‹ Notes biographiques sur le Docteur Charles SchützenbergerChapitre 18 sur 28 · API ER · texte numérisé non relu

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idéal et la mission commune, que l'intérêt; en ce sens, ‘organisation préconisée par de Professeur tient le milieu entre l’amicale et le syndicat: c’est un syndicat de l'idéai, I re s’agit pas pour cette organisation de se réunir pour voter un «ordre du jour» ou un «rapport moral», il s’agit d'organiser hiérarchiquement le corps: médicel en un comité juzeant en dernier ressort de tout ce qui concerne l'exercice de la médecine,

Et ï! s’agh surtout de limiter le pouvoir ei les attributions de l'Etat, Car organisation du corps médical doit être essentiellement interne et autonome, et ne pas avoir lz moindre directive à recevoir de la part + VEtat et de le bureaucratie. Le Professeur Schützenbe:ger est un ennemi décidé de toute ingérance de l'Etat dans les choses médicales, Il expose les raisons de cette attitude dans le rapport lu à la société de médecine de Siresbourg les 2 et 16 octobre 1845 et intitulé «Notes sur l’organisation de lenseignement et de l’exercice de la médecine». La centralisation de l’enseignement sur le modéle de la centralisation politique serait un fléau. «Ce serait le coup de mort de toute vie scientifique dans les provinces. La France médicale ne seraït plus qu'une tête énorme et pleine d’idées attachée à un cadavre. Que Von ne dise pas que Ja vie scientifique ravonnarait du centre à la circonférence, Ce rayonnement ne saurait dépasser certaines limites; là où ïl ne reste de place que pour des praticiens, la vie scientifique languit et finit par s’éteindre.» (),

L'Etat ne peut de façon féconde, ni assurer l’enseignement, ni garantir la capacité du corps médical, qui doit ire choïsi uniquement par des spécialistes, c’est-à-dire par des confrères. Il est tout aussi incompétent en ma-

tière de garanties morales, et n’est pas d'avantage qualifié

(253 «Fragments de philosophie médicale», (page 416).

pour «attirer dans la carrière médicale un nombre suffisant d'hommes capables». Ce n’est pas seulement à l’intérieur du corps médical que Charles Schützenberger ré. cuse l’intervention de l'Etat, mais aussi dans les rapports entre médecin et client: « L'intervention de Etat pour règlementer les rapports de médecin à client doit s’arrêter la où s’arrête l'intérêt social.» (*°). C’est réclamer assez nettement le respect absolu du secret professionnel, et c'est affirmer que le médecin n’est responsable de ses actes professionnels que devant ses pairs. N’ajoute-t-il pas ces mots significatifs: (« Vis-à-vis de la société, le médecin et le pharmacien sont responsables de leurs actes professionnels. Ce principe est incontestable; mais l'exercice de la médecine et de la pharmacie seraït impossible si les questions de responsabilité pouvaient être soulevées sans discernement, sans équité, sous l’influence de sentiments froïssés ou de passions honteuses. La faculté de déterminer les cas de responsabilité ne saurait être abandonnée au public ignorant et souvent injuste. Les Tribunaux ordinaires manquent de lumière; magistrats et avocats sont également incapables d’éclaircir ou d'apprécier des questions aussi délicates. Le médecin et le pharmacien ne peuvent reconnaître que la compétence de leurs pairs. Les conseils de salubrité, organisés comme nous l’avons indiqué, offriraient seuls des garanties suffisantes de capacité et de justice pour décider si le médecin est responsable ou non. Ils devraient souverainement décider les questions de ce genre. La question de fait étant décidée par l’affirmative, il appartiendrait aux tribunaux ordinaires de déterminer dans les formes ordinaires l’indemnité ou les peines que le fait entraîne». (27).

(26) «Fragments de philosophie médicale». (page 432). (27) «Fragments de philosophie médicale». (page 433).

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En outre, chose particulièrement actuelle, le Professeur Schützenberger insiste sur l’injustice de toute règlementation des honoraires par lEtat, de tout fonctionnarisme médical à un degré quelconque. Le médecin veut avoir affaire au malade et à lui seul, et toute facilité spéciale de paiement accordée à certains malades doit être une affaire entre le malade et le médecin, ou, le cas échéant, entre le malade ei l'Etat, mais jamais entre l’Etat et le médecin. Il s’exprimait ainsi sur ce point: («La fixation des honoraires, ou toute autre intervention de ce genre, porterait le cachet indélébile d’un fait arbitraire. C’est en’ vertu de ce principe que la prescription des honoraires, au bout d’une année, peut être taxée sans exagération de révoltante iniquité. » (#).

Aïnsi l’organisation du corps médical doit être le fait d’une institution spéciale, spécialisée, et spécialiste, indépendante de l'Etat, ioute puissante dans son domaine. C’est préconiser la création d’un «ÆEtat dans l'Etat», qui ne soit pas l’ennemi, mais l’auxiliaire de PEtat politique, et dont les attributions soient strictement limitées au domaine professionnel. Il est particulièrement caractéristique de constater que Charles Schützenberger va si loin dans l’indépendance qu’il réclame pour le corps médical, qu’il se refuse à concéder à l’Etat même un pouvoir étendu de repression des fraudes et du charlatanisme: «Gardons nous, dit-il, au « nom de notre propre intérêt professionnel, de récla « mer avec irop d’insistance des lois répressives plus « sévères ou une répression plus active de l’exercice il- « légal. Si l'Etat entrait dans cette voie au nom de nos « privilèges professionnels, ce n’est pas l'exercice illégal « qui aurait à en souffrir le plus; il en serait quitte pour

(28) «Fragments de philosophie médicale». (page 434).

