte perfide où il n'y en a jamais eu , et qui ne ressemble plus à ce qu'elle était quelques jours après qu'on l'a perdue de vue.
J^avais pris à cœur de maîtriser un ennemi puissant qui envahissait tous les ans à la France près de 5o,ooo ares (plus de t,5oo journaux) de ter* rains en bonne valeur, et de lui faire payer au contraire une forte contribution.
Je voulais procurer à l'État, avec une très modique dépense , une richesse de denrées qu'elle n'avait pas et plusieurs millions de revenu. En effet, d'après
(^) On peut être surpris de ne pas voir mentionner M. de Villers. Son mémoire spécial sur ies dunes était déjà déposé, il est vrai, k la bibliothèque de Bordeaux, mais une copie do son mémoire général se trouvait dans les archives des Ponts rt Chaussées.
un calcul que nous ne croyons point exagéré et dont le détail est ci-joint, vous vous convaincrez facilement, citoyens, qu'au moyen de la somme de 9,35o,ooo francs que fournira le Gouvernement, il retirera en lvii (18/18) un revenu net de 676,000 francs qui s'accroîtra successivement, qu'en lx (1861) il sera remboursé de sa première dépense, et qu'en lxxxi (1879) à peu près il jouira presque complètement des produits de cette entreprise, que nous pouvons porter sans trop d'erreur à & ou 5 millions de revenu, et vous serez conrvaincus encore que l'époque de la fertilisation des dunes ne peut être portée au delà de &3 ou au plus de U6 ans. Cette époque est bien différente de celle de &00 ans qu'on a cherché à établir (p. /i3, lig. 93 et 96) dans le rapport que nous avons déjà cité.
Revenons au citoyen Peychan, qui, suivant la notoriété publique, doit avoir presque à lui seul tout l'honneur de l'opération.
Il est certain que ce citoyen estimable, chargé alors des affaires du ci-devant seigneur de la Teste (le citoyen de Ruât), avait fait quelques semis avant mes premiers essais, au pied des dunes et dans les vallons qui se trouvent entre ces montagnes; mais, ainsi qu'il le dit lui-même, il n'avait jamais jeté les yeux sur leurs sommets ni sur leurs rampes, qu'il avait toujours considérés comme infertiles et comme ne pouvant être arrêtés ou fixés par aucun moyen.
Il est très certain encore, lorsque l'administrateur de la province, le citoyen de Neville, eut fait adopter mes projets, qu'il me chargea de faire mes essais au Yerdon comme le point le plus essentiel de la cote et le plus important pour le commerce, et que sur mes instances il se détermina à les faire à la Teste parce que je ne connaissais personne au Verdon à qui je pusse en confier l'exécution.
Il n'est pas moins certain que c'est moi qui ai choisi le citoyen Peychan pour me seconder dans ce travail que mes occupations et mes services ne me permettaient pas de suivre; que je dois à son zèle, à son intelligence, à sa rigoureuse probité, une partie des grands succès que j'ai obtenus ; que, depuis l'établissement de mon premier atelier, il n'a cessé de travailler sous ma direction; que toutes les dépenses n'ont été payées que sur mes certificats, et qu'enfin si je m'étais Irompé dans mes espérances, si j'avais échoué dans mon entreprise, tout le blâme, toutes les fautes que l'on aurait faites, tous les désagréments seraient retombés sur moi ; tous ces faits sont incontestables.
C'est encore moi, citoyens, qui ai fait donner au citoyen Peychan le titre d'inspecteur des travaux des dunes; c'est la seule place honorable qui soit salariée dans la conduite de ces ouvrages.
Je crois que vous jugerez comme moi, citoyens, qu'il faut avoir du courage pour opérer le bien. Pai, pour faire réussir mon projet, fait d'assez gros sacrifices pécuniaires, je me suis donné bien des peines, j'ai éprouvé bien des dégoûts ; tout mon travail , tous mes soins ont toujours été et sont encore purement gratuits : je n'ai eu d'autre récompense que la médaille que vous m'avez accordée, mais elle me dédommage bien amplement de tout, si vous êtes convaincus que j'ai pu la mériter.
Excusez, citoyens, la longueur de ma lettre; j'ai pensé que je vous devais cette justification. Je connais les motifs qui ont dirigé contre moi la plume du citoyen Tassin ; à bien des égards il s'est trompé. Le texte de son rapport est d'un style tout différent de celui qu'il a employé dans une note qu'il a insérée à la fin et dans la lettre qu'il a pris la peine de m'écrire. Il me dit positivement dans cette lettre qui n'est pas connue cr qu'il se plaira toujours à proclamer hautement que, sans moi, les semis et plantations des dunes n'auraient jamais pu être considérés que comme l'une de ces théories brillantes qu'il est impossible de mesurer en pratique?). C'est à très peu de chose près tout ce que je pouvais désirer.
