‹ Note sur les verres des vitraux anciensChapitre 13 sur 16 · VERRES VERTS · texte numérisé non relu

VERRES VERTS

A aucune époque les verres verts n’ont été employés dans les vitraux en quantité un peu notable ; ils ne servaient aux xue et xme siècles que pour figurer les vêtements et n’étaient utilisés que rarement dans les fonds, sauf dans l’Est.

Au xvie siècle, on les employa en plus grande quantité pour figurer les terrains.

Pour obtenir la teinte verte, on ajoutait à la composition du verre ordinaire du bioxyde de cuivre, que l’on désignait sous le nom d 'oes-ustum, et du sesquioxyde de fer à l’état naturel, connu sous les noms de ferret d’ Espagne, sanguine, fer ologiste, ou bien à l’état de colcothar, oxyde de fer produit artificiellement, désigné sous le nom de crocus Martis ou de safran de Mars.

Suivant Kunckel, le colcothar était préparé, au xvie siècle, de plusieurs manières différentes, soit par la combinaison à la chaleur de la limaille de fer et du soufre, soit par la décomposition du sulfate ou de l’acétate de protoxyde de fer, produits eux-mêmes par l’attaque du fer en limaille.

Pour obtenir des tons plus prononcés et plus soutenus, on y ajoutait du bioxyde de manganèse appelé magnésie, qui, avec le fer, donne une teinte jaune. Aux xne et xive siècles, on y ajoutait de plus de l’oxyde de cobalt destiné à renforcer

DES VITRAUX ANCIENS. 5g

la teinte des verres verts qui devaient être placés à côté de rouges intenses.

La multiplicité des éléments employés pour produire cette teinte de verre devait amener une grande diversité dans les colorations; on trouve, en effet, des verres de teinte jaunebouteille et des verres de teinte bleu vert le plus foncé, entre lesquelles se rencontre une gamme innombrable de nuances se rapprochant de l’une ou de l’autre. Pour en donner un exemple, on compte, dans les vitraux de Couches, dix-sept nuances différentes de vert.

Les verres verts des diverses époques ont beaucoup d’analogie; toutefois, ceux du xue siècle sont plus jaunes qu’à aucune autre époque; ils sont généralement peu intenses et moins beaux que ceux du xvie siècle.

Les verts foncés sont les plus bleus à toutes les époques.

Les verres verts anciens sont doux de ton et, quoique puissants, ne sont jamais criards. Ils sont, à cet égard, bien supérieurs aux verts modernes, qui sont colorés généralement au moyen du chrome dont l’emploi paraît n’avoir pas été connu jusqu’au commencement du xvuie siècle.

Nous nous sommes rendu compte, à ce point de vue, de la façon dont ces verres avaien t été colorés et nous avons choisi, à cet effet, une série d’échantillons pris à toutes les époques et dans tous les points de la France, dont nous citerons les principaux :

i° Un vert du xne siècle de la Cathédrale de Poitiers;

2° Deux verts du xme siècle, l’un de la Cathédrale de Bourges, l’autre de Châlons-sur-Marne ;

3° Un vert du xvie de l’église de Conches (Eure), daté de 1620;

4° Deux verts du xvie, de Châlons-sur-Marne, de i5oc).

Aucun d’eux 11e contient trace de chrome, et l’on n’y trouve à l’analyse que les éléments que nous avions cités précédemment : cuivre, fer, manganèse et cobalt.

Il n’y a rien de surprenant à ce que le chrome n’ait pas été employé à ces diverses époques, car, selon toute apparence, ses minerais mêmes n’étaient pas utilisés ni probablement connus ; ils sont rares en France, et le chrome lui-même n’a été isolé, comme on le sait, par Vauquelin qu’en 1797.

Nous rappellerons que le chrome forme avec l’oxygène deux combinaisons principales qui, incorporées au verre en quantité relativement faible, sont susceptibles de lui communiquer une couleur vert jaune très brillante quand il est employé seul.

Ces deux combinaisons sont le sesquioxyde de chrome, Cr2 O3, et l’acide chromique, Cr O3.

Employé concurremment avec le bioxyde de cuivre, le ehrome donne des verts de nuances variées ayant beaucoup d’éclat et absorbant tous les tons qui leur sont juxtaposés.

Quand il est mêlé, au contraire, avec des oxydes tels que les oxydes de fer, de manganèse ou de nickel, il donne des tons neutres, jaunes ou bruns, très intenses, dont on ne trouve nulle trace dans les verres anciens.

Par suite de l’emploi de cet oxyde comme colorant dans les verres modernes et de la pureté des matières premières dont on se sert généralement pour produire la pâte du verre, la reproduction des verres verts a été généralement assez difficile, et l’on pourrait citer un grand nombre de vitraux modernes dont l’harmonie serait presque parfaite si elle n’était troublée par quelques malencontreux morceaux de verre vert colorés par l’oxyde de chrome.

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