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« changer de forme et peut-être d’habit. Au besoin 1! « se cacherait sous le voile de la charité et de la bienfai- « sance et ferait taire la rigueur des lois et de ia repres- « sion au vom des principes les plus sacrés de j’huma- « nité. Si l’État étendait sur les médecins en titre sa « protection, il se croirait certainement aussi en droit de « demander quelque chose en retour. Ce quelque chose « serait tout simplement l'abandon d’une partie de « noire liberté professionnelle. En retour, lEtai pour- « rait se croire en droit d’assigner au médecin sa re- « sidence, de taxer le chiffre de ses honoraires, de « lobliger à soigner les pauvres, de contracter abon- « nement avec les gens aisés d’une circonscription ou « d’une commune. Le fonctionnarisme médical, « substitué à la liberté de notre profession, voilà ce « qui est au bout de cette intervention de l'Etat ré- « clamée pour protéger nos intérêts professionnels».

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Voilà donc les conseils pratiques et moraux que Charles Scützenberger donne aux jeunes médecins. Il obéit à une conception apostolique de la médecine. Mais en même temps nous avons vu que, au point de vue philosophique, sa conception de la médecine et de la science était d’une lucidité et d’une sobriété bien éloignées de tout mysticisme. L’idéalisme qui anime sa conception de la médecine comme art, ne doit pas nous faire oublier son réalisme de savant. le ne veut pas, dit-il, cacher «sous des fleurs de rhétorique» les misères et les dégoûts qui attendent les jeunes médecins. Il les prévient de ne pas attendre de leur dévouement grande reconnaissance ni grande distinction. Et de plus «à côté du succès il y a aussi le revers, il y a l'impuissance de l’art, il y a notre propre impuissance.)

(29) «Fragments de philosophie médicale». (page 454).

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Aïnsi, prudemment, il conduit ses auditeurs vers la terre ferme du bon sens: € Guérir les malades et conser ver la santé, tel est, vous le savez, le but essentiel de la médecine. » (°°).

Cette conception, sous forme sobre et lapidaire, est loin d’exclure l'enthousiasme ; elle est au contraire le type d’une conception apostolique et désinteressée de la médecine. Fidélité modeste à l’expérience d’une part, générosité de l’autre, voilà les qualités du médecir. La première, transposée sur le plan extra-scientifique deviendrait sécheresse; la deuxième, exagérée, se transformerait en prétention tapageuse. Leur efficacité réside dans leur harmonie. Lorsqu'il appelle la médecine «un idéal esthétique du bien et du beau à réaliser» (°1), il la considère comme un art, et lorsque, plus loin il la définit comme (un art subordonné à l’expérience et à ia science » il fait allusion à son caractère scientifique. Le médecin est un artiste, certes, mais un artiste «qui ne peut quelque chose qu’en tant qu'il sait». (°°).

C’est ainsi que le Professeur Schützenberger inaugure le contact avec ses élèves, faisant tour à tour appel à leur coeur et à leur raison ,dans une péroraison qui ouvrira la voie au travail méthodique: «La philosophie médicale détermine l’objet, le but, l’esprit, en un mot la nature de la médecine et ses rapports avec l’entendement humain, avec les autres sciences et les autres branches de l’activité humaine. » Puis: (da connaïssance des rapports de l’objet de la médecine avec notre propre entendement nous révèle les moyens, les procédés qui peuvent conduire à la connaissance de cet objet, elle in-

(30) La Médecine, son but ét sa mission

(Fragments de philosophie médicale (page 26—58) (21) La Médecine, son but et sa mission

(Fragments de philosophie médicale .(page 26—58) (22) La Médecine, son but et sa mission

(Fragments de philosophie médicale (page 26—58)

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dique la direction qu’il faut suivre dans les travaux ultérieurs et prédétermine les méthodes». Il n’y a pas dans ces phrases vaine «méthodologie» à l’usage des philosophes, mais conseils pratiques donnésau spécialisie. La philosophie a une valeur non seulement humaine, mais scientifique, en ce sens que la réflexion philosophique est susceptible d'éclairer le spécialiste luimême sur les moyens les plus rapides et les plus sûrs de iniompher du rnonde extérieur dans sa spécialité même. Et lorsque le Professeur Schützenberger déclare que «l'avenir des sciences est fondée sur la connaissance de leurs rapports, sur la philosophie» et que « le flambeau de la philosophie éclaire la voie», c’est assez dire que la science ne saurait se passer des lumières de la philosophie, de même que la philosophie n’a pas le droit de négliger les données et les exemples vivants de la science. Ces citations éclairent singulièrement la philosophie de Charles Schützenberger. C’est avant tout la philosophie d'un homme de métier qui est en même temps un espril universel, donc la philosophie d’un savant, et c’est à ce titre qu’elle peut servir d’enseignement et d’exempie à tous ceux qui, à notre époque, poursuivent ce même triple but de lhumanité consciente : Connaître, Aimer et Guüérir.

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