J'ai, citoyens, l'honneur de vous saluer avec autant de reconnaissance que
de respect.
Signé: Brkmontibr.
P.'S. Si vous désiriez, citoyens, avoir quelques renseignements de plus sur ces sables, ce serait un très grand plaisir pour moi de vous les donner.
Cette expédition est suime des mots suivants, écrits de la main de Brémontier :
L'exactitude des faits énoncés dans cette lettre a été certifiée par le citoyen Peychan lui-même et par son beau-frère le citoyen Eymerie.
1803 (lo janvier). 2 nivôse an XI. — Société des sciences, belles-httres ^ et arts de Bordeaux. Lettre au M%n\stre^^\
Citoyen Ministre, grâce à >otre zèle pour tout ce qui est grand et utile, les travaux de l'ensemencement des dunes du golfe de Gascogne se continuent
(*) Les mots eutre guillemeb ont été raturés par Bréinoiitîer et les mots en italique sont écrits de sa main.
avec activité; bientôt les propriétaires voisins des sables seront à Tabri du fléau dévastateur, n'auront plus à craindre de voir leurs établissements ensevelis sous ces montagnes mouvantes, et une immense étendue de terres que le préjugé semblait condamner à une étemelle stérilité vont devenir au contraire à jamais productives.
Soyez bien convaincu, citoyen Ministre, que les hi^bitants reconnaissants de ces contrées n'oublieront jamais que c'est en même temps aux vues paternelles du Gouvernement, à l'active prévoyance du citoyen Dubois, conseiller d'État, préfet du département de la Gironde, et h la constance soutenue du citoyen Brémontier, qu'ils sont redevables de tous cas avantages.
Les plantations faites en l'an x par vos ordres, citoyen Ministre, ont plus complètement réussi qu'on ne devait même le désirer; les citoyens Brémontier, président de la Commission des dunes, et Gatros, notre collègue, ont bien voulu communiquer à la Société le procès-verbal de la tournée qu'ils viennent de faire pour visiter ces sables, depuis l'embouchure de la Garonne jusqu'à cdlede TAdour; les détails que leur rapport renferme lui ont paru si importants pour le cultivateur, si essentiels aux progrès de la science de l'agriculture et si avantageux au Gouvernement, qu'elle a arrêté qu'il vous en serait donné copie.
Vous verrez sans doute avec autant d'intérêt que de plaisir, citoyen Ministre, que la question de la fixation et de la fertilisation des dunes n'est plus un problème. Les échantillons de bois provenant de divers semis qui ont été faits depuis 1787 jusqu'à ce jour, et que nous avons l'honneur de vous adresser, vous en donneront des preuves beaucoup plus certaines que tous les raisonnements qu'on pourrait trvous)) faire ; ermaisT» dans son procès-verbal, le citoyen Brémontier ne s'est pas borné à constater les heureux résultats de ses expériences. Sans cesse occupé des moyens de défendre des terres en bonne valeur journellement menacées d'être envahies, de fertiliser un désert immense, de donner, en la balisant, des moyens aux marins d'éviter les écueils d'une côte dangereuse sur laquelle ils viennent faire naufrage , faute de pouvoir la reconnaître , il indique encore un procédé, aussi simple qu'ingénieux, pour dessécher plus de 3oo milles quarrés (30 lieues carrées) de terres précieuses submergées par les eaux que ces montagnes retiennent.
Tous ceux qui ont parcouru ces sables et qui ont une idée de leur mobilité ne paraissent avoir aucun doute sur la nécessité de son projet, dont cependant la nature seule ou les vents doivent faire tous les frais <rou payer la dépense 19 •
On vous aura, citoyen Ministre, indubitablement rendu compte d'un
rapport fait au préfet du dëpartemenl des Landes , daus lequel on a cherché à enlever au citoyen Brémontier, sinon la totalité, au moins une ff petite 79 partie de la gloire qu'il s'est acquise, en imaginant les moyens de fertiliser ces sables, et en osant le premier employer cr ceux 79 les proeidés quil avait proposés pour les fixer.
