‹ Notes brèvesChapitre 17 sur 85 · UN PORTRAIT AMÉRICAIN DE LISZT · texte numérisé non relu

UN PORTRAIT AMÉRICAIN DE LISZT

'de Beethoven. Un orage éclate, et Liszt achève la sonate au bruit de la foudre.

Tout était génie en lui, tout le devenait, même les I accidents ou les fautes. A l'une de ses matinées du dimanche, il lui arriva de frapper un demi-ton au-dessous de la note, très haute, sur laquelle il devait finir. Il sourit seulement et continua de jouer, improvisant dans le ton de la note malencontreuse. D'abord il descendit tout le clavier, puis, le remontant d'une course vertigineuse, il rentra dans le ton véritable et conclut par un de ces accords dont il avait le secret, un accord de triomphe, si brillant, si victorieux, « qu'il semblait que le piano lui-même eût applaudi ».

Autant que son jeu, son oeuvre, alors à peu près ignorée ou méconnue, est pour la jeune fille une révélation. Elle en entrevoit et même elle en définit assez heureusement le caractère et la beauté.

« Si Liszt est quelque chosef il est original^ et ses œuvres ont leur importance... Sa musique n'est pas seulement brillante... Ses compositions atteignent la plus vaste envergure, dans un style grandiose... et vous entraînent dans la véhémence de la passion.

« Que peut-il y avoir de plus profond et de plus pathétique que les transcriptions de Schubert et de Wagner faites par Liszt?... Finalement ses compositions résistent aux plus dures épreuves, elles se sou-

tiennent, et on peut les jouer longtemps sans en être fatigué. Elles embrassent tous les éléments, excepté le classique. Et encore!... »

Avouez que cela n'est pas trop mal pour une enfant de vingt ans d'abord, et puis il y a de cela trentecinq ans.

Le maître vieillissant disait un jour avec tristesse à sa jeune amie : « Liszt a aidé Wagner. Qui donc aidera Liszt? » Le fait est qu'alors on était loin de l'aider. On disait couramment « que Liszt voudrait être un compositeur, qu'il ne pouvait pas écrire une mélodie, qu'il n'avait pas d'originalité et que ses œuvres n'étaient que brillantes, faites pour éblouir le public. »

Il n'y a pas très longtemps qu'on a cessé de le dire. Je lisais naguère dans je ne sais quel vieux dictionnaire de musique : « Mozart, pianiste. Fut aussi compositeur. » On a souvent défini Liszt avec ces deux mots, ainsi rangés. Mais depuis quelque dix ans, son renom commence à se répartir autrement, et le créateur n'est plus très loin d'égaler ou de « rattraper » l'interprète. Des historiens allemands ont fixé le « tournant » ou le solstice du dix-neuvième siècle musical à cette année i85o, où Wagner, dans la solitude et l'exil, prenait conscience de son génie, mais où Liszt aussi venait d'ouvrir, à Weimar, le cycle de ses Poèmes symphoniques. On reconnaît aujourd'hui que les compositions de Liszt, comme celles de Wagner, que d'ailleurs elles

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