‹ Notes biographiques sur le Docteur Charles SchützenbergerChapitre 12 sur 28 · I. — De la Médecine en tant que science · texte numérisé non relu

I. — De la Médecine en tant que science

(Philosophie générale et philosophie médicale)

Nous avons admis que les deux douloureuses anréos d’immobilité et son infirmité permanente à la suite de son accident, avaient développé chez Charles Schüizenberger le goût de la philosophie, en laquelle il trouvait un exutoilre à son activité désormais interrompue ci ralentie. C’est ainsi que l’homme fort réagit contre 4 misère et les tourments physiques. La victoire intellectuelle de Charles Schützenberger est tout à fai évidente et éclatante. C’est ainsi qu'il peut dire dans sa préface aux «Æragments de philosophie médicale»: «Quard en 1844, je fus nommé professeur, après dix ans d’enseignemeni comme agrégé, mes convictions philosophiques sont arrêtées.» Une confirmation de notre point de vue se trouve dans une note ajoutée au premier fragment de philosophie médicale intitulé «de la science et de :a pratique», où l’auteur dit: «Ce fragment a été rédige à peu de chose près dans sa forme actuelle à l’époque où un cruel accident avait, pendant de longs mois, réduit toute mon activité à la réflexion. La plupart des idées philosophiques que j'ai produites plus tard dans mes discours ou dans mes lecons datent de la même époque et ont été écrites primitivement sous forme de notes. »

Quelles sont donc ces convictions qui étaient déjà arrêtées en 1844 ei auxquelles le conduisirent les longues heures de réflexion solitaire dans l’immobilité forcée ? Convictions de malade? Certes non! mais convictions viriles et philosophie d’un savant. «La philosophie est la science de la liaison des choses, elle ne s'occupe d'aucun objet en lui-même, elle les embrasse tous, étudie leurs rapports naturels, leur subordination, leurs principes, afin de reconstituer dans l'intelligence humaine la vaste

synthèse de la création.» (1). C’est en somme une philosophie universelle sans être universaliste, qui s’attarde non aux choses, mais aux rapports de toutes choses. Charles Schützenberger en indique ainsi le point de départ : (L'esprit humain se crée ni les faits ni les phénomènes, il n’emprunte pas d'avantage les principes don! ils dérivent, les lois suivant lesquelles ils se produiseni. Sa mission consiste à constater (*) des faits, à découvrir leurs rapporis, leurs lois et leurs principes (*)». Plus loin, parlant de l'intelligence humaine qui cherche à découvrir l’unité des causes et des principes dans la variété des phénomènes, il dit que «sa loi fondamentale est adéquate à la réalité et ne réflète que Ja réalité » (1). L'homme d'action, l’homme pratique, l’homme de bon sens, doit immédiatement toucher terre ferme. Bien que Charles Schützenberger cite la connaissance de Pabsolu comme («dernière expression de la philosophie», il déclare d'autre part: «La puissance de connaître, les brii- & Jantes qualités de l’entendement n'ont pas été données « à l’homme dans le seul but de se plonger dans une « stérile contemplation du monde et de lui-même. Ce « but est avant tout d'éclairer la volonté et la liberté « d'action dont l’homme dispose. Le but final des sci- « ences, en un mot, C’est leur application.» ()

Charles Schützenberger admet donc la réalité du monde extérieur et l’idée de lesprit humain reflètant cette réalité. C’est un point de départ, qui, fatalement, devait faire de lui un ennemi de l’empirisme et un défenseur de l’expérimentation, un ennemi du dogmatisme et le propagandiste d’une solide méthode de pensée. Mais cela ne veut pas dire qu’il aït été un matérialiste,

(1) «De la science et de la pratique».

(2) Cest l’auteur qui souligne.

(8) «De la science et de la pratique».

(4) «De la science et de la pratique».

(5) «De la science et de la pratique».

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