Nous pouvons vous certifier, citoyen Ministre, que le rapport du citoyen Tassin, secrétaire général du département des Landes, est rempli de fautes grossières, d'erreurs de toute espèce et d'assertions ou exagérées ou absolument fausses; que le citoyen Peychan n'a jamais fait de plantations qu'au pied de ces montagnes, et non sur leurs sommets ni sur les rampes , qu'il avait toujours crus stériles; qu'il n'a jamais été qu'un agent secondaire crdans cette opération?) et continuellement employé sous les ordres du citoyen Brémontier; que celui-ci, depuis plus de 35 années, n'a cessé un instant de faire valoir les avantages qui devaient résulter de l'exécution du projet, ou de s'occuper deç moyens de le faire réussir, et que, sans les soucis constants qu'il s'est donnés pour y parvenir, les dunes n'eussent probablement jamais été fixées ; que la gloire et le succès de cette entreprise , aussi vaste que hardie, ne peuvent être contestés à cet ingénieur, aux talents distingués duquel la Société d'ailleurs se plait à rendre justice.
Nous pouvons vous attester encore , citoyen Ministre , qu'il n'est question dans le mémoire imprimé du citoyen Desbîey, ancien receveur à la Teste, cité dans la feuille du Mmûteur du 3 frimaire dernier, d'aucun procédé relatif à la fixalion des dunes, (r qu'on y cite à la vérité un autre mémoire manuscrit lu en 177/î, dans une des séances de l'Académie des sciences de Bordeaux, mais que ce dernier mémoire ne s'est point trouvé dans les archives de l'Académie 79.
Signé: Dutrocilh, secrétaire général.
1803 (9 hovcmbrb) 17 brumaire an xii. — Extrait du rostre de» dêihéraùoM de la Commission des dun$s.
Il a été introduit à la séance le citoyen Couturier, chef de l'atelier de
l'étang de Lacanau, lequel a dit que les semis de l'atelier dont il est chargé
ont beaucoup à souffrir du parcours des gros bestiaux, chevaux et vaches, qui
mènent une vie entièrement sauvage; que ces animaux appartiennent à di-
verses communes avoisinantes qui n'en connaissent pas même le nombre, qui de temps à autre en vendent à vil prix quelques pièces à des bouchers de campagne qui ne peuvent s en saisir qu'en les tuant à coups de fiisil ; que ces mêmes animaux, n'étant surveillés par personne, viennent en foule et à toute heure sur les semis; que c'est en vain que l'on tenterait de les mettre au parc, puisqu'il serait impossible de les attraper, que d'ailleurs ils ne seraient réclames par personne; que tant que ces bandes d'animaux existeront il faut renoncer à faire aucun semis dans les environs, quels que soient le nombre et la vigilance des gardes.
Sur quoi, la Commission, considérant que le grand avantage, si bien senti par le Gouvernement, que présente la plantation des dunes et les succès constants qui ont couronné ces travaux, semis qui font l'étonnement de tous ceux qui les avaient jusqu'alors révoqués en doute, est d'une tout autre importance que ces bandes fugitives de bestiaux qui ne sont d'aucune utilité, ni pour les travaux de l'agriculture, ni pour les engrais, qui ne fournissent d'ailleurs aucun laitage, et dont on ne peut tirer aucun parti qu'en les tuant sur place après des chasses qui emploient beaucoup de monde et sont dangereuses, au moins pour les chiens que l'on emploie pour les poursuivre ;
Que le Gouvernement, qui consacre des fonds annuels à la fertilisation des dunes, entend que tous les obstacles qui peuvent rendre inutiles les sacrifices qu'il fait pour parvenir à ce but disparaissent ;
Que la propriété du sol sur lequel ces plantations doivent être assises est incontestablement à la République ; que par conséquent tout usage et jouissance privée, de quelque nature que ce soit, doit cesser lorsque la conservation des semis l'exigera ,
A DÉLIBÉRB :
Art. i". Le préfet du département de la Gironde sera prié de vouloir bien ordonner la destruction des bandes errantes de bestiaux sauvages qui existent dans les environs des étangs de la Canau et d'Hourtin, ainsi que dans les autres lieux environnants les divers semis faits et à faire le long des dunes.
Art. 2. Expédition de la présente délibération sera adressée au préfet du département par le président de la Commission, chargé d'en suivre l'effet auprès de ce magistrat.
1803 (i/i isoveubhb). :i!î BKUHAiRK AN \ii. — Extrait du registre des arrêtés
du préfet du département de la Gironde.
