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AUX ABONNÉS DE L'OPERA

telles, nous parlent, surtout quand elles chantent pour nous! Taisons-nous alors, et taisons-nous tout entiers. Avec le silence des lèvres, gardons celui de l'esprit et de l'âme. N'ayons de pensée ou de passion que pour la conformer, pour la soumettre à celle que le génie exprime devant nous et pour nous.

La musique obtient rarement de nous cette conformité et cette soumission. Grétry disait très bien : « Il y a chanter pour chanter et chanter pour parler. » Il eût encore mieux dit en disant : « Il y a chanter pour qu'on parle. » C'est même une chose étrange, que la musique donne partout et toujours, dans un salon comme au théâtre, le signal de la conversation. Il semble qu'il y ait là je ne sais quel trait d'émulation et d'inimitié véritable entre les deux puissances sonores.

Il dépend de vous, messieurs, et de vous aussi peutêtre, mesdames, que l'une ou l'autre puissance prenne à l'Opéra l'avantage. De tout ce que vous souhaitez qui change en ce théâtre, sachez-le bien, rien ne changera qu'avec vous et par vous. Dès que vous écouterez — et qu'on le saura — quelle musique vous est faite, on vous en fera de meilleure, et même, car on le peut, d'excellente.

Mais si vous ne nous en croyez, si le plaisir très français de la causerie continue de l'emporter sur le goût, moins national peut-être, de la musique, alors, laissons lies choses aller. Au surplus, elles ne vont mal à l'Opéra que pour les personnes qui l'aiment véritablement, cette musique. Et il y en a si peu!

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