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« regard, car il avait l’intelligence du malade, ce qui « est bien plus que la sympathie et la compassion.»
C’est bien là, la réalisation du programme qu'il se fixait lui-même dans son discourrs :
« Du médecin. Des conditions morales de son développement», discours prononcé à l’ouverture du cours de clinique médicale en 1863, où il parlait de «ces malades pauvres que la charité publique vous confie» et «qui ne vous ont point choisi». Il disait alors: «Si vous ne venez point au malade animé d’un sentiment de charité profond et vrai, qui ne se simule jamais, ou qu'on ne simule pas longtemps, si le malade peut se croire nés üigé ou méprisé, et l’objet non d’un acte de bonté, de hieniaisance sincère, mais de recherches, d’études, d’in-
vous ne serez pour lui qu'une misère de plus ajoutée à toutes ses misères.»
À la base de toutes ces brillantes qualités morales, Charles Schüizenberger possédait aussi ce sens de lhumour et cette bonne humeur dans l’injustice sans lesquels l'homme le mieux doué est un déséquilibré. Dans son discoure sur la moralité professionnelle, après avoir défini la médecine comme («une profession consciente et jalouse de sa dignité» 1l dit en parlant des organisations médicales :
« Er voyant de loin les réunions médicales pério- « diques, des esprits vulgaires s’imaginent peut-être que « Î2s médecins ont en vue plus spécialement la sauve- « garde de leurs intérêts naturels, qu’ils discutent les « conditions de leur existence, qu’ils font des meetings « our la hausse de leur salaire, la diminution des « heures de leur travail pour la défense de leurs privi- « Jèges, que sais-je! peut-être sommes-nous tant soit peu « soupçonnés d’avoir des allures suspectes! Hélas! Les
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« médecins ne sont pas absolument gâtés, ils ne le sont « ni pas la bienveillance qui vient d’en bas, ni par celle « qui descend d’en haut. C’est peut-être triste. Mais il & vaut mieux rire, avec Rabelaïs, notre antique con- « frère, des tristes choses. »
Il est réconfortant de voir un Français, un médecin français, se réclamer de Rabelais en regardant la vie, nous pouvons alors dire que la bonne tradition de sagesse n’est pas morte, et constater avec plaisir que l’on n’a pas encore perdu cette bonne humeur bien trempée qui est l’arme des coeurs sensibles et la garantie d’un esprit sérieux et profond.
Charles Schützenberger dit quelque part de sa méihode qu’elle est «simple comme le bon sens». N'est-ce pas en effet le bon sens qui lui fait dire, s'adressant à ses étudiants à l’occasion de son premier cours clinique: «Puis-je vous le dire je compte beaucoup sur vous, car, de quelque point de vue que je considère l’activité clinique, je trouve que les devoirs du maître sont unis à ceux des élèves; il existe entre eux une solidarité qui rendra ma tâche plus facile, une solidarité, dont je me félicite et qui m’inspire confiance.» ({).
Enfin nous terminerons la description de cette belle figure par un trait intime rapporté par le docteur FAU- DEL: «Après la séance (de la Société de médecine ou de l’Association de prévoyance des médecins du Bas- Rhin), il était heureux de se retrouver au banquet traditionel, entouré de ses collègues et amis qu’il invitait à terminer la journée dans sa magnifique propriété de l’île Jars. Quelle amabilité et quel entrain il apportait à ces causeries intimes, dont chacun a conservé le plus délicieux souvenir.» (5).
4) «But et esprit des travaux cliniques», 1844. 5) «Notice biographique sur le docteur Charles Schützenberger», présentée à la Société médicale du Haut-Rhin en 1881.