Le Prbfet du départevbnt de la Gironde,
Va la délibération de la Commission des travaux des dunes, en date du 17 du courant, de laquelle il résulte que les semis des dunes qui bordent les communes d'Hourtin, Lacanau, Carcans et le Porge seront bientôt détruits par la grande quantité de bestiaux sauvages appartenant à diverses communes environnantes, qui les parcourent continuellement, si on ne prend les mesures les plus promptes pour conserver ces importantes plantations ;
Considérant que TAdministralion publique ne peut trop s'empresser de conserver par tous les moyens qui sont en son pouvoir le grand avantage qui doit résulter de la plantation des dunes , avantage si bien senti par le Gouvernement qu'il a consacré des fonds annuels à leur fertilisation ;
Qu'il est d'autant plus urgent d'écarter tous les obstacles qui peuvent nuire à ce but important et qui tendent à rendre nuls les sacrifices faits jusqu'à ce jour par le Gouvernement ;
Que ces bestiaux ne sont d'aucune utilité ni pour l'agriculture ni pour les engrais ;
Qu'il est néanmoins nécessaire d'ôter aux particuliers le prétexte de se plaindre des mesures employées à cet effet, en leur donnant les moyens d'éviter le dommage qu'elles pourraient leur occasionner,
Arrête :
Art. l"". Dans la quinzaine qui suivra la réception du présent arrêté, les habitants des communes d'Hourtin, Lacanau, Carcans et le Porge seront tenus d'attraper et de faire parquer les bœufs, vaches et chevaux vaquant continuellement dans les parties des dunes qui les bordent.
Art. 2. Faute par les habitants des communes ci-dessus désignées de se conformer aux dispositions de l'article précédent et dans le délai prescrit, il sera fait à la diligence des maires desdites communes des battues générales à l'effet de détruire les bestiaux nuisibles à la fertilisation des dunes.
Art. 3. Les gardes des semis sont autorisés, après l'expiration de ces mêmes délais, à tirer sur les bestiaux qui y entrent.
EAUl BT FOSilS. M. J. BfiRT. 17
Art. &. Expéditions du présent arrêté seront adressées aux maires des communes d'Hourtin, Lacanau, Carcans et le Porge, ainsi qu'à la Commission des travaux des dunes, qui demeurent invités à s'y conformer, chacun en ce qui le concerne.
180 A (lO février), âo PLUYiôsB AN XII. — QtuUrième mémoire de Brimontier relatif aux dunes autres que celles du golfe de Gascogne. (Extraits.)
On trouve des dunes nues particulièrement entre Étaples et Neufchâtel, au droit de Sanniers. Elles occupent même dans cette partie une lieue entre les terres quelles envahissent et la mer d'oii elles sont sorties. Entre Calais, Gravelines et Dunkerque, et probablement jusqu'à TËscaut (cette hypothèse est confirmée par ma note), l'espace occupé par les dunes est très rétréci en largeur, mais leur chaîne devient continue ; elle est formée de monticules de 3 à 10 mètres. Entre Gravelines et Dunkerque, on remarque des levées d'une assez grande longueur qui semblent faites de main d'homme ; c'est l'efi'et des vents d'ouest, nord-ouest et sud-ouest régnant alternativement.
La majeure partie des sables répandus sur les côtes de la Manche, de la mer du Nord ou de la Lys sont calcaires et plus ou moins mélangés de fragments de quartz ou de silice; ils diffèrent par conséquent de ceux du golfe de Gascogne , qui sont siliceux. Ces sables se tassent et se lient ; les hoyia {Arundo arenaria) se rencontrent presque partout; les rampes à l'est en sont parfois couvertes. On ne peut douter que les saules, les aulnes, les osiers, les peupliers, les arrête-bœuf {Ononis)^ les chiendents et surtout les oyats ne viennent très bien dans ces dunes; de même les chênes, charmes, hêtres, bouleaux et arbres fruitiers, ainsi que les plantes herbacées.
r^s sables détruisent les récoltes par le refoulement des eaux des rivières et canaux obstrués; ils envahissent les terres, remplissent les ports, tombent sur les vaisseaux et les maisons.
A Tembouchure de la Somme , la largeur réduite des dunes peut être évaluée à 8oo mètres. Entre la Somme et l'Authie , la largeur atteint 3,5oo mètres avec une hauteur de 8 à i9 mètres et parfois au delà. Entre l'Authie et Etaples, et entre Étaples et Boulogne, les dunes paraissent plus mobiles et sont plus élevées ; l'une atteint 90 pieds. A Boulogne, les sables occupent un petit espace; la hauteur est de 5 à 8 mètres. Les ingénieurs peuvent, pour protéger le port, les fixer provisoirement avec des plantations de hoyia et une légère couche d'argile. On peut mettre ce port à l'abri, ainsi que tous ceux
de ia Manche et de la mer du Nord , au moyeu d'un barrage quelconque d'un mètre et demi de hauteur. Uexpérience prouve qu'un mur élevé d'aplomb audessus des vires eaux suffit pour arrêter les sables sortant d'une plage quelconque. Ces sables, que les vents enlèvent de cette plage lorsque la mer est basse, sont arrêtés par ce mur et emportés ou au moins régalés lorsque les eaux viennent les mouiller et battre contre.
Partout où les hoyia sont en abondance les dunes acquièrent une certaine élévation. On en trouve près d'Ambleteuse qui oui jusqu'à loo pieds de hauteur; leur surface présente des déchirures, des cavités, des coupures brusques faites par les ouragans contre lesquels la résistance des hoyia n'a pas été suffisante. Les dunes non couvertes de hoyia présentent une surface plus régulière ; leurs sommets sont arrondis, leurs rampes unies et moins rapides.
Des parties de dunes depuis longtemps en culture et formant de bonnes prairies ont été recouvertes à la suite d'un orage du Ix au 6 nivôse an xii. Les herbes sont donc insuffisantes et il faut aussi repousser les feuillus, même les aulnes et les saules qui paraissent s'y plaire ; on doit préférer des résineux.
Exécution des travaux. — Etablir un cordon de a ou 3 pieds de hauteur sur le bord de la mer à quelque distance de la laisse des plus hautes marées. Entre le cordon et le pied des dunes, semis à la pelle. Une femme, munie d'une petite pelle ou spatule armée d'un manche, soulève le sable, pose deux, trois ou quatre grains au-dessous à quelques pouces de distance les unes des autres, puis laisse retomber le sable sur les graines qui sont ainsi recouvertes d'un ou de deux pouces de terre. Elle recommence une autre fouille à un pied de distance et ainsi de suite en suivant un alignement. On laisse entre chaque .sillon 8 ou 10 décimètres d'intervalle. On sème sur le tout à la volée des graines de genêt mêlées à du sable ; U décagrammes (i once) ou fi^décagrammes ( i once 1/2 ) suffisent pour un journal ou un arpent. On se sert des couvertures sur les plateaux et les pentes ; on y a recours rarement dans les vallons et les plaines; on établit aussi un deuxième cordon au pied des dunes.
Évaluatim de la dépense. — Les deux tiers des dunes étant couvertes de hoyia, cette plante tiendra lieu souvent de cordon ou de couverture; on sèmera les graines de pin entre les pieds de hoyia. La partie dénudée des dunes, évaluée au dixième de la contenance totale, exigera seule les moyens dispendieux indiqués ci-dessus.
Pour les parties peuplées de hoyia, la dépense ne dépassera pas, y compris la fourniture des graines, 6 à 8 francs Tarpent (3/i ares). Lorsque les plantations de hoyia paraîtront pouvoir être adoptées comme couverture, la dépense sera de 89 francs, et enfin de 98 fr. 5o en employant les procédés des dunes de Gascogne.
Surface des dunes depuis V Escaut jusqu'à la Somme.
Lomum. LAMin. toisis cAuàn.
Des bouches de TEscaut à Nieuport 89,000 3oo 9,600,000
De Nieuport à Dnnkerque i&,5oo 65o 9,^95,000
De Dunkerque à Graveiines 9,800 600 3,790,000
De Graveiines k Calais 10,000 Aoo &,ooo,ooo
De Calais au cap Gris-Nez 8,5oo 900 1,700,000 ^'^
De Gris-Nez à Ambleteuse 1,000 3oo 3oo,ooo ^'^
D'Ambleteuse h la rivière de Vime-
reux 9,000 65o i,3oo,ooo
De Vimereuxà Boulogne(3,5oô t.) » t «
De Boulogne à Étaples 9,000 1,900 17,100,000 ^^^
D'Etaples k Tembouchure de TAu-
thie 8,000 i,3oo io,&oo,ooo
De Tembouchure de TAuthie à celle
de la Somme 8^900 1,900 9,860,000
Total 67,388,000
Le 1/10 de cette surface est formé de sables absolument dénudés et il faut y avoir recours aux couvertures et à la plantation préalable d^hoyia. Sur les. 9/10 couverts de hoyia, de plusieurs plantes et d'arbustes, il suffira de semer des graines; la dépense sera de 10 francs par arpent, soit pour 67,885 arpents, 678,860 francs. Pour le premier 1/1 o il faudra dépenser 89 X 79^87 arpents, soit 991,998 francs, plus 6&,i57 francs pour baraques, entretien, gardes, etc.
Au total 1,080,000 francs. Dans le cas où il faudrait avoir recours aux couvertures, la somme de 961,998 francs serait remplacée par celle de
t*) La longueur est de ii,5oo toises, dont 3,ooo en falaises. — (*) La longueur est de 3,600 toises, dont 9,600 en falaises. — t') La longueur est de i3,ooo toises, dont &,ooo en falaises.
7, 687 X 98 fr. 60 = 737,370 francs, et la dépense totale serait portée à 1,475,377 francs.
En n'employant qae 5o,ooo francs par an aux travaux, à partir de la cinquième année, on pourrait avoir sur place des branchages pour couverture, et le prix par arpent descendrait à 3o francs. La dépense totale serait donc de 1 million et les travaux seraient terminés en vingt ans, à raison de 5 0,000 francs par an.
Surface des dunes entre la Somme et la Gironde.
Loiaimim. laboiob. ronm CAMibi.
Entre la Dive et TOme 5,ooo 45o a,â5o,ooo
Au sud de TOme 5,ooo 3oo i,5oo,ooo
Anse de Vauville 3,ooo 3oo 900,000
Sables de Baubigov (à 8,000 toises
au sud de Vauville) 3,ooo 35o i,o5o,ooo
Du fort Port-Bail à Comeville .... 7,000 3oo 9,100.000
Dunes au nord de Saint-Michel . . . ^,5oo 900 5oo,ooo
De Saint-PoI-de-Léon à Tembou-
chure de la Cervose, en 5 parties ^,900 3oo 1,470,000
De Port-Louis à Quiberon, en
5 parties 8,900 35o 9,870,000
Au Sud de Guérande 1,900 4oo 480,000
Au nord-ouest de SainMiilles 3,5oo âoo i,4oo,ooo
Sables-d'Olonne 4,5oo 3oo i,35o,ooo
Au sud de Taluiont, en 3 parties. . 6,000 4 00 9,4oo,ooo
Pertuis Breton 9,000 3oo 9,700,000
Côted^Arvers 6,000 i,35o 8,100,000
Isie de Noinnoutiers et rétablissement de plusieurs parties omises, n u 1 4,000,000
Isle de Bé, en 9 parties 8,000 900 1,600,000
Isie d'Oléron 4,5oo i,5oo 6,780,000
Total 5i,49o,ooo
CAieB de Méditerranée, environs de Cette 9,58o,ooo
Total 54,ooo,ooo ^*^
('} Ou 60,000 arpente de Paris (900 t. q.).
RECAPITULATION.
(Dunes des côtes de France.)
Des frontières de la Hollande à reinbouchiii*e de la
Seine 67,385,000 t. q.
De l'embouchure de la Seine h celle de la Gironde , fies
comprises *. 5 1 ,49o,ooo
Entre la Gironde et TAdour ( t" mémoire) 3oo,ooo,ooo
(iAtes de la Mëditerranëe s,58o,ooo
Total. Asi,385,ooo
Le 1/5 des 5/i,ooo,ooo t. q. reviendra, Ji raison de 3o francs par arpent, il 19,000 x3o=36o, 000 francs. Le reste, en plaine ou déjà préparé par les hoyia ou par les autres plantes, coûtera 10 francs par arpent, soit 48o,ooo francs, plus 60,000 francs pour baraques, entretien, gardes et autres dépenses, total: 900,000 francs. Ces sables ont paru plus arides et plus dénudés à mesure que Ton s'avançait vers le sud; pour ce niolif on a remplacé 1/10 par i/5.
RECAPITULATION.
(Dépense de fixation de toutes les dunes de Franco.)
LICOBS rie 9,000 t. q. «■«*««». DiPBHSK. I
Entre TEscaut et la
Seine 161/9 a5,o55 i,o3o,ooo 55o,ooo
Entre la Seine et la Gironde , lies comprises 19 3/^1
Côtes de la Méditer- ? ao,/joo 900,000 /i5o,ooo
ranée i/'a )
Entre la (iii*oude et
TEspagne 76 113,887 5,ooo,ooo /i,ooo,ooo ^'^
Total 10^4 3//i ibi),^àù 6,930,000 5,ooo,ooo
^'^ Mention pour mëmoire. Un docrol du i3 messidor an ix a alloué un crédit annuel de 50,000 francs pour cps travaux.
Avantages résubant des travaux. — i** Plus de loo lieues carrées de sable envahissant chaque jour les terrains précieux seront fixés et mis hors d'état de nuire; a** ces déserts seront convertis en forêts productives; 3** les chaînes de dunes fixées protégeront les plaines contre les intempéries; 4* plus de ko Heues carrées d'étangs ou marais pourront être desséchés en ouvrant des canaux avec l'aide du vent; 5** la mer, qui formait souvent, dans les départements du Nord et de la Lys, des brèches dans les dunes, ne les franchira plus quand elles seront consolidées; les cultures ne seront plus submergées ; 6"* les ports seront à l'abri des sables ; 7° les dunes fixées deviendront des balises naturelles ; 8° on pourra introduire le sapin , ce qui procurera des ressources au Gouvernement pour l'armement de ses navires ; 9° nous avons établi que, pour les dunes du golfe de Gascogne, les avances effectives à faire par l'État seraient de 9 millions, soit a/5 de la dépense totale, que les travaux pourraient être terminés en 35 ou 60 ans, et qu'à cette époque les produits cumulés atteindraient 3 millions, pour la résine seulement. Dans les dunes du Nord, la résine sera moins abondante mais le bois aura une valeur appréciable, de sorte que l'évaluation du produit peut être la même.
1804 ( aa juin). 3 messidor an xii. — Extrait du registre des arrêtés
du préfet de la Gironde.
Vu la lettre du président de la Commission des travaux des dunes, du a 9 du mois dernier ;
Vu l'extrait du procès-verbal de visite des ateliers d'Hourtin et Lacanau, du 1 5 du même mois,
Le Préfet du département de la Gironde,
Considérant que les conditions auxquelles il avait été sursis à l'arrêté du a a brumaire dernier n'ont point été observées et que les précautions nécessaires pour préserver les semis des dégâts qu'y occasionnaient les bestiaux n'ont pas été prises ;
Considérant qu'il est urgent de mettre un terme aux désordres qui sont notés dans le rapport de l'inspecteur des travaux des dunes, et de préserver les semis des atteintes qui leur sont portées et qui peuvent les détruire et par
26/i LES DUNES DE GASCOGNE.
ià rendre nulles les dépenses que fait le Gouvernement pour lensemencement des dunes,
ARRàTE :
L'arrête du s s brumaire dernier, portant que les habitants des communes d'Hourtin , Lacanau , Carcans et le Porge seront tenus de faire parquer leurs bestiaux, recevra son exécution à la diligence des maires desdites communes.
Expédition du présent sera adressé auxdits maires, ainsi qu'au sous-préfet de Lesparre et à l'ingénieur en chef.
1 806 (i 6 janvier). — Extrait du registre des arrêtés du préfet de la Gironde.
Vu la délibération de la commission pour l'ensemencement des dunes du golfe de Gascogne, du i*' brumaire an xiv.
Le Conseiller de préfecture, Préfet par intérim.
Considérant que, quoique les plantes dites Elymus arenarius, appelées gourbets dans le pays, et autres qui croissent spontanément sur les dunes soient insuffisantes pour arrêter complètement le cours des sables, cependant leur multiplication en retarde les progrès ;
Que les habitants se permettent de les couper, même de les arracher complètement, ce qui rend les sables à leur mobilité naturelle et les abandonne à l'action des vents ;
Que les personnes éclairées du pays désirent que l'Administration arrête cette destruction, en défendant i qui que ce soit de faire pâturer des bestiaux dans les dunes et lèdes, et d'y aller couper ou arracher des gourbets ou autres plantes, vœu spécialement manifesté et d'après les mêmes motifs par la délibération du Conseil municipal de Soulac, du 96 ventâse an ix,
Arrête :
Art. V\ Défenses sont faites à qui que ce soit de laisser errer ou faire pacager les bestiaux dans toute l'étendue des dunes, lèdes et sables, depuis la pointe du Verdon jusqu'à sa limite vers le sud du territoire de Soulac, et à la distâuce de i5o mètres du pied des dunes, du côté des terres.
ART. 2. Défenses sont faites pareillement de faire brûler sur les lieux, de couper et arracher les gourbets et autres plantes.
Art. 3. Le garde des semis du Verdon et le garde champêtre de Soiilac maintiendront Texécution du présent arrêté contre les délinquants, en saisissant et conduisant au parc de justice les bestiaux qui seront trouvés dans rintérieur des limites ci-dessus fixées ; ils pourront même tirer à coups de fusil sur les bestiaux errants et sans conducteurs, ainsi que les gardes des autres semis y sont autorisés par des arrêtés.
Art. k. Les dispositions du présent arrêté deviendront communes à tous les endroits qui seront désignés à l'avenir par le préfet, sur la demande de la Commission des dunes.
Art. 5. Expédition du présent arrêté sera adressée tant au président de la Commission des dunes qu'au maire de Soulac.
1806 (5 bt 19 février). — Rapport sur les mémoires de Brémontier, lu à la Société ctagricuhure du département de la Seine, dans les séances des 5 et ig février 1806^ par MM. Gillet-Laumont et fessier, commissaires, et Chassiron, rapporteur. (Extraits.) ^
Dans un mémoire qu'on vient de traduire et d'imprimer sur les moyens de fixer et de planter les plaines de sable (et ce ne sont pas des dunes dont il s'agit ici) par MM. Hartig et Burgsdorff, grands-maitres des forêts en Prusse, on lit que, pour fixer un arpent de sable, il faut quarante-trois charretées de ramilles, huit fort pieux et un tiers de charretée de ramilles par verge de longueur. [Annales de t agriculture, t. XXVI, avril 1806.)
Brémontier avait remarqué que le sommet des dunes était plus humide, plus lié que la base. L'humidité de l'air se fixe sur les surfaces dures, polies et peu poreuses ; près des sables des dunes l'air est toujours chargé d'humidité. Le sommet des dunes est plus exposé que la base à l'action des vents chargés d'eau et de sel.
Pour fixer tout d'abord l'espace de a 00 mètres compris entre le pied des premières dunes et la laisse des hautes mers, il faut semer des graines de pin et de genêt ordinaire et épineux. L'auteur essaya par des cordons de fascines parallèles de relenir les sables. Enfin, il tenta de recouvrir les semis de
branches d'arbres verte retenues par des crochets enfonces dans le sable. Ce procédé a réussi. Pour les dunes , il faut agir de même ou diviser le terrain par des clayonnages.
Les seuls revenus des plantations donneront, au bout de soixante à soixante-dix ans, un revenu annuel de près de U millions.
tr C'est, dit très bien dans son rapport M. Duplantier^^^, la première fois peut-être que, dans un grand plan et une vaste entreprise, Texpérience a prouvé plus avantageusement que la théorie. 7>
Plantes qui croissent dans les dunes et se propagent d'elles-mêmes : Pinus maritimay Quercus mber, ilex, robur, pedunculata, Cupressus tempennrens y Pinus ahiesy Pims larix, Spartium scoparium, Ulex europœusy Tamarix gaUica et germanica, Arbuti, Rhamni, Phyllireœy Daphne mesereumy MespUus vulgaris, Prunus sylvestrisy LonieereBy Ericœ, Plantagines, Hipericay BellideSy Elymus arenarmSy Arundo arenariay Hyeracium lanugtnosum.
Les sables proviennent des érosions de la mer depuis Ouessant jusqu'au cap Ortegal.
La longueur des dunes est de â3/i kilomètres, la largeur réduite de 5 kilomètres et la hauteur réduite de 17 mètres.
La vigne crott dans les dunes. Si les gelées du printemps emportent les premières pousses, on déchausse, on retaille plus bas et les nouveaux nœuds donnent d'abondantes récoltes.
L'Océan travaille sans cesse à combler le golfe de Gascogne aux dépens des côtes et des promontoires plus avancés. .
L'auteur propose aussi d'ouvrir des canaux des étangs à la mer ; il pense que le vent se chargerait du travail en laissant des espaces vides entre les massifs.
L'tle de Cordouan, qui tenait à la terre ferme, est déjà loin du rivage.
Le fort Cantin, contruiten 175/i à plus de s 00 mètres de la mer, est aujourd'hui enseveli sous les eaux.
(*) Président de l'Administration centrale du département de la Gironde.
1806 (îî avril). — Deuxième rapport sur les mémoires de Brénionlier, lu à la Société i agricullure de la Seine dans la séance du a avril 1806.
(Extraits.)
Travaux des dunes de Hollande. — i"^ Plantations intérieures sur les terres MK^Dic qui longent les sables; 9° Plantation de genêts, qui, par leur racines et leurs fruits , sont propres à fixer les sables ; 3° Pour fixer les genêts euxmênies, emploi de petites bottes de paille fixées par des piquets de o m. 66 de long, plantés soit séparëmenl soit conjointement avec les genêts (^).
Dunes de Gascogne. — Composition des sables :